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France après le traité de Paris avec l'Angleterre (1259).
France à l'extinction de la dynastie capétienne (1328).
FOl'.MATION TEnniTORIALE DE LA FRANCE SOUS LUS CAPETIENS DIRECTS.
LES CAPETIENS DIRECTS
ose ou puisse lui résister. » Il avait des goûts somptueux, et le luxe des constructions qu'il lit élever contribua à lui aliéner les sympathies du peuple. Accusé de maléfices et de trahison, le 15 mars 1315, ce minisire, dont l'administration financière fut cependant reconnue intègre, fut traîné an donjon de Vinccnnes entre les rangs pressés «l'une foule qui l'injuriait, condamné' et exécuté (30 avril). Les seigneurs, groupés en ligues féodales, recouvrèrent leurs anciennes justices, le droit de guerre privée et obtinrent la suppres-
Sceau et agnel de Louis X.
sion d'un grand nombre de juges royaux. La « Charte aux Normands », datée de mars 1315, fut le point de départ de tous les privilèges de la province. D'autres suivirent, en avril et mai, pour la Bourgogne et le Forez; puis ce l'ut le tour de la Champagne, de la Picardie, du Languedoc, de l'Auvergne, de la Bretagne. Tous ces pays obtinrent ainsi quelque autonomie, mais la réaction devait être éphémère, et Louis X lui-même l'arrêta en limitant les droits des seigneurs en matière de monnaies. Il eut recours aux mêmes expédients financiers que son père, fît payer aux juifs le droit de rentrer dans le royaume, obligea presque les serfs du domaine à racheter leur liberté. Il tenta une expédition contre Robert de Flandre, qui lui refusait hommage; mais son armée fut arrêtée par les pluies, décimée par les maladies : il fallut revenir en toute hâte. Louis X avait épousé, en secondes noces (1315), sa cousine Clémence de Hongrie, après avoir fait condamner pour adultère, puis étrangler en prison Marguerite de Bourgogne. Clémence était enceinte, lorsque Louis X mourut prématurément, le 5 juin 1316.
Philippe V le Long (1316-1322). — Louis X laissait à son décès une fille, Jeanne de Navarre, née de Marguerite de Bourgogne et mariée à Philippe d'Évreux, et deux frères, fils comme lui de Philippe le Bel. De plus, si Clémence de Hongrie accouchait d'une fille, à qui reviendrait la couronne? Trois princes prétendaient à la succession de Louis X : Philippe, comte de Poitiers, son frère; Charles de Valois, son oncle, et le duc Eudes de Bourgogne. Ce dernier, frère de la première femme de Louis X, Marguerite de Bourgogne, était par conséquent l'oncle de Jeanne, fille aînée du roi défunt.
Philippe le Long prit sans tarder possession de la régence; Charles de Valois, besogneux, lui vendit son concours, et un arrangement fut conclu avec Eudes de Bourgogne, aux termes duquel, si la reine accouchait d'une fille, le droit des filles de Louis X serait réservé jusqu'à leur nubilité.
Dans la nuit du 13 au 14 novembre 1315, la reine Clémence mit au monde un fils (Jean Ier le Posthume) qui ne vécut que quelques jours. Philippe se fit couronner à Reims le 9 janvier 1317. Hi nies de Valois assista à la cérémonie, mais le duc de Bourgogne lit valoir les droits de Jeanne. Une assemblée de barons, de prélats et de bourgeois fut réunie à Paris le 2 février 1317. Elle approuva ce que Philippe avait fait, et elle déclara solennellement que << 1rs femmes ne succèdent point au royaume de France ». La tradition veut qu'on ait, pour appuyer celle décision, invoqué la loi salique; mais il n'en est rien. C'est seulement sous Charles V
Sceau et agnel de Philippe V.
que les juristes invoquèrent la loi franque et assimilèrent la succession an trône à un héritage ordinaire pour justifier après coup la règle établie en 1317 (1). Ils proclamèrent alors que les lis ne filent pas, que la couronne de France ne doit pas tomber de lance, en quenouille. « Le royaume de France est si noble, écrivait Froissart, qu'il ne peut aller à femelle. »
Le règne de Philippe le Long ne dura que six années, mais il eut de l'importance pour les progrès de la royauté : après l'éclipsé qui correspondit au règne de Louis X, on peut dire qu'il continua celui de Philippe le Bel. Ce prince, au physique comme au moral, tenait beaucoup de son père; il en avait l'habileté et l'énergie, tempérée par plus de douceur.
11 déploya une grande activité et laissa un nombre incroyable d'ordonnances, de règlements, de lettres. Il rendit notamment des ordonnances détaillées (18 juillet 1318, 3 janvier 1320) pour organiser la chambre des comptes qui fut pourvue d'une hiérarchie complète, à l'imitation du parlement, et pour régler les droits, les devoirs de ses membres, l'ordre et la procédure de leurs travaux (2).
Les états généraux furent convoqués sous ce règne avec une fréquence que l'on n'avait jamais connue ; les représentants des villes y prirent une place importante, et quelquefois même y figurèrent seuls : deux assemblées, composées de députés des bonnes villes, furent réunies, à Paris, le 6 mars 1317, à Bourges le 27 mars. En 1318, Philippe multiplia les assemblées partielles pour le Midi, le Nord, le Centre, en vue de préparer l'unification des monnaies par la suppression de la frappe seigneuriale et locale. Il voulut réaliser aussi l'unité des poids et mesures, mais les villes se montrèrent réfrac taires à cette réforme.
Il réglementa les « Requestes de l'hôtel », c'est-à-dire le mode des requêtes adressées au roi.
En 1316, étant régent, il avait abandonné le droit d'accorder des grâces, de disposer des offices royaux et des bénéfices ecclésiastiques à un conseil étroit composé de vingt-quatre grands personnages, dont six princes du sang et neuf officiers palatins du premier rang. L'ordonnance de Pontoise, du 18 juillet 1318, réorganisa le conseil du roi, qui dut, chaque mois, tenir une séance pour rapporter au roi l'état du Trésor.
Une ordonnance de 1321 attribua à la couronne la connaissance des crimes des lépreux, que la rumeur publique accusait de complots et d'empoisonnements. Elle était d'une rigueur excessive : on brûlait ceux qui avouaient; on torturait et, suivant les circonstances, on brûlait ou on enfermait ceux qui n'avouaient pas. En Languedoc, on fit périr, paraît-il, en un jour, six cents de ces malheureux; à Paris, on se contenta d'exécuter tous ceux qui furent considérés comme coupables. Les biens des lépreux et de leurs complices étaient attribués au fisc.
La question flamande se rouvrit sous ce règne. Philippe la régla par le traité du 2 juin 1320. Louis de Nevers, fils du comte Robert de Flandre, épousait la troisième fille de Philippe V : il recouvrait les comtés de Nevers et de Rethel, que Philippe V lui avait confisqués; mais les châtellenies de Lille, Douai et Orchies étaient définitivement annexées à la couronne de France.
Charles IV le Bel (1322-1328). — De son mariage avec Jeanne de Bourgogne, Philippe le Long, de même que Louis X, ne laissait que des filles, et ce fut le dernier des fils de Philippe le Bel qui lui succéda : Charles IV, dit le Bel, comme son père.
Charles IV ne fut pas moins acharné que Philippe le Bel à restreindre les privilèges de gneurs. Il fit condamner à mort par le pari
Statue tombale de Philippe V le Long 'Saint-Denis).
(1) Voir P. Vioi.i.f.t, Comment les femmes ont et dues en France de la succession à la ce ■■ Mémoires de l'Académie des Inscriptions, l..\ Cl NotedeG. Monod dans la Revue Criéiq
(2) Ordonnance ds Philippe Vie Long 'in is juillet 1318. « Non-* avons irdonné que nous verrons chacun au notre État une l'ois par les gens de nos comptes. »
le comte Jourdain de l'Isle, un seigneur gascon célèbre par ses crimes et qu'il alla chercher jusque dans son château. Il s'occupa activement de l'administration judiciaire et financière. Il continua en un mot la politique traditionnelle des Capétiens.
Il mourut en 1328, et avec lui s'éteignaient les descendants de Hugues Capet. Il n'avait pas de fils, mais Jeanne d'Évreux, sa femme, était enceinte. Alors se posa une question analogue à celle qui s'était posée à la mort de Louis X : les mâles, parents du roi par les
Sceau et royal d'or de Charles IV.
disposition une arme à deux tranchants, qui fut maniée, on sait avec quelle dextérité, par les légistes.
L'œuvre des Capétiens a été exposée règne par règne. Louis le Gros, batailleur et valeureux, combattit ses ennemis par la force ; Philippe Auguste, fort et rusé, affirma sa puissance naissante à Bouvines ; saint Louis, ferme, équitable, âme toute au devoir, et sa mère, Blanche de Castille, infatigable, adroite, énergique, brisèrent les multiples coalitions féodales qui prétendaient arrêter l'essor du pouvoir central ; Philippe le Bel, habile et impitoyable, tira profit des efforts de ses devanciers avec une telle rudesse qu'une réaction féodale, bientôt maîtrisée, éclata sous son successeur immédiat. Mais quand les Valois prennent la couronne, la monarchie est vraiment triomphante et la féodalité mortellement atteinte : l'agonie sera longue, puisqu'elle se prolongera jusqu'à Louis XI ; cependant, dès le xive siècle, la royauté, forte de ses acquisitions territoriales, entourée de puissantes institutions législatives, administratives, judiciaires, financières, n'est plus ce qu'elle était à l'avènement des Capétiens : son caractère féodal s'efface devant son caractère national. Les organes de l'ancienne monarchie, tels qu'ils fonctionneront jusqu'en 1789, sont déjà créés.
femmes, peuvent-ils succéder au trône? Trois prétendants revendiquaient la couronne : Philippe d'Évreux, mari de Jeanne de Navarre, fille de Louis X; Edouard III, roi d'Angleterre, petit-fils, par sa mère Isabelle, de Philippe le Bel; Philippe de Valois, fils de Charles de Valois, et par suite cousin germain du défunt par son père (1). Comme en 1316, on réunit un conseil de barons. Il fut décidé que Philippe de Valois aurait le gouvernement provisoire et, au cas où la reine mettrait au monde un fils, la régence et la tutelle; si au contraire Jeanne d'Évreux accouchait d'une fille, une seconde assemblée désignerait définitivement l'héritier du trône. Ce fut une fille qui naquit (2) et Philippe de Valois devint roi de France. Ainsi s'établit cette règle que les mâles, parents par les femmes, pas plus que les femmes, ne pouvaient succéder à la couronne.
BIBLIOGBAPHIE
Sources : Chronique parisienne, de 1316 à 1339, publ. par Hellot (1884). — Chroniques de France, de Thomas de Maubeuge.
Ouvrages à consulter : Clément (Pierre), Trois Drames historiques; Enguerrand de Marigny (1837). — Dufayard (Charles), La Réaction féodale sous les fils de Philippe le Del [Revue historique, tomes LIV et LV). — Lehugeur, Histoire de Philippe le Long, tome Ier, seul paru (1895).
L'œuvre de la monarchie capétienne. — Les Capétiens se sont efforcés de ruiner la féodalité en empruntant à la féodalité elle-même les armes dont ils avaient besoin. Comme rois, ils continuaient la monarchie traditionnelle, la monarchie franque, mais ils étaient aussi les chefs de la féodalité; ils eurent donc à leur
(1) 11 avait épousé : en premières noces, Blanche de Bourgogne; en secondes noces, Marie de Luxembourg; en troisièmes noces, Jeanne d'Evreux.
(2) Blanche, qui épousa Philippe, duc d'Orléans, fils de Philippe VI.