‹ Histoire de France [microform], tirée de Ducoudray;Chapitre 4 sur 33 · HISTOIRE DE FR.\NCE · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE FR.\NCE

ment, sonna de son cor pour avertir Charlemagne. Le bruit en arriva jusqu'aux oreilles de Charles: « C'est mon neveu (jui m'appelle, dit-il avec inquiétude. — Non, dit Ganelon qui l'accompagnait, votre neveu chasse à travers la montagne.» Et le roi cou- 5 tinua sa route.

Roland sonna si fort que les veines de soti cou se rompirent. Sur le fjoînt de mourir, il ne voulait pas que sa terrible épée, sa Durandal, comme on l'appelait, toml)ât entre les mains des ennemis; il 10 chercha un roclier pour la briser; ce fut, disent les poètes, l'épée qui fendit le rocher. Xe pouvant briser Durandal, Roland la jeta dans une fontaine où elle doit rester, toujours d'après la légende, jusqu'à la fin des temps, 15

Charlemagne avait fini par comprendre les sons désespérés du cor de Roland : il était revenu en toute hâte sur ses pas, mais trop tard, et ne put que venger la mort de son neveu.

Guerres contre les Saxons. — Mais la guerre la 20 plus longue, la i)lus acharnée que Charlemagne eut à soutenir, fut la guerre contre les Saxons. A dixhuit reprises différentes, dans l'espace de trente-trois ans, il pénétra dans k pays compris entre le Rhin et l'Elbe.

Charles s'appliqua surtout à convertir les Saxons à la religion chrétienne. Il détruisit leurs bois sacrés, renversa leurs idoles, entre autres l'Irminsul. tronc d'arbre énorme et sculpté en forme de statue.

Un chef surtout avait excité les Saxons à la résistance, Witikind. Ardent, infatigable, habile, Witikind se dérobait à toutes les recherches: quand

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il ne pouvait plus lutter, il se retirait chez les Danois et reparaissait dès que Charlanagne s'éloignait. . Le bruit du desastre de Roncevaux étant parvenu jusque dans la Saxe, Witikind souleva toute la Germanie et osa se montrer sur les bords du Rhin {77S). Charles fut obligé de recommencer la conquête du pays. Il y resta trois années pour v fonder des monastères, y bâtir des châteaux forts,' y créer des eveches. ^

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Charles aussitôt revient au milieu des Saxons en ennenn ,rnté et inflexible. Witikind lui échappe encore „,a.s quatre mille cinq cents prisonniers sont •5 décapites en un seul jour à Verden (78-)

guerre sans merci. Les Saxons, épuisés, à la fin

se soumirent Witikind, „e trouvant plus de sol-

.0 eraitïf"'' •>'""'?•' "' ^W^-enant que Charles lui

/worfté 1 n T'"' '' "'''''''''''' ^•'"' reconnaître au orite de Charlemagne et recevoir le baptême à

la villa royale d'Attisuy sur Aisne (78s)

La soumission de Witikind termina la grande Suerre de Saxe. Plusieurs tribus se révoltèrent =5 eitcore plus d'une fois jusqu'en l'année 804 e Charlemagne. las de vaincre et <le punir „ cette race

hJT' r •" ''"î '•■^"«P'a"t<^r des milliers de fan , lies en d autres régions et changer les habitants rte la baxe. Cest ainsi que le redoutable roi des

imgn?. "'' ''"" ^" °" ' "^^P"'^ ^PP^'é ''Al'e-

Le roi des Francs se trouvait à Rome au moment

ou 1 on célébrait le huit centième anniversaireTîa

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naissance du Christ, et c'était précisément le premier jour de l'an 8cxi, car on comptait alors les années à partir de Noël. Pendant la messe, conmie Charles priait agenouillé dans l'église de Saint-Pierre et Saint- Paul, le pa[>e Léon III, tenant une couronne 5 d'or, alla tout à coup la lui placer sur la tête en disant : « A Charles très pieux, auguste, couronné de Dieu, grand et pacifi(]ue empereur des Romains, vie et victoire ! » Les guerriers francs, flattés dans leur orgueil, s'unirent aux Romains pour répéter avec 10 enthousiasme: «A Charles, empereur des Romains, vie et victoire ! »

Le pape se prosterna devant le nouvel empereur d'Occident, qui revêtit un costume magnifique: tunique ornée de broderies, manteau fleuri de ra- 15 meaux d'or, hrodequins étincelants de pierres précieuses. Et toute la ville de Rome fut en joie : elle se croyait rapi)elée à son anticjue splendeur.

Cette pfjmpe toutefois, cette magnificence plaisaient peu au redoutable guerrier. En dehors des 20 cérémonies, Charles conserva ses habitudes simples et le grossier costume des soldats francs. Ses compagnons aimaient au contraire à se parer des riches vêtements qu'ils avaient trouvés en abondance dans les villes d'Italie. 25

Or, un dimanche, après la messe, Charles dit à ses compagnons : « Sans entrer au logis, vêtus comme nous le sonmies, partons pour la chasse.» Il tombait une pluie fine et froide. Tout le jour on courut sous la pluie, dans les broussailles, au milieu 30 des bois ; les vêtements fins et délicats furent trempés, déchirés. Charles ordonna à ses compagnons de reparaître le lendemain devant lui avec le même

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costume. Ils se présentèrent tout honteux de leur triste équipage, et Charles plaisanta ses compagnons sur leurs somptueuses guenilles.

Charles n'aurait point mérité le surnom de Grand, 5 sMl n'eût effacé la barbarie du conquérant par la sagesse du législateur; il s'appliqua à faire régner dans son vaste empire l'ordre et la justice. « Une chronique raconte qu'il avait fait suspendre une cloche à la porte de son palais ; tous ceux qui vou-

10 laient former appel à sa justice, sonnaient cette cloche et le roi, suffisamment averti, leur donnait audience tous les jours. La nuit même, car il avait l'habitude de se lever et de s'habiller plusieurs fois durant la nuit, Charies faisait introduire dans sa

15 chaaaibre des plaideurs de toutes conditions, les priait Ce^x>ser leurs griefs mutuels et se prononçait comme m plein tribunal sur la question en litige.»

Il établit dans les provînt^es, des comtes, des vi- 20 caires, des juges. Il avait l'œil et la main partout. Des envoyés royaux devaient, à chaque saison de Tannée, parcourir les provinces et réprimer les excès des offkiers. Au printemps et à rautomne, à la veille ou au fetour de ces expéditions, l'empereur 25 tenait les assemblées ordinaires chez les Francs ; c'est là qu'il publiait ses capitulaircs, lois diverses qui réglaient la police de l'État ou l'administration de ses fermes. Charies navait d'autres revenus que ceux de ses vastes domaines; aussi le voit-on 30 s'occuper, en même temps que de Tordre de la société, de la vente de ses bœufs et de ses porcs, des œufs de ses basses-cours, des poissons de ses étangs, des foins de ses prairies, même du superflu des lé-

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gumes de son jardiii. m Un père de famîîle, a-t-on dit avec raison, pourrait apprendre dans ses lois à gouverner sa maison.»

Ce guerrier redoutable connaissait le prix de la science. 11 étudia sa langue maternelle, il apprit le 5 latin; sa rude main, si habituée à manier lepée, s'exerçait à conduire le stylet siir les tablettes et à tracer d'informes caractères. Il s'entoura de savants qui formaiciit dans son palais comme ime Académie. 10

Charlemagne avait établi une école dans son palais même pour les enfants de ses leudes et des serviteurs de son i)alais. Il la visitait souvent. Les aifants les plus IMiivres étudiaient avec ardeur. Charles leur dit iin jour: «Je vous loue beaucoup, 15 mes enfants, de votre zèle à remplir mes intentions et à rechercher de tous vos moyens votre propre bien. IVIaintenant, efforcez-vous cf atteindre à la perfection, alors je vous donnerai de riches évêchés, de magnifiques al)l)ayes.)) Puis il se tourna vers les 20 enfants des grands, et d'une voix terrible il s'écria: « Quant à vous, fils des [)rincipaux de la nation qui, vous reposant sur votre naissance et votre fortune, avez négligé tnes ordres et le soin de votre propre gloire dans vos études, si vous ne vous hâtez pas de 25 réparer par une constante application votre négligence passée, vous n'obtiendrez jamais rien de Charles ! »

La renonmiée du puissant empereur s'était répandue au loin. Le monarque le plus puissant de 30 l'Asie, le chef du grand empire arabe, le calife Haroun-al-Raschid (FTaroim le Juste), M envoya plusieurs fois des ambassades et des présents d'une

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merveilleuse richesse. Parmi ces présents, ce qui étonna le plus les l^Vancs, ce fut un éléphant, animal qu Ils n avaient jamais vu, et une horloge mécanique avec des figures qui se mettaient en mouvement 5 pour sonner les heures.

Charles mourut en 814 à Aix-la-Chapelle, ville qui aimait a cause de ses sources d'eau chaude et ou ,1 avait élevé une grande église. On déposa son corps dans la crypte de cette église et on lenferma 10 clans un caveau, assis sur un trône de marbre la couronne d'or sur la tête, un sceptre d'or entre 'ses

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