‹ Histoire de France (volume 4)Chapitre 36 sur 103 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Kègne de Louis IX (saônt Louis) ^ 1226-^1270.

Louis IX , justement révéré sous le nom de saint Louis, Bravait que onze ans à la mort de son père, et la régence du royaume fut dispotée à la reine Blanche, sa mère, par son oncle Philippe Hurepel, fils de Philippe-Auguste et d'Agnès de Méran, dont FÉglise n'avait pas voulu reconnaître le mariage. Un grand nombre de seigneurs soutinrent les prétentions de Philippe, et Henri III , roi d'Angleterre, se déclara leur chef; mais le dévouement du puissant Thibaut, comte de Champagne^ assura l'avantage à la reine mère, et détermina une partie des révoltés à se soumettre. Blanche avait Tânae grande, fière et chrétienne; Régence elle donna d'excellents maîtres à ses enfants, et les fit soi- ^.'•eJnc

' Blanche.

gneusement élever dans la crainte de Dieu : « Mon fils , « disait-elle an jeune roi , vous savez combien vous m'êtes « cher, et cependant j'aimerais mieux vous voir mort que « coupable d'un péché mortel. » Cette pieuse reine eut aussi des talents politiques , et contint avec fermeté les seigneurs mécontents qui auraient voulu s'opposer au sacre de son fils : surprise par leurs troupes , elle appela à son aide les bourgeois de Paris, qui vinrent en armes la délivrer. Ce fût elle qui fit recueillir à la France les fruits de Thor- Twitc do

^ Paris.

rible guerre des Albigeois. Le traité de Paris, signé en ««»• * Voyez, pour le règne de saîwtXouîsr, ma Géùg. hist.j p. 41-43,

200 DfetJXRME BPOQtJS.

1229, soumit à la couronne une grande partie des États du comte Raymond VII : la possession du bas Languedoc fîit assurée à la France. Toulouse reçut garnison française ; cette ville et son comté furent la dot qu'apporta Jeanne, fille de Raymond , au troisième fils de Blanche. Cette reine força ensuite à l'obéissance les ducs de Bretagne et de Bourgogne, malgré l'appui que leur prétait vaxxjAt Henri III; et une trêve, qui termina cette guerre civile, ciSKer." ^^* signée à Saint-Aubin du Cormier entre elle, ses barons • *^*' et son beau-frère.

Louis IX , âgé de dix-neuf ans , épousa Marguerite de Provence, qui n'en avait que treize. La reine Blanclie sépara six ans les deux époux, et depuis se montra toujours jalouse de l'influence de Marguerite sur le roi. La sœur de cette princesse épousa, peu d'années après, le roi d'Angleterre Henri III , qui devint ainsi le beau-frère de saint Louis. Le tableau que présente la France depuis la trêve de Saint-Aubin du Cormier jusqu'à la majorité du roi est celui d'une paix générale ; mais bientôt Louis IX eut à lutter contre les grands vassaux et les seigneurs , auxquels Pbilippe-Auguste , son aïeul, avait déjà porté de terribles coups. Les comtes de la Marcbe, de Foix et de Toulouse s'unissent au roi Henri III , qui passe la mer avec une armée, et réclame les provinces enlevées à Jean sans | Terre. Les Anglais et leurs alliés sont vaincus par Louis au Bâunie pont de Taillebourg , puis devant la ville de Saintes, qu'il ^b^ril^' réunit à la couronne avec une partie de la Saintonge par **^ le traité de Bordeaux. Les seigneurs révoltés se soumettent, et Henri retourne en Angleterre, invaiaoo l'oui^ l'Orient tremblait alors dans l'attente d'une ef- MonSob Iroyable catastrophe. Les Mongols s'étaient ébranlés, et or!?ot. leurs bandes innombrables sorties de la haute Asie exter-

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minaient tout sur leur passage* Lear avant-garde avait en- Bauuic vahi la terre sainte, et remporté une sanglante victoire sur ^ism!* les chrétiens et les musolmans, que la terreur avait unis ; cinq èents templiers étaient restés sur le champ de hataille, et Jérusalem était tombée aux mains de féroces vainqnenrs. Saint Louis était raaiadeet presque mourant, quand le bruit de ce désastre parvint en Europe. Lorsqu'il se sentit mieux 9 il ordonna, au grand étonnement de tous, qu'on mît la croix rouge sur son lit et sur ses vêtements , et il fit vœu d*aller combattre pour le tombeau du Christ. Sa mère et les prêtres eux-mêmes le supplièrent de renoncer à ce dessein fatal. Ce fut en vain; et à peine fut-il convalescent, qu'il appela près de son lit sa mère et l'évêque de Paris, et leur dit : « Puisque vous croyez que Je n'étais « pas parfaitement à moi-même quand j'ai prononcé mes «( vcBOXy voilà ma croix que J'arrache de mes épaules, je « vous la rends... Mais à présent vous devez reconnaître « que j'ai la pleine jouissance de toutes mes facultés : ren- « dez-moi donc ma croix ; car celui qui sait toute chose « sait aussi qu'aucun aliment n'entrera dans ma bouche , « Jusqu'à ce que j'aie été marqué de nouveau de son signe. « — C'est le doigt de Dieu , s'écrièrent les assistants : que « sa volonté soit faite I »

L'enthousiasme religieux de Louis croissait à mesure qu'il prenait des années, et dominait en lui tout autre sentiment. C'est dans sa conscience, non dans ses intérêts, qu'il convient de rechercher le mobile de toutes ses actions : il joignait une raison éclairée à une àme tendre, pure et généreuse; mais sa foi ardente fut trop souvent aveugle : un faux scrupule de sa part causa les plus grands malheurs. Déterminé à conduire une armée en terre sainte, il sentait que le salut de cette armée dépendait en

202 DEUXISMB ÉPOQUSt

grande partie de la roQte qu'il i4»pWaîA PQW aUe; la plus sûre était celle de Sicile^ contrée saonùse À Frédéric Il ; mais cet empereur était excooimuoié par le pape , soB implacable enuemL Louis, après d'impuissants efforts pour le faire absoudre, craiguit de s'arrêter daus les États d'un monarque réprouvé, et résolut de se diriger yen l'Egypte par Chypre, au lieu de se rendre eu Syrie par la Sicile ; cette faute pieuse fit sa perte. Après avoir féglé toutes les affaires de ses États et laissé la régeuee à sa mère , Louis prend le bourdon de pèlerin et i'oriflaoHiie c^ia, à Saint-Denis , et quitte Paris le 12 juin 1248, pour s'emcrôiâlde. barquer à Aigues-Mortes , \ille qu'il avait, fondée, à

départ grands frais , afin d'avoir un port sur la Méditerranée '. u>Ss^ Le roi séjourne un an à Nicosie, capitale de l'Ile de iS^ Chypre, puis il part pour l'Egypte. Arrivé en vue de Ba-

IMt.

miette, il saute l'épée à la main dans la mer, à la tête de ses chevaliers, repousse l'ennemi, et s'empare de celle ville forte et de ses immenses ressources.

Il fallait alors marcher sur le Caire, et soumettre l'Égypte par une invasion rapide ; mais les crues du Nil alarment le roi , et IL reste cinq mois inactif à Damiette. Il en sort enfin , et arrive sans précaution devantMen9oarah. Les Turcs l'environnent dans une plaine brûlant)^ et lancent sur ses machines et sur son camp du bitume enflammé, connu sous le nom de feu grégeois. LouîB, dans cette situation désespérée, tente ua violent effort : ^^ II ordonne la bataille. Le comte d'Artois , se» frère, "Ira d? se précipite imprudemment v«rs Mensourab» et surprend la ville, où il est enveloppé et tué avec les ebevalien qai

Mure.-

* Ce port est maintenaDt à sec; les eiux, en se retiraDt, ont i une demi-Iieae entre la mer et le rivage.

LIVRB U OHARTSa Y. 3tô

TimtnlTi : le roi, qui n'a fm IméégÊgBt, se replie iur le camp de» Sarrasiiis, 6*eii empare eC8> reaferme ; sa position y devient aassi dangereoae cpie la préeédente. La maladie et les assauts multipliés enlèvent la moitié de ses sold&ts ; ini-méme tombe dangereusement malade : il er« donne la retraite sur Damiette, on il avait laissé la reine et ane forte garnison ; les galères turques lui ferment le passage ; il se voit sans ressources , et tombe prisonnier avec tons ses seigneurs aux mains des musulmans. Un grand nombre de ses soldats apostasient pour éviter la mort; mais lui conserve, dans les fers et sous d'atroces menaces, la nuyesté d'un roi et la résignation d'un chréf tien. La reine Marguerite se montre a Bamiette digne de son époux : au bruit des revers de l'armée, elle frémit de tomber au pouvoir des Turcs, et demande au vieux che* valier qui ne la quittait pas de lui accorder une grâce , celle de la percer de son épée avant que les musulmans aient pu s'emparer d'elle : JTy songeais , madame , répcHidit ce vieux guerrier. Mais Damiette ne fut point emportée de vive force ; Marguerite conserva œtte place comme un gage pour la sûreté du rm : elle fut promise avec quatre cent mille livres pour la rançon royale ; à ce prix, L010Ï& recouvra sa liberté. Ses barons retournèrent en France ; pour lui , il demeura quatre ans encore en Syrie, employant ses trésors à fortifier Tyr, Sidon, et toutes les autres places de Palestine qui appartenaient aux chrétiens. Il appelait en vain ses ^bevaliers aaprès de lui , il s*«ii présentât peu ; mais avant que la nouvelle de sa délivrance se fût répandue, on vit une croisade d'un genre nouveau. Le peuple avait autant d'amour pour le roi que de baine pour les seigneurs qui l'opprimaient Un homme croisade parut tout à coup , affirmant avoir reçu de m vierge Marie toureuux.

204 DSIJXIBME BPOQVB.

une lettre qu'il tenait dans une de ses mains tènjonrs fermée. Elle lui ordonnait, disait-il, de rassembler tous les bergers et pastoureaux chrétiens qu'il pourrait réunir, et de marcher à leur tête à la délivrance du roi ; la victoire était refusée aux puissants, et promise aux faibles et aux humbles. Cet homme sans instruction avait de réioqnence, et bientôt une multitude de bergers suivirent son drapeaa des proscrits et des brigands se joignirent à eux. Les prêtres frappèrent d'excommunication cette multitude indisciplinée, qui se vengea en massacrant à Orléans un grand nombre d'ecclésiastiques. La reine Blanche, favorable d'al)ord à cette association , employa dès ce moment tout son pouvoir à la dissoudre. Les prédicateurs des pastoureaux excitaient les peuples contre les prêtres; ils avaient l'habitude de prêcher entourés d'hommes armés pour leur défense; un jour, parmi ces derniers. Blanche fait introduire un bourreau, qui se glisse derrière leur chef, et d'un seul coup fait rouler sa tête aux yeux des assistants glacés d'horreur; des chevaliers se montrent alors, et dispersent les pastoureaux : ceux-ci sont massacrés par le peuple, qui auparavant les avait honorés, îiw'inc ^^ ^®^°® Blanche meurt en 1253, après une sage rée?îît!i 8®"^® î '® ^^^ conçoit de cette perte une douleur amère ; fl <»yjj;- revient en France, et fait son entrée à Paris, au mois de septembre 1254, portant empreint sur son visage le souvenir de tous ses désastres, tton dî" ^^^^^ s'occupe activement, à son retour, de la réforme •Jîg de son royaume, et déploie les hautes qualités d'un législateur. Il achève d'abattre l'autorité souveraine des seigneurs , en les dépouillant du droit de rendre arbitrairement la justice. Une découverte importante seconda ses efforts. Le code des Ids romaines désigné par le nom de

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Pandeetet de Justinien , et qui régissait Tempire de Constaothiople, fot à cette époque conna en France ; ce recneif, fli jastement célèlnre, avait alors tant de supériorité sur tOQt antre code, qn'il fat salné comme la raison écrite. Il donna une vive impulsion aux esprits, et l'application en fot aussitôt demandée; mais l'ignorance des seigneurs était si grande, qu'il fallut appeler à leur aide des hommes versés dans l'étude des lois pour l'expliquer. Saint Louis introduisit le premier ces légistes dans un parlement qu'il orRanwaconstitua en cour de justice. Cette cour fut composée de f^^trois hauts barons, de trois prélats, de dix-neuf chevaliers , **** et de dix-huit clercs ou hommes de loi prononçant les arrêts : ces derniers parvinrent à attirer à eux toutes les affaires, en éloignant les barons de leurs sièges par l'ennui et le dégoût des procédures : ils usurpèrent ainsi une partie de l'autorité royale, et voulurent la rendre absolue, secondant énergiquement saint Louis dans tous ses projets de réforme et d'empiétement sur les droits féodaux. Ce monarque pieux et humain tenta de mettre fin aux guerres privées entre ses barons, et défendit les combats Judiciaires. Il statua qu'après une offense commise, les deux parties, avant de recourir aux armes, observeraient une trêve de quarante Jours , nommée quarantaine k roi. Il ordonna que les combats Judiciaires seraient remplacés par des débats Juridiques, et accrut considérablement l'autorité de sa couronne en établissant des cas royaux ^ dans lesquels il appelait à lui les causes entre les sujets et leurs seigneurs : les légistes donnèrent à ces appels la plus grande extension. On désigne sous le nom ^Établisse- Étabiisftcfnents de saint Louis un recueil d'ordonnances rendues ""'"^'' par oe monarque pour le peuple de ses domaines. Ce recueil célèbre renferme des lois sages et utiles contre la vé-

Uqa< sanction

206 DBXJXIBMJi ÊFO^liB.

naUté de lu JiMtîeey l'avidité des créaacierg , la coBtndiite par corps et les gaina ucmraices. Louis IX signala aussi rindépendanoe et la ferodelé de scm esj^t JndieiMK «d pii- ^SqM^' bliant la pragmatique sanction, qui devint la base des ' libertés de rÉglisegaUicane ou française. Cette ord<miianee fameuse défendait de levée dans le royaume, sans l'auto* risation du roi , de l'argent pour la cour de Rome» et fixait des cas où il était permis d'appeler de la justice ecclésiastique à la justice royale : ces appels furent connus sous le nom d!appels comme d'abus* Enfin , malgré sa gronde dévotion , il sut tenir en bride le zèle ootré des évéqpies. « Plusieurs prélats, dit Joinville, estant venus trouver le « roy au palais, Tevesque d'Awerre lui dit : <« Sire, ces sei- <igneurs qui sont ici, arcfaevesques et evesques, m'ont « chargé de vous dire ique ia chrétienté pcrit entre tos « mains. » Le roy se signa, et demanda : « Comment eda ? » « Sire, reprit l'evesque, c'est qu'on fait si peu de cas au- «jourd*buy et tous les jours des ezcommumcatîons, que « les gens se laissent mourir excommuniés avant de se faire «absoudre, et ne veulent faire satisfaction a l'Église. « Les prélats vous requièrent. Sire, pour l'amour de Dieu» «que vous commandiez à vos prevosts et à vos bailliâ, « que tous ceux qui resteront excommuniés un an et an «jour soient contramts, par ia prise de leurs biens, à se a faire absoudre, » Le roy içepondit qu'il le commanderoit «volontiers pour tous ceux dont on loi prouveroit qu'ils a eussent tort ; eti'evesque dit qu'il n'appartenoitau roy de a connoitre de leurs causes : mais le roy répliqua qu'il ne « l'ordonnecoit autrement; car ee seroit oontre Dieu et « contre toute raison s'il contraignait les gens à se faire « absoudre, quand les clercs leur feroient tort» « Et de « cela, ajouta le roy, je vous diNanerifti pour exemple le

<eoHae4eBr#t&%Deq;nl «pUtidéfiept apSrtQatexeom»

< munie, centre les pralats de Bretaigoe» et a tant exp^loitéy que le g^^ les a coodamoés tous. Boae, si «j'eusse eontraint le comte de Bretaignci la{MrenQièrea&*

< née» de se faire absoudre» j'eusse meûiict envers Dieu et «envers loi*.»

La demière réforme de saint Louis fut celle des bma-^ Monnaies. Qva^re-vlngts seigneurs avaimit droit de monnayage dans leurs domaines^ Louis fixa la valeur des monnaies de chacun d'eux, et fit partout donner cours à la sienne.

Tant de soins donnés à la prospérité du roywiie et à l'affermissement salutaire de son autorité a'absorbai^t point sa grande âme, et ne la détournaient pas d*oee«pa^ tions d'un intérêt moins général, mais non moins utiHe. Jï établit une bibliothèque publique daas Paris» créa l'bô- ^n^apital des Quinze-Vingts^ destiné à recevoir teois -cents }^^ aveugles : sous son r^ne enfin , Robert de Sorbou fonda ^^ le collège qui porte son nom , la Sorbinne^ et qui devint bonne, le siège de la célèbre faculté de théologie, dont les décisions forent tellement respectées , qu'on l'appela le cmcik perpétuel des Gaules.

La, piété de ee roi vraiment grand , vraiment efarétien, ne consjstaitpasoniquementdans i'observaBce extérieure des ^raUqoesderÉglise:ellejailUssait du c<Bur;eUe consistait ftrtouidaas Tamour de Bleu et dans la sanetifieatioa ifttérieore de l'âme. Joinvilie rapporte à ee sujet «n «tf relien touchant qu'il eut avee ee priaee : « JSeneduil , me dit ■ le roy «n prés^oce de quelques religieux , qu'est-ce que *DieQ ? £t je lui respondis : Sire, c'est si bonne ehofle que 'xaeîllemne ne peut estre.— Viayreaieiit» reprit le Doy; c'est

' Mémoires da sire de Joinvilie.

208 nnxtkmn BPbQus.

« fort bien rcspondu ; car cette réponse qne toos avez Caite « est eserite en ee livre qoe Je tiens en main. Or, je vous « demande, dit-il, lequel vous aimeriez mieux ou d'estre « leprenx , on d'avoir fait un péché mortel? — Et moi qui « oncqnes ne lui mentis , Je respondis que f aimerois mieux « en avoir fait trente que d'estre lépreux. » Et quand les « frères forent partis , il m*appela tout seul , me fit asseoir « à ses pieds, et me dit : « Vous parlez sans reflexion , « comme un estourdi ; car il n*j a si vilaine lèpre comme «celle d'estre en péché mortel, parce que Tame y est « semblable au diable d'enfer. C'est pourquoi nulle lèpre «ne peut estre si laide. Quand l'homme meurt, il est <' guéri de la lèpre du corps ; mais quand l'homme qui a « fait le péché mortel meurt , il n'est pas certain qu'il ait « eu tel repentir que Dieu lui ait pardonné. Aussi grande « peur doit-il avoir que cette lèpre dure autant que Dieu «sera en paradis. Ainsi, je vous prie, ajouta-t-il, tant ff que je puis, que vous ayez à coeur, pour l'amour de Dieu «et de moi, de préférer que toute maladie advienne à « votre corps , plutost que le péché mortel advienne à « vostre ame. »

« Il me demanda si je lavois les pieds aux pauvres le « jour du grand jeudi (jeudi saint). « Sire, lui dis-je, ja- « mais les pieds de ces vilains ne laverai-je. — Vraye- « ment , reprit-il ; c'est mal parlé. Car vous ne devez avoir n en desdain ce que Dieu a faict pour nostre eos^gnement. « Aussi je vous prie, pour Tamour de Dieu et pour l'amour « de moi , que vous vous accoutumiez à laver les pieds des « pauvres '. »

Unissant à cette piété touchante un grand zèle pour

* Mémoires du sire de Joinyllle.

LITRB I. CHAPITRE V. 209

réqaité) Louis enseignait Inî-méme le respect qu'on doit aox lois : il aimait à rendre la Justice en personne à ses sujets. « Maintes fois, dit encore Joinville, il advint qu'en « esté il alloit s*a$seoir au l)ois de Vincennes aprez la messe ; « et s*appayant à un cbéne, il nous faisoit asseoir autour « de lui ; et tous ceux qui avoient affaire venoient lui par- « 1er librement , sans empeschement d'huissiers ni d'au- « très '. »

Plus d'une fois il prononça des arrêts sévères contre les membres de sa propre farniHe, et contre les seigneurs qui vivaient dans son intimité. Cependant , malgré tant de sagesse et un zèle si pur, il commit plusieurs fautes par des erreurs qui appartenaient encore plus à son siècle qu'à luimême : il prononça des peines cruelles contre les juifs et les hérétiques, et cent cinquante banquiers ou négociants d'Astf furent saisis par son ordre et jetés dans les cachots, pour avoir prêté de l'argent à intérêt, quoique à un taux très-modéré. Un scrupule fatal à la France tourmentait rame de ce saint monarque. Les conquêtes de son aïeul Philippe-Auguste, et les confiscations faites sur la couronne Traité d'Angleterre, lui pesaient^ et paraissaient comme desusur- . \m^' pations à ses j'cux ; il conclut à Abbevifle, en 1 259, contre ^^J^^^ Tavfs de ses barons et de sa fiimilie, un traité par lequel il A^^Jv rendait à Henri I!ï le Périgord , le Limousin, T Agénois , le ÎÏJjtK: Quercy, la Saintonge, tandis que Henri renonçait de son *^*''' côté à ses droits sur la Normandie, l'Anjou , le Maine, la Touralne et le Poitou. Les préjugés et les scrupules de saint Louis l'engagèrent seuls à conclure ce traité défavorable , que' le monarque anglais n'eût jamais pu obtenir par les armes. Ce pritice était alors en guerre avec les

' Mémoires du sire de JoinVille. . ,

210 DfilJXIBMS ÉPPQUJ&.

Arbitrage baroDS, qui lui arrachèrent des em)eeaBîoiifi.eoiiQQes sous

lodu Dc le nom de provisiam d'Oxford^ et par leexpieUes ils

Henri^in exercèrent une partie de TAUtorilé royale. TaHe était la

^îwT* réputation de saint Louis ^ que d'un eoamwi aoeord il

fut pris pour arbitre entre eax et leur souverain. U décida

en faveur de Henri III, et les provisions d-OxAxd forent

annulées.

A peu près à la même époque où Louis signait avec le roi d'Angleterre le traité d'Abbeyille, il signait avec le roi d'Aragon le traité de CorbeU, par iequd ce prince abandonnait tous les Ae& qu'il possédait encore dans le Languedoc, et ses droits sur k Provence^ moyennant la renonciatîsn, de la part de la France^ à la suzeraineté des comtés de Barcelone « de Roussillon et de C^dagne. Le roi d'Aragon ne conserva en France que la seignrarie de Montpellier.

Saint Louis avait perdu son fils atné, et plusieurs nombres de sa famille se. montraient turbulents ou dangereux pour la France ; Cbarles d'Apjou son frère, prince ambitieux et cruel , héritier^ par son mariage avee Séatrix de Provence, du pinssant comté de ce nom, donnait aa roi de vives inquiétudes; et, dans l'intention de l'étoigner, Louis favorisa ses projets sur Naples et la SieHe.

L'illustre maison de Souabe était abattue; Frédéde II ,

son dernier empereur, venait de mourir en luttant contre

le pape, qui vendit son iiéritage et offrit au roi de France

le royaume de Naples, où régnait alors Manfced, bâtard

Fonda. ^P Frédéric U. Saint Louis refusa pon^r luiroiéaiey et per*

^S£è^ mit à s(m frère d'acqepter. Chaf les. d'Anjou ^itla ^^

d^qfoâà France avec une armée provençi^e ; et six «as pins tard,

BaïïiSen t266, la bataille de Grandella, où périt Manfred

oc Gran- ' a* "

1^; affermit la couronne de Naples et de Sfcile sur sa tête.

L'Orient ^ifpelait pIiM vivemeat que jamais l'MteatiOD cbate de de saint Louis. L'empire latin de Gonstaatinople n'étafit teSFdS pins ; les Grecs avaient rqprjs cette viUe en 1241 . Profi- jSSôpiê? tant des divisions des cbréliens de Syrie» Bendoedard, sultan d'Egypte, avait fait de rapides eoiMiuétes en Palestine : Césaréfiy Jaf(a| Antioehe, étaient tombées en son pouvoir : cent mille dirétiens avaient été massacres dans cette dernière ville. Au bruit de cet elfroyaUe désastre, saint Louis fit voeu de se croiser une seconde fois ; il ^'J^ visita en pèlerinage les piîncipales églises de sou royaume, ct^^l s'embarqna encore à Aigues-Mortes en 1270 , et fit voile ^^^^^^ pour Tunis. Il avait donné rendez-vous à son frère, ^^

* y ponr la

Charies d'Anjou, dans les murs de rancienne Gs^tliage : il ^^^ aborda vis-à-vis de cette ville ruinée, et eut à souffrir des ^*'^' maux iufinis de la sécheresse du sol , de Tardeurdu sdell et des flèclies des Maures. La peste emporta bientôt une partie de son armée, qu'il tenait dans une inaction fatale ; elle firappa son second fils, le comte de Nevers ; il en fut atteint lui-même au l)Out d'un mois. U employa ses der* Exhoru-

tions de

niers moments à donner d'utiles conseils à Philippe, son «samt troisième fils et son héritier : « Beau fils, lui dit-il, la à^^ïîSL « première chose que je t'enseigne, c'est que t9 aimes Dieu, « car sans cela nul ne peut être sauvée Aie le coeur doux « et pitoyable pour les pauvres^ pour les faibles, et les corn* « porte et aide selon ce que tu pourras* Maintiens les bonnes « coutumes du royaume et détruis les mauvaises. Ne convoite

• pas le bien de ton peuple , et ne le charge d'im|iôts ni de « tailles. . . Aie soin d'avoir en ta compagnie des gens pru* « d'hommes et loyaux >qui ne soient f as pldns deconvoitisej « fuis et évite la compagnie des mauvais. Écoute volontiers « la parole de Dieu , et la retiens en ton cœur ; et recherche « volontiers prières et pardons. Aime ton honneur^ et hais le

212 BSUXIÈMS SFOQVB.

« mal , quelque part qoMI soit. Sois loyal et roide pour rendre « la justice à tes sujets, sans tourner à droite ni à gauche; « mais aide et soutiens la querelle du pauvre Jusqu'à ce que « la vérité soit éclaircie. Garde les coutumes de ton royaume ; « et s'il y a aucune cliose à amender, amende-le et le cor- « rige. Donne les bénéfices de la sainte Église à de bonnes « personnes et de vie sans tacbe, et iîais-ie par le conseil de « gens probes. Garde-toi d'émouvoir guerre sans grande né- « cessité contre hommes chrétiens. Prends garde que les dé- « penses de ton hôtel soient raisonnables; enfin , très-cher « fils , fais chanter messes pour mon âme , et dire prières « pour ton royaume. . . Je te donne toutes les bénédictions « qu'un bon père peut donner à son fils... Que Dieu te fasse « la grâce de faire toujours sa volonté , pour qu'après cette « vie mortelle nous poissions être avec lui, mon fils, et le « louer ensemble '. »

Le roi se livra ensuite tout entier à des pratiques religieuses : il voulut , avant d*expirer, être tiré de son lit et étendu sur la cendre : il y mourut , tenant toujours les bras en croix. « Le lundi , le bon roy tenditses mains joinctes au « ciel, et dit : «Sire Dieu, aye merci de ce peuple qui ici de- « meure , et le conduis en son pays : qu'il ne tombe en la «main de ses ennemis , et qu'il ne soit contrainct à renier « ton saint nom ! » Peu avant sa mort, et tandis qu'il re- <t posoit , il soupira et dit à voix basse : « 0 Jérusalem ! ô «Jérusalem M» Ses dernières pensées furent pour Dieu, Mort de pour la clté sainte, pour la France; et il rendit l'esprit le hôiSs. 25 août 1270, après avoir désigné pour régents du royau- 'me Matthieu de Saint-Denis et Roger de Nesle. Aucun roi

* Mémoires du gire de JoinTÎlle.

' Pétri Epist., ap. Spîcilegiuin.

ne fot plus digne de l'admlrati^a des hommes, el.seul de toute sa race il obtint de l'Église les iioaneunde la eano*

nisation.

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