LA POULE AU POT
Henri IV, les paysans, les ouvriers. — Henri IV aimait 10 autant que Sully la campagne. Il disait qu'il n’y a rien de plus beau au monde qu’un champ de blé au moment de
la moisson.
Il désirait que les paysans fussent bien nourris: «Je veux, disait-il, qu’ils puissent mettre la poule au pot le
15 dimanche. » Mais il aimait aussi les ouvriers et le travail des métiers.
Pendant les guerres, le travail avait été arrêté presque partout en France. Il fallait acheter aux étrangers des étoffes et beaucoup d’autres objets, et l'argent sortait
20 ainsi du royaume.
Par exemple, on ne fabriquait plus d’étoffes de soie en France, et pourtant les nobles et les riches bourgeois en portaient. Il fallait aller acheter de la soie en Italie. Henri IV voulut qu'on élevât en France des vers à soie; il fit planter des mûriers, dont la feuille nourrit ce ver.
On lui envoya la première paire de bas de soie fabriquée dans le royaume. Il la mit et il la fit voir à tout le monde. Il était aussi fier ce jour-là que s’il avait gagné une bataille.
Querelles de Henri IV et de Sully. — Sully n’était pas d'accord avec le roi au sujet des ouvriers et des métiers. Il n'aimait que la campagne et les paysans. Il disait que les paysans font de bons soldats, bien vigoureux, parce qu'ils vivent en plein air, au lieu que les ouvriers travaillent enfermés et sont moins vigoureux.
A cause de cela, Sully se querellait avec Henri IV. Il se querellait aussi pour d’autres choses, car il avait mauvais caractère. Mais le roi et son ministre finissaient toujours par se raccommoder, parce qu'ils se connaissaient depuis toujours et parce qu'ils s’aimaient bien.
Henri IV avait raison de vouloir que la France s’enrichît par le travail des métiers. L'industrie de la soie est devenue une grande industrie française. Nous fabriquons aujourd'hui pour plus de quatre cent millions de soieries par an.
Au temps de Henri IV furent aussi établies de belles fabriques de draps, de tapis, de verres et de cristaux.
Mort de Henri IV (1610).— La France se guérissait des maux qu'elle avait soufferts pendant les guerres. Mais il était resté des mécontents qui ne voulaient pas croire que le roi se fût converti pour de bon au catholicisme. On disait qu'il voulait faire la guerre au pape.
Un jour de l’année 1610, le roi voulut aller faire visite à Sully. Son carrosse fut arrêté par un embarras de voi-
tures, comme il y en avait souvent dans les rues très étroites. Un infâme criminel, appelé Ravaillac, le tua d’un coup de couteau.
La mort de Henri IV fut pleurée comme un grand malheur. On disait: «Notre bon roi est mort; qu’allonsnous devenir? »
RÉSUMÉ
I. Henri IV était brave et gai. Il savait se faire aimer. Mais, comme il était protestant, les catholiques ne voulurent pas lavoir pour roi. Il combattit la Ligue, que les Espagnols soutenaient. Il se fit catholique; alors il fut reconnu comme roi par tout le monde. En 1594, il entra dans Paris. Les Espagnols se retirèrent du royaume après la paix de Vervins en 159$.
II. Henri IV fut un bon roi. Il donna la liberté de conscience aux protestants par l’Édit de Nantes en 1598. Il voulut rendre la France heureuse et prospère en protégeant les paysans et en créant de nouveaux métiers. Il eut un bon ministre, Sully, qui tint très bien les comptes du roi et fit des économies.
Henri IV fut assassiné en 1610.
Quand Henri IV naquit, au château de Pau, le roi de Navarre, son grand-père, lui frotta les lèvres avec une gousse d’ail, et lui fit boire quelques gouttes de vin, afin, disait-il, de donner à l’enfant un tempérament vigoureux. Il voulut qu’on l’élevât, non en prince, mais en soldat. Vêtu et nourri comme les enfants du pays, Henri courait comme eux, et mieux qu'eux escaladait les murs et les rochers.
Cette mâle éducation le sauva: jeté de bonne heure dans la guerre civile, il en supporta sans peine les fatigues et les privations.
Sur le champ de bataille, sa brillante valeur entraîne
le soldat. Aussi bon général que brave soldat, Henri connaît tous les secrets de l’art de la guerre.
Sa bonté est proverbiale. Le peuple n’oubliera jamais la mémoire du roi, qui voulait que tout paysan pût mettre « la poule au pot le dimanche! »
Mais cette bonté ne dégénérait pas en faiblesse; 1l savait faire respecter son autorité.
Un jour que le Parlement hésitait à enregistrer un édit: «Je sais escalader les barricades, dit-il, comme sauter sur les murailles des villes. Je suis roi maintenant et parle en roi; je veux être obéi. »
Il sait toujours trouver le mot qui fait rire.
Le soir de son entrée à Paris, les Espagnols, qui tenaient garnison dans la Bastille, défilèrent devant la maison où il dînait. Il se mit au balcon et leur dit: « Messieurs, recommandez-moi au roi votre maître, mais n'y revenez plus! »
Henri savait trouver les mots sérieux, profonds, qui vont au cœur de ceux qui les entendent.
Il est vrai qu’au moment où il abjura le protestantisme, il écrivit: «Je vais faire le saut périlleux; » mais en même temps il disait aux docteurs qu'il avait appelés auprès de lui pour le convertir: «Là où vous me ferez entrer, je n’en sortirai que par la mort ! »
Il a écrit plusieurs volumes de lettres à ses amis, à ses ministres, à ses ambassadeurs. On y voit la grandeur de son esprit, sa connaissance profonde de toutes les affaires, le sentiment qu'il avait de sa dignité royale. Brave et spirituel, il a été l’un de nos plus grands rois, l’un des plus grands Français que l’histoire connaisse.
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Questions d'examen
En quoi l'invention des armes à feu a-t-elle été nuisible aux seigneurs? — Quelles ont été les conséquences de l’invention de l'imprimerie? — Qui a fait les grandes découvertes maritimes ?
Quel était l’état de l'Italie au moment où François E® voulut y faire des conquêtes? — Racontez l’histoire de Bayard.
Quels pays possédait Charles- Quint? — Pourquoi le roi de France a-t-il pu lui résister? — Racontez la bataille de Marignan. — Racontez ce qu'était la cour de France au temps de François I.
Quelle différence y avait-il entre les châteaux de guerre