TROIS GRANDS ÉCRIVAINS
Corneille. Pierre Corneille est né à Rouen, en 1606; il est mort à Paris en 1684.
Il fut d’abord avocat au parlement de Normandie, ne se plut point dans cette profession, et se donna tout entier à la poésie.
Il fut vite remarqué par le cardinal de Richelieu. Le
cardinal se croyait poète, c'était une de ses faiblesses. Il inventait des sujets de tragédie qu'il faisait exécuter par cinq poètes pensionnés par lui. Ses œuvres ne plaisaient guère au publie; mais il s’en consolait en disant que «les Français n’avaient pas de goût ». Corneille fut un moment un de ces cinq poètes, mais 1l avait trop de génie pour rester longtemps dans ce rôle subalterne. Richelieu fut d’ailleurs jaloux des succès de Corneille.
La gloire de Corneille, c’est d’avoir donné au publie la première belle tragédie et la première bonne comédie qu'on ait vues sur le théâtre français. Ses contemporains le récompensèrent par leur admiration. Ils aimèrent passionnément les personnages de son théâtre, tous grands et généreux, sacrifiant la passion au devoir, exprimant leurs beaux sentiments dans un admirable langage.
Un jour, le grand Condé assistait à une représentation de Cinna: il fut ému jusqu'aux larmes en entendant l’empereur romain Auguste, après avoir pardonné au conspirateur Cinna, prononcer ce vers admirable, par lequel il exprime la puissance de sa volonté:
«Je suis maître de moi comme de l’univers! »
La gloire n’enrichit pas Corneille. Il travailla jusqu’à son dernier jour, sans être jamais assuré contre le besoin. Il était presque dans la misère quand 1l mourut.
Racine. Racine est né à la Ferté-Milon en 1639. Sa famille voulait qu'il fût avocat ou prêtre; comme Corneille, Boileau et Molière, il voulut être poète. Une ode qu'il fit pour célébrer le mariage de Louis XIV lui valut une pension de cinq cents livres.
Racine a, dans ses tragédies, d’autres qualités que Corneille. Les personnages qu'il met en scène ne sont point, comme ceux de Corneille, de fiers héros, inaccessi-
bles à la faiblesse; mais personne n’a mieux que Racine dépeint la tendresse.
Outre ses tragédies, il a écrit une jolie comédie, Les Plaideurs.
Il fut particulièrement honoré par Louis XIV. Le roi le nomma son historiographe, comme Boileau. Il le reçut avec distinction à la cour, l’admettant même dans son intimité, le faisant coucher dans sa chambre pendant ses maladies, afin qu'il lui fit des lectures.
Racine était si sensible à la faveur royale, qu’on rapporte qu'il mourut de chagrin, pour avoir encouru la disgrâce du prince, en écrivant des réflexions sur la misère du peuple. «Parce qu'il est grand poète, dit Louis XIV, veut-ii done être ministre? » et il ajouta qu’un homme de lettres ne devait pas se mêler des choses qui ne le regardaient pas. Ces paroles furent répétées à Racine, à qui elles causèrent un grand chagrin. Peu de temps après, il fut pris d’une fièvre, dont il mourut (1699).
Molière. Le vrai nom de Molière, est Jean-Baptiste Poquelin. Il est né à Paris, en 1622. Son père était tapissier et valet de chambre du roi.
Molière fit, comme Corneille, des études de droit; mais à 23 ans, pris d’un goût irrésistible pour le théâtre, il quitta Paris, emmenant quelques jeunes gens, avec lesquels il forma une troupe ambulante. Il prit, comme acteur, le nom de Molière. Il joua d’abord des farces à la mode, mais il y ajouta des choses de son invention. C’est à Rouen qu'il eut le plus de succès. Il vint ensuite à Paris, en 1658, et joua devant la cour.
Sa réputation grandit très vite. Il se donna pour tâche de railler tous les défauts de son temps, qui sont ceux de tous les temps. Il se moqua, dans les Femmes savantes, des gens maniérés, qui ne disent et ne font rien avec simplicité; dans le Malade imaginaire, de ceux qui s'en
font accroire sur leur santé et qui passent leur vie à prendre des médicaments; dans l’Avare, de ceux qui ne vivent que pour l'argent, mettent leur trésor en terre et finissent par se faire voler; dans le Tartufe, de ceux qui offensent la religion par une dévotion fausse, avec laquelle ils se font des rentes; dans le Bourgeois gentilhomme, de ceux qui ne savent pas rester dans la condition où ils sont nés, et qui se font moquer d’eux par tout le monde; dans le Misanthrope, il a rendu un très bel hommage à la vertu, tout en montrant qu'il fallait qu'elle fût imdulgente.
Molière avait le cœur si généreux que jamais un malheureux ne s’est vainement adressé à lui. Sa vie a été triste, et cet homme, qui a fait tant rire les hommes, n’a point souvent ri de bon cœur. Il méditait sans cesse. Boileau l’appelait «le contemplateur », et il admirait beaucoup le grand poète comique; car, un jour que Louis XIV lui demanda quel était le plus grand écrivain de son règne, Boileau répondit: «Sire, c’est Molière. »
Molière est mort à Paris, en 1673.