‹ Histoire de FranceChapitre 134 sur 158 · Son père, qui retenait Jacqueline auprès de lui · texte numérisé non relu

Son père, qui retenait Jacqueline auprès de lui

que souvent ceux qui défendent la vérité ne le font pas par f esprit de Dieu, non plus que ceux qui la combattent.

XX. 26 septembre 1651. Sur la mort de son père. — Ma très chère sœur, j'aurois dû vous faire charger d'une lettre, si je l'avois faite en même temps que vous receviez les visites de M. Singlin ; maintenant que je vous vois seule, je vous assurerai, par celle-ci, que vous nous avez toujours été présente dans la douleur que vous avez soufferte, et que vous soufrez encore d'une si grande séparation dans laquelle on vous doit permettre tous les ressentiments qui ne vont point à l'excès, et qui n'empêchent point le parfait hommage que vous devez à Dieu dans cette rencontre. Je crois que c'est votre disposition, ma très chère sœur , et que vous nous ferez souvenir du mystère de la mort de Jésus, qui vous est arrivé en partage par une providence particulière de Dieu, afin qu'ayant envisagé tant de fois cette mort précieuse, qui ne devoit jamais arriver à la personne de celui qui donne la vie à toutes choses, vous fussiez moins surprise de voir mourir ceux qui sont obligés à la mort, et par la nature et par la conformité qu'ils devroient désirer d'avoir à celui qui est mort pour eux. Je crois , ma chère sœur, que vous ne cherchez que des consolations solides, et que vous les trouverez en la vue de Jésus-Christ crucifié et délaissé de son père éternel, après quoi il est juste que nous souffrions qu'il nous retire les nôtres, et que nous disions ensuite avec Jésus- Christ : Que la volonté de Dieu soit faite et non pas la nôtre. Vous eussiez bien eu le courage de quitter ce bon père, s'il eût voulu vous le permettre, pour vous donner à Dieu ; et il a ordonné que ce seroit lui qui vous quitteroit, qui est un sacrifice plus rude que celui que vous vous étiez proposé, et auquel il vous oblige de recourir deux fois et en sa personne et en la vôtre. Je sais, ma chère sœur, que vous êtes trop à Dieu pour lui manquer de soumission en cette occasion qui vous est si importante et si unique; c'est pourquoi je le supplie de vous imprimer dans le cœur ces paroles du prophète : Je me suis ta et n'ai pas ouvert la bouche, parce que c'est vous, mon Dieu, qui l'avez fait. Ce sera dans ce silence que vous serez écoutée de Dieu, pour lui demander miséri-

corde pour celui que vous regrettez. Nous vous accompagnerons dans ce devoir autant qu'il nous sera possible, puisque Dieu nous a rendue, ma très chère sœur, votre très humble et très affectionnée servante,

Sœur Agnî:?, Religieuse indigne.

Notre mère (la mère Angélique) m'a commandé de vous assurer de la part qu'elle prend à votre douleur, et qu'elle ne manque pas de vous offrir à Dieu, afin que vous la portiez comme il faut pour rendre à Dieu ce que vous lui devez, et pour servir en sa présence celui qui est le sujet de votre affliction.

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