‹ Histoire de France illustréeChapitre 144 sur 182 · IIISTOIHE DU COSTUME EN FRANCE. -- IV · texte numérisé non relu

IIISTOIHE DU COSTUME EN FRANCE. -- IV

De Charles IX à Henri IV.

Dès 1561, Charles IX renouvelle, en les aggravant, les prohibitions édictées par ses prédécesseurs contre le luxe du costume : amendes exorbitantes infligées aux délinquants, peine du fouet pour les tailleurs complices, déchéance pour les fournisseurs du droit de réclamer leur dû : ces sévérités restent encore lettre morte, parce qu'elles ne s'appliquent ni aux princes, ni à leur entourage. La reine mère, très simple dans les costumes de deuil dont elle ne se départit point, considère comme un devoir de la grandeur royale de s'entourer de luxe et de splendeur. Le vêtement des gentilshommes, sous ce règne, est donc aussi riche que par le passé [l. 6, 7); les Réformés, cependant, affectent une tenue plus austère (I, 1, 2). L'habit est toujours ajusté sur le buste, jusqu'à la taille, ample à partir de la ceinture. Les hauts-de-chausse sont bouffants, maintenus par des bandes de même étoffe que le justaucorps (I, tî, 7) ou gonflés par un rembourrage, 1,2). Les bas, longs, s'attachent aux chausses par des aiguillettes ou, courts, se fixent à l'aide de jarretières sous le genou. Sur les épaules, on porte une cape à collet (I, 7), une cape à l'espagnole sans collet, ample et pouvant envelopper le buste (I, 2), ou le large manteau à la reître (I, 1). De cette époque date l'usage des poches : connues depuis longtemps sous le nom de ponges ou puisettes, mais jusqu'alors peu utilisées, elles deviennent commodes et pratiques, taillées dans l'épaisseur étoffée des chausses, et la mode les adopte, en dépit d'une ordonnance de 1563 qui les interdit comme suspectes de pouvoir cacher des armes.

Les femmes portent la berne, robe descendant jusqu'aux talons (II,' 3). La cotte, ouverte sur la robe, est coupée en carré sur la poitrine, ne tenant que par des épaulettes : la gorge et le cou se voilent d'une fine collerette terminée par une fraise (I, 8); sur la chevelure, relevée autour du visage par une armature d'areelets, se pose un escofflon (I, 8) ou un chaperon de velours muni de sa queue (II, 3). Les veuves ont une robe montante de couleur sombre et un ample voile blanc fendu sur les côtés pour le passage des bras, formant cornette sur la tête, avec deux pointes pendant en avant jusqu'au-dessous des genoux; sur la poitrine, une barbe, sorte de rabat ajusté sous le menton (II, \).

La robe ecclésiastique n'a pas changé de forme : la couleur noire est exclusivement adoptée par le bas clergé et par les ministres de la Réforme; les évêques ne sont, sur ce point, soumis à aucune règle : la couleur le plus en usage est le bleu clair

Le vêtement des soldats suit la mode courante : justaucorps et chausses décorés de taillades, de piqûres et de galons; sur la tête, le morion est devenu d'usage général. Le fourniment ou poire à poudre avec ses accessoires est pendu au flanc par une chaîne ou un baudrier (II, 1, 2). Les gentilshommes portent le corselet et les tassettes avec les longues bottes molles (I, 6).

Les bourgeois et les paysans suivent la mode dans ses formes générales; les paysannes remplacent la fraise par une collerette droite, encadrant la figure (I, x à II).

Le beau costume du règne de Charles IX, en qui se continuaient les traditions de simplicité et de noblesse de l'époque de Henri II, se déforme brusquement sous le règne qui suit. Il se féminise, devient étriqué et bizarre. Le chapeau masculin est remplacé par le bonnet à aigrette imité de l'escoffion des femmes; le manteau, par une cape courte et exiguë. Les chausses se rétrécissent vers le genou et lui donnent un aspect cagneux (II. 6, s) ou se réduisent à un bourrelet d'un effet plus ridicule encore (II, 9). Une panse ou panseron, épais rembourrage de coton, forme au bas du pourpoint une bosse allongée, inclinée la pointe en bas, à la façon d'un bec (II, (i); enfin, après avoir essayé d'un petit col uni et rabattu à l'italienne (I, G), o/7 en revient à des fraises tuyautées, de proportions telles qu' « à voir la teste d'un homme sur ces fraises, dit Pierre de l'Estoile, il semble que ce soit le chef de saint Jean î/ans un plat ». Cet excès de mauvais goût pénètre dans la bourgeoisie et le peuple III. Il Les oppositions de couleurs les plus criardes sont admises. Pendant un temps il est de bon ton de s'habiller tout de vert, couleur traditionnelle de la livrée des fous de cour (II, 9). Les cheveux frisés et poudrés, la figure

fardée, les oreilles ornées de pendants, achèvent de donner au mignon de Henri III une physionomie qui fort heureusement lui restera spéciale.

Dans le costume féminin, c'est la même recherche de bizarrerie sans goût. Le corsage plat, démesurément allongé en pointe, est maintenu rigide par un buse métallique. La robe, très étoffée, forme tambour sur les hanches, grâce à une vertugade, ou bourrelet capitonné, qui la soutient en dessous. Les manches ballonnées s'amincissent vers les poignets (II, i>, 7). La fraise, immense, prend quelquefois la forme d'un éventail encadrant la figure et tenu raide par des fils d'archal II, 10).

Chez les soldats, la fraise et le panseron s'introduisent dans l'uniforme; les hommes de pied portent les chausses bouffantes, un corselet et des tassettes (III, 3). L'armure, brunie ou dorée, reste le signe distinctif des officiers d'un rang élevé II. 11; III. .H). Ceux d'un grade inférieur se distinguent par l'esparton et l'écharpe en sautoir (III, 11).

Les paysans et gens du peuple ne suivent pas la mode de la fraise : le col rabattu à l'italienne, le justaucorps sans buse ni panseron, le chapeau à larges bords, caractérisent leur tenue. Les chausses sont souvent remplacées par cette culotte courte et flottante que nous avons déjà vue chez le paysan du XI'' siècle et dont le type se retrouve de nos jours dans le bragoubras breton (III, 1).

Les diverses catégories de magistrats continuent à porter la robe longue dans ses formes anciennes et le mortier rond ou à pointes : le rouge et le noir sont les couleurs les plus usitées (III, 6, 7, 8).

La misère produite par les longues guerres de religion amène un changement notable dans la richesse des vêtements, mais non dans les conceptions déplorables de la mode. C'est en 1594 que s'introduit, sous le nom de manteau, un système de conques en tissu léger, fixées symétriquement derrière les épaules et de chaque côté de la robe (III, 10).

Alors encore on imagine de rendre la vertugade apparente : c'est désormais un bourrelet godronné, en forme d'énorme fraise, tenu rigide par une armature métallique, d'où émerge un buste raide également bardé de métal. Au-dessous, les jupes ajustées aux bords de la vertugade tombent en plis raides ou lourdement drapés (IV, 4, 7); par des jeux de hanches savamment étudiés, la femme imprime à cet appareil des mouvements de roulis et de tangage que l'on estime du meilleur effet. La grande collerette raide encadre la tête, que surmonte une coiffure tendue par des arcelets (IV, 4) ou gonflée à l'aide de tampons (IV, 7). Les cheveux sont poudrés et la poudre fixée par un mucilage.

Le costume masculin réagit, sous Henri IV, contre les excès du règne précédent. Le roi, de son enfance pauvre, passée loin de la cour, a gardé le goût de la simplicité. Le panseron disparaît. On revient au pourpoint sans buse, à la fraise de proportions raisonnables, aux hauts-de-chausse bouffants. On les porte flottants (III, 9) à la gigotle, renflés dans le haut et s'amincissant vers le genou :IV, xi, ou on bourse, courts et rembourrés dans le bas seulement (IV, 3). La chaussure se transforme par suite de l'apparition du talon. Les souliers à pont, exhaussés par des talons hauts, sont carrés du bout, avec une rose en ruban pour couvrir les attaches (IV, S, 8, 9). On porte également la botte en cuir mou, qui sous Henri IV est admise dans les costumes de réception (IV, ï>, 10). Les jarretières longues, en soie, ornées de franges, s'attachent sous le genou.

Le costume militaire s'allège de plus en plus des défenses de fer. Les mousquetaires sont coiffés de chapeaux et portent c/js chausses longues, serrées en bas, enjambes de chien (IV, 1). Mais les gendarmes du roi conservent l'armure, dont les épaulières, proéminentes, en forme de maheutre, leur font donner ce même nom (IV, -i). La soie, réservée aux officiers, est rigoureusement bannie du vêtement du soldat, exception faite pour les soldats de parade IV, 11). Les gentilshommes, officiers et soldats des corps d'élite portent la large écharpe passée sur l'épaule droite et nouée avec les bouts flottants sur la hanche gauche (IV, 2, 10).

LA RÉFORME EN FRANGE ET LES GUERRES DE RELIGION

la vérité est que celle guerre, à laquelle la passion du roi pour la princesse de Condé n'était sans doute pas étrangère, n'avait pas l'assentiment du pays ni même de toute la cour, qui comptait des partisans de l'alliance espagnole et catholique. Cependant, trois armées furent rassemblées aux frontières.

Avant son départ, le roi, pour assurer h' gouvernement de la France pendant smi absence, donna (•20 mars 1610) le titre de régente à Marie de Médicis, avec un conseil de quinze personnes. Le 13 mai, la reine fut sacrée en grande pompe dans la basilique de Sainl-Denis; le 16, elle devait faire son entrée solennelle à Paris. Le départ du roi était fixé au 19.

Assassinat de Henri IV (1610).

— Le 14 mai, Henri IV, qui avait été inquiet et rêveur toute la matinée,

voulut aller à l'Arsenal pour visiter Sully, alors souffrant. Il monta dans un carrosse ouvert, avec les ducs d'Épernon, de Rolian-Montbazon, le maréchal de Lavardin, etc. Dans la rue de la Ferronnerie, près du marché des Innocents, un embarras de voitures fit arrêter son carrosse. Le roi lisait une lettre qu'il tenait de la main droite, le coude levé. Un fanatique visionnaire, Jean-François Ravaillac, ancien maître d'école à Angoulême, qui avait plusieurs fois tenté d'approcher le roi pour lui demander d'écraser les Réformés, mit un pied sur une borne, l'autre, sur la roue du carrosse, et frappa Henri d'un coup de couteau un peu au-dessus du cœur. « Je suis blessé! » s'écria Henri. Un second coup perça l'aorte et trancha la veine cave.

Cet assassinat plongea la France dans la plus profonde douleur. Ses soldats appelaient Henri le roi des braves; l'Europe lui donna le surnom de Grand.

Avec lui disparaissait l'un des fondateurs de l'unité et de la grandeur nationales. Il avait brisé le joug espagnol, inscrit pour la première fois dans le droit public le principe de la liberté de conscience, libéré le royaume de l'anarchie et restauré l'autorité du pouvoir central. La justice, les finances, l'armée avaient particulièrement retenu son attention. Son administration économique, merveilleusement active, s'était portée sur toutes les branches de la production nationale: agriculture, industrie, commerce intérieur et extérieur, colonisation. Les voies de communication avaient été améliorées et développées. Sous les prévôtés deMiron et de Sanguin, des travaux publics avaient été entrepris tant pour assainir Paris que pour l'embellir. L'agrandissement de L'Hôtel-Dieu etlacréation des hôpitaux Saint-Marcel et Saint-Louis, les travaux de pavage ou d'élargissement des rues I , la construction de fontaines publiques rentrent dans la première catégorie ; a la seconde se rattachent la construction île la porte Saint-Bernard, l'achèvement de la façade de l'Hôtel de Ville, l'embellissement du Collège de France, la construction au Louvre de la galerie des rois galerie d'Apollon), de la grande galerie et, aux Tuileries, du pavillon de Flore; la construc-

par F.

Henri IV, Porbus (Louvre)

Marie de Médicis, par F. Porbus (Musée du Prado, Madrid).

tion du Pont-Neuf (1), de la place Royale (achevée sous Louis XIII) et de la place Dauphine.

(1) Sur le piédestal de la statue élevée à Henri IV sur le Pont-Neuf on a gravé le vers célèbre :

Le seul roi dont le peuple ait garde la mémoire, emprunté à l'Éloge de Voltaire par Gudin.

Page 1