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LE PRIX DE LA TOUR

Décembre 1640.

Exécrables auteurs d'une fausse créance , Dont le sein hypocrite enclôt un cœur de fiel, Jetez vos foibles yeux sur Tarche d'alliance, "Vous la verrez semblable à la reine du ciel.

Comparez leurs beautés et leurs effets étranges. Et puis nous confessez avec soumission Que la Mère de Dieu, cette reine des anges. Ne peut être que pure en sa conception.

L'une tient en son flanc le bonheur de nos pères, Et l'autre dans le sien notre espoir le plus cher; L'une par son pouvoir divertit leurs misères. Et l'autre par le sien vous garde de pécher.

Si l'une a fait gagner plusieurs fois des batailles. Parce que dans son sein un trésor est caché, L'autre ne fait pas moins , ayant en ses entrailles De quoi nous faire vaincre et dompter le péché.

L'arche ancienne conduite en un lieu plein de vice , Dès l'abord quelle y vient renverse les faux dieux. Elle en fuit la demeure, et répute à supplice D'habiter en un lieu si peu chéri des cieux.

Si donc une arche simple et bien moins nécessaire Ne sauroit habiter dans un profane lieu, Comment penserez-vous que cette sainte mère , Étant un temple impur , fût le temple de Dieu''

Mais voici qui ajoute à l'intérêt de ces stances. Lorsque le président de la cérémonie prononça le nom de

Jacqueline Pascal , à laquelle le prix était décerné , celle-ci était absente. Mais un ami de sa famille était là qui se leva pour remercier en vers l'assemblée et mn président au nom de la jeune Jacqueline. Cet ami des Pascal était le grand Corneille. Cette anecdote était inconnue , ainsi que les vers de Corneille qui s'y rattachent, et que Marguerite Périer nous a conservés. Ces vers inédits de Fauteur du Cid et de Polyeiicte sentent fort l'improvisation. Toutefois, il nous a paru qu'on pouvait les ajouter à tant d'autres mauvais vers que les éditions complètes ont recueillis, et que la gloire de Corneille les pouvait supporter.

REMERCniE.NT

FAIT Sin-LE-CHAMP PAR M. DE CORNEILLE, LORSQUE LE PRIX FUT ADJIGÉ AUX STANCES PRÉCÉDE^'TES.

Pour une jeune muse absente , Prince, je prendrai soin de vous remercier; Et son âge et son sexe ont de quoi convier A porter jusqu'au ciel sa gloire encor naissante. De nos poêles fameux les plus hardis projets Ont manqué bien souvent d'assez justes sujets

Pour voir leurs muses couronnées;

Mais c'en est un beau qu'aujourd'hui Une liUe de douze années A seule de son sexe eu des prix sur ce Puy.

Jacqueline absente avait été suppléée par Corneille ; mais elle ne voulut pas qu'on l'accusât d'ingratitude , et l'année suivante , ù la même cérémonie, elle adressa elle-même à l'assemblée un

remercîment en vers. Nous le donnons ici pour achever cette anecdote de la jeunesse de Jacqueline Pascal.

REIMERCIMENT

POUR LE PRIX DES STANCES, l'ANNÉE SUIVANJTE.

Décembre 1G41 «.

Prince , dont la bonté s'égalant an mérite

Au plus cliétif objet rencontre des appas,

Recevant un bonbeur qne je n'espérois pas,

Trouvez bon que raa Muse en revanche s'excite.

Je sens son mouvement; mais, dans cette fureur.

Ma foiblesse ne peut exprimer ma ferveur,

Ni jusques à quel point cette faveur me touche.

Et toutefois je veux qu'on sache par ma bouche

Les sentiments que j'ai du don qne j'ai reçu.

Pour vous, dans cet honneur dont mes vers sont indignes»

Vous imitez Jésus dont les bontés insignes

Obligent les mortels qui ne l'ont jamais vu.

Jacqueline avait alors quinze ans. Ses agréments ' personnels , son charmant caractère , sa modestie , son enjouement, ses talents, sa réputation, en faisaient rornement de tout ce qu'il y avait à Rouen do sociétés élégantes et distinguées. Elle y vécut cinq ou six ans, jusqu'au milieu de l'année 1G46, c'està-dire jusqu'à l'âge de vingt ans, pieuse et régulière, mais sans aucune exagération , bien éloignée de penser à jamais entrer en religion, plus d'une fois recherchée en mariage, croissant en grâce et en talent

i. Recueil de Maigaerito Périer, p. 664.

SOUS les ailes d'une famille incomparable , parmi les amis de son père et de son frère , et presque sous la conduite du grand Corneille, qui était alors dans toute la force de son génie et dans le plus grand éclat de sa gloire. L'aimable Muse continua de faire des vers de toute espèce et sur toutes sortes de sujets, des chansons, des épigrammes, des stances. Voici diverses pièces que nous avons pu recueillir de cette période de sa vie , sans nul autre ordre que celui des dates , , quand nous avons pu les trouver.

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