‹ Histoire de FranceChapitre 42 sur 101 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

De la chute des girondins à ceUe de Robespierre.

2 juin 1793 — 27 juillet 1794 (9 thermidor an II).

Les girondins Pétion , Barbaroux , Guadet , Louvet , Bu£0t, Lanjuinais réussirent à s'échapper, et mirent à profit l'indignation excitée en France par les événements du 31 mai et du 2 juin ; ils tentèrent de soulever les départements. Caen devint au nord le centre de l'insurrection : la Bretagne y prit part, et les insurgés, sous le nom à! Assemblée des départements, réunis à Caen, formèrent une armée commandée par le général Wimpfen, et disposèrent tout pour marcher sur Paris. C'est de là que partit l'héroïque Charlotte Corday, jeune fille douée d^une âme ardente, aussi intrépide qu^exaltée. Indignée du mal que quelques monstres faisaient à la France et à la cause de la liberté, elle avait cru rendre un service immense à son pays en le délivrant de Marat, le plus atroce de tous; elle le poignarda dans son bain, et mourut sur l'échafaud avec Mort un noble courage. Mais l'horrible système de Marat ne uMuîV périt pas avec lui : la situation violente de la république

296 QUÀTBiàMR JÊPOQUE.

avait mis en fermentation les passions sanguinaires de la multitude ; Marat assassiné devint un dieu pour elle ; ses restes furent portés en triomphe au Panthéon , et dans toutes les sociétés populaires son buste fut placé à côté de celui du conventionnel Lepelletier Saint-Fargeau, qu'un garde du corps nommé Paris avait puni de son vote régicide en l'assassinant.

Cependant les dangers de la Convention redoublaient chaque jour : les principales villes du royaume et plus de Soulèvement soixantc départements s'étaient soulevés. Un scélérat fa- %^l^ natique nommé Châlier, émule de Marat , avait voulu principales j.gnQyyg|gp ^ Lyou Ics proscriptious de la commune de juii 1798. , Paris ; un combat s'était engagé ; la municipalité avait été prise d'assaut par les sections , et Châlier décapité. Lyon cependant obéissait encore à la Convention ; mais après le 2 juin il se déclara contre elle : vingt mille hommes prirent les armes dans ses murs. Marseille se souleva en même temps ; Toulon, Nîmes, Montauban suivirent cet exemple, et partout dans ces villes les royalistes s'emparèrent du mouvement : ils appelèrent les Anglais à Toulon, où l'amiral Hood entra en proclamant roi le jeune Dauphin , ûls de Louis XVI, sous le nom de Louis XVIL Bordeaux, également révolté, demeura faprogrës vorable aux proscrits du 2 juin. L'insurrection s'étendait nnsurrec- daus TOuest; les Vendéens étaient maîtres de Bressuire, vendéenne. d'Argentan et de Thouars : quarante mille hommes, sous Cathelineau, Lescure, Stofflet, la Rochejaquelein, enlèvent Saumur et Angers, et se jettent sur Nantes. La situation de la république n'était pas plus rassurante en face de l'étranger : l'accord avait cessé entre les généraux, la plupart girondins, et les montagnards vainqueurs de la Gonsuccèn vention. En vain Custine fut appelé à l'armée du Nord : dcscoaiissés. Mayeucc Capitula après une résistance admirable, qui valut à ses défenseurs le glorieux surnom de Mayençais; l'ennemi prit Valenciennes et Coudé; la frontière fut en-

LITBB II. CHAPITBE II. 297 ,

tamée» et rarmée, découragée, se retira derrière la Scarpe, Retraite dernière position défensive jusqu'à Paris. ^tnn^S^

La Ck)nyention résolut de faire face à tant de périls, 1. sc?rpe. que ses propres excès avaient suscités à la France : elle vota en quelques heures une constitution qui établissait constitution

, ^delanil.

le pur régime de la multitude, et qui» reconnue imprati- i^^cable par ses auteurs mêmes dans un temps de guerre générale, fut suspendue jusqu'à la paix. Elle renouvela en même temps un comité redoutable de création récente et dont le but était de pourvoir, par des mesures violentes, aux besoins du moment. Ce comité, exclusivement com-* posé depuis le 2 juin de montagnards extrêmes , est fameux dans rhistoire sous le nom de Comité de Salut purblic. Ses principaux membres furent Robespierre, Saint- Just, Couthou, Gollot-d'Herbois y Billaud-Varennes , Carnot y Cambon et fiarrère. Celui-ci fut Torateur officiel du comité ; Cambon surveilla les finances ; Carnot s'occupa de la guerre.

L'agitation du peuple était extrême : les députés des municipalités^ entendus à la barre de la Couvention, demandèrent Tarrestation de tous les suspects et la levée en niasse de la nation, a Répondons à leur vœu, s'écria fit Danton. C*est à coups de canon qu'il faut signifier la « constitution à nos ennemis I Voici l'instant de jurer que « nous nous vouons tous à la mort ou que nous anéantia rons les tyrans I j» Le serment fut prêté , et bientôt fiarrère, au nom du comité de Salut public, proposa des mesures urgentes, qui furent soutenues par des moyens odieux. Tous les jeunes gens de dix-huit à vingt-cinq ans furent appelés sous les drapeaux, et bientôt la France eut sur pied quatorze armées et douze cent mille soldats. Mais la terreur fut mise en œuvre pour subvenir à leur entretien et à leur subsistance; des réquisitions violentes ^^jj^^^^j^j, et multipliées frappèrent la classe moyenne; deux lois dumMimum abominables furent votées : la loi du maximum^ qui obli- <ie*su«pect«.

298 QUATBTÀMK ÉPOQUE.

geait, sous peine de mort , les propriétaires et les marchands à fournir à un prix indiqué comme maxiïrmml^ denrées nécessaires, et la loi des suspects y qui autorisait l'emprisonnement préalable et illimité de tonte personne soupçonnée de conspirer contre la Révolution. La France, transformée en un camp pour les uns, devint une prison pour les autres. Le commerce et la bourgeoisie fournirent oj^nfcgtion les prisonniers, et furent mis, ainsi que les autorités, sous <ia"***« ^^ surveillance de la multitude, représentée par les clubs, et que la Convention voulut à tout prix attacher à sa cause. Chaque indigent reçut quarante sous par jour pour assister aux assemblées de sa section ; on délivra des certificats de civisme , et chaque section eut ses comités révolutionnaires, soeeés Par ces moyens violents la Convention obtint des res-

Diilttftircs

n'îfeJîto sources temiK)raires suffisantes pour triompher de ses eoà l'intériear. ncmis ; Tarméc du Calvados fut mise en fuite à Vemon, et il y eut à Caen, de la part des insurgés , rétractation solennelle. Bordeaux se soumit; Toulon et Lyon, après une lutte acharnée , tombèrent successivement devant les Giicrre armcs de la république. La Vendée seule , au nom de ms. ' l'autel et du trône, continua longtemps encore une lutte héroïque et terrible. Repoussés à l'attaque de Nantes, où ils perdirent Tintrépide Cathelineau, les Vendéens se replièrent derrière la Loire et battirent successivement les généraux républicains Biron, Rossignol et Canclaux. Enfin dix-sept mille hommes de Fanclenne garnison de Mayence, réputés l'élite de l'armée, furent transportés eo Vendée; Kléber les commandait sous l'incapable Léchelle, nommé généralissime des armées de la république. Les royalistes vainquirent dans une bataille Kléber et les Mayençais ; mais ils éprouvèrent quatre défaites consécutives à Châtillon et à Chollet , et leurs principaux chefs, Lescure, Bonchamps, d'Elbée, reçurent des blessures mortelles dans ces sanglantes journées. Cernés de

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toute part dans la Vendée , les insu rgés demandèrent du secours à l'Angleterre, qui, avant de les seconder, exigea

qu'ils s'emparassent d'un port de mer. Quatre- vingt ixsttttreuM

mille Vendéens sortirent de leur pays dévasté et se diri- *"*^i**"

gèrent sur Granville ; repousses devant cette place , faute *"u?""

d artillerie, rais en déroute au Mans, ils furent détruits teurdéroute

' ■»» Mann

en essayant de repasser la Loire à Savenay. Charette con- ^^ff^*^tinua la guerre, mais l'île de Noirmoutiers lui fut enlevée. L'Achille de la Vendée , Théroïque Henri de La Bochejaquelein , fut tué par un soldat qu'il avait épargné ; sa mort acheva de rendre les républicains maîtres du pays, où commença aussitôt un affreux système d'extermination. La Vendée, vaincue, fut entourée par le général Thureau de seize camps retranchés , et douze colonnes mobiles, connues sous le nom de colonnes infernales, parcoururent cette malheureuse contrée, portant partout le fer et la flamme. ,

La république triomphait en même temps aux fron- Campagne lîères. Celle du INord était la plus fortement menacée : le duc d'York assiégeait Dunkerque avec trente-trois mille hommes; Freytag, le long de ITser, couvrait le siège avec une autre armée, et le prince d'Orange commandait quinze mille Hollandais à Menin. Cent mille soldats de l'armée coalisée, répandus du Quesnoy à la Moselle, assiégeaient des places ou gardaient des passages (l). Il s'agissait d'empêcher l'invasion de la France, en coupant cette ligne formidable, et de faire lever le siège de Dunkerque. Bouchard, commandant de l'armée du Nord , se opératioM rapprocha tout à coup de cette place avec des forces très- du Word, inférieures, après une sanglante attaque sur Menin, et

(1) Pour lire avec fruit l'exposé des principales opérations militaires pendant la Révolution , il faut les suivre sur de bonnes cartes de Bel&dqae, d'Allemagne et d'Italie. J'ai résumé les plus importants ré- Miitats des six coalitions contre la France, durant la Révolution et VEmpire , dans ma Géographie historique, p. 79-S4.

300 QUàTBIÈMB bpoqus.

marcha d'abord contre le corps d'observation de Freytag. Au premier choc Freytag recule et son centre repasse TYser ; puis il revient à la charge pour dégager son aile droite. Un second et furieux combat s'engage , et l'ennemi se retire en masse sur le chemin de Furnes , quartier général du duc d'York : il s'arrête au village d'Hondsvictoiire choote, où il occupe une position redoutable. Bouchard Shoote' ^^ ^^^^ ' ^^ ^^ lendemain une attaque de front s'engage sur toute la ligne. D'épais taillis qui couvrent l'ennemi deviennent le point central de l'action ; enfin ses positions sont enlevées ; les Français triomphent , et Freytag se replie licvée en désordre sur Furnes. La levée du siège de Dunkerque " de ** fut un des résultats de cette victoire, dont Paris reçut la

Dunkerque. ,, , , ' *

Septembre nouvclle avcc euthousiasmc.

Cependant les coalisés s'étaient repliés vers le milieu de leur ligne d'opérations et formaient encore une masse imposante entre l'Escaut et la Meuse. YalencienDes, G)ndé, leQuesnoy, tombés en leur pouvoir, leur donnaient une importante position sur l'Escaut ; ils en voulaient une également sur la Sambre , aûn de se porter ensuite en avant. La prise de Maubeuge pouvait les rendre maîtres non-seulement du bassin de la Sambre, mais encore de tout l'espace compris entre cette rivière inyestiMe- et la Mcuse ; ils investirent cette place. Le prince de Code Maubeuge bourg, commandant en chef, partagea son armée en deux Aatrichiens. corps : l'un, de trente-cinq mille hommes, entoura Maubeuge, tandis qu'avec l'autre corps , de force à peu près égaie, Cobourg couvrait le siège en occupant les positions de Dourlens et de Wattignies. Jiouchard , le vainqueur d'Hondschoote , venait d'être remplacé à l'armée victoire du Nord par Jourdan : Carnot , de concert avec ce gédejoardan ^^^^,^^1^ dirigeait Ics Opérations. L'attaque sur Wattignies ^*Lcïéi*** fut résolue, et, après une vigoureuse résistance, le village " de *^ fut emporté. Cet heureux succès fit lever le siège de Mauôeiob!!'' beuge, concentra l'armée coalisée entre TËscaut et la

LIYBB II. CHAPITRB II.

Sambre , et permit à Jourdan de reprendre l'offensive. KeUermann, à la même époque, rejetait les Piémontais an delà des Alpes. La France perdit aux Pyrénées les lignes du Tech , et son armée fut obligée de se replier en avant de Perpignan. Les lignes de Weissembourg avaient aussi été forcées à Test pac les Prussiens réunis aux Autrichiens sous Brunswick et Wurmser; mais le jeune et intrépide Hoche , à la tête de l'armée de la Moselle, se porta par une marche habile sur le flanc de Wurmser, et. Tayaut fait reculer, opéra sa jonction avec l'armée du Rhin. Brunswick suivit le mouvement rétrograde de Wurmser; dès lors les deux armées françaises combinées se portèrent en avant et campèrent dans le Palatinat. La France , dans sa lutte contre l'Europe , avait recouvré tout ce qu'elle avait perdu , hormis Gondé , Yalenciennes et quelques forts dans le Roussillon. Les puissances coalisées n'avaient rien obtenu et s'accusaient réciproquement de leurs défaites.

)^ gloire de la France était alors tout entière dans les armées , qui semblaient rivaliser d'efforts pour effacer l'opprobre dont un atroce gouvernement flétrissait la république aux yeux de l'Europe^Le comité de Salut public poursuivait le cours de ses impitoyables exécutions, a II faut D , avait dit l'exécrable Saint-Just en faisant décréter le pouvoir décemviral jusqu'à la paix, a il faut que le glaive des lois se promène partout avec cf rapidité et que partout votre bras soit présent. » Ainsi fut créée cette puissance terrible qui finit par se dévorer elle-même. L'autorité executive était concentrée dans les mains de ce comité, qui disposait de toutes les existences et de toutes les fortunes. 11 avait pour appui la multitude, qu'il nourrissait avec le maximum et qui délibérait dans les clubs et gouvernait dans les comités révolutionnaires. Après chaque victoire de la république sur ses ennemis de l'intérieur il ordonnait des exécu-

Ui France

perd les lignes du Tech au snd et à l'est celles deWeissemiMurg.

Jonction

des armées

du Rhin

et de

U Meselle.

Retraite

des c^mUsés.

Comité

de Salut

pubUc.

Mars 1T9S.

Règne

de

U Terreur.

803 QUATRIÈMB léPOi^OB.

/tions atroces ou d'horribles massacres. Barère fit prononvengeances cer UD effroyabic analhème contre la ville de Lyon, coBTeniion dont le DoiD même dut disparaître et être remplacé par celui à.^ Commune- Affranchie, Gollot d'Herbois, Fouché, Gouthon furent les barbares exécuteurs des arrêts du comité contre cette cité malheureuse; Téchafaud était trop lent pour leur vengeance, et la mitraille foudroya , sur les places publiques, les insurgés vaincus.

Toulon, Gaen, Marseille et Bordeaux devinrent le théâtre de scènes horribles. A Paris les plus illustres victimes et les chefs de tous les partis abattus portent leur tète sappMee sur l'échafaud : la reine , la noble Marie- Antoinette , et Marie- Baillv meureut ainsi à peu de jours l'un de l'autre, et a'a-

Antotnette. •' . r ,» 7

16 oç*«'»r« bominables circonstances ajoutent à l'horreur de leur cons»jp»«« damnation et de leur supplice. Les girondins , proscrits girondins, ^y^ ^ j^jj^^ lgg suivent dc près , au nombre de vingt-deux, et marchent à la mort avec un stoîque courage. Le duc d'Orléans n'est pas épargné; Barnave, Duport-Dutertre sont immolés, et avec eux les généraux Houchard, Custine, Biron, Beauharnais et nombre d'autres. Pétion et Buzot se frappent eux-mêmes : on trouve leurs cadavres à demi dévorés par des loups. Madame Boland meurt sur l'échafaud; son mari, à cette nouvellie, se tue sur un grand chemin. Tous les girondins fugitifs soht mis hors la loi. Deux oent mille suspects sont incarcérés; le sang coule dans toutes les villes ; on détruit les châteaux , les couventS; les églises; les monuments des arts sont abattus; la terre manque de bras pour la féconder, et la disette ajoute aux fléaux qui dévorent la France. Le crédit public était anéanti; on suppléait à toutes les dépenses par la vente des biens des proscrits et par des mesures despotiques appuyées de la terreur. Qujvoulutconsaciw^ \ èmnouyellefune révolution sans exemple dans l'Eistoire) on changea les 'dfvîgiôris" d&Taiméè,'îes noms des mois et des jours , et le calendrier chrétien fut remplacé par le

LfVBB II. CHàPITBB II. SOS

calendrier républicain. L'ère nouvelle data du 22 septem- ^^j^„^^^^ bre J792, époque de la fondation de la république. Il y républicain. eut douze mois égaux de trente jours : vendémiaire y brvr maire y frimaire ^ pour l'automne; nivôse, pluviôse ^ ventôse, pour rhiver ; germinal ^ floréal^ prairial, pour le printemps ; enfin, messidor ^ thermidor et fructidor ^ pour Tété. Les cinq jours complémentaires de Tannée recurent l'odieux nom de sans-culottides. C'était peu encore pour la Commune de Paris, dirigée par Tinfllme Chaumette, par son substitut Hébert, plus infâme encore; par Bonsin, général de Tarmée révolutionnaire, et par Tathée Anacharsis Clootz : elle obligea i'évéque constitutionnel de Parîs et son vicaire à abjurer le christianisme à la barre de la Convention^ fit décréter pour culte celui de la Rai- cuite sonj et instituer des fêtes qui devinrent de scandaleuses F«iêsimpie"'. scènes de débauche et d'athéisme. C'est là seulement, au dernier terme du crime et de la folie , que fut arrêté le mouvement révolutionnaire de la Commune. Parvenue a ce point de démence, le comité de Salut public se déclara contre elle , et Robespierre fit interdire par la Convention toute mesure contraire à la liberté des cultes.

Danton et ses amis, Camille Desmoulins, Phiiippeaux, Lacroix , Fabre d'Églantine, Westermann , demandaient beaucoup plus : ils désiraient rétablir Tordre légal , et , pour y parvenir , ils voulurent arrêter Taction du tribunal révolutionnaire, vider les prisons remplies de suspects et dissoudre les comités. Camille Desmoulins rédigea, dans ce but, sous le nom de Vieux Cor délier^ un journal foudroyant contre le despotisme des dictateurs. Robespierre était parmi eux le plus redoutable : Camille et ses amis cherchent à le gagner; mais Robespierre les joue, et, affectant la neutralité entre les partis , il médite d'abattre j leurs chefs les uns après les autres. Ses collègues au comité ! de Salut public étaient furieux contre Camille et les dan- ; tonistes; il leur livre ceux-ci, et obtient, en retour des

QUÀTBIÈMB ÉPOQUE.

Cbute

de la

Commune.

Si mars 1794.

Arrestation

«ica danloDistes.

premiers , la tète d*Hébert , de Clootz, de Ghaumettef de Ronsin et des principaux anarcliistes de la Commune. Puis, ce pacte conclu, il monte à la tribune, et dénonce à la Convention, comme ennemis de la république, d'une part les ultra-révolutionnaires et d'autre part les dantonistes, qu'il désigne sous le nom de modérés. SaintrJost parle dans le même sens , il tonne contre ceux quMl nomme les ennemis de la vertu et de la terreur, et fait donner au gouvernement , pour les punir, les pouvoirs les plus étendus. Les anarchistes de la Commune, Hébert, Clootz, Ronsin et leurs complices, sont les premiers saisis et condamnés; la plupart meurent en lâches. L'armée révolutionnaire est cassée, et la Convention oblige la Commune à venir lui rendre grâces, à sa barre, des actes mêmes qui annulaient son pouvoir.

Le tour de Danton et de ses amis était venu ; représen> tants fameux de Tancienne Montagne, leurs nonis, celui du chef surtout, semblaient encore tout-puissants. Averti des projets d'attaque de ses ennemis, Danton répondit, comme autrefois le duc de Guise : Ils n oseraient! Mais le comité comptait avec raison sur la terreur de TAssemblée. Les dantonistes sont arrêtés le 10 germinal; Robespierre empêche qu'ils ne soiententendus dans l'Assemblée. « Nous verrons en ce jour, dit-il , si la Convena tion saura briser une prétendue idole pourrie depuis a longtemps, ou si cette idole, dans sa chute, écrasera « la Convention et le peuple français. » Saint-Just lit le rapport contre les prévenus , et l'Assemblée , en proie à un effroi stupide , décrète leur accusation. Traduits devant le tribunal révolutionnaire, ils se signalent par leur mépris pour les juges; ils sont condamnés, ce On nous im- « mole, s'écrie Danton , à l'ambition de quelques lâches a brigands; mais ils ne jouiront pas longtemps de leur a victoire ... J^entraine Robespierre ... Robespierre me a suit. » Ils marchèrent avec assurance au supplice au

UTBB II. GHAPITBE II. 805

milieu d'une foule silencieuse. Depuis lors aucune voix ne ^J^^ s'éleva plus de quelque temps contre les décemvirs, et la *m\n9k. CoDventioD décréta que la terreur et toutes les vertus étaient à l'ordre du jour.

Pendant quatre mois le pouvoir des deux redoutables comités, Tun de Salut public, Vautre de Sûreté générale, s'exerça sans retenue, et la mort devint le seul moyen de gouvernement. On inventa les conspirations des prisons, et les envoyés du comité de Salut public remplacèrent dans les départements ceux de la Montagne. Ce fut alors sangatoaires que les proconsuls Carrier dans la ville de Nantes, Joseph def^éoT^rés Lebon dans celle d'Arras, Maignet à Orange, se signa- **" Se""*

r -. j X .X' . - A -rw .z 1 . . Salut public

lerent par des atrocités mouies. A Orléans les princi- dans les dépaux habitants furent égorgés; dix-sept jeunes filles de "m. Verdun, accusées d'avoir dansé à un bal donné par les Prussiens, moururent le même jour sur Féchafaud ; à Paris, parmi les plus illustres victimes de cette époque, on cite les maréchaux octogénaires de Noailles et de Maillé, les ministres Machault et Laverdi, le savant Lavoisier, le vénérable Lamoignon de Malesherbes, et avec euxd*Éprémesnil, Thouret et Chapelier, tous trois membres de l'Assemblée constituante ; enfin Tangélique madame Elisabeth, dont Billaud-Varennes demanda le sang. ^ Il n'y a que les morts qui ne reviennent pas I & disait Barrère. — a Plus le corps social transpire , répétait « Col lot d'Herbois, plus il devient sain I o Par ce régime infernal Robespierre et le fanatique Saint-Just annonçaient vouloir établir le règne de la Vertu ; ils s'associèrent le paralytique et impitoyable Couthon, et formèrent ensemble, au sein même du comité, un redoutable triumvirat qui, en sMsolant, se perdit; mais, avant de se désunir, les décemvirs tentèrent d e jeter les fondements de nouvel les mœurs et de nouvelles institutions. Robespierre, qui régnait par le meurtre, sentait néanmoins que Tordre social, sous peine de dissolution, doit reposer sur une base re-

306 QVATBIKMB ÉPOQUE.

ligieuse; il avait, en conséquence, fait décréter parla Convention que le peuple français reconnaissait Inexistence de Dieu et l'immortalité de l'âme ; il fit ensuite dédier des fêtes à VÊtre suprême, kla Vérité , à la Justice, h leL Pudeur, kV Amitié, k\di Frugalité, à la Bonne foi, au Malheur. Considéré par ses fanatiques admirateurs comme le principal fondateur d'une démocratie morale et comme le nouveau pontife de rÉternel, il parvint au plus haut degré de la puissance.

F«g^ Le 20 prairial, jour consacré à la fête de l'Être suto°^raîriii P**^*^®' ^"* P^^** Robespicrre un jour de triomphe. Présii8 join 179*). dent de la Convention, il marche à sa tête, seul et à vingt pas en avant d'elle ; il est Tobjet de l'attention générale ; sa figure rayonne d^orgueil et de joie ; il porte dans ses mains des fleurs et des épis, et s'avance ainsi vers Tautel ; là il harangue le peuple en grand prêtre. On espérait désormais un régime plus doux, mais il termina son discours par ces paroles : « Peuple, livrons-nous a aujourd'hui aux transports d*une pure allégresse; dea main nous combattrons encore lès vices et les tyrans. » Les exécutions recommencèrent, et le lendemain, 21 prairial, Robespierre feit présenter par Couthon un exécrable projet de loi dont les dispositions sanguinaires sont au besoin applicables à tous les Français. Ce projet refuse des défenseurs aux accusés, les fait juger en masse, et ne donne d'autres règles aux jurés que leur conscience : il est adopté. Fouquier-Tinville, accusateur public , et les juges ses complices , membres du tribunal révolutionnaire, peuvent à peine suffire à la condamnation des proscrits ; cinquante victimes, à Paris, sont traînées par jour au supplice ; Téchafaud est transporté dans le faubourg Saint-Antoine, et un aqueduc est construit pour recevoir et rouler le sang humain. Campagne L'immortcllc campaguc de 17 94 avait commencé sous

^* *^*** cet exécrable régime. La frontière du Nord était encore,

LIVBl II. GBÀPITRB II. 307

cette année, le grand théâtre de la guerre. Les, Français â^2oîre. occupaient, comme positions principales, Lille, Guise et Manbeuge; Pichegru les commandait, Jourdan ayant quitté le commandement en chef de l'armée du Nord pour celui de la Moselle. Le prince de Cobourg, chef des coalisés, commença les opérations par le blocus de Lan- de drecies, avec une masse d'environ cent mille hommes ; les Anglais, sous le duc d'York, couvrirent le blocus vers Cambrai, et Cobourg lui-même, avec un corps nombreux^ s'établit en observation du côté de Guise, tandis que le général autrichien Glairfait étendait ses forces en avant de Menin et de Gourtray. Telle était la disposition des deux armées lorsque llnvasion de Flandre par l'aile gauche de l'armée française fut résolue. Les généraux Souham et Moreau se portèrent rapidement de Lille sur J^J.'JJJJ^ la droite des ennemis, remportèrent à Mouscron une pre- ^^ ^Ifcta mière victoire sur Glairfait. Jourdan, alors, reçut Tordre l^ TÎrootag". de détacher quarante-cinq mille hommes de l'armée de la Moselle et de se porter à marches forcées sur la Sambre et la Meuse, pour écraser la gauche des coalisés. Ce plan assura le succès de la campagne. En vain ceux-ci essayèrent^ils de couper l'armée française par une marche hardie sur Turcoing, entre Dlle et Gourtray ; le général Souham remporta une victoire complète sur le duc d'York à Turcoing. L'ennemi se rallia devant Tournay ; il arrêta notre armée victorieuse, et Landrecies succomba. Mais Jourdan arrivait avec l'armée du Nord : quatre-vingt- jonction dix mille hommes allaient prendre l'offensive avec succès ; *de"f'anî.ée* la victoire de Turcoing nous en présageait d'autres, et av(^i'^a?niée nos deux ailes menaçaient d'envelopper l'ennemi. Pi- wcHegru chegru se porta en avant sur la gauche des Autrichiens à Hoogiene. et assiégea Ypres, attirant à dessein Glairfait au secours de la ville; il le vainquit à Hooglede, tandis que Jourdan investissait Gharleroi et occupait déjà les bords de la Sambre.

808 QUATBIÈMB ÉPOQUE.

Le prince d'Orange, puis Gobourg marchèrent à la délivrance de cette place importante. Jourdan, repoussé Bataille P^usleurs fois, franchit de nouveau la rivière et s'empara %teio\rT ^^ hauteurs qui t)ordent les plaines de Fleuras , déjà 10 jÏÏmî.* glorieuses pour la France SOUS LouisXIV. Làse livra, lel6 juin 1 794, une nouvelle bataille. Les deux armées étaient à peu près égales, et quatre- vingt mille hommes de chaque côté prirent part à Faction. Charleroi venait de tomber au pouvoir des Français; les ennemis ignoraient ce revers, et les forces combinées du prince d*Orange et de Gobourg fondirent sur Jourdan, dans le but de délivrer la place. Kléber, Ghampionnet^ Lefèvre, Marceau commandaient nos divisions ; Kléber, par une charge vigoureuse, repousse la droite des coalisés ; Jourdan fait fléchir le centre et la gauche. L'ennemi, déjà ébranlé, reconnaît enfin que Gharleroi, qu'il vient défendre, a succombé; il hésite, recule, et la victoire est gagnée- Gobourg ordonne la retraite et se décide à concentrer toutes ses forces vers inTMion Bruxelles, pour couvrir cette capitale. Pichegru le [gagne pïrP*!S?gra de vitesse, et bientôt Bruxellesest occupé par l'armée du ^^'Rrtrîîte* Nord, sous ses ordres, et par celle de Jourdan, qui redes eoneiDU. ç^||. |g j^^^ d'armée de Sambre-et-Meuse. Les ennemis, dispersés, reculent vers la Meuse et le Rhin ; la France recouvre toutes les places qu'elle avait perdues et fait de nouvelles conquêtes.

Jamais nos armées, en Belgique, n'avaient été plus nombreuses et plus redoutables : Pichegru commandait soixante-dix mille hommes présents sous les armes, Jourdan cent seize mille. L'administration, épuisée par tant d'efforts, ne pouvait suffire ni à l'entretien ni à l'équipement des troupes ; mais les soldats savaient se passer des objets les plus nécessaires : ils ne campaient plus sous les tentes, ils bivouaquaient sous des branches d'arbres; les officiers, sans appointements, vivaient comme le soldat, mangeaient le même pain, marchaient à pied comme

LIVBB II. GHAPITBB II. 309

loi et le sac sur le dos : renthousiasme de la victoire soutenait ces armées immortelles.

Pichegru poursuivit sa marche vers Tembouchure de l'Escaut et de la Meuse, acculant à la mer le duc d*York et les ÀDglais, tandis que Jourdan occupait la Meuse entre Liège et Maëstricht, en face de Clairfait et des Autrichiens. Il s'agissait, pour Jourdan, de franchir ce fleuve, afin de gagner la rive du Rhin, et pour réussir il fallait forcer les lignes de FOurthe et de la Roer, affluents de la Meuse. Il livre successivement deux batailles sur victoires

, , , , . , .de Jourdan

ces deux nvieres, remporte deux victoires, poursuit *"j'',j,'^"oî{?® Clairfait jusqu'au Rhin, s'empare de Cologne et assiège ^'{J'J.f^^ Maéstricht. L'armée du Nord gagnait aussi la ligne de ce ^^ »»»*"• fleave; Bois-Ie-Duc et Vanloo avaient succombé devant elle. Le duc d'York, inhabile et malheureux dans toutes ses opérations, évacuait le terrain compris entre la Meuse Éfacuauon et le Wahal, Tune des branches du Rhin, et se repliait rive^Muchc versNimègue sur le Wahal, où Pichegru vint bientôt le plriedSî* braver ; le 8 novembre enfin cette place tombe au pou- ndbegrù voir des Français. Ce dernier et brillant succès terminait iifm^tte. au nord une si glorieuse campagne ; l'armée entra dans ses cantonnements, et le débordement des eaux à l'approche de l'hiver fit suspendre jusqu'au printemps l'invasion de la Hollande.

Le contre-coup de ces heureux événements se fit sen- saccèa tir aux armées de la Moselle et du Haut-Rhin, comman- *à i4t'"

'de

aees par le général Michaud. Les Prussiens^ qu'elle JJ»Ç5J^*^*/y avaient en face, n'étant plus soutenus par les Autrichiens »« »«<»• au nord, n'osèrent tenir devant ces armées dans les Vosges ; ils repassèrent le Rhin, et il ne resta aux coalisés, sur la rive gauche du fleuve, que Luxembourg et Mayence, dont le comité de Salut public ordonna le blocus. Nos armes triomphaient à la fois au nord, à l'est et au midi; Dugommier et Moncey réparèrent prompteoient de premiers revers sur les-frontières d'Espagne^

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ils chassèrent les Espagnols de France, et pédétrèrent dans la Péninsule, où Moncey s'empara de Saint-Sébastien et de Fontarabie.

Tel était l*état prospère de la France à l'extérieiir, lorsque, las et dégoûtes des atrocités qui la souillaient à Tintérieur, un certain nombre de montagnards résolureot conjuratioa d*y mettre un terme et de venger Danton^ Camille Des- Robespierre, moulins et leurs amis égorgés. A leur tète étaient les conventionnels Tallien y Bourdon de TOise etLegendre; ils avaient pour appuis, dans le comité de Salut publie, Billaud-Yarennes et Gollot d'Herbois, tous deux Jaloux de l'autorité des triumvirs, et dans celui de Sûreté générale Vadier, Voulant, Amar, qui tenaient tous à la faction renversée de la Commune. Robespierre^ irrité de leur ^ sourde résistance, voulut les abattre et les immoler;

ceux-<ci sentirent qu'il fallait le devancer, sous peine de devenir ses victimes. Ils Taccusèrent d'abord de tyrannie dans les comités et le désignèrent sous le nom de pisistrate ; puis ils lui reprochèrent Tintention de se faire passer pour un envoyé de Dieu en favorisant de mystérieuses assemblées tenues par Fancien chartreux dom Cuerle et une fanatique ridicule^ nommée Catherine Théot, quMIs envoyèrent à la mort malgré lui. Robespierre, de ce moment, ne parut plus que rarement dans les comités et établit le centre de son empire aux Jacobins ; ce fut là qu'il dénonça ceux qu'il nommait les dantonîstes. Tout-puissant dans ce club, maître du bas peuple, soutenu par le maire Fleuriot, par Henriot, commandant de la force armée^ par le tribunal révolutionnaire, dont tous les membres étaient ses créatures, il crut pouvoir entreprendre l'attaque au sein même de la Convention, et le 8 thermidor il y dénonce les comités. On Técoute en silence, puis il éprouve un premier échec : Sun discours est renvoyé à Texamen de ces mêmes comités qu^il accuse. U se rend le soir aux jacobins, où il exhale

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sa colère : il estreea avec enthousiasme ; tout s*y prépare pendant la nuit pour une insurrection, tandis qu'une ligue se forme, parmi les conventionnels, entre les dantonistes, la droite et ie Marais.

La séance du 9 thermidor s'ouvre sous ces auspices menaçants. Saint-Just monte à la tribune; en face de lui est ^^^® assis Bobespierre. Tallien et Billaud interrompent Saint- ê^JS^milSr Just et commencent l'attaque ; Bobespierre s'élance pour ^"itm"^* leur répondre. A bas le tyran ! s'écrie-t-on de toutes parts. Tallien agite un poignard et menace d'en percer le cœur de celui qu'il nomme un nouveau Cromwell; il obtient l'arrestation d'Henriot et la permanence de l'assemblée. Barrèrela fait placer sous la garde des sections armées. Occupons*nous du a tyran, » reprend Tallien. Mille cris menaçants empêchent Robespierre d'être entendu; il fait encore un effort et s'écrie : a Président des assassins, pour la dernière fois me donneras-tu la parole? » Il ne peut l'obtenir; il s'agite comme un furieux, parcourt les bancs de rassemblée, s'adresse en suppliant aux membres de la droite, qui le rejettent avec horreur; eniin il retombe à sa place , sans force et saos parole. « Malheu- « reux I lui dit un membre^ le sang de Danton t'étouffe. » Son arrestation est aussitôt proposée; son frère et Lebas demandent à partager son sort; l'assemblée ordonne à l'unanimité qu'ils soient saisis avec Robespierre, Gouthon et SaintJust, et livrés aux gendarmes. « La république est perdue! dit Robespierre; les brigands triom- « phent I »

La victoire cependant demeurait indécise ; les jacobins aussi s'étaient mis en permanence, jurant de mourir, disaient-ils, plutôt que de vivre sous le crime. Les députés municipaux se rendaient dans leur club ; Henriot courait les rues, le sabre à la main, criant : Aux armes /mais il est arrêté avec l'agent national Payan, et chargé de liens. Les sections prennent les armes; la Gon-

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ventioo ]es appelle à sa défense; pendant le Jour elles sont victorieuses, et le soir les insurgés reprennent ravantage; ils marchent en masse sur les prisons et délivrent Rob^pierre, Henriot et leurs complices. Henriot fait aussitôt cerner la Convention et pointer sur elle les canons; l'effroi règne dans FAssemblée, à laquelle rimminence du péril inspire une résolution énergique ': Henriot est mis hors la loi; ses canonniers refusent de faire feu et se replient avec lui sur F hôtel de ville : ce refus décide du succès de la journée. La Convention prend à son toor Toffensive; elle attaque la Commune et met les membres rebelles hors la loi. Barras est nommé commandant en chef de la force armée; les bataillons des sections jurent de défendre TAssemblée et défilent dans son sein, animés par Fréron. a Partez, leur dit le président, aGn (K que le jour ne paraisse point que la tète des conspiraa teurs ne soit tombée, d 11 était minuit : on marche sur la Commune, où Robespierre, porté en triomphe, restait immobile et comme paralysé par la terreur. On lit sur la place de Grève la proclamation de TÂssemblée qui met la commune Aor5 la loi;\e8 groupes se dispersent aussitôt et laissent la place déserte. L'hôtel de ville est investi aux cris de Vive la Convention! Le désespoir et la rage s*emparent des proscrits : Lebas se tue, Robespiem jeune se précipite d'un troisième étage et survit à sa chute; Gouthon se frappe d'une main mal assurée; Goffinhal accable Henriot d'imprécations et le jette d'une fenêtre dans un égout; Robespierre demeure toujours immobile et pétrifié par l'irrésolution et l'épouvante. Les assaillants forcent les portes et montent rapidement; un gendarme sguste Robespierre et lui fracasse la mâchoire d'un coup de pistolet (i). On le saisit, ainsi que sescol-

(1) On a cru généralement que Robespierre avait tenté un mààe; M. de Lamartine {Histoire des Girondins) a beaucoup oontriboéà détruire cette erreur.

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lègues et les principaux membres de la Commune. Ils sont jugés le lendemain par ce même tribunal révolution* naire qu'ils ont alimenté si longtemps de victimes et qui a leur tour les envoie au supplice. Une foule immense se presse autour de la charrette où Robespierre, la tète enveloppée d^un linge sanglant, était placé entre Henriot et Couthon, mutilés comme lui. On se félicite, on s'embrasse àses yeux, où le maudit, et, au moment où sa tète toml>e sous le couteau, de longues salves d'applaudissements se font entendre. La France respire, et le règne de la Terreur est fini.

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