GAMBETTA
Gambetta était né à Cahors en 1838. C'était un véritable orateur. Il avait la voix forte, le geste décidé et énergique, la parole mâle et entraînante. Il était fait pour parler aux foules plus encore qu'aux Assemblées délibérantes. Il avait des mots heureux, des images et des comparaisons qui frappaient les plus ignorants. On sentait en lui l'homme qui aime le peuple et qui le comprend. C'est en 1868 qu'il commença à se faire connaître par un plaidoyer où il flétrit audacieusement, en plein empire, le coup d'État du 2 décembre. Six mois après, Paris l'envoyait à la Chambre des députés, et son éloquence le plaçait aussitôt au premier rang.
Mais Gambetta était autre chose encore qu’un grand orateur. (C'était avant tout un admirable citoyen. Il le montra bien dans les désastres qui suivirent la folle déclaration de guerre en 1870. Au milieu de tant de malheurs, il ne perdit pas courage. Il pensait que la France ne devait pas périr et que tous les bons citoyens devaient s'unir pour la sauver. Nommé membre du gouvernement de la Défense nationale, il s’échappa de Paris en ballon pour aller organiser la résistance en province. À peine arrivé à Tours, il fut l’âme de la défense. Pendant quatre mois, il ne se reposa pas un seul instant: il sut trouver des officiers, des soldats, des munitions. Il créa des armées qui arrêtèrent longtemps les vainqueurs et leur firent subir des pertes cruelles. Jamais Gambetta ne désespéra de la patrie. Après la guerre, il consacra toutes ses forces et toute son ardeur au relèvement du pays, si durement éprouvé. Il devint le chef du parti républicain à la Chambre. IE fut, avec M. Thiers, le véritable fondateur de la République en France. Gambetta mourut prématurément en 1882. La France pleurera longtemps sa perte: mais tant qu’elle s’inspirera de son esprit et de son exemple, elle restera grande et puissante.