CHAPITRE PREMIER
De Touverture de la Convention nationale à la chute des girondins. 20 septembre 1792 — 2 juin 1793.
Ouverture L* Assemblé législative s*était dissoute elle-même ; celle ïatioial?" ^^^ '^* succéda ouvrit ses séances le 20 septembre I7 9î, et prit le nom de Convention nationale : son premier acte fut d'abolir la royauté et de proclamer la république; La elle déclara ensuite qu'elle daterait de Tan i®"* de la réest publique française. Ces mesures furent décrétées par un
proclamée. *^ ^.' ,,.*., . .,7
so septembre votc unauimc ; mais bientôt les deux partis qui s étaient Partis divisés à la fin de la législative recommencèrent une
iAssembiée. guerre acharnée dont Fissue fut mortelle à l'un et à l'autre. Ces partis étalent celui des girondins^ qui siégeaient à droite dans TAssemblée, et celui des montagnards^ qui occupaient la crête de la gauche, d'où leur vint le nom sous lequel ils furent désignés. Les premiers auraient désiré un régime légal et les formes d'un gouvernement constitutionnel dans la république, objet
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delears voeax, et qu'ils avaient établie : ils mesuraient avec inquiétude l'abîme ouvert devant eux, et après avoir eux-mêmes décbalné la multitude contre le trône, ils s'efforçaient de la contenir ; ils auraient voulu, vaine espérance 1 qu'elle désarmât et qu'elle abdiquât entre leurs mains. Les montagnards, moins éclairés, moins éloquents que les girondins, étaient plus audacieux, et nullement scrupuleux sur le choix des moyens ; la démocratie la plus extrême leur semblait le meilleur des gouvernements : ils avaient pour chefs principaux Danton, Robespierre et Marat. Ces deux derniers surtout étaient particulièrement et avec raison en horreur aux girondins : Robespierre, doué de talents médiocres, mais dévoré d'envie et d'ambition, s'était jusque-là tenu à part, se prononçant soit dans la Constituante soit aux Jacobins, où il régnait, soit enfin à la Convention, contre tous ceux qui tour à tour y avaient obtenu l'ascendant ; il aspirait au premier rang, et, associant la cause de sa vanité aux passions populaires^ il triomphait de toute supériorité en la frappant du nom, odieux alors, d'aristocratie et de privilège; il se distinguait aux yeux de la multitude par les apparences d'un patriotisme austère, et la captivait en lui prodiguant les biens des vaincus et leur sang. Marat, fanatique furieux, s'était fait l'apôtre du meurtre dans ses discours et dans son infâme journal l'Ami du peuple : il prêchait le recours à la dictature, pour combattre les ennemis de la révolution, et l'extermination en masse pour s'en défaire. Ces deux chefs, dignes l'un de l'autre, laissaient déjà loin derrière eux Danton et ses partisans, qui auraient préféré, dans la carrière du meurtre, s'arrêter aux massacres de septembre. Les girondins l'emportaient dans l'Assemblée sur leurs rivaux, et les départements leur étaient favorables ; mais la commune de Paris était dévouée aux montagnards, qui disposaient par elle et par les jacobins des sections et des faubourgs.
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Un troisième parti» sans opiaion prononcée et sans système, flottait entre les deux autres : c'était celui de la plaine ou du marais. Il était composé d'hommes pour la plupart bien intentionnés, mais dépourvus de caractère; ils votèrent pour la Gironde, et lui donnèrent la majorité aussi longtemps qu'ils furent sans alarmes pour eux-mêmes ; la peur les jeta ensuite dans les rangs opposés.
Les girondins, et entre autres le marseillais Barbaroux, accusèrent Robespierre de viser à la tyrannie ; cette accusation, mal soutenue, retomba sur Marat, qui chaque joor préconisait les massacres : il voulut se justifier ; son aspect à la tribune excita un mouvement d'horreur ; et lorsque cet homme ati*oce, restant imperturbable» eut dit : « J*ai dans cette assemblée un grand nombre d'ennemis personnels,» — Tous! tous! fut le cri général; et cependant cette attaque n'eut pas de suite. Elle fut reprise quelques jours plus tard contre Robespierre. Personncy avait-il dit, n'osera m' accuser en face! — Mgi! s*écria Louvet; et» courant à la tribune, il foudroya Robespierre par l'improvisation la plus éloquente, faisant précéder chaque nouvelle énumération de griefs par cette redoutable formule : Robespierre^ je f accuse. Le tyran fttur eût été vaincu ce jour-là; mais il demanda une semaine pour préparer sa défense, et Tordre du jour termina cette lutte. C'est ainsi que les girondins, par leurs attaques, grandissaient eux-mêmes l'importance de leurs ad versaîres ; ils ne sentaient pas qu'ils devaient les vaincre et les écraser, sous peine de périr eux-mêmes. Impuissants contre la commune, ils abandonnèrent encore k leurs ennemis le club des Jacobins, et irritèrent la population de Paris en demandant que la garde de l'Assemblée fbx conûée à un corps tiré des départements. De là leur vint le nom de fédéralistes , avec le reproche de vouloir soulever la province contre la capitale, tandis que les mon-
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tagnards faisaieBt décréter Tunité et rindivisibilité de la république.
Nos armes triomphaient en Belgique. Le général Clair- ^M^n feit avait rejoint l'archiduc Albert devant Mons, et leurs ^^SUS^cf^ années réunies couvraient les hauteurs qui portent les * °^:i^^^^ villages de Jemmapes, Guesmes et Berlaimont. La position des Autrichiens, défendue par de nombreux abatis, des pentes rapides, des bois, quatorze redoutes et une artillerie puissante, semblait inexpugnable ; leur cavalerie, postée dans Tintervalle des coteaux, surtout entre Jemmapes et Guesmes, se tenait prête à fondre sur nos colonnes aussitôt que le feu des batteries les aurait ébranlées. Dumouriez forme son armée en demi-cercle parallèlement à l'ennemi : les généraux Ferrand et Beurnonville commencent l'attaque par les ailes. La gauche des Français fait fléchir l'ennemi, et aussitôt Dumouriez porte le centre en avant contre Jemmapes. Soa infanterie s'avance en colonnes serrées sous un feu meurtrier; mais alors la cavalerie autrichienne s'ébranle : à ce mouvement une brigade française recule, et découvre, sur la droite, le flanc de nos colonnes. L'attaque allait échouer lorsque le jeune Baptiste Renard, simple domestique de Dumouriez, s'élance, signale le danger, et ramène la brigade à rennemi. Déjà l'alarme avait gagné les bataillons de l'attaque du centre, et ils tourbillonnaient sous le feu des batteries ; mais le duc de Ghartres, fils aîné du duc d'Orléans, les rallie , il forme autour de loi une troupe d*élite, et rétablit le combat. Dumouriez court à la droite aa moment où l'intrépide Dampierre s'élançait dans une redoute autrichienne; il rassemble quelques bataillons épars, repousse la cavalerie ennemie, et, entonnant la Marseillaise à la tête de ses bataillons, il fond sur les retranchements des Autrichiens, les renverse, et enlève le village du Guesme. La bataille était gagnée; les Autrichiens forent rejetés au delà de la Roér, et le général vainqueur
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conjuéte entra le 14 à Bruxelles, tandis que ses Heutenants s'emla Belgique, paraient de Namur et d'Anvers : la Belgique entière fat soumise.
Dès lors commencèrent les divisions entre Bumouriez vainqueur et les jacobins. Ceux-ci fondirent sur les provinces conquises comme sur leur proie. Les Flamands, las du joug des Autrichiens, avaient reçu les Français avec enthousiasme et comme des libérateurs : les jacobins les aliénèrent en les frappant de réquisitions et eu les livrant à une odieuse anarchie. Dumouriez, indigné, se rendit à Paris dans le double but de réprimer leurs violences et de sauver Louis XVI : ses efforts furent impuissants.
L'infortuné monarque languissait depuis quatre mois dans la tour du Temple, avec la reine, ses deux enfonts, et sa vertueuse sœur madame Elisabeth, partageant ses moments entre la lecture et l'éducation du Dauphin. La commune exerçait surces captifis une surveillance cruelle, et les abreuvait d'amertume. La discussion sur le procès du roi s'ouvrit dans la Convention le 23 novembre; les principales charges contre Louis XVI résultaient de papiers trouvés aux Tuileries^ dans une armoire de fer, dont le secret avait été indiqué au ministre Roland. Là furent découverts les complots de la cour contre la révolntioo, ainsi que les arrangements avec Mirabeau et le général Bouille. Enfin d'autres papiers, trouvés dans les bureaux de la liste civile, semblaient établir que Louis n'était pas resté toujours étranger aux mouvements tentés par l'Europe en sa faveur. Mais, comme roi, la Constitution le déclarait inviolable; d'ailleurs il était déchu, et n'aurait pu être condamné qu'au mépris de toutes les lois, poor des actes antérieurs à sa déchéance. Les montagnards sentaient eux-mêmes Till^alité de la procédure dirigée contre lui. Robespierre, en demandant sa mort, repoussa les formes comme mensongères, et ne fit valoir, avecSaint- Just, quela raison d'État : a Que ne doivent pas craindre
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« parmi noos, dit oe dernier, les bons eitoyens nxoïs « de ]a liberté, en voyant la hache trembler dans vos « mains, et nn peuple dès le premier Jour de sa liberté « respecter le souvenir de ses fers! »
La Montagne (i), en poursuivant avec acharnement la condamnation du roi, voulait abattre la Gironde, qui avait hautement manisfesté le désir de le sauver. La grande majorité de TAssemblée persista dans Tintention de soumettre ce grand procès à des formes juridiques ; et Louis XYI, déjà séparojle sa famille, parut en accusé devant la Convention, qu'il ne récusa point. Sa contenance ^ fat ferme et noble, ses réponses précises, touchantes et looIs xvi. presque toujours victorieuses. Reconduit au Temple, il demanda un défenseur, et indiqua Target et Tronchet. Le premier refusa; le vénérable Malesherbes s'offrit à sa place, et écrivit à la Convention ces paroles mémorables : a J'ai été appelé deux fois au conseil de celui (( qui fut mon maître dans le temps que cette fonction était « ambitionnée par tout le monde ; je lui dois le même « service lorsque c*est une fonction que bien des gens < trouvent dangereuse. » On lui accorda sa demande, dont Louis XVI fut profondément touché. Lorsqu'il le vit, il le serra dans ses bras, et lui dit, les larmes aux yeux : « Vous exposez votre vie, et vous ne sauvez <' pas la mienne. x> Malesherbes, tenant les mains du roi pressées sur ses lèvres et les baignant de larmes, se dit heureux encore de pouvoir lui consacrer un reste de vie; pois il essaya de rendre à Tauguste captif Tespérance dans la justice de ses juges et dans la pitié de ses persécuteurs, a Non, non, répondit le roi, il me feront mourir, « j'en suis sûr; ils en ont le pouvoir et la volonté ; n'im- « porte, occupons-nous de mon procès comme si je de-
(1) Od appelait la Montagne le parti des montagnards, et la Gironde celai des girondins. Voyez ci-dessiis page 276.
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(( vais le gagser ; et je le gagnerai ea effet, pulisque la mé- (c moire que je laisserai sera sans tache. »
Tronchet et Malesherl>es s'occupèrent aussitôt de sa défense, et s'adjoignirent Desèze, avocat de Bordeaux établi à Paris.
Depuis que son procès était commencé, Louis XVI, séparé de sa famille par Tordre de la Convention^ et tenu au secret, ne pouvait plus communiquer avec aucun des êtres qui lui étaient si chers. Leurs souffrances, leurs périls et leur amour étaient sans cesse présents à sa peo* sée. Le 19 décembre il dit, à Theuredu déjeunera Gléry, sou unique serviteur, devant les quatre municipaux de garde : « Il y a quatorze ans, vous fûtes plus matinal qu'aujourd'hui. » Un sourire triste révéla à Cléry le sens de ces paroles. « C'est le jour, poursuivit le « roi, où naquit ma fille I Aujourd'hui, son jour de « naissance, être privé de la voir I d Des larmes mouillèrent ses yeux : les municipaux gardèrent le silence, et semblèrent respecter ce souvenir des jours heureux, qui traversait sa prison pour le rendre plus sombre (l).
Le lendemain, Louis XYI écrivit on testament, pages sublimes d'une àme chrétienne prête à paraître devant son Dieu : il y léguait sa reconnaissance à ses serviteurs, son pardon à ses ennemis, a Je pardonne, dit-il, de tout mon cœur à ceux qui se sont faits mes ennemis sans que je leur en aie donné aucun motif, et je prie Dieu de leur pardonner, de même qu'à ceux qui, par un zèle mal entendu, m'ont fait beaucoup de mal.. . Je le prie de jeter des yeux de miséricorde sur ma femme, mes enfants^ oi sœur, qui souffrent depuis longtemps avec mol, de les soutenir par sa grâce s'ils viennent à me perdre et tant qu'ils resteront dans ce monde périssable... Je recommande à mon fils, s'il avait le malheur de devenir roi,
(1) Lamartine, HUL des Girondins ^ t. V.
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de songer qu'il se doit tout entier an bosAMur de ses eoocitoyens, qu^il doit oublier toute haine et tout ressentiment, et nomméinent ce qui a rapport aux malheurs et aux chagrins que j'éprouve... Je finis en déclarant devant Dieu, et prêt à paraître devant lui^ que je ne me reproche aucun des crimes qui sont avancés contre moi... »
Le roi fat conduit une seconde fois à la Convention, et parut à la barre accompagné de ses défenseurs. Desèze lut la défense, et termina son plaidoyer pathétique par ces paroles solennelles et vraies : a Louis, monté sur le « trône à vingt ans, y porta l'exemple des moeurs^ lajus- « tice et l'économie ; il n'y porta aucune passion corrup* « triée; il fut l'ami constant du peuple. Le peuple voulut a qu'un impôt désastreux fût détruit, Louis le détruisit ; le <r peuple voulut l'abolition de la servitude, Louis Tabolit; ff le peuple sollicita des réformes, il les fit; le peuple voua lut changer ses lois, il y consentit ; le peuple voulut que <r des millions de Français recouvrassent leurs droits, il « les leur rendit ; le peuple voulut la liberté, il la luidon- « na. On ne peut pas disputer à Louis la gloire d'avoir été (T au-devant du peuple par ses sacrifices ; et c'est lui « qu'on vous a proposé... Citoyens, je n'achève pas, je « m'arrête devant l'histoire : songez qu'elle jugera votre « jDgement et que le sien sera celui des siècles. »
Louis XVI sortit avec ses défenseurs, et aussitôt un violent orage s'élève dans l'assemblée. Lanjuinais, indi* gné, s'élance à la tribune, et demande Pannulation delà procédure ; il s'écrie que le temps des hammes féroces est passé; qu'il ne faut pas déshonorer l'Assemblée, en lui faisant juger Louis XVI ; que personne n'en a le droit en France ; que si l'Assemblée veut agir comme corps politique elle ne peut prendre que des mesures de sûreté contre le ci-devant roi; mais que si elle agit comme tribunal elle est hors de tous les principes ; car c'est faire juger le vaincu par le vainqueur lui-même, puisque la plupart des
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membres présents se sont déclarés les conspiratean da 10 août A ce mot, il s'élève un tamulte épouvantable; de toutes parts on crie : <r A Tordre I à 1* Abbaye 1 o LanjQinais intrépide et calme, ajoute : « Plutôt mourir mille fois a que de condamner contre toutes les lois le tyran même <c le plus abominable! d Une foule d'orateurs succèdent à Lanjuinais. Saint-Just enflamme la haine des eoDemis de l'infortuné prince en le représentant, avec une douceur hypocrite, sous les plus odieuses couleurs. Rabaod- Saint-Étienne, ministre protestant, qui déjà s'était honorablement distingué comme membre de la Constituante, s*indigne à son tour de Taccumulation de pouvoirs qu'exerce la Convention. <t Quant à moi, dit-il, je suis las de ma a portion de despotisme ; je suis bourrelé de la tyrannie a que j'exerce pour ma part, et je soupire après le moa meut où vous aurez créé un tribunal qui me fasse pera dre les formes et la contenance d'un tyran... Vous « cherchez des raisons politiques; ces raisons sont dans a rhistoire... Le peuple de Londres, qui avait tant pressé a le supplice du roi, fat le premier à maudire ses juges et « à se prosterner devant son successeur... Il courut as- « sisterà leur supplice... Peuple de Paris, parlement de tf France, m'avez-vous entendu? » Le sombre Robespierre parut alors, et dit, plein de fiel et de colère : a La dernière preuve de dévouement que nous devons à la «( patrie, c'est d'étouffer en nos cœurs tout mouvement ff de sensibilité. » Il se répand en invectives et en perfides insinuations contre les députés de la Gironde, qui dans ce moment critique gardent un prudent silence; pour lui, il dira toute sa pensée : il demande qne Louis XVI soit condamné, il veut que son sang soit répandu.
Ces débats orageux se prolongent trois jours; enfin Vergniaud prend la parole, Vergniaud, le plus grand orateur du parti girondin : on l'écoute dans un profond
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silence. 11 se prononce pour Tappel au peuple; il repousse avec énergie les perfides insinuations de Robespierre; il prédit tous les dangers qui résulteront pour la France d'uQe condamnation précipitée : a Les puissances, dit-il, 8 n'attendent que ce dernier prétexte pour fondre toutes a ensemble sur la France : on les vaincra sans doute, « rhéroïsme des soldats français en est un sûr garant; a mais la victoire vaéroe demandera un surcroit de dé^ « penses et d'efforts... Quelle reconnaissance vous devra a la patrie pour avoir fait couler des flots de sang de « plus sur le continent et sur les mer&, et pour avoir exercé « en son nom un acte de vengeance devenu la cause « de tant de calamités. Le corps social, fatigué des as- « sauts que lui livreront au debors les ennemis armés, au « dedans les factions soulevées, tombera dans une lan- « gueur mortelle. Craignez qu'au milieu de ses triom* 6 phes la France ne ressemble à ces monuments fameux « qui dans TÉgypte ont vaincu le temps : l'étranger qui 0 passe s'étonne de leur grandeur; s'il veut y pénétrer, 0 qu'y trouve-t-il? Des cendres inanimées et le silence « des tombeaux. » Vergniaud demande s'il n'est pas à craindre que le peuple n'attribue alors tous ses maux à la Convention : a Qui me garantira, poursuit-il, a qu'aux cris séditieux de la turbulence anarcbique ne d viendraient pas se rallier l'aristocratie avide de ven* « geance, la misère avide de cbangement, et jusqu'à la <i pitié que des préjugés invétérés auront excitée sur le <i sort de Louis? Qui me garantira que, de cette tempête (( où Ton verra sortir de leurs repaires les tueurs du 2 « septembre, on ne vous présentera pas tout couvert de d sang, et comme un libérateur, ce défenseur ^ ce cbef « qu'on dit être si nécessaire ? Un chef! Ahl si telle était cr leur audace, il ne paraîtrait que pour être à l'instant « percé de mille coups. Mais à quelles borreurs ne serait « pas livré Paris I... Qui pourrait habiter une cité où
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a régneraient la terrear et la mort? Quelles mains « essuieraient vos larmes et porteraient des secours à vos «r familles désespérées? Iriez-vous trouver ces faux amis, « ces perfides flatteurs qui vous auraient précipités dans <K rabhne? Ahl fuyez- les plutôt : redoutez leur réponse! «r Je vais vous l'apprendre. Vous leur demanderiez do <K pain, ils vous diraient : Allez dans les carrières dîspu- « ter à la terre quelques lambeaux sanglants des vie- « times que vous avez égorgées! ou: Voulez -vous du « sang? prenez, en voici ! du sang et des cadavres : a nous n'avons pas d'autre nourriture à vous offîîrl... tf Vous frémissez, citoyens! Orna patrie I je demande « acte, à mon tour, des efforts que je fais pour te sauver ce de cette crise déplorable. »
L'impression produite par ce discours prophétique fut profonde , et l'Assemblée hésitait, divisée en deux parts. Brissot, Gensouné, Pétion soutinrent l'appel au peuple; Barière le combattit : sa souplesse cauteleuse , sa froide éternelle logique, abondante en raisons spécieuses , triompha de l'éloquence de Vergniaud. La clôture de la discussion fut prononcée , et un décret fixa l'appel nomi* nal au 14 janvier. Trois questions furent soumises au vote : la culpabilité, Vappel au peuple et la peine. Les passions étaient aveugles^ implacables , et un vote unanime déclara Louis coupable. L'appel au peuple fut écarté; U restait à résoudre quelle peine serait infligée. L^agitation était au comble dans Paris; une multitude furieuse proférait à la porte de TAssemblée d^eflroyables menaces contre ceux qui inclinaient à la clémence. Uu grand nombre parurent intimidés; Vergniaud lui-même» qui présidait , sentit fléchir le courage qu'il avait m<mtré les jours précédents» et opina lâchement pour la mort Enfin, après quarante heures d'appel nominal, il prononça, d'une voix émue, le résultat du scutin. Sur sept cent vingt et un votants, la mort fut prononcée à k
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majorité de vingt-six voix. Les défenseurs de Louis XVI , Desèze etXronchet^ protestent contre Tarrèt; Maiesherbes veut parler, et les sanglots étouffent sa voix. La proposition d*un sursis est rejetée, deux jours plus tard, À la majorité de trois cent quatre-vingt-dix contre trois cent dix , et l'exécution de la sentence est fixée au lendemain 21 janvier.
Louis avait demandé un prêtre, en désignant Fabbé Edgeworth de Firmont. Cette demande fut accordée. M. Edgeworth vint au Temple, et aussitôt qu'il vit le roi , il voulut se jeter à ses pieds : Louis le releva, et le reçut dans ses bras. Une dernière entrevue avec sa famille avait été permise à l'infortuné prince ; les officiers monicipaux , ne voulant point le perdre de vue un seul instant, décidèrent que l'entrevue aurait lieu dans une salle dont une porte était vitrée et laissait voir ce qui se passait à l'intérieur. Louis XVI y entra à huit heures, et Dernière s'y promena quelque temps avec anxiété, dans Tattente '"'^e^^^ des êtres qui lui étaient si chers. A hait heures et demie ^ïîe?^' une porte s'ouvrit : la reine parut , tenant le jeune Dau- ** **"*"*' phin par la main ; sa fille et madame Elisabeth la suivaient : elles se jetèrent ensemble dans les bras du roi avec de douloureux gémissements. Aprèà un long et déehirant entretien, le roi se leva et mit un terme à cette cruelle scène eu promettant de revoir sa famille le lendemain. Malgré cette promesse, qui ne devait point s'accomplir, les adieux furent des sanglots et des cris. Louis XYI s'arracha enfin à ces poignantes émotions; il rejoignit seul l'abbé Edgeworth , et retrouva auprès de lui de la résignation et du calme. Il ne songea plus qu'à se préparer à la mort. Vers minuit il se coucha, et s'endormit. Gléry, son fidèle et unique serviteur, demeura debout auprès de lui, contemplant le sommeil paisible de son maître à la veille du supplice. A cinq heures du matin le roi s'éveilla. Gléry alluma du feu, fit d'une
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commode un autel. L'abbé Edgeworth dit la Louis XVI reçut à genoux la communion des mains du prêtre, et se releva avec le courage du chrétien et du juste.
Déjà le tambour battait dans Paris, et les sections prenaient les armes. A huit heures Santerre, avec une dépntation de la commune, du département et du tribunal criminel, se rend au Temple. Le roi se dispose à partir ; il épargne à sa famille et à lui-même une nouvelle séparation, plus horrible que celle du jour précédent; il charge Cléry de transmettre ses adieux à sa femme, à sa sœur et à ses enfants ; il lui remet pour eux des cheveux , quelques bijoux, et présente son testament à un officier manîcipal; puis il donne avec calme le signal du départ. Deux lignes d'hommes armés bordaient le chemin jusqu'à la place de la Révolution, et partout au passage de la fatale voiture il se fait un profond silence. Â dix heures et df demie Louis XVI arrive à la place de la Révolution. Là sijaavier* autour de réchaufaud un vaste espace était laissé vide, des canons étaient braqués alentour, et des fédérés »a armes contenaient les flots de la populace, qui à la vue de la victime poussa quelques cris féroces. Le roi se déshabille lui-même; et comme il refusait de se laisser iier les mains par ses bourreaux , Tabbé Ehgewortb le regarde , et lui dit. a Souffrez cet outrage , comme une a dernière ressemblance avec le Dieu qui va être votre a récompense. » Louis se résigne : il se laisse lier et conduire sur Téchafaud. Là , se séparant tout d*un coup des bourreaux , et s'adressant à la multitude : a Je mèun dr innocent, dit-il ; je pardonne à mes ennemis ; et vous, a peuple infortuné.... » Un roulement de tambours couvrit sa voix ; les bourreaux le saisirent : ce Fils de saint a Louis , montez au ciel ! a dit Tabbé Ëdgeworth : déjà Louis XVI avait cessé de vivre.
Ainsi périt , le 2 1 janvier, après dix-huit ans de règne,
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on des rois qui ont le plus honoré le trône par lears ver- consKiératus , il eut la droiture d'intentions nécessaire pour com- géDéniet
^. .. /- .• , . . - , sur la mort
meocer d utiles réformes; il lui manqua la force deçà- darui. ractère indispensable pour les maintenir, pour diriger la révolution et la conduire au port. Sa mort est un^rstnd crime, -dont la France ne fut pas complice et dont pourtant elle porta la peine. Elle déculpla les périls de la révolution, irrita la fureur des partis, et les premiers châtiments tombèrent sur ses principaux auteurs. Les girondins y au 10 août» avaient précipité le roi du trône : ils auraient voulu sauver sa vie ; mais la plupart n'osèrent prendre sa défense : ils redoutaient le nom de contre-révolutionnaires et de complices des tyrans, sous lequel leurs ennemis les désignaient; et plusieurs même» entre autres Vergniaud, donnèrent malgré eux un gage criminel de leur dévouement à la révolution en votant la mort du roi : ils furent victimes de leur lâcheté. L'iniquité du supplice de Louis XVI , en multipliant les dangers autour de la Convention, reutrainait dans une voie nouvelle de fureur^ et de violences, où il ^ ,
devenait impossible de TarrèterQ^ous verrons ainsi chaque nouveau crime de cette assemblée fameuse enfanter autour d'elle de nouveaux ennemis et la contraindre À redoubler de mesures cruelles et tyraniques pour les combattre : c^. seulement ..de cette manière que. doit être admise et entendue la. fetalité historique des événe- mcDts'de lajéyolutiont^Si après Jemmapes la vie de Louis. XYÏ eût été le gage de la paix entre la France et TËurope , qui oserait dire que Tatroce dictature du comité de Salut public fût devenue indispensable pour sauver la patrie?
Après l'attentat du 21 janvier, l'Europe indignée prit souièyement les armes d'un accord unanime. La Révolution dès lors de^iËurôpe. compta pour ennemis déclarés l'Angleterre , la Hollande, i« France. rEspagnCy toute la Confédération germanique, Naples et
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le saint-siége, puis la Russie; et presque en même temps la Yeodée se leva menaçante et redoutable : il fallut combattre, outre Tennemi intérieur, trots ceat cinquante mille hommes des meilleures troupes de Tëqrope qui s'avançaient sur toutes les frontières de la république. Pour faire face à tant de périls , Danton et les montagnards , qui l'avaient pris pour chef , excitèrent d'abord, par des discours et des insurrections, l'enthousiasme et le fanatisme du peuple, au nom de la liberté, &eV égalité, de la /ra^em»ïe , et le maintinrent dans cet état de crise violente , afin de disposer de ses passions et de ses fureurs. Ce fut Danton qui fit établir le despotisme de la multitude , sous le nom de gouvernement révolutionnaire. Une levée de trois cent mille homdï wbunai mes fut ordcmnée, et l'on créa un tribunal extraordinaire "^^naQ^^*^' de neuf membres, destiné à punir les ennemis de la réso mars i798. ^^j^jj^^ ^ rintérieur, et dont les arrêts devaient être sans appel. Les girondins combattirent une institution si arbitraire et si redoutable; leur résistance fut inutile : flétris sous le nom àHntrigants et d'ennemisdu peuple, déjà leur perte était résolue; Marat, Robespierre poussaient contre eux la multitude aux dernières violences, et le projet de les assassiner tous dans une insurrection nocturne fut conçu aux Jacobins et aux Gordeliers , mais il avorta. Yergniaud monta le lendemain à la tribune , où il dénonça ces projets de meurtre, a Nous marchons , s'éft cria-t-il, de crimes en amnisties, et d'amnisties ra « crimes. Un grand nombre de citoyens en sont ve- « nus au point de confondre les insurrections sédicf tieuses avec la grande insurrection de la liberté , de a regarder les provocations des brigands comme des <( explosions d'âmes énergiques I... Citoyens, il est à et craindre que la Révolution , comme Saturne , ne déa vore successivement tous ses enfants , et n'engendre tf enfin le despotisme avec les calamités qui l'aceom-
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pagnent » Paroles prophétiques, mais impuissantes i
L'insurrection de la Vendée redoubla les fureurs des ^ , « ^^ jacobins. Déjà des troubles partiels avaient éclaté dans i^n-iiM. cette partie de la Bretagne , de . l'Anjou et du Poitou , presque toute boisée, sans routes , sans commerce, et où le défaut d'industrie , en arrêtant le développement de la classe moyenne , fermait tout accès aux idées nouvelles. Là les anciennes mœurs s'étaient maintenues avec les coutumes de la féodalité ; là les populations des campa* gnes demeuraient soumises aux prêtres et aux nobles : ceux-ci n'avaient point émigré. La réquisition des trois cent mille hommes fit éclater en Vendée l'insurrection générale, dont les premiers chefs furent le voiturier Gathelineau , l'officier de marine Gharette et le garde« chasse Stofflet. Neuf cents communes se soulevèrent au son du tocsin , et les chefs nobles Bonchamps , Lescure , La Rochejaquelein , d'Elbée, Talmont se joignirent aux antres , et secondèrent le mouvement avec énergie. Ils battirent les troupes de ligne et les bataillons de la garde nationale qui marchèrent contre eux. Tout pliait devant la fougue intrépide des paysans vendéens : sans armes ils s'emparaient de Tartillerie en se précipitant sur les canons qui les foudroyaient. C'est ainsi que les généraux républicains Marcé, Gauvilllers, Guétineau, Ligonnier Tarent culbutés tour à tour. Les Vendéens , vainqueurs et maîtres de plusieurs places, fornièrent trois corps de dix ou douze mille hommes chacun : le premier, sous Bonchamps, occupa les bords de la Loire, et reçut le nom ai armée d'Anjou; le second» sous d'Ëlhée , au centre, fut appelé la grande armée; le troisième forma l'armée dite des Marais^ sous Gharette , et occupa la basse Vendée. Un conseil d'opérations fut établi et Gathelinau proclamé généralissime. Ce formidable soulèvement provoqua au sein de la Convention des mesures encore plus terribles contre les prêtres et les nobles; tous ceux
qui participeraient à ud attroupement furent mis hors la loi; on confisqua les biens des émigrés , et le tribunal révolutionnaire commença ses effroyables fonctions.
Un autre ennemi se déclarait alors. Dumouriez , après une invasion malheureuse en Hollande, venait de perdre «awiic la bataille de Nerwinde contre le prince de Cobourg, comi^maTl"™. roaodant en chef des Autrichiens, et avait été obligé d'évacuer la Belgique. Depuis longtemps en guerre ouverte avec les jacobins , il songeait à les renverser et à rétablir la monarchie constitutionnelle : après la défaite de Nerwinde , en butte plus que jamais à leurs attaques furieuses , il médita une défection et projeta de marcher sur Paris , de concert avec les Autrichiens. On présuma que son intention était d'y faire couronner le jeune duc de Chartres, alors dans son camp et qui s'était distingué aux journées de Vaimy et de Jemmapes. Il promit aux Autrichiens plusieurs places fortes comme garantie; mais il échoua dans ses tentatives pour s'en emparer, et acheva de se dévoiler aux yeux de la Convention. Celle-ci , instruite de ses projets , le manda sur-lechamp à sa barre, et, sur son refus, envoya le ministre de la guerre Beumon ville et quatre députés, Camus, Quinette, Lamarqueet Bancal, chargés de le traduire devant elle , ou de l'arrêter au milieu de son armée. Dumouriez les livra aux Autrichiens ; mais il avait trop présumé de Taffectlon que ses troupes lui portaient : la Défecuon fièvre révolutionnaire gagnait les soldats, et Dumouriez, numoariez. abandonné par les siens, pas sa dans le camp ennemi.
Les girondins , en fiétrissant sa conduite, montrèrent autant d'énergie que les montagnards ; ils furent néanmoins accusés de complicité avec lui. Vergniaud, Brissot , Cruadet , Gensonné , Pétion devinrent particulièrement l'objet des poursuites de Robespierre et de Marat Ils eurent un moment de vigueur, et traduisirent Marat
Avril 17dS.
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devant le tribunal révolutionnaire : il fut acquitté, et porté en triomphe dans TAssemblée. Dès lors les sans-cu^ lottes occupèrent les avenues de la salle et les tribunes. Guadet, pour soustraire rAssemblée à la tyrannie des jacobins et de la commune , proposa des mesures hardies , telles que la dissolution de la municipalité et la réunion de la Convention à Bourges. Barière fit adopter un moyen terme; et l'Assemblée créa un comité de douze membres , chargé de surveiller la commune et d'arrêter les auteurs des complots ourdis contre la représentation nationale.
Une guerre à mort, fatale à la Gironde^ s'engage aussitôt entre elle et la municipalité. La commission des Douze épouvante d'abord ses ennemis par Tarrestation de l'infâme Hébert, substitut du procureur de la commune , auteur de l'exécrable feuille du père Dtu)hesne , et qu'on saisit au sein de la municipalité. Les jacobins , les cordelierSy les sections se mettent en permanence , et organisent une insurrection formidable ; Danton les dirige. Une multitude immense marche sur l'Assemblée; les députés introduits demandent audacieusement la liberté d'Hébert et la suppression des Douze. Les girondins résistent ; mais les montagnards et les sans-culottes des tribunes éclatent contre eux en vociférations et en menaces ; la séance se prolonge dans un désordre effroyable ; enfin , au milieu de la nuit , des cris et du tumulte, les pétitionnaires , confondus avec les montagnards sur les mêmes bancs, votent la destitution des Douze et l'élai^issement des prisonniers. /
Cet arrêt est révoqué le lendemain. La commune , les jacobins, les sections s'agitent de nouveau : Robespierre, Marat, Danton, Ghaumetteet Pache, maire de Paris, se réunissent pour conduire cette seconde insurrection, plus insurrection formidable que la précédente. Henriot , commande la *!?«"
, ^ . ' . girondins.
force armée : quarante sous par jour sont promis aux si mai 1793.
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sans-culottes pour le temps qu'ils seront sous les armes : le cauon d'alarme est tiré, le tocsiu sonne; on marche sur la Convention. Les Tuileries, où elle siégeait, sont bloquées ; toute délibération libre est impossible. Barrère alors et le comité de Salut public demandent la suppressien du comité des Douze» et elle est définitivement prononcée. Cétait assez pour Danton; c'était peu pour Robespierre, pour Marat et la commune : c( Il ne faut pas, a dit un député du club des Jacobins » laisser le peuple <ir se refroidir. » Henriot met la force armée à la disposi- QHite tion du club ; l'arrestation des députés girondins est ré- Kirondina. soluc. Marat souuc lui-mémc le tocsin, Henriot commande
s Juin»
le mouvement; et le 2 juin soixante mille bommes en armes entourent la Convention. L'intrépide Lanjuinais s'élance à la tribune ; interrompu par des vocifératioDS furieuses , il dénonce le projet des factieux, «c Paris est « pur, s*écrie-t-il, Paris est bon, mais Paris est opprimé a par des tyrans qui veulent du sang et de la domina- «( tion. » Il conclut à ce que toutes les autorités révolutionnaires de la capitale soient cassées. Les pétitionnaires insurgés entrent au même instant, et demandent son arrestation et celle de ses collègues du comité des Douze. Un violent débat s'engageait , lorsque le député Lacroix se précipite dans la salle, se plaint des outrages qu'il a reçus de lamultitude, et déclare que la Convention n'est pas libre. Les montagnards eux-mêmes s'indignent : Danton s'écrie qu'il faut venger la majesté nationale outragée ; la Convention se lève tout entière , et se met en marche ayant en tète son président. Elle rencontre sur la place du Carrousel Henriot à cheval et le sabre à la main : <r Que dea mande le peuple? lui dit le président Hérault de Séa chelles; la Convention n'est occupée que de son bonor heur. — Le peuple ne s'est pas levé pour entendre des « phrases, répond Henriot ; il veut qu'on lui livre vîngt- « quatre coupables. — Qu'on nous livre tous 1 » s'é-