‹ Histoire de FranceChapitre 15 sur 158 · L'édit. : elle s'amusoit avec ses poupées · texte numérisé non relu

L'édit. : elle s'amusoit avec ses poupées

enfant, car il l'aimoit avec une tendresse tout extraordinaire. Mais cette douceur ne dura guère ; car au mois de septembre de cette année 1638,1a petite vérole lui vint, dont elle fut malade à l'extrémité. Mon père oublia lors toutes ses craintes, et dit que quelque danger qu'il y eût pour lui, il vouloit être dans sa maison pour voir de ses yeux tout le cours de la maladie; et en effet, il ne la quitta jamais un moment, couchant même dans sa chambre. Elle guérit de ce mal, mais elle en fut toute gâtée. Elle avoit alors treize ans, et elle avoit l'esprit assez avancé pour aimer la beauté et être fâchée de l'avoir perdue. Cependant elle ne fut point du tout touchée de cet accident : au contraire elle le considéra comme une faveur, et elle fit des vers pour en remercier Dieu, où elle disoit, entre autres choses, qu'elle regardoit ses creux ^ comme les gardiens de son innocence , et pour des marques indubitables que Dieu vouloit la lui conserver; et tout cela venoit de son propre momement. Elle passa tout cet hiver-là sans sortir de la maison, n'étant pas en état d'aller parmi le monde. Elle ne s'ennuya point du tout, en s'occupant fort de ses poupées et de ses autres bijoux. (( Au mois de février de l'année 1639, M. le cardinal eut envie de faire jouer une comédie par des enfants. M"'^ la duchesse d'Aiguillon - prit le soin de cher-

1. Les manusc. et l'édit. : ses yeux, ce qui n'a pas de sens. Je lis ses creux^ d'après les vers qui suivent, chap. II, p. 91.

2. Marie de Vignerod, fille du baron de Pont-Courlai et d'une sœur de Richelieu, d'abord marquise de Combalet, puis duchesse d'Aiguillon.

cher des filles, et proposa à M'"^ Saintot si elle pourroit donner M"^ sa fille la jeune, et s'il y auroit moyen d'avoir ma sœur, et lui dit qu'elle avoit pensé que possible^ cela pourroit servir pour le retour de mon père, si cette petite le demandoit à M. le cardinal. Cet avis donné de cette part parut si important à tous nos amis qu'ils crurent qu'il ne falloit pas perdre cette occasion. Ainsi elle apprit le rôle qu'on lui donna et fit son personnage, mais avec tant d'agrément qu'elle ravissoit tout le monde, d'autant plus qu'étant de fort petite taille, et ayant le visage fort jeune, elle ne paraissoit pas avoir plus de huit ans, quoiqu'elle en eût treize. Après la comédie, elle descendit du théâtre, afin que M""^ Saintot la menât à M"'^ d'Aiguillon qui la vouloit présenter à M. le cardinal. Mais comme elle vit que M'"^ Saintot tardoit, et que M. le cardinal se levoit pour se retirer, elle s'en alla à lui toute seule. Quand il la vit approcher, il se rassit, la mit sur ses genoux, et en la caressant il vit qu'elle pleuroit. Il lui demanda ce qu'elle avoit. Alors elle lui fit son compliment que ^me d'Aiguillon accompagna de quantité de paroles obligeantes ; sur quoi M. le cardinal dit qu'il lui accordoit le retour de son père, et qu'il pouvoit revenir quand il voudroit. Alors cette petite d'elle-même, sans que cela eût été prévu, lui dit : Monseigneur, j'ai encore une grâce à demander à Votre Éminence. M. le cardinal étoit si ravi de sa gentillesse et de cette petite liberté, qu'il lui dit : Demandez-moi ce que vous vou-

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