LOUIS LE BÈGUE
877. — La France restait sous la meDace d'une faction de grands, qui venait de se révéler par un essai de conspiration et par le poison du juif Sédécias; et pour toute force contre celte anarchie, Charles le Chauve laissait un fils peu expérimenté aux affaires et aux périls, manquant d'aufbrité et de génie, et lui-même, en butte aux passions jalouses. Richilde,veuve du roi, n'avait pu être étrangère à la conjuration des seigneurs. Son frère Boson en était l'âme. Il avait été comblé de biens et d'honneurs par Charles le Chauve ; on lui avait fait épouser Hermengarde , In fille de l'empereur Louis, et enfin il était devenu duc dltolie. Et lorsque son existence se fut ainsi accrue, son ambition n'avait pas craint d'aller jusqu'à des pensées d'indépendance, de crime peut-être. Richilde avait pu ne pas accepter d'abord la complicité de ses desseins. Mais l'espérance de déplacer quelque jour la postérité que l'empe-
reur Charles, son mari, avait eue de sa première femme Irmintrude ou Hermintrude, n'avait pu ne pas entrer dans son âme ; et cet enfant né dans la fuite, après la sinistre bataille d'Andernach, lui dut être une excitation à des tentatives de ce genre. C'est dans cet état des esprits que Charles te Chauve était mort. Or, le fils n'ayant point survécu, l'ambition pouvait se trouver déconcertée ; mais l'intérêt privé resta toute la préoccupation des factieux, et l'anarchie n'en devint que plus animée.
Chaque duc songea à profiter d'une autorité débile pour s'affermir. Boson était à la tête des ambitieux , avec des vues d'avenir qu'il n'avouait qu'à lui-même; après lui Hugues l'abbé, Hugo abbas, personnage qui touchait au sang des rois : il était fils de Conrad, frère de l'impératrice Judith, la seconde femme de Louis le Pieux et mère de Charles le Chauve; puis Loup, abbé de Ferrières, homme d'épée et de batailles, avec ce titre d'abbé, qui déjà n'emportait pas l'idée du caractère sacerdotal ou ecclésiastique; Bernard, comte d'Auvergne, un autre Bernard, marquis de Golhie, c'est-à-dire gouverneur de la Marche, que les Visigoths avaient longtemps occupée dans la région méridionale des Gaules. Tels étaient les chefs de la conjuration politique, qui d'abord, n'ayant pour but que l'indépendance personnelle des grands, devait aller au delà de leur pensée, et préparait dans Tétat un déplacement complet de pouvoir. Louis, fils de Charles le Chauve, dont la fortune jusque-là avait été sans gloire, et que l'histoire désigne sous le triste nom de Louis le Bègue, eut le pressentiment de ses périls , et il commença par distribuer des abbayes, des comtés et des manoirs* pour se faire des amis et des défenseurs. Co fut le premier grief que lui reprocha la conjuration. Il était parti d'Orreville pour aller rendre les derniers devoirs à son père à Saint-Denis. Il apprit bientôt les oppositions qui se formaient, et il s'arrêta à Compiègne. Les grands déjà réunis, et marchant avec l'appareil d'une puissance formidable, s'avançaient en laissant commettre des ra-
* Annales de Saint-6er tin.
478 HISTOIBE DB FEANCE.
vages ; on eut dit une faction d'ennenods étrangers. Il tinrent une assemblée à Mont-Vimar, et de là ils envoyèrent des messagers à Louis. Il fallut négocier pour arriver à proclamer la royauté du fils de Charles le Chauve. Enfin les conditions furent faites, et l'impératrice Richilde s'en alla tardivement remphr la volonté dernière que le monarque $on époux lui avait conûée. « ËUe apporta à Louis un acte par lequel, avant de mourir, son père lui avait transmis le royaume, et une épée dite dw Saint-Pierre, par laquelle il lui en donnait Tinvestiture, et aussi le vêtement royal , la couronne et le bâton d'or avec des pierres précieuses ^ » ; et lorsque les grands furent assurés de leurs honneurs et de leurs bénéfices, Louis fut sacré et couronné roi par Hincmar, archevêque de Rheims. « Les évêquesse recommandèrent à lui, eux et leurs églises, sauf leurs privilèges canoniques , pour en être dûment protégés , promettant, selon leur savoir et pouvoir, de lui prêter fidèlement dans leur ministère secours et conseil. Les abbés aussi et les premiers du royaume et les vassaux du roi se recommandèrent à lui, et lui firent, selon la coutume, serment de fidélité* [8 décembre]. »
877. — La formule de ces engagements pris dans ces solennités, entre le roi et les évêques, a dans Tbistoire une grande importance.
« Nous vous prions, dirent d'abord lès évêques au roi Louis, de nous accorder que, conformément au premier Capitulaire, lequel, d'accord avec ses fidèles et les vôtres, et les légats du Siège apostolique, Josselin Usant, votre seigneur empereur a très-récemment, à Quierzy, déclaré devoir être par lui et par vous observé, vous nous gardiez, à nous et aux églises qui nous sont confiées, le privilège
« Annales de Saint-Bertin.
* Annales de Saint-Bertin. M. Guizot ajoute à ce passage ces mots de la chronique de Saint-Denis. « Mais pour ce que Testoire parle souvent des abbez du roiaume porruient aucun cuider que ce fussent moines et gens de religion : mais nous cuidons mieux, selon ce que l'estoire donne à entendre, que ce fussent baron ou grant home seculer a cui Ton les donast ou a tens ou a vie. »
HISTOIBE DE FRANGE. 479
canonique et nos droits légitimes, et que vous nous donniez protection, telle qu'un roi la doit, avec justice, en son royaume, à chaque évèque et aux églises qui lui sont confiées. »
Et le roi répondit aux évêques dans les termes mêmes de leur demande. Or, le Capitulaire invoqué avait pour objet de maintenir l'intégrité des biens des églises, et d'assurer aux prêtres et serviteurs de Dieu, pour le plein exercice de leur ministère , le concours des princes et la vigueur des hommes puissants et des administrateurs de la république.
Puis, chaque évêque s' étant engagé au service du roi, ainsi que le doit de droit un évêque à son seigneur^ le roi prononça à son tour cette formule de serment : « Moi, Louis, établi roi par la miséricorde de Dieu et l'élection du peuple , je promets , prenant en témoignage l'Église de Dieu, à tous les ordres, à savoir , des évêques , prêtres, moines, chanoines et nones, de leur garder en leur entier dorénavant les règlements écrits par les Pères, et corrot>orés des attei^ations apostoliques. Je promets aussi de garder au peuple, dont par la miséricorde de Dieu le gouvernement m'a été confié en l'assemblée générale de nos fidèles, les lois et statuts, conformément à ce qu'ont inséra dans leurs actes les rois et empereurs qui m'ont précédé^ et ont ordonné de tenir inviolablement et observer à jamais. Moi donc, Louis, ayant relu cette promesse par moi faite spontanément, de rectitude et amour de justice, je l'ai confirmée de ma propre main *. »
Ce mot d'élection du peuple, jeté dans le serment du roi, ne saurait pourtant faire entendre un système d'élection tel qu'on le pourrait imaginer dans l'ordre des idées mo* dernes.. Le peuple des vieux chroniqueurs , c'est toujours l'assemblée des grands , et encore cette assemblée n'éli^ sait pas le roi , elle l'acceptait , et aussi le sens du mot peuple change dans le serment qu*on vient de lire.
* ApadBalùi.— Ad an. 878.
480 HISTOIBB DE FRANCB.
D^abord c'est l'élection du peuple qui a fait Louis roi , et puis c'est l'assemblée générale des fidèles qui lui a confié le gouvernement du peuple. L'histoire doit, noter la signification variable de ces formules, qu'on a exagérées selon des vues contraires de politique. Ce qui reste manifeste, c'est que l'hérédité de famille était le fondement du droit; seulement ce principe dut manquer souvent d'énergie, en des temps où l'extrême division de l'autorité donnait à Tarnbition la facilité de s'affranchir. Et quant à l'existence publique ou œnstitutionnelle du peuple, on ne saurait nier qu'elle n'eût une réalité imposante, grâce à la forte tutelle des évêques, représentants de sa liberté. C'est ce qui résulte de tous les récits; mais l'action combinée des pouvoirs n'est point précise , et ce serait une préoccupation malheureuse de prétendre faire sortir des récits de Thistoire une formule de droit exclusif, soit d'élection, soit d'hérédité, lorsqu'on voit la violence prendre sa grande part dans la marche de la société , et une sorte de hasard présider aux révolutions, jusqu'à ce que la Providence vienne se montrer et se mettre manifestement à la place de la fortune.
Du reste, la royauté de Louis devait être rapide et sans influence. On était dans un de ces temps de passage, où il semble que Dieu laisse préparer l'avenir par l'inaction et la défaillance.
En Italie, le pape était en proie aux Sarrasins, venus jusqu'à Rome, et aux seigneurs même, non moins formidables par leur anarchie. D commença par se délivrer des Sarrasins par un tribut; puis il s'efforça de se délivrer des seigneurs par Thabileté.
La plupart descendaient des ducs Lombards, que Charlemagne avait laissés dans leurs possessions, et parmi eux se remarquaient , par leur indépendance inquiète et turbulente , les ducs de Spolette et de Bénévent, et le marquis de Toscane. Lambert, duc de Spolette, aspirait même à être empereur; le pape songeait au roi de France pour cette dignité; mais le faible monarque répondait mal à ses
desseins. D*un autre côté se montrait Carloman, Tun des fils de Louis de Germanie , et devenu roi de Bavière. Le pape s'attacha à lui, ne voyant nulle autre part une force auxiliaire de TÉglise plus imposante; puis, menacé par l'anarchie des seigneurs , il s'enfuit d'Italie et vint chercher un refuge dans les Gaules.
Là il présida aii grand concile tenu à Troyes. Il y avait appelé les trois fils de Louis de Germanie, tous trois possesseurs des États qui embrassaient le vaste pays d'Allemagne jusqu'aux Alpes ; ils ne parurent point ; mais le concile fut remarquable par quelques actes tentés contre les déprédateurs de l'Église. Le pape avait excommunié les ducs de Spolette et de Toscane ; les évêques voulurent adhérer à cette excommunication par une formule éclatante. Après cela il fut dit anathème à tous les usurpateurs des biens de l'Église; ce pillage s'était souvent'renouvelé dans les guerres civiles, et la restitution souvent réclamée par les pontifes ne s'était point réalisée ; alors on crut utile de frapper de nouveau les détenteurs, et la sentence du concile se termina en ces termes : « Parce que de tels hommes ne sont pas chrétiens, je les anathématise, moi, et tous les évêques catholiques , et aussi l'Église universelle *. »
Le concile s'occupa de désordres d'une autre sorte. On renouvela les décrets contre les translations d' évêques, et cela, dit le chroniqueur, à cause de Frothaire , évêque de Bordeaux , qui de Bordeaux avait passé à Poitiers et puis à Bourges.
Ensuite le pape sacra et couronna le roi Louis ; mais il refusa de couronner de même sa femme Adélaïde, parce qu'il avait renvoyé une première femme, du nom d' Ansgarde, pour l'épouser. Cette violence s'était faite par la volonté de Charles le Chauve, au temps oii Louis, frappé dans ses rébellions de Bretagne, fut contraint de subir les conditions de son père ; mais le pontife ne pouvait pour cela autoriser un double mariage. L'intégrité du dogme
Annales de Saint-Bertin.
i82 HISTOIRE DE FRAUGB.
chrétien ne cessait de paraître par ces sortes de résistances, mais aussi Taltération de la royauté en devenait plus manifeste. Louis avait eu deux fils , Louis et Carloman, de sa première femme; ces enfants survivaient, et déjà autour d'eux se pressaient les ambitions mécontentes; aussi les violations de la morale devenaient une ruine de la royauté.
Le duc Boson était le plus ardent à s^agrandir par ces fautes. D profita de la faveur du pape pour fiancer sa fille à Carloman, Vun de ces deux fils du roi Louis ; puis il accompagna le pontife en Italie, déjà plus avancé dansées projets d'avepir, et enhardi dans les espérances qu'il nourissait en son cœur.
Tout fléchissait; chaque seigneur aspirait à l'indépendance; l'autorité était sans nerf, l'obéissance sans foi. Quelques grands se tournaient vers la Germanie, et semblaient vouloir se faire un instrument de l'un des fils de Louis le Germanique , celui dont les États touchaient à la Lorraine, et embrassaient une partie des domaines. connus sous le nom d'Austrasie. Le roi Louis eut !e bonheur de prévenir ces déchirements par un traité d'amiiié fait avec le jeune prince, près de Gondreville. « Nous voulons, disait le préliminaire de ce traité, que le partage du royaume de Lothaire demeure tel qu'il a été fait entre mon père Charles (le Chauve) et votre père Louis. » Puis les deux rois s'engageaient l'un envers l'autre par des promesses. « Si en quelqu'un de nos royaumes se soulevaient des païens ou de faux chrétiens , que chacun de nous, ou par lui-même ou par ses fidèles, aide l'autre sincèreraeni et le mieux qu'il lui sera possible, de son secours et de ses conseils. — Si je vous survis ( c'est le roi de France qui semble dicter le traité), j'aiderai le mieux que je pourrai, de mon secours et de mes conseils, votre fils Louis encore enfant, et les autres fils que le Seigneur vous aura donnes, afin qu'ils puissent posséder tranquillement par droit d'héritage'^'fe royaume paternel; et je vous prie de même , si vous me survivez, d'aider le mieux que vous pourrez, de votre secours et de vos conseils, mes fils Louis et Carlo*
man, et les autres que m'aura voulu donner la divine bonté, afin qu'ils puissent posséder en paix le royaume de leur père '. »
Ainsi le droit d'hérédité restait consacré ; mais un certain pressentiment rendait la succession douteuse , et les rois étaient obligés de s'affermir contre les périls qui entouraient la transmission de leur pouvoir.
878. — Après cela, les deux rois s'obligeaient à poursuivre les fauteurs de trouble , et ils renouvelaient les menaces déjà faites contre les usurpations des biens d'Église. Et enfin ils terminaient ainsi leurs engagements : « Nous voulons que ceux qui ont justement perdu leurs propriétés en notre royaume soient jugés comme il a été réglé du temps de nos prédécesseurs ; mais que ceux qui disent les avoir perdues injustement viennent en notre présence, et, comme il est juste, reçoivent, selon qu'il sera jugé, ce qui leur appartient. »
Louis crut s'être assuré l'avenir par ce traité de prévoyance; mais il portait en lui un germe de mort : on le disait empoisonné. L'infortuné se traîna comme il put par les Ardennes; il voulait marcher vers le pays d'Aulun, pour aller réprimer les rébellions de Bernard , marquis de Gothie ; la maladie l'arrêta : il alla mourir à Gompiègne, le 10 avril 879, le Vendredi-Saint.
879. — Le royaume restait dans un triste état de faiblesse. Les grands avaient assez de force pour nuire au pouvoir, nul n'en avait assez pour le saisir, et tous l'ambitionnaient avec une égale fureur. Les factions s'étaient grossies dans ces deux années d'un règne débile et inerte. Bientôt étaient venues entre elles d^horribles rivalités; l'anarchie était sans frein. Deux partis principaux se disputaient la puissance : celui de Boson, soutenu de Hugues l'abbé, de Thierry le camérfer, et de Bernard, comte d'Auvergne; et celui de l'abbé Gosselin^ autrefois puissant sous Charles le Chauve, depuis en butte aux jalousies , et aujourd'hui redevenu formidable par le secours de Conrad.
* Apud Balaz. Ad. an. 877.
comte de Paris. Des deux côtés 1 s vœux.se porlaicnt sur le rang suprême, et déjà des pensées d'usurpation se propageaient comme il arrive dans tous les temps de débilité.
Le malheureux Louis le Bègue avait envoyé, avant de mourir , à son fils Louis, les insignes de la royauté , et il avait chargé de ce. message Eudes, évêque de Beauvais, et le comte Alboin. Les deux envoyés allèrent fidèlement remettre la couronne et le sceptre au camérier Thierry; mais ils s'en retournèrent à la hâte comme effrayés de leur mission. Le roi restait incertain. Louis de Germanie, qui naguère s'était engagé à soutenir le droit héréditaire des jeunes fils de Louis le Bègue , devint lui-même un instrument pour les ambitieux. La faction de Gosselin l'appela , en lui promettant le royaume, et il arriva avec une armée jusqu'à Verdun , promenant le pillage et le crime, comme n'eût point fait, dit le chroniqueur , une armée de païens*. L'autre faction , à cette nouvelle , alla oiTrir au même Louis la portion de la Lorraine qui avait été concédée à son père , lors des partages avec Charles le Chauve, et, à ce prix, il s'en retourna dans son palais de Francfort, laissant les factions de France aux prises entre elles.
Cependant un parti s'était formé pour les fils de Louis le Bègue, Louis et Carloman, ayant à sa tète Hugues l'abbé, et tandis que les factions contraires se disputaient Fappui de Louis de Germanie , quelques évêques sacraient et couronnaientrois ces deux enfants dans le monastère de Ferrières.
L'anarchie n'était pas pour cela vaincue.
Hugues , issu de ce mariage adultère de Lothaire et de Valdrade , que nous avons vu si plein de scandale, voulut se faire roi de Lorraine , et Louis de Germanie eut à porter les armes de ce côté ; ainsi la royapté de France lui devenait une possession douteuse.
D'un autre côté, son frère Carloman venait de mourir, et il fallait aller disputer sa succession à Arnoul , fils d'une concubine.
* Annales de Saint-Bertin.
880 — 890 ' HISTOIRB DB FEANGE. 485
Charles , son autre frère, passait en môme temps d'Allemagne en Italie pour s'emparer de la Lombardie^ meditant,4'autres espérances.
Bosun , marié à la fille d'un empereur , et ainsi doublement excité par son ambition et par celle de sa femme , aspirait à son tour à devenir roi. Il avait d'abord porté ses vues sur l'Italie; mais le pape avait d'autres pensées; il songeait donc à faire revivre le royaume de Provence , et voulait arrivera cette royauté parle concours des évoques.
Ainsi la France était partagée entre des ambitions de toute sorte , et nulle force souveraine n'était montrée pour maîtriser cette anarchie de domination.
Le parti de la royauté héréditaire se grossit pourtant par cette confusion même. Boson avait marié sa fille au jeune Carloman, il désira de la voir reine, en même temps qu'il s^apprêtaità devenir roi. Mais ce ne fut qu'un incident dans le désordre.
L'histoire se fatigue à dire tout ce conflit de passions qui se liguent et se heurtent tour à tour.
Les deux jeunes rois de France se partagent le royaume : Louis eut de la France ce qui en était resté au royaume de son père * , avec la Neustrie et ses Marches; Carloman eut la Bourgogne, l'Aquitaine et leurs Marches.
Après cela il se fait à Gondreville une réunion des rois du sang de Charlemagne. Là semblent se renouer les liens de famille. Les princes décident qu'ils ne souffriront pas plus Boson , roi de Provence, que Hugues, roi de Lorraine. Louis et Carloman marchent de concert avec Charles do Germanie contre Boson , qui venait d'être appelé au Irône par un concile tenu à Vienne. Mais au milieu de l'expédition , Charles passe en Italie, et le pape le proclame empereur.
880-882. — En même temps, Louis vient attaquer les Normands qui avaient profité de l'anarchie pour recommencer leurs brigandages du côté d'Amiens , il bat et disperse leur armée près de Saucour ; mais dans sa victoire
' Annales de Saint-Bertin.
486 HISTOIRB DE FRANGE.
il prend la fuite, n'étant poursuivi de personne, « montrant ainsi, par le jugement de Dieu, dit l'annaliste, que ce qui s'était fait contre les Normands s'était fait pa^ la vertu non pas humaine, mais divine. » Bientôt lp^pays reste en proie aux vaincus, et Louis va célébrer à Compiègne la Nativité du Seigneur et les fêtes de Pâques. Pendant ce temps , Carloman, son frère, perdait son temps à tenir la ville de Vienne assiégée ; Boson s'était enfui dans les montagnes , et c'était sa femme Hermengarde qui défendait la ville avec une intrépidité qui s'accroissait de l'orgueil de sa naissance , et de la grandeur de son ambition.
Tout marche par dos coups précipités et sans prévoyance. Louis de Germanie, dont la vie était inutile à luimême, à l'Église et à son royaume, succombe à la mort. La partie de la Lorraine qu'il avait occupée depuis trois ans, pour prix de sa retraite , semblait devoir revenir au royaume; Louis de France ne sait point s'en emparer. Il veut marcher de nouveau contre les Normands qui continuent leurs ravages; il vient mourir au monastère de St- Denis.
Carloman reste seul roi. Les grands l'appellent en toute hâte, et le pressent de laisser le siège de Vienne à des officiers expérimentés et fidèles. Ils lui parlent des fureurs croissantes des Normands. Déjà ils ont brûlé les cités de Cologne et de Trêves, et tous les monastères voisins; ils se sont emparés du palais d'Aix; ils ont envahi les diocèses de Langres, d'Arras, de Cambray; ils ont paru dans celui de Reims; ils ont brûlé le château de Mouzon ; ils ont tué Wala, évoque de Metz, qui s'était armé et les avait combattus , au mépris des saintes autorités et des fonctions épiscopales^. Partout la terreur les précède et les suit; ils se répandent comme une affreuse inondation.
Carloman céda aux instances. Il surprit les Normands sur l'Aisne, dans le désordre de leur pillage, et il leur tua beaucoup de monde; mais ils allèrent se fortifier dans un
* Annales de Saint-Bertin,
lieu nommé Avaux^ et il n'essaya pas de les attaquer.
Pendant ce temps, la vijie de Vienne cédait, après un siège de deux ans. La femme de Boson fut amenée à Âutun; ses hautes espérances étaient perdues, mais elle semblait se dédommager parla gloire qu'elle avait acquise, en arrêtant pendant deux ans le roi de France avec son 'armée. De son côté, l'empereur Charles faisait enlever en Italie Ingelberge, belle-mère de Boson, qui avait, comme sa fille , excité ces magnifiques idées de royauté , source d'anarchie et de guerres. Puis il alla tenir une assemblée à Worms , annonçant le dessein arrêté de chasser de l'empire les Normands déprédateurs ; mais, après avoir montré la guerre , il finit par la conciliation , se fiant à la conversion de Godefroy, l'un des chefs de ces multitudes, qui reçut le baptême avec tous les siens. A ce prix, il leur abandonna la Frise , d'où ils purent , comme auparavant, recommencer leurs excursions sauvages sur tout te royaume. Et de plus, le mariage du barbare avec Gisèle (Gisla), sœur de Hugues, de Lorraine, fut convena; alliance doublement formidable parla conciliation de deux sortes d'intérêts contraires, et par les intrigues qui devaient s'en suivre.
Carloman s'irrita de cette paix , qui était, pour lui surtout, une menace; mais l'empereur n'écouta point les plaintes, et, comme pour accroître son irritation et ses périls, il relâcha Ingelberge. Les rois semblaient se complaire dans l'image du désordre; il est vrai que l'anarchie se punissait elle-même , et que les crimes anciens étaient punis par les crimes nouveaux. Ainsi, en ce même temps, Hugues , ce fils de Lothaire , ayant renouvelé ses entreprises sur la Lorraine , appela à lui tous les mécontents , et ce malheureux pays fut en proie à une invasion non moins formidable qu'une invasion de Normands. On eut dit, à cette destruction du royaume de Lothaire, Taccompiissement de la prophétie et de la malédiction prononcées contre lui par le pape Nicolas K
* Annales de Metz*
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Cependant les Normands profilaient déjà de la paix de Fempereur Charles , et on les vit do nouveau s'avancer jusqu'à Reims. L'archevêque Hincmar s'enfuit avec la châsse de saint Rémi; tous les peuples étaient dans l'épouvante. Le roi Carloman voulut s'avancer au-devant de ce flot d'ennemis; ses fidèles le laissèrent seuls. Alors, au lieu d'armes, il montra de l'or, et la rapacité des barbares s'émut aisément à ces offres pacifiques ; ils exigèrent douze mille livres d'argent pur et éprouvé , et à ce prix ils pf omettaient douze ans de paix. Lorsqu'ils eurent reçu celte somme énorme , dit l'annaliste, on les vit détacher du rivage les cordes de leurs navires, y monter, et voguer aussitôt vers la mer ; ce ne devait être qu'une retraite de quelques instants.
Carloman venait de suivre un exemple déjà donné; ainsi la piraterie normande était assurée que la paix lui était profitable comme la guerre, et les incursions se reproduisaient par les causes même qui les devaient éloigner. Peu de temps après cette fatale négociation [6 décembre 884], Carloman était blessé à la chasse, soit par un sanglier, soit par l'imprudence d'un de ses serviteurs; il mourut de cette blessure au bout de sept jours.
Alors les événements se précipitent.
Les Normands, apprenant la mort du roi, reparaissent aussitôt; les grands se plaignent de la violation des promesses et de la foi jurée ; ils répondent qu'ils ont fait pacte avec Carloman, et point avec d'autres, et qui que ce soit qui succédera à son empire sera tenu de leur donner la même somme , s'il le veut posséder paisiblement. Cette réponse jette l'alarme; les grands, ayant à leur tête Hugues l'abbé, cherchent un refuge auprès de l'empereur Charles , qu'on appelait Charles le Gros, et lui décernent la couronne. Cétait un premier exemple de violation de la loi héréditaire ; car il restait un enfant de Louis le Bègue et de sa seconde femme Adélaïde ; mais il n'avait que cinq ans, et, dans l'état présent des choses, le besoin de sécurité faisait chercher la première protection qui semblait s'offrir. C'était aussi un indice que le sentiment du droit
HISTOIEE DB FEAIIGB. 489
royal s'était affaibli, et ainsi le déplacement d'autorité qui pourrait se faire plus tard serait moins blessant, pourvu qu'il parût répondre à un instinct de défense publique, et ranimer les forces éteintes de la société.
L'empereur Charles le Gros, devenu roi de.France par le mouvement précipité des grands plutôt que par une élection régulière , embrassait sous l'autorité de son sceptre tout le vieil empire de Charlemagne, le vaste pays des Gaules, toute la partie de l'Espagne, des Pyrénées jusqu'à rÈbre, l'Italie et la Germanie ; et ainsi les divisions qui s'étaient faites depuis Louis le Pieux (le Débonnaire), ne laissaient plus de trace ; seulement le génie manquait pour faire revivre cette magnifique unité qui n'apparaissait que comme un accident fortuit.
En opposition avec ce principe de puissance se montrent les Normands, instrument terrible de division,
Godefroy , leur roi , fait des ligues avec Hugues , son beau-frère. Celui-ci croyait le moment propice de s'emparer de la Lorraine. Godefroy , sous prétexte de le favoriser , fait arriver du Danemark et de la Frise des bandes de barbares ; ils remontent le Rhin et viennent à Duisboui^g. En même temps, les Normands de la Somme- se mettent en mouvement par le ravage : c'était pour Godefroy le préliminaire des négociations comme de la guerre.
Il envoya à l'empereur des paroles de paix , mais il demandait pour condition les villes de Coblentz, d'Andernach, de Sentzich, et d'autres possessions immenses, promettant d'employer ses armes contre ceux même de sa nation. « îl faisait cela, dit l'annaliste de Metz, avec l'intention secrète, si sa demande lui était octroyée, d'introduire les siens aux entrailles du royaume , et de spéculer ensuite sur les divers événements ; si elle lui était refusée , de pouvoir , comme offensé, se jeter avec apparence de justice sur ce qui lui était refusé, et en prendre occasion de rébellion.»
L'empereur pénètre ces desseins, et il oppose la perfidie à la perfidie. D'abord il envoie à Godefi-oy pour négociateurs un duc Henri, dont le nom paraît avec éclat dans les temps de trouble , et l'évêque de Cologne Henri
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Willibert. L'entrevue eut lieu à Herispich, « là oîi le Rhin et le Wahal se réunissent en un même lit, et plus loin, se séparant l'un de l'autre , ceignent la Batavie de leurs abîmes. » Le premier jour se passa en vaines paroles ; le second jour fut marqué par un crime. Un comte Everard, dont Godefroy avait violemment enlevé les propriétés , (était auprès de Henri comme auxiliaire de ses desseins; ^dans la conférence, Everard élève la voix, et se plaint des iniquités de Godefroy. « Alors cet homme, de nation barbare et féroce , répondant par des paroles dures et outrageantes, Everard tire son épée et le frappe d'un grand coup sor la tête , avant qu'il ait pu se lever de terre. » A ce signe les satellites de Henri se précipitent et achèvent le roi barbare. Après cela, tous les Normands trouvés en Batavie sont massacrés *.
Ce n'était que la moitié des desseins de Henri. Bientôt il attire Hugues à Gondreville par des promesses; et aussitôt il lui fait crever les yeux , et il le chasse en Allemagne dans le monastère de Saint-Gall. Depuis , on le ramena en Lorraine ; « il fut récemment tondu de ma main , dit l'annaliste, dans le monastère de Pruim; car fêtais en ce temps, quoique indigne, gardien en ce lieu du troupeau du Seigneur '. »
Ce double crime n'arrêta ni ne désarma les Normands. Sigefroy, leur autre chef, appela de toutes parts leurs multitudes, et lui-même partit de Louvain vers le royaume de Lothaire. 11 passa la Somme et vint jusqu'à Pontoise, menaçant Paris plus sérieusement que les barbares ne l'avaient fait jusque-là. Le duc Henri vint à eux à la hâte en la saison du printemps , mais son intrépidité s'arrêta devant plus de trente mille guerriers, disposés aux batailles. U songea alors à se faire une armée capable de lutter contre de telles forces , et il reparut avant que les moissons fussent entrées dans les granges. Des deux côtés on
' Annales de Metz.
* Annales de Metz.—Cette phrase, dit M. Guizot, est prise textuelle* ment de la chronique de Rhéginon , abbé de Pruim.
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était prêt à en venir aux mains. Mais le duc Henri, sorti des retranchements pour éclairer les lieux , tombe dans une des fosses que les Normands avaient creusées autour de leur camp , et qu^ils avaient ensuite couvertes de paille et de broussailles. Aussitôt ils volent à lui et le percent de mille flèches. Les siens ne purent que disputer son cada* vre ; ils Fenlevèrent par un noble effort , et on alla Tensevelir à Soissons , dans la basitique de Saint-Médard. Mais Tarmée n'ayant plus de chef se débanda d'ellemême, et Paris resta assiégé par les Normands, n'ayant désormais d'espérance qu'en ses propres forces.
885. — Ici commence une des glorieuses époques de l'histoire nationale. Ce siège de Paris est célèbre dans les vieilles annales, et la poésie l'a raconté, comme si des récits vulgaires n'eussent point suffi. Redisons quelquesuns de ces souvenirs , oîi la Religion se mêle si merveilleusement au patriotisme ; nous ne changerons pas pour cela le caractère du présent ouvrage, dont l'objet n'est point de raconter des coups de lance , mais de faire connaître les mœurs du temps et les variations de notre histoire.
« Parle , glorieuse Lutèce , toi qu'a sauvée le Dieu toutpuissant , s'écrie au début de son poëme le moine Ahbon, qui fut témoin et chantre de ce long siège; le nom dePftris , que tu portes depuis peu ^ , tu le tiens de la ville d'Isia, située vers le milieu des côtes de la vaste région qu'occupent les Grecs : cette cité est renommée par son port , plus recherché que tout autre des marins. La soif ardeute des richesses , qui distingue les Argiens , célèbre cette ville d'Isia ; et avec une sorte d'altération , ce nom bâtard de Paris te présente^ Lutèce, comme son honorable compagne, puisque. l'univers, en t'appelant ainsi, te présage à juste titre un sort égal à celui de cette cité. Etablie sur
' Nous retronverong encore cette variété d'opinions anciennes sur la désignation de Paris et de Lntèce. Les chroniqueurs et surtout les poètes ne se piquent pas d'exactitude. Ne faisons point contre eux di contioverse ; notons seulement leurs naïvetés.
ic milieu du cours de la Seine et au centre du riche royaume des Francs, tu t'es proclamée toi-même la grande ville , «n disant : « Je suis la cité qui, comme une reine , brille au-dessus de toutes les autres. » Tu frappes, en effet , les regards par un port plus beau qu'aucun autre. Quiconque porte un œil d'envie sur les richesses des Francs te redoute; une île charmante te possède; le fleuve entoure tes murailles, il t'enveloppe de ses deux bras, et ses douces eaux coulent sous les ponts qui se terminent à droite €t à gauche ; des deux côtés de ces ponts , et au delà du fleuve , des tours protectrices te gardent. Dis-le donc toimême, superbe cité, de quelles funérailles ne t'ont pas remplie les Danois , cette race amie de Pluton, dans le temps où le pontife du Seigneur^ le grand et cher Gozlin, son bienfaisant pasteur , gouvernait ton Église! »
Ainsi le moine poète nous fait déjà connaître la situation des lieux, et il jette une sorte d'intérêt dramatique sur le personnage de cette cité, à qui il parle, et qui lui répond.
« Je m'étonne de cette demande. Quelqu'un est-il en 4tat de raconter de si grandes choses? Au reste, ne les astu pas vues de tes yeux? Rapporte-les donc. — Oui , certes, je les ai vues, et j'obéirai volontiers à tes ordres*. »
Voici donc le plus rapidement possible l'histoire de ce ^and siège qui dura près de deux ans*.
Gozlin, avons-nous vu, était évêque de Paris'; Eudes, fils de Robert le Fort, en était le gouverneur. Ces deux personnages appellent toute l'attention de l'histoire.
Les barbares se sont approchés, en montant le fleuve, sur sept cents vaisseaux à voiles, et d'autres plus petits navires teUement nombreux qu'on ne les peut compter; ^evahci, le vulgaire les nomme barques^. Les ondes ont disparu sous ce vaste amas de navires. Le roi Sigefroy de-
• Âbbon. Siège de Paris. Trad. de M. Guizot.
• Du 25 novembre 8ô5 au mois de mai 887.
* Les Annales de Metz disent Josselin, Etait-ce le même que Tabbé Josselin, ami de Conrad , comte de Paris , que nous avons vu dans lei factions? L'histoire ne le dit pas.
* Annales de Metz.
mande qu'il lui soit donné de remonter le cours du fleuve, et il obtient pour cela une entrevue de Tévêque. Fléchissant la tète devant lui, il lui parle ainsi : « Gozlin, prends pitié de toi-même et de ton troupeau ; si tu ne veux périr, prête, nous t'en conjurons, une oreille favorable à nos paroles. Permets que nous puissions seulement traverser cette cité; nous ne toucherons nullement à ta ville, nous nous efforcerons de conserver à toi et à Eudes tous vos biens. » — L'empereur Charles nous a confié cette ville, répond le pontife, non pour la perte du royaume, mais pour sa défense. Que si par hasard la défense de ces murs eût été commise à ta foi comme ils l'ont été à la mienne, ferais-tu ce que tu prétends juste que je t'accorde? Et qu'ordonnerais-tu de faire? » — Si je le fais, dit Sigefroy» que ma tête soit condamnée à périr sous le glaive ejt à servir de pâture aux chiens!... Cependant, si tu ne cèdes à nos prières^ nos camps lanceront sur toi leurs traits et leurs dards empoisonnés dès que le soleil commencera son cours ; quand cet asire le finira, ils te livreront à toutes les horreurs de la faim, et cela^ ils le feront chaque année. » Alors commencent les combats. Dès le lendemain^ un assaut est livré à la première tour qui défend l'entrée de la cité^. Dans le premier choc, le peuple^ les grands, Gozlin^ Eudes, disputent de courage. Le vieux pontife est atteint d'une flèche ; mais sa blessure, dit le poëte, fut guérie par la main de Dieu. La tour cependant semblait devoir disparaître sous les coups des machines. Le soir, elle n'avait plus rien de sa forme primitive ; mais elle est rétablie dans la nuit. Le lendemain , le soleil et les Danois saluent une tour nouvelle, plus grandfe, plus haute, plus formidable que l'autre. Un second assaut recommence :* des machines plus puissantes battent la tour renouvelée; mais tout le peuple la défend en faisant couler sur les assiégeants des flots d'huile bouillante^ de cire et de poix. Pendant ce temps, les guerriers combattent. Le comte Eudes porte devant lui la mort et Teflroi. Auprès de lui»
' Peat-étre^ dit M. Guizot, sar l'emplacement da Grand-Cbfttelet.
494 HISTOIIB DB fkaucb.
un abbé, Dommé Ebble, combat avec iotrépîdité. Uun javelot U perce sept Danois à la fois, ei ordonme par raillerie de les porter à la cuisine» Deux cents guerriers suffisent pour arrêter quarante mille barbares. Un chevalier., du nom de. Robert, est frappé dans Taffreuse mêlée ; mais les Français n'en sont que plus animés à la défense. Les Normands tombent sous mille coups; et enfin ils cèdent à cette lutte désespérée. Ils vont le lendemain se dédommager par le pillage des terres du côté de Fabbaye de S^int^ Denis, et par l'extermination de tout ce qui se reucontre sous leur glaive.
Cependant ils n'abandonnaient point leurpriBcipale entreprise. On les vit s'appliquer à élever trois machines monstrueuses faites avec des chênes immenses et liés entre eux. Sur chacune était un bélier couvert par xm toit élevé. Dans leur cavité pouvaient se tenir caché soixante hommes armés. Ces vastes machines roulaient sur seize roues, portant la mort dans leurs flancs.
Lorsque ces instruments de ruine sont achevés, les Normands reparaissent; ils sont protégés cette fois par des espèces de bouchers d'osier, recouverts de cuir. L'attaque est ardente, et la défense animée. Des milliers de baUes de plomb, comme une grêle épaisse, tombent sur la viUe, et de fortes catapultes foudroient les redoutes qui défendent le pont. « Les cloches de la ville retentissent et rempUssent l'air de leurs sons plaintifs. La citadelle tremble, les citoyens sont dans l'épouvante; les trompettes sonnent. Ceux qui défendent les tours commencent à connaître l'effroi. » Mais les chefs donnent l'exemple du courage. L'évêque Goziin paraît aux premiers rangs; avec \m son fieveu Ebble, le redoutable abbé ; entre les comtes pleins d'ardeur, on admire Robert, Eudes, Ragenaire, Otton, Hérilang , Eudes surtout dont la main abat autant d'ennemis qu'il lance de javelots^
Alors les Normands divisent leur attaque. Ils forment trois corps disposés en coin. Le plus formidable est dirigé contre la tour , les deux autres marchent contre le pont. La bataille devient plus meurtrière. La Seine est rouccid
HISTOIRB DE FRANCS. 495
de sang. Les Normands , sous leurs larges boucliers, forment une immense tortue qui les défend contre les traits des assiégés, et ils s'avancent sans péril , donnant la mort et ne la recevant pas. Et cependant les vastes machines continuent à battre la tour et le pont. La victoire semblait devoir rester aux barbares ; mais le Tout-Puissant , dit le moine poëte, nous donna des forces et un courage auxquels rien ne put résister. Quelques traits heureux allèrent atteindre ceux des Normands qui s'avançaient avec le plus de témérité. Deux avaient d'abord été atteints à la bouche. Le nombre mystérieux de troi» fut bientôt complété. Enfin les victimes se multiplient, et ce jour encore se termine par la retraite des barbares [29 janvier 886].
Mais le lendemain , dès Taurore , ils sont en armes de toutes parts; pendant que la terrible tortue enveloppe encore la tour, les soldats du camp égorgent les captifs qui sont en leurs mains. A cette vue , le saint et vaillant évêque Gozlin , baigné de larmes, s'adresse à la Mère de Dieu, avec des supplications et des gémissements. «Illustre Mère du Rédempteur, qui a donné le salut au monde, s'écrie-t-il à haute voix ; étoile brillante de la mer, toi dont l'éclat surpasse celui de tous les astres, prête une oreille miséricordieuse à mes humbles prières; si jamais il m'a été doux de célébrer la Messe en ton honneur, fais que ce peuple impie, atroce, dur, cruel, et qui, dans sa férocité, immole les prisonniers, tombe enveloppé dans les filets de la mort. »
Et en achevant ces mots, lui-même lance un trait contre un des Normands qui ont égorgé les captifs, et lui donne la mort. « La cité de Paris, s'écrie dans son récit le poëte historien que nous suivons, la cité consacrée à l'illustre 'Marie, brille illuminée en rhonneur de cotte Vierge , c'est elle qui nous sauve ! »
L'exemple de l'évêque soutient les assiégés , et la confiance renaît. On varie la défense. On ajoute au courage l'habileté. On construit des machines pour les opposer aux machines. Des deux côtés c'est une égale ardeiir. Mais le lendemain les Normands, ayant épuisé toutes les forces de
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leurs catapultes, essaient la fatale ressource de Tincendie. Ils prennent trois de leurs grands navires, qu'ils chargent de bois et de feuillage , et ils les poussent contre la tour et contre le pont, après y avoir mis le feu. A ce spectacle, Teffroi rentre dans les cœurs ; mais, dans ce moment suprême , le peuple entier tombe à genoux, invoquant le nom de saint Germain : « 0 Germain, criait le peuple, prends pitié de tes ouailles malheureuses. » Les femmes et les filles courent au tombeau du saint , répétant la même prière, et, dans la tour même, les guerriers à genoux s*écriaient : a 0 Germain, viens en aide à tes serviteurs. » Ce cri parti à la fois de toutes les bouches retentissait dans Fair, et était porté par les échos jusqu'au camp des Normands. Les barbares riaient de nos citoyens , serviteurs du vrai Dieu. Mais tout à coup le peuple, ayant repris courage , court en masse aux navires incendiaires; il les écrase sous un amas de pierre et les enfonce dans les flots. Ce fut un éclatant triomphe ; le peuple rentra en sécurité dans ses demeures; la tour resta confiée à la garde de quelques défenseurs , et le lendemain Sigefroy fît éloigner ses soldats ,' avec leurs bouchers , laissant au pied de la tour les Carcamuses (les machines) , que le peuple bientôt alla mettre en pièces avec des cris de joie.
Il y eut alors quelques jours de repos pendant lesquels les Normands farouches se répandirent çà et là , semant le meurtre et le ravage. Ils s'étaient dispersés principalement dans la plaine où Ton voyait la belle église de Germain , si souvent invoqué par les habitants de Paris. Il n'y restait que le tombeau vide du saint; les rehgieux avaient transporté son corps dans la cité. Mais son nom fut une protection pour FÉgUse; quelques soldats gardaient la tour bâtie dans les champs du monastère ; ils firent tomber les premiers barbares qui entrèrent dans son pré. Puis , à défaut de soldats , le saint eut des miracles. On vit les Normands qui essayaient de violer son asile , frappés de vertige ou de mort; et Eudes, du haut des murailles, montrait à la foule les exemples de cette intervention formidable du saint protecteur de la ville.
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6 février. — Par malheur , une soudaine inondation de la Seine emporte le milieu du pont, déjà si souvent attaqué par les Normands ; alors les barbares se précipitent , passent par cette ouverture, et vont envelopper la tour qui reste ferme encore, au bout de ce pont, du côté de la ville. Les combats recommencent aussitôt ; douze guerriers seulement défendent la tour , le poëte dit leurs noms et rhistoire doit les recueillir ; ce sont Hermanfroi, Hérivée, Hérilang, Odoacre, Herric, Arnold, Solie, Gerbert, Uvidon , Harderad , Ëimard et Gossuin , et le peuple j}ui accourt essaie en vain de se joindre à eux. Les Normande ont entouré la tour de leurs machines et de leurs barques; mais les douze intrépides soldats se fient à la-protection de saint Germain , parce que la tour est bâtie sur un terrain qui appartient à son église. Ils luttent contre mille ennemis ; ils se multipUent par le courage , tout semble céder à leur effort. Alors les barbares emploient de nouveau la terrible ressource de Tincendie; ils poussent contre la tour de vastes amas de paille enflammée; bientôt la tour se perd dans un tourbillon de feu et de fumée; les catapultes mêmes disparaissent. Les douze héros sont impuissants contre ce genre d'attaque ; ils sortent de la tour, et paraissent à l'extrémité des débris du pont, combattant toujours; et en même temps la tour s'ébranle avec d'horribles craquements. Enfin elle s'écroule , à demi-brûlée, dans les flots. « Rendez- vous! crient alors les Normands aux douze guerriers toujours luttant et toujours intrépides. Ne craignez point ! reposez-vous sur notre foi ! » Autour d'eux règne la désolation ; la défense devient téméraire, impossible. Ils se rendent; mais, à peine descendus au miheu des Normands, ils sont égorgés, et leurs cadavres sont jetés dans les eaux du fleuve. Un d'entre eux pourtant étonna la fureur des barbares par la majesté de sa figure. Ils le prirent pour un roi; c'était Hérivée. Us espéraient obtenir de grosses sommes pour sa déhvrance. Mais lorsqu'il vit ses compagnons massacrés, il se mit à bondir comme un lion sous lés liens qui l'enchaînaient; et ne pouvant donner la mort, il se mit à crier
d'nne voix tonnante : Tuez moi, tuez moi ! non, l'argent ne sauvera pas mes jours. Je tends ma tête à vos coups, et votre avidité sera trompée ; et, disant cela, il courait au* devant des épées. On Tégorgea enfin comme les autres.
Telle fut la mort de ces braves, dont chaque coup avait »été fatal aux barbares. Le peuple n'avait pu les sauver. On célébra leur courage, leur nom resta gravé dans toutes les mémoires, et le poêle leur promet de la gloire jtisqu' à ce qu'on vois le soleil éclairer de ses rayons les ténèbres de la nuit, et la lune et les étoiles briller en'pleinjour.
Cependant, chose étrange! les Normands ne poussèrent pas plus loin ce succès ; Tardeur de la défense les effraya sans doute, et on vit une grande partie de leurs multitudes s'éloigner du siège et se diriger vers la Loire, où -se trouvaient leurs établissements, sorte de patrie jetée sur le sol des Gaules.
Ëbble , le vaillant abbé , crut que tout leur camp étetit resté vide , et il s'en alla , un javelot à la main , accompagné d'un petit nombre , vers les lieux occupés par leor armée. Il lance son javelot, et aussitôt paraissent des en^ nemis en foule , sortis de leurs tentes ; un combat s'engage. Mais Ebble, presque seul, combat en se retirant : on vit bien que les périls du siège n'étaient pas disparus.
Ce fut pour la ville une excitation puissante de voir sur ces entrefaites arriver le duc Henri , du fond de la Saxe , avec des hommes et des vivres. Le vaillant guerrier signata sa venue par une attaque qu'il alla faire de nuit dans te camp des ennemis. Il y porta la confusion fet le carnage. Les Normands veulent se venger en attaquant à leurtourka citadelle. Mais ils sont repoussés avec des pertes nouvelles.
Alors Sigefroy veut tenter les négociations etles perfidies. Il propose une entrevue à Eudes, et , au miKeu'de'ifl conférence , une troupe de barbares se précipite pour ^srtlever le comte. Eudes se défend de son épée , renversé les perfides, et couvert de ses armes reparaît au milieu des siens. Les Normands s'éloignèrent à la hâte , pour échapper à sa vengeance.
Le duc Henri ayant rempli sa mission étaitreparti potir
HISTOIRE DE FBANCE. 499
la Saxe. Les Normands avaient changé leurs positions , et des terres de Saint-Germain-FAuxerrois ils étaien^^ passés sur les terres de Saint-Germain-des-Prés. Là Sigefroy rc» vient à des paroles pacifiques , il demande soixante livres d'argent pur, et il promet de s'éloigner. Il veut en effet entraîner les siens. Maiâ les barbares n'écoutent point sa voix. « Allons donc ! leur dit-il , avec une insultante ironie ; allons! courage ! puissants Danois , attaquez la citadelle, cernez la ville, accablez ses tours! moi, je serai spectateur de vos combats! » Les Normands s'apprêtent en effet à une attaque générale. Les défenseurs de la ville voient leurs projets, ^t ils sont partout sur les remparts. Les Normands tombent sous mille coups , et Sigefroy, d'un rire sauvage , les voit tomber dans les flots, et il recommence ses moqueries cruelles : « Braves guerriers , prenez donc ces murs ! entrez dans celte ville I mesurez donc les champs qui doivent vous appartenir et faites'choix de vos demeures! Qwsint à nous, ajoute-t-il, parlant à ceux qui le suivent, partons! le temps approche où nous nous féUciterons d'avoir quitté ces lieux 1 » Et en effet il part, emportant le prix de sa retraite.
Cependant des calamités d'une autre sorte vont bientôt tomber sur la ville. Et d'abord l'évêque Gozlin, le ministre de Dieu , le héros plein d'humanité, est passé au Seigneur; « il s'est élevé vers les astres , dont il a lui-même le brillant éclat, s'écrie l'historien poëte, celui qui fut pour nous une ferme citadelle , un bouclier , une javeline à deux pointes aiguës, un arc redoutable, et une flèche rapide et sûre. » En même temps, mourait le grand abbé Hugues, etSensperdaitson docte évoque Evrard. Cotaient de tristes pressentiments d'avenir , et d'autres présages s'étaient montrés aux Normands: « Us avaient vu, pendant le «silence d'une nuit humide et noire, Tombre de Germain , toute brillante d'un éclat éblouissant, et portant un fanal oïl étincelait une vive lumière, parcourir Tospace étroit du tombeau où ie saint a été enseveli , et que ses membres ont rempli d'une divine odei;r. » Les Normands avaient pris ces indices pour un signe qui leur était favMH
rable , et tous les jours ils insultaient à la piété des assiégés. Mais Dieu tourna contre eux ces présages, et le moine Abbon prend plaisir à compter les miracles que saint Germain multiplia pour punir leurs impiétés.
Paris ne restait pas moins frappé par le ciel. La peste se déclare. Ses ravages s'ajoutent aux maux de la guerre. La mort varie ses coups. La population est dans la douleur, et il semble que le reste de TEmpire l'oublie dans cette ^ouvantable calamité.
Alors le comte Eudes sort de la ville pour aller trouver l'empereur Charles, ei solliciter des secours. U laisse, pour commander à sa place , TabbéEbble, terrible par son glaive, et dévoué comme son oncle Gozlin au peuple de Paris. Plusieurs combats furent livrés pendant cette absence d'Eudes, et toujours avec gloire pour les assiégés. Enfin, on vit, sur les hauteurs de Montmartre, trois bataillons de soldats armés de casques, au moment où le soleil , en se levant , réfléchissait ses rayons sur leurs boucliers. Ils étaient suivis de près par le vaillant duc Henri , marchant à la tête d'une armée germanique. Quant à l'empereur Charles , il a promis aussi de s'approcher de Paris.
Mais déjà la gloire aUait à d'autres noms et aussi à une autre race. Eudes se précipite de Montmartre contre les multitudes normandes, qui voulaient l'empêcher d'entrer dans la ville. Il les foule à ses pieds , et vient , au travers de leurs cadavres , apporter Tespiérance aux malheureux assiégés. Le duc Henri fut moins heureux. Avec son ardente impétuosité , il voulut attaquer le camp même des Normands. Il y fut tué. L'ardeur des batailles redevient alors plus terrible. Les Normands recommencent leurs attaques. Le fer , le feu , les machines , tout s'émeut autour des ponts et des tours. La défense est aussi active que Taggression. Mais le peuple de Paris n'oublie pas le secours du Ciel. Les reliques de sainte Geneviève « la vierge du Seigneur , sont portées à l'entrée de la ville. La présence de cette sainte du peuple double les courages. En même temps , on invoque le grand saint Germain , le pa-
tron de Paris. La piété ne fait qu'animer la guerre. Dans une des tours , l'incendie est menaçant. Les soldats qui la .défendent se sont enfuis. Un religieux paraît seul au sommet portant une croix dans sa main et l'élevant dans les airs. Devant lui les flammes s'abaissent ; et , à cet aspect , les Normands s'éloignent épouvantés. C'est le signal de la délivrance. Le peuple se précipite vers la tour où venait de briller la croix protectrice. On la porte en triomphe dans la basilique de saint Etienne avec les saintes reliques. Et, dans toute la cité , retentit le chant chrétien : Nous t$ louons Dieu , nom te reconnaissons , Seigneur,
Cependant l'empereur Charles paraît entre Montmarfre-. et la Seine avec une troupe de guerriers de diverses nations. Son premier soin est de donner pour successeur au grand évêque Gozlin , Anschéric, illustre comme lui par ses vertus. Il pouvait , après cela , mettre fin noblement au siège de Paris par des batailles qui eussent délivré la France de cette invasion toujours renaissante de barbares. Il aime mieux entendre leurs propositions d'argent ; il leur concède sept cents livres d'argent, à la condition de s'en retourner dans leur sauVage empire , au mois de mars; car, à cette époque, dit Abbon, novembre tenait la terre engloutie sous les glaces. Pour lui , il s'achemina vers l'Allemagne , traînant sa majesté d'empereur parmi les nations , incapable de rien faire pour sa gloire, et de profiter.même de la gloire des autres.
Paris vit pour quelque temps s'éloigner les barbares ,. qui s'en allèrent porter leurs pillages et leurs meurtres du côté de Sens, sur les terres de Bourgogne. Pendant cet intervalle de repos, des événements d'une autre sorte se préparaient.
L'empereur Charles , immobile dans ce vaste ébranlement des Gaules, qui faisait sortir des noms nouveaux et «des gloires nouvelles du milieu des guerres et des malheurs, était tombé dans le mépris des peuples. D'ignominieux désordres souillaient son palais ; on parlait des scandales d'un certain Luitward, évêque de Verceil, son unique conseiller dans le gouvernement de l'empire. Le nom de
502 HISTOIBB DE FRANGE.
la reine Richarde était tristement mêlé dans ces Tumeuv*; enfraXharles chassa Tévêque, puis son divorce avec la reine tht prononcé , bien qu'elle attestât son innocence et qu'elle demandât l'épreuve du combat singulier ou du , fer brûlant. La justice était un désordre de plus, et This^ toire arrête ses accusations devant lôs passions de cett(t époque , lesquelles provoquèrent peut-être la disgrâce dey Luitward, et ne craignirent pas de se jouer de la vertu de ' la reine , qui était, disent les Annales de Metz, une femme religJeuse. Elle s'enferma dans un monastère qu'elle avait élevé sur ses domaines , et elle s'y dévoua à une vie de retraite et de prière.
Cependant Charles défaillait de corps et d'esprit. Il avait convoqué une assemblée générale, vers la Saint-Martin, à Tribur. Les grands des diverses régions de l'empire, fatigués de cette royauté douteuse qu'ils avaient faite et qui s'était laissé dépérir, profitèrent de leurs forces réunies pour la faire disparaître. Aussi bien nulle résistance ne leur était montrée ; Charles se laissait choir du trône, il s'en laissa précipiter. Les conjurés vont chercher Arnoul, fils bâtard du roi Carlbman, et ils le proclament roi en toute hâte. Ainsi le droit royal n'était ni l'hérédité , ni l'élection, c'était le caprice. Les temps étaient confus., les ambitions libres , l'indépendance ardente et désordonnée : rien n'était fixe. L'empereur Charles le Gros avait été fait roi au détriment d'un fils de Louis le Bègue, jeune enfant qui avait survécu à ses frères Louis et Carloman; et il est vrai qu'il était né d'un mariage que l'Eglise n'avait pas reconnu. Maintenant , Charles le Gros est détrôné au profit d'un fils naturel de Carloman : exemple nouveau dans l'hé* redite. Tout s'en allait eri décadence, et la place était déjà faite à une royauté nouvelle , pourvu qu'elle se présentât avec du génie pour raviver le royaume et dompter Tanarchie des dominateurs.
Le pire exemple qui fut alors donné , ce fut l'état d'ab* jeclion dans lequel on laissa ce malheureux roi de France, décoré du titre d'empereur. L'annaliste de Metz mérite #ôtre entendu. « A peine, dit-il, il lui resta un homme
HISTOIRE DE FRÂIHGE. 503
pour remplir envers lui les offices de Thumanité. H lui était seulement donné à manger et à boire aux frais de révêque Luitbert. C'était une chose digne d'être donnée en spectacle , et où, par la vanité des fortunes , on doit re* garder la juste valeur des destinées humaines; car de même que précédemment , lorsqu'il avait la fortune seconde, les richesses affluaient autour de lui au delà de ce qu'il en pouvait employer, et sans qu'il lui en coûtât, ni les sueurs du travail, ni l'épreuve des combats, il avait tiré à lui la souveraineté de tout cet empire si vaste, en sorte que depuis Charles le Grand , il n'était pas un roi qu'en majesté, puissance et richesse, on pût mettre au-dessus du roi des Francs ; de même cette fortune, devenue contraire , renversant , comme pour déployer la fragilité des choses humaines, tout ce qu'elle avait accumulé, lui enleva, honteusement, en un seul instant, ce dont jadis, souriant à ses prospérités , elle l'avait glorieusement enrichi. Réduit à la mendicité, et ses affaires désespérées, songeant non plus à la dignité impériale, mais aux moyens d'avoir sa subsistance quotidienne, il envoya vers Arnoul lui demander en suppliant une pension alimentaire pour se soutenir en la vie présente. Chose déplorable à voir, qu'un si opulent empereur dépouillé, non-seulement des grandeurs, mais manquant des nécessités de la vie! »
Telle est la philosophie du chroniqueur! elle ne va pas au delà de la morale antique, qui cherche des contrastes dans la fortune des empires. Mais l'histoire pénètre au travers de ces vicissitudes et cherche les causes des révolutions. La seconde race s'achevait, impuissante à porter le poids du monde et à remplir jusqu'au bout son office de popularité et de monarchie. On avait vu Charlemagne faire servir la royauté à la liberté du peuple , et concentrer en lui les forces de la réaction gauloise organisée par les évèques. Peu à peu cette œuvre se défit ; les ambitions personnelles reparurent sous une autre forme; la division de l'empire mêla les intérêts. Les grandes existences de l^tat reprirent leur indépendance, et la royauté, incertaine dans ce grand conflit de passions, se laissa aller à la
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fortune ; elle était morte, lorsque la puissance des événe» ments la remplaça par une royauté nouvelle.
Quant à ce triste empereur, Charles le Gros, qui envoyait demander Taumône à Arnoul , le bâtard du chétif roi Carloman, on lui permit d'aller s'éteindre en Allemagne [888]. E mourut le 12 janvier à Indingen, en Souabe, et on l'ensevelit au monastère de Reichenau. Sa vie n'avait point été sans vertus ; mais il manqua de celles qui font les rois. Sa piété eût convenu à un cénobite; elle servit à lui faire supporter patiemment l'adversité : c'était trop peu pour un monarque qui eut l'Europe entière sous son sceptre , et qui devait la protéger contre les déchirements.
A sa lûort , il se fait une grande anarchie. Les prétentions se multiplient; chaque État de l'empire veut se faire un roi. Arnoul n'a garde de vouloir retenir ce vaste corps sous sa domination ; il cherche à s'affermir dans la Germanie. L'Italie a ses ambitions. Quelques peuples élisent pour roi Bérenger, fils d'Evrard, petit-fils par sa mère de Louis le Pieux; il était duc de Frioul. D'autres élèvent au trône Wuidon ou Gui, duc de Spolette, fils de Lambert et d'une fille de Pépin , ce roi d'Italie, fils de Charlemagne ; et ainsi chaque prétendant avait une origine royale. Leurs titres étaient égaux dans cette anarchie, et aussi leurs querelles furent sanglantes. Dans les Gaules, le déchirement était au comble ; le fils de Louis le Bègue et d'Adélaïde „ âgé maintenant de huit ans, s'offrait à quelques-uns, mais comme un roi débile et impuissant à satisfaire la cupidité des ambitieux. En dehors de cette légitimité , d'ailleurs suspecte par le mariage resté indécis de Louis et d'Adélaïde, s'élevaient des factions rivales, toutes ayant le trône pour but. Et d'abord celle du comte Eudes, ce vaillant défenseur de Paris , et fils de Robert le Fort; la gloire était son titre ; on le disait issu de Childebrand , frère de Charles Martel. Ses derniers faits d'armes étaient plus certains que sa descendance. Puis celle de Rodolphe^ , fils de Conrad, neveu du grand abbé Hugues , et petit-fils de Conrad, frère de liiûpératrice Judith, femme de Charles le
Chauve ; elle avait aussi son éclat. Après cela , Louis, fils de Boson , ce roi d*un jour , et qui avait été adopté par Charles le Gros , avait de même sa prétention à la royauté.
La France était en proie aux intrigues, et nul droit incontesté ne s'élevait au-dessus de ces ambitions, toutes ardentes, toutes fortifiées par des ambitions secondaires. L'avantage dut rester à qui tenait les armes avec le plus de valeur , et les faisait servir à la défense de tout le peuple.
Le comte Eudes fut proclamé roi, au grand applaudissement de la nation. Toutefois, il n'accepta la couronne qu'avec précaution ; il la voulait, disait-il, conserver à ce fils de Louis le Bègue et d'Adélaïde , trop faible à présent pour en porter le poids. Puis il ne consentait à prendre la royauté qu'avec l'assentiment d'Arnoul, roi de Germanie ; et, avec cette double prévoyance, il entraîna à lui toutes les volontés ; et les ambitions qui déjà se grossissaient, soit en France , soit en Itahe , n'eurent plus qu'à se déguiser sous d'autres noms que celui de roi. Rodolphe seul parvint à se faire un royaume dans la Bourgogne Transjurane, et les deux rois de France et de Germanie n^eurent pas l'air de s'inquiéter de cette petite rivalité.
Eudes poursuivait d'ailleurs sa grande mission nationaleet chrétienne contre les Normands. Les barbares , après leurs courses dans la Bourgogne, étaient revenus vers Paris, et ils s'étaient d'abord campés au pré de Saint-Germain. Eudes courut leur opposer sa forte épée; mais en^ même temps d'autres multitudes se répandaient dans l'Aquitaine ; Eudes se précipita vers ce torrent , et ce fut une faute. La ville de Meaux, pendant son absence, tombait aux mains des Normands de Paris. Eudes revient en toute hâte , emmenant des secours nombreux. « Les Francs superbes accourent , la tète haute , dit le poëte :; tu te présentes aussi, Aquitain, renommé par ta finesse et les traits acérés de ta langue ; les Bourguignons viennent également, mais avec le projet de fuir; et cette réunion ^ qui dura trop peu, ne remporta point de triomphes *. »
* Âbbon. — Siéqt de Paris.
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Cependant de brillants faits d'armes continuaient à illustrer la défense de la ville. L'évoque Anschéric avait hérité du patriotisme de Goslin , et on le voyait dans les combats, comme un vaillant homme de guerre. c< Avec trois cents hommes de pied, mais fortifié par; la foveur de la Vierge , il Ut mordre la poussière à six cents impies. » De son côté, Eudes atteint Tannée des Normands à Montfau^ con ^ , n'ayant avec lui que. quatre mille hommes armés de bouchers, et, avec cette petite troupede fidèles, il bat et. disperse d'abord dix mille cavalierâ , ensuite neuf mille fantassins. Ce fut son. plus éclatant, exploit, et puis il semble que la fortune lui échappe;
Ces multitudes normandes semblaient se survivre; paiv tout elles se répandaient comme une afGfieuse inondation. Eudes avait fini par traiter avec ceux qui assiégeaient Paris ^ et ils étaient descendus des heux de la haute Seine jusqu'au pays de Cotentin. De là ils se débordèrent vers la Bretagne. Deux ducs rivaux, Alain et Judicaël^ qui se faisaient la guerre , finirent par se liguer contre ce danger eoimmun. Toutefois Judicaël, plus jeune et plus ardent, voulut attaquer seul les barbares ; il les défît vaillamment, mais il fut tué« Alainivint à son tour, mais il avait appelé tous les Bretons à son aide , et tous avaient fait vœu avec lui que s'ils étaient vainqueurs ils consacreraient à. Rome, à saint Pierre , la dixième, partie de leurs biens. La bataillé fut atroce; de quinze. mille Normands, il en resta quatre cents à peine qui purent gagner leurs vaisseaux.
Mais au Nord , d'autres combats étaient montrés. La môme fijotte qui emporta ces restes échappés au fer des Bretons alla chereher des multitudes Danoises, qui vinrent se jeter sur la Meuse , et de là sur la Lorrmne. Ds attaquèrent à l'improviste l'armée du roi de Germanie, oui plutôt ce qui se rencontra sous leur glaive , dans les bois et dans les marais [26 juin 891]. La défense fut précipitée^ comme l'attaque ; les chefs avaient à peine eu le< temps de.
' « Probablement Montfaucon en Ârgonne, entre TÂisne et la Meuse^ et non pas Montfaucon prèa Paris. » —Note de M. Guiiot.-
HISTOIRE DE FRAITCE. 507
se concerter. Il n'y eut une apparence de bataille organisée que dans un endroit, près d'un torrent nommé Goule; mais les masses normandes, par leur désordre même, emportèrent toute résistance. « Par l'effet de ses péchés, crie l'annaliste, l'armée des chrétiens, 6 douleur! prend la fuite. » L'évêque de Mayence , Sunzon, fut tué dans la mêlée, avec une multitude de nobles hommes. Tout le pays fut en proie aux fureurs ; les prisonniers furent égorgés, %i les farouches vainqueurs allèrent étaler sur leur flotte les dépouilles enlevées dans le camp et dans les hameaux.
Cependant le roi Amoul , occupé en Favière contre les Esclavons, reçoit la nouvelle de ce désastre, et il accourt pour le venger. Les barbares, encore tout pleins de leur victoire , étaient déjà dispersés pour le pillage ; ils reçurent l'attaque avec des rires moqueurs, près d'une rivière appelée la Dyle , où ils avaient dressé une apparence de forlifîcation pour leur retraite ; mais la confiance leur fut fatale : tous furent exterminés dans la bataille ; à peine en resta-t-il un seul pour aller porter la nouvelle à la flotte. Après cette, victoire , Arnoul retourna à ses guerres de Germanie.
Mais, pendant ce temps, les affaires changeaient d' aspect dans les Gaules. Des partis se formaient déjà contre le roi Eudes. Le comte Wàlther, son cousin, c'est-à-dire, flb dô son oncle Adëlhelin, avait donné à Laon le signal des ré~ voUes; Eudes courut à*lui, fit le siège de la ville, et s' en empara de force. Il livra le rebelle à un tribunal composé de grands , ses fidèles, qui le condamnèrent à mort' pour avoir tiré l'épée contre son roi et seigneur *. Didon, évêque de Laon, ajouta à ce supplice une barbarie, en redisant' d'entendre la confession du comte , dont ensuite le corps ne put être déposé dans la terre des chrétiens.
Mais les révoltes n'en furent pas moins animées dans tout le royaume , dans l'Aquitaine surtout et dans la Neostrie.
* Annales de Metz.
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892. — En Aquitaine , le chef des rébellions était Ebu* Ion , abbé de Saint-Denis , peut-être cet abbé Ebble qur avait été avec Eudes le formidable défenseur de Pari? contre les Normands. Eudes courut le combattre. Pendant ce temps, quelques seigneurs, ayant à leur tète Foulques, archevêque de Reims, proclamaient Toi le fils de ce Louis que le ciel même^ dit le poëte Abbon, avait frappé du nom de Bègue. Il se nommait Charles, et avait alors treize ans.
A cette nouvelle , Eudes arrive du fond de FAquitaine avec son frère Robert. Il laissait en ce pays la défense organisée. Ebulon y fut tué d'un coup de pierre , en assiégeant un château; et Eudes , en même temps , s'emparait de son monastère de Saint-Denis.
Le jeune roi Charles n'osa rester en présence d'Eudes, qui arrivait menaçant et terrible. Il appela à son aide l'empereur Amoul, et, en même temps, il convoqua une assemblée à Worms; Eudes se précipitait au-devant des^ périls [893-895]. Il jeta une armée sur l'Aisne , et déconcerta ses adversaires. Cependant nul événement décisif ne se produisait. Arnoul avait à soutenir des guerres de plus^ d'une sorte, du côté des Esclavons et du côté des Lombards, et tandis que les partis français se disputaient la prééminence par de petites batailles et de grands ravages^ surtout dans le pays de Bourgogne , Arnoul alla faire un& expédition en Italie contre Rodolphe , fils de Conrad, qui s'était fait roi. ,
L'intérêt des ambitions privées fit sans doute oublier alors l'intérêt général du peuple , et aussi les Normands, profitèrent des dissensions. Le poëte Abbon est le seul chroniqueur qui prenne soin de raconter avec des gémissements le retour des féroces gentils^ et l'histoire ne prend pas garde cette fois à leurs brigandages. « Ils dévastent les campagnes, dit-il, égorgent les peuples, parcourent les villes et les palais du roi, enlèvent les laboureurs, les chargent de fer et les envoient au delà des mers. Eudes l'apprend, ne s'en met point en peine, et ne répond que par de vaines paroles. Plût à Dieu, ajoute le poëte courroucé ( et il est remarquable qu'il est un des fervents partisans
de la royauté d*£udes), plût à Dieu que ta bouche, Eudes, ne se fût point souillée de paroles si criminelles ! Ce fut sans r'oute le démon lui-même qui te les inspira Aussitôt que les barbares connurent tes paroles , ils s'abandonnèrent aux transports de la joie , couvrirent de leurs barques tous les fleuves qui arrosent la Gaule, tinrent sous leur joug la terre et Tonde; et toi, le gardien de la France, tu souffris tous ces excès ! »
Donc le patriotisme s'éteignit alors, comme toujours, dans les rivalités de la politiique. En Fabsence d'une autorité souveraine et incontestée, plusieurs autorités s'étaient établies , qui songeaient à se défendre avant de défendre la nation. Cinq rois étaient en présence : Eudes ^ Charles, l'empereur Arnoul , qui songeait à mettre son fils Zwentibold en possession de la Lorraine , Rodolphe , indépendant et formidable au-delà du mont Jura, et Louis, fils de Boson, qui déjà s'affermissait dans la Provence. Mais les regards se portaient surtout sur la rivalité d'Eudes et de Charles , et c'était aussi celle en qui le pressentiment des peuples découvrait le plus d'action sur leur destinée.
Cependant Arnoul, qui d'abord avait faiblement secondé la fortune de Charles et puis l'avait abandonnée , voulut aussi profiter des déchirements pour agrandir sa propre puissance. Son titre d'empereur ne lui avait point été déféré par l'Église , et il eut la pensée de marcher droit à Rome pour l'arracher de force au pape Formose. Gui, duc de Spolette, s'était aussi déclaré empereur; maintenant on le disait mort, et son fils Lambert héritait de son ambition. Ce fut un prétexte pour Arnoul ; il arriva devant Rome comme un ennemi , en fit le siège , lui livra un assaut, et y entra de force, « ce qui était inouï et sans exemple, » dit l'annaliste de Metz [896],. Le pape alors le couronna empereur, en retenant toutefois son droit pontifical, et le faisant même consacrer dans la formule du serment qui fut prêté par les Romains. « Je jure, disaientils, que, sauf mon honneur, ma loi et la fidélité que je dois à monseigneur le pape Formose , je sliis et serai fidèle à l'empereur Arnoul. »
SIO HISTOIRE DE FHANGB.
Tous ces événements laissaient aller le monde sans le dominer. Dans le pays de France , les cabales étaient actives; on vit le moment où Charles, pour augmenter ses forces, allait appeler à lui les Normands; Eudes, conseillé par ses amis, lui proposa alors le partage de l'autorité. Le royaume fut divisé entre eux, et la paix sembla renaître , mais une paix sans honneur, qui laissait dans l'avenir des anxiétés, et n'arrachait point la nation à la torpeur dont elle semblait frappée.
Les jugements de l'histoire ont souvent jeté de l'odieux sur l'événement qui devait bientôt mettre fin à l'existence de la race de Charlemagne ; mais on n'a point assez vu que déjàelle était morte. Pour comble, elle avait même laissé défaillir sous sa main les forces de la nation; il ne restait nulle trace de vie politique , et si les annalistes ne nous ont laissé à cet égard aucune remarque, les plaintes du poëte Abbon peuvent jusqu'à un certain point nous tenir lieu de philosophie.
« France, dis, je t'en conjure, que sont donc devenues ces forces avec lesquelles tu as jadis triomphé des dangers les plus grands, et ajouté des royaumes à ton empire! le vice et un triple péché te tiennent engourdie, l'orgueil, l'amour des voluptés, un goût effréné de luxe... Malheureux, nous nous permettons ce qui est défendu, comme ce qui ne l'est pas. France , il te faut des agrafes d'or pour relever tes magnifiques vêtements, et de la pourpre de Tyr pour donner à ta peau un vif incarnat; tu ne veux pour tes épaules que des manteaux enrichis d'or ; uve ceinture ne plaît à tes reins que si elle est garnie de pierres précieuses , et tes pieds ne s'accommodent que de courroies dorées. Des habillements modestes ne suffisent pas à te couvrir. Voilà ce que tu fais , et aucune nation n'en fait autant. Si tu ne perds ces vices , tu perdras tes forces et le royaume de tes pères. »
Ainsi la nation défaillait avec la royauté. Les vices et le luxe expliquent la révolution qui allait se faire ; nul génie ne se montrait dans la race du noble sang de Martel pour raviver la France. Les droits étaient devenus indécis dans
HISTOIHB DB FRAUCB. 511
la confusion des partages et dans la dégénération des familles. Eudes s* éleva parmi ces incertitudes ; sa mission fut grande pour le peuple ; le génie de Tambition lui manqua peut-être. Il eût pu hâter de quelques années le déplacement définitif d'autorité. Des ignominies et des calamités etissent été évitées ; mais la nation même n'était pas prête : il fallait des épreuves encore pour la réveiller.
Eudes mourut peu de temps après ce partage , fait de -bon accord avec Charles.
L'empereur Arnoul devait le suivre de près au tombeau, n avait été atteint d'une grave paralysie peu après son couronnement; on crut que Dieu le frappait pour la manière ennemie dont il était entré dans Rome.
898. — Charles restait roi de toute la France, roi débile, timide et inerte. Eudes avait laissé un fils , que quelques grands avaient reconnu roi ; il mourut au bout de quelques
-JOUIIB.
s 121 HISTOIBE DE FEAKCE.