HISTOIRE I)T COSTUME EN FRANCE. — VI
Louis XV et Louis XVI.
Des paniers, de la poudre, du rouge, des mouches : toute la mode Louis XV est là. Le costume sévère de la fin de Louis XIV ne change pas dans ses éléments essentiels, mais il devient plus léger de lignes et plus élégant. Les retroussis et la traîne de la robe disparaissent ; mais pour lui garder l'ampleur de sa silhouette, on imagine le panier, système de cerceaux disposés sous la jupe. On fait d'abord des paniers à guéridon] élargis progressivement à partir du haut, en forme d'entonnoir (I, 2); puis, des paniers à coudes, formant coupole à partir de la ceinture, et pour masquer le brusque élargissement qu'ils forment a la taille, le devant de la robe tombe sans masquer la ceinture (1, 3). La robe est alors dite flottante. Les manches sont en pagode, ouvertes en entonnoir avec un large retroussis. La coiffure est basse, relevée sur le front, sans boucles sur les côtés. Pour sortir, on la couvre d'une bâgnolefte, petite capeline sans bavolet (I, 2). Les femmes de la bourgeoisie portent la cornette, co/'ffe légère à longues pattes (I, 7). ou un petit bonnet bridé sous le menton (I, il). On se protège de la pluie à l'aide d'une cape, vaste pelisse en forme de cloche, boutonnée par devant et munie d'un capuchon (I, 8).
Les hommes portent l'habit tantôt souple et flottant (I, 1), tantôt raide et ajusté à la taille I, 4); les manches sont larges, à grands parements que couronne la dentelle des manchettes. Dans les habits ajustés, les pans s'élargissent en gros plis godronnés, qu'on rembourre de crin pour maintenir leur forme; par derrière, deux groupes de plis partent de deux boutons placés à droite et à gauche de la fente postérieure : cette forme fait pendant à ce//e des paniers (I, 4). Le vêtement de voyage est la redingote, large habit croisé, avec une ceinture de cuir et deux collets, dont l'un protège les épaules, tandis que l'autre, redressé et maintenu par un bouton, garantit au besoin le bas de la figure I, 5). Sous l'habit, la veste de couleur claire, richement brodée, s'attache seulement par ses derniers boutons, laissant flotter en haut la longue cravate de linon et, plus tard, le jabot de dentelle (II, 7). Le chapeau est à trois retroussis, galonné, garni souvent d'une bordure de plumes. La perruque, en crinière, forme deux touffes de côté, les cadenettes, et une derrière, la queue (I, 1). Après la Régence, les cadenettes font place à des ailes de cheveux coupés courts et frisés; la queue, formant boucle (catogan), s'enferme dans une bourse de filet I. ï i. Les bourgeois la portent encore nattée et sans bourse, en queue de rat III, 1). Les ecclésiastiques ont une perruque frisée, sans bourse ni queue (II, (J). Toutes les perruques sont poudrées légèrement, à frima-.
Une forme caractéristique de cette époque est celle de la robe à dos flottant. Ceffe robe, raidie par des buses sur le corsage et les hanches, se lace dans le dos, et laisse libre tout le pan postérieur qui forme un grand pli étoffé partant de l'encolure : c'est ce que le langage courant a baptisé du nom de pli Watleau (II, 8).
Le vêtement bourgeois ne se distingue que par une simplicité plus grande. L'habit, très étoffé par le bas, mais sans plis godronnés, se boutonne souvent dans toute sa hauteur (I, !)). Les femmes portent peu le panier; la mantille, dans la tenue d'intérieur, est croisée en sautoir sur le corsage et nouée par derrière I. 7).
Le costume militaire s'uniformise. Il comporte pour toutes les troupes la culotte étroite, la veste, l'habit boutonné à longues basques et le tricorne; pour les cavaliers, la culotte de peau et les bottes très hautes; seuls, les hussards ont la petite veste bordée de fourrure, le pantalon collant, les bottes courtes, et toutes les parties de leur vêtement sont d'une même couleur (II, i . Pour les autres corps, les revers et les doublures tranchent toujours sur la couleur de l'habit, qui est gris ou brun pour les troupes de ligne, bleu pour les gardes du corps, les gardes-françaises et les grenadiers, rouge pour les gardes
suisses, les mousquetaires et les gendarmes I, G; II, 1 à 4). La plupart portent la perruque poudrée et la queue.
Très bourgeois dans ses goûts, marié à une princesse que l'austère Cour d'Autriche a formée à ses traditions, on pourrait supposer que Louis XVI va faire régner autour de lui la simplicité de la mise. Il n'en est rien. A l'exemple de la reine, et sous couleur d'encourager les industries de luxe, la Cour exagère la richesse de la mode précédente et lui enlève toute son élégance par un incroyable abus d'ornements, de falbalas, de nœuds et de guirlandes. Le panier atteint 5 mètres de circonférence. La coiffure devient un monument colossal et bizarre. Son principal élément est le pouf, pièce de gaze emmêlée dans les mèches de la chevelure; on y introduit ainsi jusqu'à 15 mètres d'étoffe, et cet échafaudage s'agrémente de cimiers de plumes d'autruche {coiffure à la Minerve), de corbeilles de fleurs ou de fruits (en parc anglais , de vaisseaux de haut bord en miniature, avec mâts, voiles et agrès à la Belle- Poule, à la frégate la Junon). En même temps, les femmes s'exhaussent sur leurs talons, devenus de vraies échasses, tandis que les hommes réduisent les leurs, de façon à renverser le rapport normal de leurs tailles (III, 7, 8 . Même recherche de bizarrerie dans le choix des teintes et leur appellation : il y a les tons vieille ef jeune puce, œil aballu, cheveux de la reine, boue de Paris, caca-dauphin : toutes nuances fausses et salies de jaune, de marron ou de vert; en 1781, la couleur merdoré, accueillie d'abord par des huées, devient le dernier mot du goid et de l'élégance (IV, 2). D'autre part, l'invasion des modes étrangères nous vaut la polonaise, jupe ouverte, relevée en trois pans \l\\ 1); le caraco, robe courte tronquée, tendue sur les hanches par un cerceau semblable à l'ancien vertu gadin (III, 10); le costume à l'Anglaise, qui comporte une redingote longue et ouverte (IV, 5), un corsage uni taillé en pointe, un fichu de linon et une robe unie très étoffée par derrière (IV, 7). Ce dernier costume, qui apparaît au début de 1789, restera celui de la bourgeoisie jusqu'à la fin de l'époque révolutionnaire.
Dès 1750 l'usage s'introduit des toiles et indiennes imprimées, à fond blanc ou crème, fabriquées à Jouy par Oberkampf, et il devient général pendant toute la durée du règne (III, 10).
Les hommes portent l'habit à la française (III, s) ou le frac (IV, 2, 3, s;, qui en diffère par son ampleur moindre et son collet rabattu. Le frac est souvent moucheté (IV, 3) ou rayé de bandes parallèles (IV, 8 . La veste se raccourcit de ses basques et prend le nom de gilet (IV, 8:. Elle tranche toujours sur la couleur du frac ou de l'habit. Des breloques pendent du gilet, cliquetant au mouvement de la marche, et cette mode s'étend au costume féminin (IV, 2, 5, i>, 8). On fait quelques emprunts aux modes étrangères : tels, le chapeau à la Suisse, do/)f la vogue est grande à partir de 1776 IV, 3); le chapeau jockey ou jacquet, à bord étroit et rabaissé en visière sur le front IV. 2), et la lévite à l'anglaise, frac étroit et allongé en forme de redingote, qui sert pour le costume de cheval (IV, 6).
L'infanterie prend l'uniforme blanc, avec revers et parements de couleur et buffleteries blanches III, 5). Les artilleurs portent le bleu de roi. L'habit esta la française, le chapeau à trois cornes orné d'une cocarde, les guêtres longues et blanches. Les dragons ont l'habit vert, la veste et la culotte chamois, de longues bottes noires, les buffleteries jaunes et le casque garni d'un turban de peau mouchetée III. 'i . Les chasseurs à pied portent un uniforme analogue, mais avec buffleteries blanches, bottines à courtes tiges, chenille noire au casque et pattes d'épaulettes IV, II). Le costume de Cour des Cent-Suisses, miparti et bariolé, épave ridicule d'un autre âge, n'était plus porté par eux qu'avec répugnance (IV, 10); peu à peu il est remplacé dans le service par l'uniforme rouge à brandebourgs blancs, avec le haut bonnet à poil (IV, 9).
LA MONARCHIE ABSOLUE
duits suivant la loi de l'offre et de la demande; ils condamnent la réglementation des métiers comme destructive de l'initiative individuelle, des innovations et de la concurrence ; ils considèrent les droits de douane comme préjudiciables aux producteurs et aux consommateurs. Ils prétendent, en un mot, fonder le gouvernement sur la nature («pontç) considérée comme source du droit, de l'ordre et des lois, d'où leur nom de physiocrates (1).
Les doctrines des physiocrates peuvent se ramener à trois idées maîtresses :
1° Les sociétés sont gouvernées par un « ordre naturel », par des lois irrévocables qui « sont l'expression de la volonté de Dieu », et le bonheur des hommes dépend de l'observation de ces lois. De là la formule célèbre : Laissez faire, laissez passer, attribuée à l'intendant du commerce Vincent de Gournay [1712-1759] (2) et qui signifie que, les valeurs économiques s'équilibrant par le simple jeu des lois naturelles, par la loi de l'offre et de la demande, l'intervention des gouvernements dans les relations commerciales produit des résultats tout contraires à ceux qu'ils ont en vue.
2° L'agriculture est seule productive. Alors que, pour Gournay, l'industrie, qui doit être libre, est la source unique de la richesse, pour Quesnay (1694-1774) la production de la richesse est l'attribut exclusif de l'agriculture.
Quesnay, médecin de Mmo de Pompadour, put mettre au service de ses doctrines les ressources d'un tempérament combatif, un esprit d'observation qu'avait développé chez lui la profession médicale, un esprit incisif et profond. Fils de paysans, il avait vu de ses yeux les populations rurales aux prises avec les disettes, et la liberté du commerce des grains lui était apparue comme le remède à un mal qu'aggravait encore la lourdeur de l'impôt. Puis, considérant le sol comme l'unique générateur de la richesse, il formula la théorie du « produit net », d'après laquelle il n'y a pas d'autre capital que le bénéfice net réalisé par les agriculteurs. L'industrie se borne à transformer, le commerce à faire circuler les produits du sol; ils ne créent que des échanges des matières qu'ils n'ont pas produites, ils n'ont qu'un rôle complémentaire et nécessaire ; on ne les gênera donc ni par les barrières de douane, ni même par les impôts, lesquels doivent frapper uniquement la propriété foncière.
3° Dans la pratique, les physiocrates sont partisans du minimum de réglementation, mais du maximum d'autorité. Ils veulent un gouvernement sans contrepoids, un despotisme d'ordre naturel qui sans doute s'incarne dans la personne du souverain, mais celui-ci a pour unique fonction « de servir d'organe à ces lois supérieures qu'il n'a point faites ». (Charles Gide.)
Les plus célèbres disciples de Quesnay furent le marquis de Mirabeau, l'auteur de Z'A»u des hommes (il%6) ; l'abbé Baudeau, Le Trosne, Lemercier de La Rivière, l'auteur de l'Ordre naturel et essentiel des sociétés politiques (1767); Du Pont de Nemours, l'auteur d'Origine et progrès d'une science nouvelle ; l'abbé Raynal, qui critiqua le système colonial dans son Histoire politique et philosophique des Indes (1778;; l'abbé Morellet, enfin Turgot, qui put, comme intendant du Limousin, puis comme ministre, appliquer une partie de ses idées.
Les physiocrates furent les précurseurs d'Adam Smith, et il esta noter que Condillac formula, un an avant la publication du célèbre traité d'Adam Smith, une doctrine économique libérale. Leur propagande contre le protectionnisme et la balance du commerce ne fut pas stérile, puisqu'ils réussirent à faire proclamer la libre circulation des grains. Rendus responsables par leurs adversaires des crises dues aux mauvaises récoltes de 1767, 1770, 1771, ils furent attaqués par Voltaire {l'Homme aux quarante écus), Diderot, Mably, Forbonnais, l'abbé Galiani [Dialogue sur le commerce des blés), qui provoquèrent la révocation, par l'abbé Terray, des édits de Turgot relatifs à la liberté du commerce des céréales.
Leurs doctrines sur la stérilité de l'industrie sont erronées, mais ils fondèrent l'économie politique en affirmant la puissance des lois naturelles.
lil BLIOGRAPHIE
Ouvrages à consulter ; Daire Eugène . Physiocrates Recueil des œuvres de Quesnay, Du Pont de Nemours, etc., 1846). — Gide Charles), Histoire des doctrines économiques depuis les physiocrates jusqu'à nos jours (1909). — Rambaud (Josepb , Histoire des doctrines économiques r éd., 1902 . — Sa-ï Léon . Turgot 1887 . — S< belle (G.), Du Pont de Nemours et l'école physiocralique 1888 : — Vincent de Gournay 1897 : — Le Docteur Quesnay l'iuT : — Turgot l'jnï) . — Weulersse G. . Le Mouvement physiocralique en France de 1756 à 1770 L910, i vol. .
il) Le mot date de 1767 el est . ITi à Du l'ont de Nemours. -i Turgol l'attribue à un commerçant du xvir siècle, Legendre el Onckcn au marquis d'Àrgenson.
Histoire de F ranci:. — II.