CHARLES VIL
Nous venons de parcourir la partie poétique du règne de Charlea VIL C'est la grande épopée des temps modernes. Un génie satanique s'est trouvé qui a so«iiUé de son aile ce saint épisode de Thistoire. Ifetis le charme subsiste, et Jeanne d'Are reste la plus merveilleuse figure qui se puisse offrir au culte de la poésie nationale.
Revenons maintedant aux récita vulgaires. Nous allons trouver des combats, des sièges, des victoires, des triom* phes. liais nous irons vite dans cette marche. Nous savons désormais que le sceptre de France n'est plus à terre.
1431. — Le jeune Henri VI après avoir pris tout ce qu*ll put de part au crime qu'on appela le jugement de la Pucelle vînt à Paris se faire sacrer roi de France. Il se trouva des Ames angkiises pour lui faire un accueil pompeux. La reine Isabelle de Bavière le vit passer de son palais de Saint-M, comme il allait à Thôtet desTournelles. C'était sol) pettt-^fits; elle te salua avec des larmes, qu'elle disait être des larmes de joie^ et qui peut-être furent des larmes de rage et de remords. La coupable mère de Charles VU vivait délaissée et Biéprisëe dans Paris. C'était le prix de ses crimes ; et sans doute cette justice pesait à son âme.
L'évoque de Beau vais sacra Henri VL 11 avait acquis cet honneur au procès de la Pucelle.
Puis Henri retourna à Rouen. Le séjour de Paris était plein d'anxiété. 11 y avait plus de sécurité dans la Normandie, à cause delà mer. Cependant un coup de main faillit être fatal au jeune m^onarque. Un Béarnais, appelé Âud^t)euf, était convenu de livrer le château da Rouen à RicarvlUe, capitaine royaliste. L'entreprise fut exécutée secrètement. On attendait des secours du maréchal de Boussae pour soutenir le petit nombre d^hommes qui avaient pénétré dans le château; Boussae accourait de Beauvais; mais les soldats qu'il conduisait délibérèrent en route sur le butin qu'ils allaient chercher, et les chefs mômes se divisèrent. Boussae n'eut plus sous sa main qu'une troupe de mutins et de se-
di lieux. L'expédition s'arrêta. Pendant ce temps les Anglais s armaîctit contre le château, et la bourgeoisie prenait les armes pour eux. Les Français se défendirent vaillamment; ils étaient cent; ils fui*ent vaincus par le nombre. Cinquante d'entre eux fuirent pendus; Audebeuf fut écartelé. Henri Vf no vit pas moins que les périls commençaient à le serrer de près ; on ie ramena en Angleterre \
Tendant ce temps riiistoiit) gémit de ne pas apercevoir ie roi de France ; il avait ù venger la Pucelle, et à peine s'il parait avoir entrevu la flamme de son bûcher. Faut-il i'accuscrsoul? n*y avait-il pas dans cet oubli de Jeanne d'Arc la triste influence des passions de cour, peut-être aussi des rivalités de gloire, que déjà elle avait choquées par son admirable simplicité d'héroïsme? mais dès qu'elle était morte, la jalousie devait, ce semble, mourir aussi. Chose triste à dire ! tandis que l'admiration et la douleur s'épanchent librement de toutes les Ames, tandis que ce nom de Jeanne la Pucelle vole dans toute la France et de là dans l'Europe, tandis qu'il excite l'enthousiasme et Tamour des peuples, les chevaliers qui l'ont suivie aux batailles^ les hommes d'armes qu'elle a conduits, le roi qu'elle a sauvé, les grands qu'elle a étonnés, semblent ne se point mêler à cette émotion. Il était naturel d'entendre partir de la bouche de tous ceux qui tenaient Tépée un cri de vengeance. Point du tout; ils laissent échapper tout au plus un cri de pitié ! et la guerre reprend son cours, comme s'il n'y avait aucun sujet d'excitation nouveau dans les âmes. La Pucelle a disparu comme un guerrier vulgaire qui a fait son office en mourant. On le plaint ou on l'admire; on ne le venge point : la vengeance de la Pucelle c'était la gloire.
Les combats sont donc repris sans que le nom de la Pucelle ajoute rien aux animositésde la guerre; seulement on profite du mouvement qu'elle a donné à la fortune. Dunois s'empare de Chartres par des stratagèmes mêlés de courage; c'était une place importante par sa position. Les Anglais assiégeaient Saint-Celerin sur la Sarthe ; ils sont chassés par
> Le D. l.iugard.
Âmbroise de Lore. Betfort était en personne devant Lagny sur la Marne ; Dunois y accourt, et Betfort se hâte de rentrer à Paris. Eifi môme temps Ambroise de Lore, vainqueur à Saint-Celerin, tombait sur Gaen et frappait les Anglais Je sa vaillante épée. Ses excursions étaient des victoires.
Cependant ce n'étaient encore là que des batailles sans issue, ei la guerre en France semblait devoir être éternelle. Plus d'une fois des négociations furent tentées, mais les intérêts étaient complexes. Tout échappait aux médiations. Le pape Eugène IV essaya de ramener la paix; ce fut en vain. 11 avait obtenu pourtant une trêve de six ans entre le duc de Bourgogne et Charles VU; bientôt après elle était rompue. Les combats se continuaient pendant ces alternatives.
Et en même temps la cour avait ses agitations et ses cabales. La Trémouilïe était devenu odieux. Les Anglais s*étant emparés de Montargis, on lui reprocha d'être la cause de cet échec. Une c^onspiration était toute prête; elle éclata. Le connétable, son ennemi, arriva de Bretagne pour l'exécution. Il s'agissait d'enlever la Trémopille, de le tuer s'il résistait, ou bien s'il cédait à la force, de l'envoyer captif dans quelque donjon. La chose se fit ainsi. Les conjurés allèrent surprendre la Trémouilïe ; il voulut se défendre, l'un d'eux lé frappa de son épée ; puis on le conduisit à un de ses châteaux, appelé Montrésor, où il resta longtemps enfermé.
L'enlèvement de la Trémouilïe avait rempli le palais de trouble, et un instant le roi craignit pour lui-méine. Mais entre les conjurés était Charles d'Anjou, comte de Maine, frère de la reine; on voulait en faire lé ministre de Charles Vu, et le roi se le laissa imposer par le connétable. En ce temps-là Charles VII oubliait la royauté dans les plaisirs. Sa maîtresse le tenait captif. Il portait impatiemment le joug de son ministre; et bien qu'indigné de Feutrage qui lui était fait, il se laissa facilement con vai ncre qu'il devenait libre '.
Le comte de Maine prit les affaires. Les états furent convoqués à Tours. Le roi vint y sanctionner la conjuration
• H^st. deRichcmontf collect. Petitot.
284 BiSTOiRE DE FRANCE.
tramée et exécutée dans soa palais. C'était un fatal exemple; cependant les suites en furent moins désastreuses qu'on ne l'eût pensé. Il était dans la destinée de Charles Vil d'être sauvé malgré ses fautes mêmes. Bichemont lui redevint un auxiliaire vaillant et fidèle; et sa maîtresse môme le fit fessou venir de sa gloire.
La guerre continuait avec son mélange de succès indécis. Et à ce mcanent mourut la duchesse de Betfort, sœur du duc de Bourgogne. C'était la rupture du lien qui avait uni jusque-là les deux princes ; puis le duc de Betfort ayant épousé, à l'tnsu du duc de Bourgogne^ Jacqueline de Luxembourg, fille du comte de Saint-Pol, cette rupture éclata. C'était uif admirable incident pour ia cause- de Charles VU.
4434.-— Des incidentsd'une autre sorte se déclaraient. Les longues guerre» avaient épuisé la France, et la détresse pesait surtout aux peuples en deçà de la Loire. D'affreuses contagion» se mêlèrent à la misère. Les provinces étaient désolées; les campagnes étaient désertes; les terres restaient incultes^ tout cirait un aspect de deuil et dç ruine. La souffrance devint teiiedans la Normandie, qu'elle dépassa les forces aussi bien que la volonté des peuples^ Depuis bien des années cette province féconde était dévastée par les troupes des deux partis. Et eam^me ten^s elle fournissait àl'entretien des armées an^ises par ses hommes et par son argent; elle payait sa servitude. Les paysans^ CQmme jpar un vaste accord de cc4ère et dedouleur» s'assemblent tout à coup avec les armes qu'on leur avait remises pour défendre le pouvoir anglais; ils paraissent dans la basse Normandie au nombre de cinquante ou soixante mille. Des gentilshommes se joignent à eux; le duc d'Âlençon leur envoie des capitaines aveccentlances et deux cents archers. Tout semblait devoir s'achever d^un seul coup; mais les paysans n'étaient pas dressés à la gut^rre, ils ne purent que montrer l'indépendance qui se nourrissait en leur âme. Us se dispersèrent; on les amnistia, mais Texemple était funeste. Il se renouvela dans le pays de Caux, si ce n'est que les troupes anglaises allèrent disperser ces multitudes, qui se jetèrent ensuite en divers lieux de France, portant le ra-
HISTOmS DE FRANCE. 285
vage et le désordre. Maïs cela annonçait que raulorité étrangère ne s'était pas enracinée. Les peuples sentaient le besoin de s'abriter sons d'autres lois.
La guerre avec le duc de Bourgogne avait été conduite avec vigueur par Charles, comte de €lennont, naguère devenu duc de Bourbon par la mort de son père à Londres où îi était prisonnier depuis la bataille d'Azincourti C'était un dernier feu, dît le P. Daniel.
L.a pensée qui depuis si longtemps ayait tenu le duc de Bourgogne dans cet état de guerre acharnée contre Charles Vil, c'était le souvenir toujours présent du nneurtre de Montereau ; mais la vengeance même s*émoussait dans ces batailles sans issue et dans ces alternatives de désastres qui avaient désolé tour à tour tous les partis. Le duc do Bourgogne écoulait mieux désormais les conseils de nrodération ; le concile de Bâle, assemblé en ce même temps, venait de lui adresser des paroles chrétiennes pour la paix; il les écouta. Et enfin la négociation pouvait assurer des avantages que la guerre n'avait pas donnés, et les revers de FAngleterre devenaient propices. Ces réflexions vinrent confirmer le penchant qui déjà s'était déclaré à la mort de la duchesse de Betfort.
Et d'un autre côté, Agnès, autre sœur du duc de Bourgogne, était femme du duc de Bourbon. Il lui fut aisé de disposer les deux princes à un accommodement. Le peuple enfin se faisait suppliant pour désarmer les animosités. « Le mercredi après Pâques les demoiselles et bourgeoises de Paris allèrent moult piteusement à la duchesse (de Bourgogne), qu'elle eut la paix du royaulme pour recommandée. Laquelle leur fit réponse moult douce et moult bénigne, €a disant : Mes bonnes amies, c'est une des choses de ce monde dont j'ai plus grant désir, et dont je prie plus monseigneur jour et nuyct, pour le très-grant besoing que je crois qu'il en est; et pour certain je sçay bien que monseigneur en a très-grant voulonté d'y exposer corps et che* vance. — Si la remercièrent moult '. »
* Journal rédigé par un bourgeois de Paris,
286 HISTOIRE DE FRANCl
Sollicités de la sorte et cédant à leur propre penchant, les ducs de Bourbon et de Bourgogne convinrent de se réunir à Nevers pour un traité particulier entre eux. De là on arrivait à des négociations avec le roi.
1435. — Mais le pape voulut faiie de ce rapprochement une négociation de paix générale. 11 y eut à Arras des conférences où tous les princes qui se faisaient la guerre, et môme ceux qui avaient quelque intérêt éloigné à ces batailles acharnées furent conviés; Ârras vit des ambassades de France, d'Angleterre, de Bourgogne, de Pologne, de Sicile, d'Espagne, de Bretagne, de Navarre, de Milan, de Flandre, de Hollande. On compta cinq cents chevaliers présents, avec une suite de dix mille personnes appelées par la curiosité d'une négociation pacifique après de si longues calamités. Ce fut un grand spectacle, et il était beau pour le pape de l'avoir soudainement jeté au travers des haines nationales et de l'anarchie des Etats '. Mais les Anglais venaient avec des condi lions qui eussent consommé le déchirament de la France; ils consentaieut à laisser à Charles VU une monarchie au delà de la Loire, en mariant à leur roi Henri VI une fille de France; et ils avaient fait venir Charles d'Orléans à Calais, dans l'espérance que l'amour de la liberté et de la. patrie le disposerait à favoriser de ses vœux auprès de Charles VII une telle paix. Le duc d'Orléans, instruit de ces offres, fit dire au connétable de se contenter de traiter avec le duc de Bourgogne. On ramena le prisonnier à Londres. Ce fut tout le prix de sa générosité, et la postérité même l'a peu payé par de la gloire.
Les conférences se bornèrent à cette réconciliation du duc de Bourgogne et de Charles VU, qu'avait conseillée le duc d'Orléîins, et qui devait achever la ruine du parti d'Angleterre en France. Le roi fit des sacrifices d'amour-propre, en désavouant le meurtre de Montereau, et en laissant à tout l'ensemble du traité un caractère qui semblait en faire une réparation de justice et presque un hommage envers
* Voir la liste des chevaliers qui furent présenls aux conférences, dans Jean Chartier, Hist. de Charles VIL
le duc, comme si les rangs eussent été chanf^ entre le vassal et le monarque ' . Mais les concessions n'étaient qu'une forme, et quelques avantages d'accroissement que le duc de Bourgogne gagnât au traité, la France y gagnait plus encore, en, détachant de TAngleterre un secours si longtemps funeste.
Au reste les peuples accueillirent la paix avec une grande joie. L'Eglise loua Dieu, et le président du concile de Uàle disait que c'était une -gloire suffisante d'avoir achevé cette œuvre, eût*on mis vingt ans à la préparer.
Les Anglais sentirent l'importance de cet échec; ils voulurent le réparer par la guerre. Saint-Denis était resté au parti de France depuis l'apparition de la Piicelle devant Paris ; ils employèrent toutes leurs forces pour le reprendre ; Dunois n'eut pas le temps de le secourir. Il y eut là de beaux faits d'armes et de belles morts ; mais peu après les bourgeois de Pontoise livraient leur ville aux royalistes, et appelaient le seigneur de l'Ile-Adam pour la garder fidèlement au roi. C'était une perte énorme pour les Anglais de Paris.
C'est en ce moment que la reine Isabeau de Bavière mourait dans son hôtel de Saint-Pol; cette mort fut triste. Isabelle venait de passer quelques années dans une solitude infâme, enveloppée de mépris, trahie des peuples, délaissé*e de ceux-là mêmes qu'elle avait servis. Elle vivait dans une douleur profonde et solitaire, et elle s'épuisaitde ruses et de mensonges pour cacher ses larmes à ceux qui les surprenaient, comme un indice de ses remords. Toute la peine de ses crimes fut l'humiliation; elle s'abîma dans cet opprobre; le chagrin la dévora. Elle mourut délaissée, et on alla la porter furtivement dans sa tombe royale de Saint-Denis'. Nul cortège ne parut aux obsèques de cette reine deux fois étrangèi*e. Quatre serviteurs la suivaient; l'Eglise pleura
1 Voirie texte du traité dans Monstrelet, fol. 110, 111. — Ihid,, Mém, d'Ol. de la Marche, collect. Petilot.
' Monstrelet. — « Le lendemain fut mise en la rivière de Saine, après la messe en ung bastel, et fut portée enterrer à Sai net- Denis en France; car on ne Tosa porter par terre, pour les Arminaz (Ar-
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sur elle ; plus tajrà on lui fit uu tombeau ; «u pied de ce tombeau on mît une louve, emblèo» fortuit peut-être, mais où rimagination s'est plue à trouver une pensée d*anathème et d'expiation.
Le duc de Bourgogne lui fit faire à Arras un service trèsrévèrent et notable K C'était le moins qu'il devait à celle qui lui avait sacrifié son fils, son fnari même et la France.
Tout allait se prédpitànt pour le parti anglais, et cette mort mêmeieur 6ta!t l'appui, tout méprisé qu'il était, d'une mère dénaturée. Partout les châteaux s'ouvraient aux armes du roi; la Normandie avait hâte de courir vers son sceptre. Les Anglais voulurent reprendre quelques places \ ils furent repoussés. 11 ne leur resta que Caudebec et Arques dans la haute Normandie. Xaintrailles et Lahire, avec six cents hommes, défirent le comte d'Arondel, qui en avait tix)is mille, près de Gerberoi, dans le Beauvoisis. Le comte fut pris; il était blessé, et peu après il mourait de sa blessure. £t enfin une perte pire qu'une bataille, ce fut celle de Bet* fort, qui mourut le 15 décembre. C'est à son habileté que les Anglais avaient dû leurs victoires. Avant de mourir il vit cette fortune fléchir ; l'anarchie lui avait été propice. Son génie fut inégal à son œuvre, dès que la France se souvint de sa destinée.
Les Anglais affectaient encore des airs de domination; ils se plaignaient amèrement du duc de Bourgogne. U avait en^ voyé au jeune roi, retiré à Londres, une explication de sa conduite dans le traité d' Arras. On reçut son ambassade avec une dérision insultante. La populace de Londres s'ameuta; on voulait égorger les envoyés bourguignons. Le conseil du monarque les fit partir sans réponse.
1436» -* Ce n'était pas là de Thabileté politique. Le duc de Bourgogne n'en fut que plus affermi dans son alliance nouvelle. U prit les armes, et voulut s emparer de Crotoi qui était aux Anglais de France; il ne réussit pas. Mais par l'ar-
magoAcs) dont les champs estoi^nt toujours pleins et tous Icâ villaiges d'eutour Paris. » jfournal (Vun bourgeois de Paris
tiud.
gent il gagna les capitaines de Vincènnes et de Corbeii, et ii remit cesdeux places au roi. Les Anglais de leur côté voulurent exciter l'empereur Sigismond contre le duc de Bourgogne; l'empereur lui envoya leurs dépêches. Le duc était furieux; il appela toutes les communes de Flandre, et jura de reprendre Calais.
Cette disposition à la guerre ranima Tardeur du parti de Frauce. Le roi était allé à Montpellier, où les états de Languedoc étaient assemblés; il en oblint de grands secours. De là il excitait le connétable à profiter du mouvement qui se déclarait. Les chefs royalistes avaient pour but principal de s'emparer de Paris. Lord Willoughby gardait la ville avec quinze cents Anglais; il avait contraint les bourgeois à s'organiser pour la défense ; la terreur suppléait à la fidélité ; tous portaient une croix rouge, pour feindre le dévouement; les citoyens suspects étaient chassés. Le gouverneur fît renouveler le serment de la bourgeoisie ; les prêtres et es religieux furent tenus de jurer de même. Tous promet- ^ient de rester fidèles sous peine de la damnation de leur âme : mais ces précautions attestaient la défiance; la souffrance était profonde; la disette s'augmentait; le peuple frémissait sous le joug; tous les cœurs fermentaient, et déjà on parlait de sourdes conspirations pour le roi de France.
La bannière du connétable avait paru vers Saint-Denis. Thomas de Beaumont voulut aller combattre avec huit cents Anglais sortis de Paris : trois cents Français les repoussèrent; Beaumont resta prisonnier. La bourgeoisie bouillonnait, et les trames s'ourdissaient avec plus de hardiesse. L'histoire doit dire les noms des chefs de ces vertueux conspirateurs : c'étaient Michel Laillier, Jean de la Fontaine, Pierre de Lancres, Thomas Pigache, Nicolas de Louviers, Jacques de Bergières. Ils firent savoir au connétable qu'ils pouvaient lui livrer la porte des Chartreux-, seulement ils demandaient une amnistie et la conservation des privilèges de la bourgeoisie. Tout fut convenu. Le connétable parut aux lieux indiqués ; Dunois le suivait. Le seigneur de l'ile- Âdam était des plus ardents : on eût dit qu'il avait hâte de réparer «es maux qu'il avait faits par l'inégalité de sa coo- T. III. 40
âuite aux def niers jours de Charles VI. C'est lui quî parut le preraSerauliaut des rouralttes. On lui «vaît jeté une échelle: il se précipita ; puis il fit toiriber te poTit4evis de la porte iSaint-llichel, et le connétable ent!*a achevai avec ses homïnes d'armes. Fille gagnêei s'écria rile-Âdam en arborant sur la muraille le drapeau du roi. Aussitôt l'émotion se ré- )>and dans tout le peuple ;'WiTloughby, avec ses chefs, court aux points principaux de défense. On appelle les citoyens aux armes : ils sortent de leurs maisons ; mais ils ne portent plus la croix rouge : ils portent la croix blanche, tfa bien quelques-uiis ont pris la croix de Saint-André, qui est le signe de Bourgogne. Les Anglais résistent pourtant ; le •peuple les poursuit. Le prévôt de Paris veut aBefraux haHes; tt y trouve une multitude qui crie : Vit>e le roi! fin même temps le connétable s'avançait avec sa petite armée par la t*ue Saint*facques. !l trouve au pottt Notre-Dame Midhel Laîïlier, portant à la mann la bannière Manche; il Tembras^ avec transport. L'enthousiasme fak couler des larmes, la France semble revivre; mais comme les Anglais son t canduî ts avec intelligence par Wiïloughby, on ne se livre point à cette émotion, et l'on songea la sécurité. On s'avance ainsi parmi des flots de peuple : Paris n'est qu'une armée. Les Anglais sont contraints de reculer devant ces masses qui se multiplient. Peu à peu on les fait ainsi refluer vers le point extrême ; à la fin ils franchh^sent les murs, et vont se jeter à la Bastille, au nombre de douze cents K
La défense ne leur était pas possible. On proposa de les forcera se rendre à discrétion ; mais la victoire eût entraîné des vengeances. Le connétable, implacable d'ordinaire, aima mieux la clémence ; elle devait donner de la sécurité aux Parisiens. Sa ihodéralion fut applaudie. On permit aux Anglais de s'en aller à Rouen avec leur bagage. Tout ce qu'il y eut de représailles, ce furent des paroles de sarcasme que leur jeta le peuple en les suivant. L'évoque de Térouenne, qui avait l'office de chancelier , et qui venait de se défendre
» Eist. de Richemont. — Hist. de Charles Vil, de Jean Charlier. — Journal d*un bourgeois de Paris, — Collect, des Mémoires, — « Le D. Lingard.
HfSTOiafiDEfVUffCfi. 291
eomme uo iioinme d'armes, ^ aurlout pouream par cea raïUg^ies.
A{»iBft cela iajoie.eut sa litnie effusioci. On ooufat 4axïs les églises èénir Dieu de la délrvi^ance. Le peuple respirak. Le 60ii»étable venait de {aire dewendre par la Seine des ooo^ To'» de blés et de ^vses. Lasonfl'aaee fut calmée; le bon» beur éckutaii sur kms les vkBgea. L'aimàstie fut prodajâée : Paris revenait i sa vieille l^bepiL
Le^sonnéÉabiein'ouUialt pssiaguerpe. Il sefMfftageaevee Dunois et Lahire les places à reprendre; mais toules ces eue Irepiises n'eurent pas le fliéiiiei sueoès. Eu métae tamps le duc.de fioytgognejpnéparait Je «ége iâe Cidaîs, et odi de Crotoi n'était que suspendu.
Le roi. reçut ees diduveUes au lond du Languedee, et fie bÂIa 4e 4)o»toiier ïIqas ks .actes de Paris, VaiBfiâstîe i^kici* paiement. £éjà il sengeut à eeiklpe à la ville royale sa splendeur, et à lui ramener ile parAement, qiû siégeait à Boiti^B, et ia <»ur 4tes cosq^s, qm était à fieocges. il ê'aviança vers k TomraÎAe. Draosicette nânoba, des négaeîatiotis étaient &Ues pour lemaiàage^eiLouis, ilUs dunù, qui o'avaîl; que quatorze ans^ avee liacgiierlte, fille de Jaeqoâs d*Ecosse, qui n*en avait que douze. G'ét£Ùt Texéoiition d'uA traité que nous a^mim vu, et qui iraippttt d'un&Qmveaatioiip la fxWiàqtte d'ADgletenre. D^à «e révi^ak au igéoîe de k France Timportaoce d'uci sjwtème de conduile Ajêot pour but d'affaitikir cette riviaie, qui veoait d'esaayear une adîeuse domnation.
Peu apvès le roi d'£eeese envoyait sa fille à Tourâ, où éteit le roi. Les Anglais ét^eot furieuK. Ils avaient tenté la menace et Tinlrigue pour détourner lacques d'Ecosse de ce manage. N'ayaat pas réussî, iàs firent p<M;i£SuivDe sur las mers le vaisaea» <jp)i portais la jaiuie fisanaée ; juatslespir aias qu'ils envoyèi^nt c^rès elle «'amusèrenit à peler un navire chargé de vins pour la Flandre. La princesse échappa, et débarqua à la Kochelle, d'«ù on la eoâduisU à Touns avec de grands honneurs. Là sUicbeva solenfiellement le,préaoce hya^énée.
Le roi ne ae hâtait p(»nt de rentrer à Pirâ. D« Saurs ji
avisait à la conduite des affaires. Il ne s'éloignait pas de son parlement de Poitiers, dont rintervention était le plus souvent nécessaire aux grands actes de la politique, il faisait au loin des alliances, et s'attachait la Castiile. En ce temps la monarchie n'était pas concentrée encore dans une seule ville; et puis de vaillants lieutenants le secondaient vers Paris, tandis qu'il réparait les désastres de la guerre et s'assurait la fidélité dans le centre et dans le midi du royaume. Le connétable Talla visiter, afin de concerter la suite des opérations.
Laguerre d'Angleterre et de Bourgogne était une diversion utile, même quand les combats n'auraient pas toujours été fortunés.
Le duc de Bourgogne avait levé une armée brillante pour le siège de Calais. 11 débuta par la prise de quelques châteaux. Â Oies, il fit pendre la moitié delà garnison; mais ensuite il se fia trop à la première ardeur de ses Flamands. Les Anglais aviûent jeté dans Calais des renforts considérables. Le siège parut long ; les Gantois prirent le parti de quitter le eamp. U fallut que le duc de Bourgogne les protégeât dans leur désertion; les Anglais les eussent détruits. Il fut obligé de se retirer après eux.
i437. — Le duc de Glocester, qui avait débarqué avec dix mille hommes, s'en alla ravager l'Artois. La fortune semblait redevenir propice à l'Angleterre. Le duc d'York avait remplacé le duc de Betfort. U se jeta dans le pays de Gaux, et reprit plusieurs forteresses ; puis dans l'hiver, où la guerre semblait suspendue, Talbot vint surprendre Pontoise parmi stratagème. I^ terre était couverte de neige ^ il fit couvrir plusieurs soldats de toiles blanches, et leur ordonna de s'a* vancer vers les murs, en rampant de loin en loin et s'arrê» tant souvent parmi les blocs de neige. Ainsi ils arrivèrent aux fossés de la ville, et peu après ils en étaient maîtres. Lahire, de son côté, avait voulu s'emparer de Rouen par une surprise. U fût moins heureux; les Anglais le découvrirent,et ses compagnons furent dispersés.
Enfin Charles YU songeait à ranimer les armes royalistes par l'enthousiasme de sa présence. Mais il ne voulait pas en-
trer à Paris, où on lui préparait des triomphes, sans les justifier par quelque fait d'armes. Il alla faire le siège de Montereausur TYonne, place importante de communication aveclaBourgogne,et vfidllammentdéfendue par un ctievalier anglais, Thomas Guérard. Le roi monta le premier à l'assaut i'épée à la main ; toute l'armée le suivit avec ardeur. Le connétable était présent. Rien ne résista. Les Anglais furent chassés de leurs murailles et passés au fil de l'épée. Quelques Français parmi eux furent pendus. Le jeune dauphin avait fait ses premières armes à ce siège périlleux. Danois fut fait gouverneur de la ville. Le roi alla àMelun, et le connétable courut à Paris pour préparer l'entrée du roi vainqueur. Cette entrée fut un magnifique triomphe, et les histoires contemporaines sont pleines de récits qui peignent les mœurs du temps. Le roi s'était rendu à Saint-Denis; de là il partit le i2 novembre, ayant pour cortège, son fils dauphin,Gharlesd* Anjou, frèrede la reine, le connétable Dunois, les princes du sang royal, uiie foule de chevaliers. Le prévôt de Paris, le prévôt des marchands, les échevins, l'évoque, le parlement, l'université Tattendaient à la Chapelle. Là on lui remit les clefs de la ville, après des harangues et des témoignages de zèle et d'amoUr; puis on s'achemina vers Notre- Dame. C'est au temple national qu*on allait d'abord, après les grandes calamités comme après les grandes victoires. Une multitude de peuple couvrait la route, et çà et là se voyaient des spectacles curieux mais bizarres, des comédies de dévotion quisejouaient en pleinair, ou bien des tr<»lpes de baladins représentant des personnages mystiques, les mystères, les vertus théologales, les péchés capitaux, qui se mêlaient au cortège. Tout cela faisait une magnificence pittoresque, et le peuple suivait, criant: Noël ! Vive le roi ! On alla ainsf à l'église , oti étaient assemblés des prélats, des abbés, tout le clergé de Paris. Chose remarquable ! lé premier acte qui se fit à l'entrée de Notre-Dame, ce fut un serment du roi, lequel jura de tenir loyaument et bonnement tout ce que bon roi faire devoit. Puis Charles alla s'agenouiller aux marches de l'autel; après quoi il remonta sur son cheval et se rendit à Fhôtel Saint-Pol.
194 HOrOfllC BE mAHICB.
 jngBr lei â^Btr paM«és.pariMs révolodom ondernea, H sendOAe qm toul éêvïiit' âlte fini; la eafétale de TejBDpire était aa m, Ma'reee B^étaît là (fo'une sorte de coaquête; tout restait à faàre pour ramener Fcvdre et Fumié.
Et encore à peine Charles VU avait eommeticééQ donner ses soins à Tadininlslralâon de la cité, en ci-éani des magistrate nocweaux el rétablnsantleaanciefiReft loîa de police, qae hi peste, qui déjà avait para avec ses dévastations et qui était venue à la sui te de la fami ne et de toti» les maux de la guerre^ tomba sur Paria avec tou» ses ravages. Le rei fot (ÀiWgé de s'éloigner. Des magîetraCs fidèles promirent de se dévouer pour le peuple; mais ils ne purent lui épargner les caiémités de ce fléau. La iBiis<»re se joîgnil aux maladies. Tous les environs de Paris étaient coniroe une sc^itude effrayante; les terres étaient sans etillure. Les locips sffamés vinrent josque dans l'intérieur de la nille. La désOK latlon et la terreur étaient au eomble.
La guerre se poursuivait parmi ces désasires ; la noblesse ipintles aggrave? par son insubordination. Elle éteiît ruinée; €^e donna l'exemple du pBlagB. Et oomoie dans les alternative» àe succès les terre» avaùenl; tour à tour passé en des maéns contraires, souvent il lui arriva de ravager ses propres domaines. C'était partout une anarchie furieuse. L'autorité do aon^rque ae brisait contre cette espèce de calamité. Il resta pourtant da eonrage eaeoce aux hooaaiea de guerre pour livrer des combats. Montargi» et Cbevreuae ii»rent oceopés par les armes du roi. Dana la Guyeoae ua psa- Usan royaliste, nommé Yittanekras, û^appait de son <^e le part» anglaia, et s'eniparah de pètunetirs châteaux. Maia en NonMoidie les armes étaient moina beureusea. Le» Anglsia reprirent des places, et vbnruit îusqu'à Saint-Germaînrenhsye^ dont ils se sasirest
te cMé de ^ Bourgogne la g«Rrre n'était p«« iMii pins ferfnnée ; todacavaît été obfigô de lever le an^ée Crotd. A Brageail y eut ène sé^œn^ ok l'Ile-Adam fut tué; et esftn on avait voulu tenter encore la prise de Calaîa, en ronpAnt une d%ae qat devait» dîaaItH», aubiBerger la L'entreprise fut sans
PenAiirti (M ifm9»i en» é^éneaiealak d^mn» wHie o^Uim oceopuent )e> monde oatMiqne : c'élaienft ks eeuflil» ]0^ mentabies entre l»09mtTàt de Battent le pape Bugéne IV.
i438. -^ Toui tendait dans l'Eglise, comme dmis les Etalai ài3nemodSâcatioi»die>]A puMBeaace extérie<rr<^ delà pa^ut^ Le concUe de Sleone, tenu en 1433, avait t-envoyé de grai^ des questions de réforme à un concile qui serait tenu sept ans après. Le pape Martin Y ne p^t que préparer le concik nouveau ; Eugèiae IV le convoqua, mais dès le d^ut le^ oonflits se déclarèrent. Le concîje voulait relever sa suprémalie, le pape défendait la possession de son pouvoir. Des esprits oonciilateisrs essayèrent vait:»ement de tempérer eettehitte. Le pape se renferma en lui-même; le conciJe se laissa aller à tontes les extrémités de la colère et de la révolte *. *"
B est remarquable qpie dans ces querelles le concile et le pape réclamaient de même llntervention du roi de Fraciee^ «a moment oti le roi de France était ce roi de Bourges dé>possédé par les perfidies. Charles VU. ayant repris la pins grande partie de son royaume, obtenait plus d'ascendariit encore. C'est peu de temps après son entrée à Paris que |^ concite lui adressa des règlements ecclésiastiques qu'il \m importait de f^ire accepte? par le clergé de France, |h^ sant par sa renomnée de savoir dans toute l'Eglise. En même temps Eugène IV assemblait un autre coneite à* F eihnufe, et sollici<laifl aussi Facqinescement de la France. G^est pour exwniner tons ces conflits qu'une assemblée d*évèquesb de docteiirs et d^sbbée se tenait à Bourgea.
Le clergé à» Ftance était disposé à aoeeplev In (Sminutî^^v de Fautorité pef«le, ne M-eMe qne^ nominale ; et dès que te concile déclarait que le paipe même lui devadt être soiimiSy ce décret était dT^tTanee aceueiU». Toutefois Charles VU n'e»r tendait pas méconnaître le caraelôre pontifical d'Eugène Vf, et il fit entendre de sages paroles sur le Ranger ell^afiaiAr dale d'un schisme nouveau. On feignait de n'admettre qu0
• L'histoire de cette anarchie est racontée par f Isury» ta». XXII sans trop de défaveur pour le pape.
des théories sur la hiérarchie ecdésiastiqae. Ainsi on proclamait avec le concile que les appels des tribunaux se devaient faire à Tévèque d*abord, puis au métropolitain, puis M primat, au lieu d'aller directement ai» pape; on admettait aussi que réfection devait être ramenée aux formes anciennes ; on prononçait Tabolition des réserves et expectatives, et celle des droits d'annates sur la collation de certains bénéfices au profit du pape; et enfin on modifiait d'une façon très-grave l'antique droit d'interdit sur les royaumes et les simples communautés. Et, cela fait, on se promettait de rester uni au siège de Rome comme auparavant : mais cela même était une révolution ; et nous Tavous remarqué déjà, cette révolution était préparée dans les esprits par Taltération de Tancien droit public des monarchies ctu^ tiennes. Elle ne touchait pas au fond du dogme catholique, mais elle achevait de briser la constitution du moyen âge. Le cHergè assemblé à Bourges l'accepta sans peine; et il tira des règlements du concile de B&le un recueil de maximes dont il fit un code particulier pour l'Eglise gallicane, et qu'on appela la pragmatique sanction. Nous retrouverons ce code doctrinal, et peu à peu il se modifiera lui-même, à mesure qu'il répondra moins aux passions toujours grossissantesdes temps modernes contre la suprématie de la papauté ^
C'est par ces actes réglementaii-es que le concile de Bàle préludait à une sentence de déposition contre Eugène IV. Ce concile avait fait de sa toute-puissance un principe catho-, lique; il la voulut mettre en pratique par une violence qui pouvait ruiner l'Eglise. Le génie d'Eugène IV échappa à l'anarchie. Disons aussi que la sagesse de Charles VII servit à l'unité. Il resta fidèle au pape, tout en laissant s'amoindrir son autorité; le pape de Bàle fut sans obédience, et l'on commença de voir que toutes ces théories de supériorité des conciles sont sans application, dès qu'Us sont séparés du souverain pontife, qui est la tète de l'Eglise '.
^ De tous les historiens de France, Villaret est celui qui a parlé de la pragmatique avec plus de réserve et de vérité, tom. XV. •» Voyez Fleury, tom. XXIL
M. de Maistre, Du pape.
1439. — Pendant ce temps des négociations de paix étaient essayées entre la France et l'Angleterre. Ce fut Isabelle de Portugal, femme du duc de Bourgogne, qui entreprit cette œuvre difficile. Déjà nous avons vu la noble duchesse dans les interventions politiques. Elle obtint des deux rois qu'ils envoyassent des ambassadeurs à des conférences au château d'Oïes, entre GravelinesetCalais, Le duc d'Orléans fut accepté pour médiateur avec la duchesse de Bourgogne ; mais les deux partis arrivaient avec de« prétentions extrêmes, et des difficultés que le glaive seul pouvait résoudre. Les conférences avaient été sagement conduites par la duchesse, et le duc d'Orléans y apporta de la générosité ; mais bientôt tout fut rompu. La guerre avait à peine été suspendue; elle fut reprise avec activité, mais toujours par des combats partiels qui épuisaient la France et n'amenaient point de terme à ces longues luttes.
La ville de Meaux était aux Anglais; le connétable alla en emporter la moitié paY un assaut. Le bâtard de Thiam jtat pris, le connétable lui fit trancher la tête. L'autre moitié, séparée par la Marne, restait occupée par une troupe d'Anglais; Talbotleur amena des secours. Le connétable les tint assiégés. Le roi, de son côté, s'avança jusqu'à Brie- Comte-Robert; les Anglais ne purent tenir. Us capitulèrent. On regarda la prise de Meaux comme une victoire *.
De là le connétable courut, au fond de la Normandie, assiéger Avranches ; Talbot le força de s'éloigner. On se consolait de cet échec par la prise de Sainte-Suzanne, entns le Maine et l'Anjou. Telle était cette guerre tout éparpillée
Un événement de plus de conséquence était le mariage qui se fit en ce même temps, de Catherine, fille du roi, avec Charles comte de Charolais, fils aîné du duc de Bourgogne. Catherine avait dix ans, le comte en avai( sept ; mais ces fiançailles prématurées affermissaient Tunion des deux princes, et par là se relevait par degrés la monarchie.
Charles YU était alors à Angers. Les événements avaîeni peuMe vie. Et sans doute alors il soupçonnait que ce défaut
* HisU de Riehemont^
298 WêTQmS BV fmAME.
d'entraînement tenait à rorganiaation de l'armée <piî était éparse, capricieuse, sans ensemble et'sans biérafchie. Là il médiia et prépara des règleaieats mililiaires doniTappUcation immédiate eût donné à la guerre ^n enseaabte plus efficace que les faits d^armes de la chevaleFie*
Mais au miHeu dé ces soins éclate une cabale de coih*. Yoici que ce mpt de cour revient souvent dans riùstoice avec son triste cortège d'imtrîgnes, de jalousies, de vanités. La monarchie n'est pas encore remise debout^ eft déjà on se la dispute. Et du reste c'est un triste caractère de ce qu'on appelle la cour, qu'elle produise plus encore de décLikements et de luttes autour des rois sans sceptre qu'autour des rois assis en leur trône. L'histoire de la cour en Franee est curieuse à étudier, non pas seul^ooentau point de vue de la malignité et de la satire^ mais au point de vue plus grave de la politique. Nous retrouverons ce sujet dans- la présente histoire.
Le connétable s'était saisi du pouvoir en chassant la Trémouîlle ; et depuis lors, la TrémoufiUe vivait dans Vobsco* rite, suivant de sa retraite les rivalités niHiveUes <|ui aaltraient après lui.
Le connétable, avec son caractère impétueux, avait ehoque plus d'une fois les seigneurs (|U enlouTaÎÊQt le roi. Dunois, le brillant chevalier y était obligé de céder à la toute-puissance de Fépée royale* Devant le coanéCad3le tout fléchissait, non-seulement les seigneurs, mais les. prinees mêmes. Le daupbia entrsdt dans sa di&-^liuitièiBe année ; il se sentait du. géjciie^ et il s'înpatieAtftit,. lui aussi , .de oe voir inutile daasile gouvearnement de ÏËtat^ Tout imposait sur le connétable et suv le ceinte du MaÀne, Ghasleshd'Ànioi}, auxiMaifea l'un de l'autre^ Les dues dte* Bourbon, et d'Ate»çon^ lûjcoaile de V^dôme et ûnnoîa »'étaidni pli^a étme fois conJbé lea btesavures de lenr orgueil. C^te esmêâemoQ répétée lea poussa à des idées plua hardies; ils osèrent parler entre eux de co&spiiiatioa. Unt a'afÀssaJtt que de délirer le roi de l'empive du connétabk; eds sortes de prétextes^ ne manquent point aux machinations criminelles. — Les peuples se joindraient à eux pour cette vaUaata eattej^iao', §t
fe éaoptôn p«ot*éti>6'99 cBMararall à seir tùttr; car il n'Stoil pas jmre qu'à son âge eeptfiiee, qwl srait de rhabâiefCé et da courage, fût Umu leîn ctes affaires. Et aprds tout, le trône lui devait revenir, et iH arait le premier intérêt à rétablir la royauté dans son indépendance.
Telles étaient tes pensées des mécontents , et la TrémouiHe, dit-on, les excrtait de sa retraite avec toute FliatHleté que donnent la solitude et la ccHève.
On va droit au dauphin avec cette éloquence delà plainte assurée ae toucher une âme déjà blessée. Le jeune prince était à Niort avec le comte de la Marche, son gouverneur. Celui-ci soupçonne de .mauvais desseins; on commence par l'éloigner ; puis on s*empare da dauphin par la flatterie, et lui-même embrasse avec joie des projets qui lui donnent une part d'action dans PÉtat. Onconvient de se liguer contre le connétable, et déjà les armes sont prêtes pour l'attaquer par la force. Sous le nom de liberté on fait une révolte. Le roi apprend ces nouvelles à Angers, et il se met en marche jusqu'à Amboise. Là î! appelle !e connétable, qui échappe à ptusieurs périls pour le venir trouver.
Le roi craignait des entreprises extrêmes, et il pariait de s'enfermer dans un place forte» Le connétable Ten empêcha. Souvcnez-voufi du roi Richard! lui <fit-il*. Le roi Richard d'Angleterre, en eSèt, s'était aussi entouré dans une place sous îe règne précédent, et les seigneurs ligués s'étaiaît saisis de lui; nous avons entrevu cette histoire. Le connétable conseilla d'assembler les fidèles et de marcher sur Portiers. En même temps on it donner ordre au duc d'Alençon de renvoyer le dauphin ;'iiiftMi la partie était erigagée. Les eenyupés narcMent ledf«^efiru levé, îis s^nblaiecit tout prêts à combattre cenlre le roi même. Le due d'Alençon prît Ssifrt-lMxent , maïs les reilg^ux de ralâ>eye avec quelques bourgeois eourtrreat s*empftrer de Tours. Et peu après le rcH envoTBÎt une troupe de fidèles qui Passèrent le duc d'Atençen ; Paibbaye et ia.bour^eokiîe de Sàmt*llalxent re^ curent ime charte oolles combl»! dlionnears et de prm-
* Eût, de BichemonU
300 HlfiTOIRE DB FRANCB. liAO—li^yO
léges. AlorB la faction fit un appel aux pro?inoes ; heoreusèment rien ne bougea. Le dauphin écrivit au duc de Bourgogne qui répondit qu'il était prêt à le servir, pourvu que *€e ne fût pas contre le roi son père. La cabale commença à s'épouvauter. On se mit à la pousser de toutes parts , et bientôt elle vint tomber aux pieds du roi. Ce fut une entreprise impuissante, mais odieuse ; elle fut comme Je prélude de beaucoup d'autres factions qui devaient plus tard concentrer dans la cour les intrigues des vieux barons. Celle-ci s'appela la Praguerie, nom d'une étymologie obscure , à moins qu'il ne signifie briguerie , comme dit Comiîies. Le dauphin fut malheureux dans ce premier exercice de son génie, si ce n*est qu'il y apprit peut-être à voir de près le péril des brigues qui s'attaquent à la souveraineté, et qu'à son tour il devait frapper par des coups si rudes.
1440. — C'est en ce même temps que se poursuivait cette autre brigue de Bâle qui déposait un pape et en faisait un autre. Charles VU , avec son assemblée de Bourges, contribua puissamment à déconcerter cette tentative de schisme qui menaçait de raviver les déchirements dontl'Église achevait à peine de se guérir.
D'un autre côté la guerre anglaise était reprise avec ardeur, mais avec une variété d'entreprises qui la perpétuait sans solution. Les Anglais prirent Harfleur après un siège savant et vainepient troublé par les secours de Dunois et des chevaliers qu'on venait de voir mêlés aux cabales de la Praguerie. Le parti du roi se dédommagea par la prise de Conches, de Louviers, de Saint-Germain enLaye et de quelques places de Champagne*
A ce moment le duc d'Orléans fut délivré de sa prison de Londres. Le duc de Bourgogne, oubliant les vieilles querelles des deux familles, paya deux cent mille écus de sa rançon. Le duc d'Orléans n'en put payer que cent mille. Sa maison était ruinée^ ses terres avaient été dévastées parla guerre. Le duc de Bourgogne demanda l'oubli des vieilles haines, et le duc d'Orléans, pour gage de paix , épousa la fille du duc de Clèves; elle était nièce du duc de Bourgogne, frère de sa mère.
, La réconciliation des deux familles se fit avec une telle pompe à Saint-Omer que le roi en fut troublé. 11 s'était fait entre les deux princes, longtemps chefs de deux rivalités im« placables, un échange d'ordres de cheyalerie-, puis ils les avaient envoyés aux printes du sang royal, et en particuUer au duc d'Alençon , naguère rebelle. Et enfin il |>araissait étrange que le duc d'Orléans, au lieu de venir droit au rœ après sa liberté, se fût arrêté auprès du duc de Bourgogne comme s'il eût été souverain. Charles VU s'étonnait de ces circonstances, et sans doute elles Texcitèrent à montrer à la France sa royauté avec plus de force et de hardiesse qu'il ne l'avait fait encore. Lorsque le duc d'Orléans Voulut s'approcher du monarque, suivi d'un cortège imposant de chevalerie, on lui fit ordonner de se présenter avec plus de modestie. Le duc piqué resta dans son duché d'Orléans.
1441. — Ensuite le roi reprit ses règlements militaires , résolu â les mettre en pratique, soit pour l'ordre de la guerre, soit pour le soulagement des peuples ; car l'anarchie du commandement donnait lieu à des calamités sans remède*.
Et enfin l'exécution de ce régime nouveau commença par des exemples terribles de justice ou de répression. Ceux des capitaines qui avaient le plus foulé les peuples par l'extorsion et la rapine furent cassés. Entre les seigneurs puissants qui semblaient insulter à la misère et à la faiblesse par l'impunité du brigandage, on citait le<^bâtard de Bourbon. Les histoires contemporaines racontent de lui des atrocités sauvages. Il faisait enlever les jeunes femmes pour rançonner leurs maris; et le raffinement de la débauche se mêlait aux barbaries de l'avarice ^. Le roi lui reprochait d'autres crimes. C'était lui qui avait servi d'instrument \ la rébellion du dauphin. Le roi lui fit faire son procès ; on le condamna à mort; on l'enferma dans un sac, et on le jeta à l'eau. C'était un supplice en usage alors, mais cette fois inattendu. Le due de Bourbon s'en irrita; les peuples s'en applaudirent. Le bâtard de Bourbon leur était
1 Voir les dispositions prises par le roi pour la discipline, Ht'sf. àt Charles VII, par Mathieu de Coucy.
' Journal (Tun hottrgeôù de Paru» Les détails font frissonner.
fNMeuK pour iKf atHMses tyraïuAai; eC ils «e félicitaieni de voir k royauté repvendite son offîœ totélftirc. fùi-pe p» des ooups terarWet et {dm «eaiblables à de la fuiieur qu'à de la justice.
£n Bretagne il y eut wi exemple lomblabk; GîliesdeLAval, s^gneur ée ftaix, maitéditl de Franoa, s'était rendu loraiidable par aes aotos d'aiMraîre féroce. On y ajouta des cnoMB de magie, «t je ne eais quelieg aulnes UirpV- Ittdes. Le duc de Bretagne, dont îl était sujet, le M arrêter et juger ; od le pendità Nantes, piûs on le btiàu.
L'aulodté se relevait, bien <|tte par des imoyeas implaea^ Mes. Ciiaries VU semblait être «OKti de rijQaîoiNlité de sas plaisirs ; il pnt l'épée et annonça que dès œ woment c^'étaift loi qui ooodairait la gu^re. Oeia êi im élan noui^eau* A uartir de ce monaent la nuoarebîe était aaui^ée.
Gbarles NU ouvrit la guerre par la prise de -Crell sur l'Oise; c'était une préparation pour le siég^de PontcMae veste auK Aflglaia. U appeimÀ lui tans les vaillante et ^vam une armée de douae n^le hommes, H le sié^e fut conduit avec vigneur. i^pnès trois moîBde «omfaats <t d'ellocts, le roi prépara Tassaut et disposa (outes les attaques. Rien no résista à rintnéfÂdité fsaMçaîae eicitée par l'esenople du mMian|iie; le roi tnwita à raesaut d'un oCtté^ le émifàm de l'autre. La viUe fiât es^xiaiée. iSix omta Anf^ia avaient péri, le reste s'était eaiim. Le m eeipêchà le pillage.
Cette viotoire était éeiatante; le coi ait noçn 4 Paris avec des triomphes. Peu après^ii s'^lbemina vers les proviooesy afin de réparer par sa présence Los maux de k guerre.
iU± — Arrivé dans le Poitou, il apprit que les princes faisaient des li^srues nofivelies, et que le duc d'<kiéansei le duc de Bourgogne se môiaient à leurs cabales. GeUe fois leur prétexte c'était la paix. JIb avaient écrit un ioog mémoire où ils d^loraienl les tonpieB calaimités des peuples; ils gémissaient q^eles mimstres du roi ne fusseiU pas appliqués à les terminer et àèes ^érir par des négociations avec l'Angleterre ; ils parlaient d'assemblées qu'ils offraient de tenir à Nevers, demandant qu'il fat donné des saufconduite au duc de 8f«lagne ; là en examinerait les ré-
HKflPOUHE W ffAAtfCB. Mft \
ftiPf»6Ci t^i pouffaient ètipe froposéespoiir le saola^emeni défi peuples ; niats«B .iitôoie teoipB ils indiquaienl; ks répa* raliene que dbacun d'euK nédamerak; car 4oue avamt des grîeffi, et teeus ee nom de paix ilB eachaîent ïmiéà^ ou l'ambition.
Le roi réltK»idftt8U&en¥^@iiéft desprînoes aveeiBodôratian^ nais avec'Couf^age. >& em^geait le diac d'Orléans à ie vei»r trouver. La caiiléreRce fut iMeii¥elllaBte^ et oaiEmie d'-autse part k justice du roi s^tùt d^àievéesiur qoelques esprits séditieux, la ««baie n'osa passer anta».
Le mï suivait «es desseins. La ^Ujjitenae raataitauK Afhglsûs, et il impoittaît d'ébranler «cette dowkiation^ de la resserrer du moins .par iiiii^ystôxne d'aUianaes^lortement sou* teoues du côté des Pyiénéas.
Les A<nglaî6 vemùeiait d^ tenir assiégé Taftaspenidant six mois, dans le duché d'Âlbret. Le oommaBdant eeq[>ituk^ à la condition de rendre la viUey si le m de Fraiice.iie venait à son aide, la v-eiiUe de SaJuttHlean^ptiate, avec des f^foes pkis considérables que ceUesâes Anglais. Gâtait la feinne ordinaire des capitulations. Le>adigBeiir4'àlbret <avaîldoBtté son filsei^oti^e.
Le roi avait a sehâler«^La»p&adede fartas^ouvratt rAnnagnac et le «comié de'GoBUBÎQ^BS aux astnes anglMses. il courut à Toulouse, et fii appel à toute la ooeblesse. 'S'il -làut en croire Monstrelet,jaa9als4ie s'était iwetM grande afiloence d'hommes d'-annes. « 41 pouvait Imh âivoir^ ditnil, quatre* vingt mille chevaux av6C tièsi^ramd «onlMoede diarrtola et diarrettes menants artillerie, ^ytm îet autive engins et habillemeifts deguerre* £t quant aux seigneurs et capi»taines il y enavdt moult lai^emeiit. » C'est avec cette grosse armée q[ue Charles Vlla^ea alla /aàre, comme on disait alors, la journée de Tarkta, Les iànglaîs ne parurent pas, la capitulation fut maisitenue. 4>e là Gharies VU alla emporter par un Fude assaut >ki place 4e Saint Sever, « où tout le pays s'estoit retraict, dit encore Monst^et, ^ y «volt cinq fermetés (foa^), ear aestoît une ville forte à merveille. » Le daupbin bi^lla À aataisaût. Huit cents Anglais périroBt sur la f laœ. lA ^llle êoX ampovtée.. puision s^em^
para de Bax. Et pendant ce temps les Anglais reprirent Saînt-Sever ; il fallut la leur enlever encore. La guerre fut quelque temps acharnée en ces contrées. Charles VU se rapprocha (le Bordeaux ; Marmande et la Réole tombèrent à la vue dç ses armes.
En Normandie les Anglais faiwient effort poAr réparer leurs pertes. Leur plus sérieuse entreprise fut le siège de Dieppe; la ville'était depuis neuf mois ravagée par leur ar* tillerie. Charles de Marest se défendait obstinément sur des ruines. Dunois y jeta neuf cents hommes. Mais la ville eût péri malgré tant de courage, si le dauphin ne fût accouru de la Gascogne, avec Dunois qui était allé prévenir le roi de ce péril. Les assiégeants furent attaqués et battus. Ce fut une glorieuse délivrance. Le dauphin entra à Dieppe parmi des acclamations. Il apportait aux habitants Tapplaudissement du roi pour leup opiniâtre valeur.
1443. — De là le dauphin fut envoyé de nouveau au fond de la Gascogne. Dans son passage à Montauban, Tannée précédente, le roi avait trouvé emprisonnée Marguerite comtesse de Comminges, âgée de quatre-vingts ans. Son mari, Mathieu de Foix, la tenait captive depuis vingt ans pour la contt*aindre à lui faire donation du comté de Comminges, au mépris de la cession que son père en avait déjà faite à la couronne. ,A peine délivrée par le roi, elle était morte à Poitiers; et aussitôt le comte son mari, le comte de Foix et le comte d'Armagnac se jetèrent sur son héritage comme sur une proie. Le comte d'Armagnac avait joint à la spoliation une perfidie, en s'asstlrant le secours des Anglais; et c'était pour punir ces insultes que le dauphin se précipitait/ En peu de jours le comté de Gomminges était repris par les armes ; le comte d'Armagnac fut arrêté et tenu prisonnier à Lavaur. Le dauphin saisit même son comté. Cette campagne fut rapide ; elle annonçait, comme les succès précédents, que partout la monarchie avait retrouvé sa forltme.
1444. — Alors la paix commença à devenir plus facile. On fit des conférences à Tours, et Ton convint d'utie trêve pour un au ; plus tard elle fut prolongée. 11 se trouva des
politiques quï blâmèrent cette suspension des batailles. 11 fallait, disaient-ils, profiter de la fortune de la guerre et achever par un dernier coup ces luttes fatales. La paix n'en fut pas moins féconde; le peuple respira. Les Anglais eurent le temps de se sentir en France comme des étrangers ; la possession des villes qui leur restaient encore devint une occasion nécessaire de négoce, et fit circuler Targent. La France se ranima, et prit des forces pour achever plus tard son œuvre d'indépendance.
Cependant le roi ne voulait pas licencier l'armée, dont le service avait commencé à devenir régulier, et qu'il fallait retenir pour la reprise de la guerre, sans en faire une oppression pour le peuple; il l'employa à des expéditions du dehors. Sigismond, duc d'Autriche, avait demandé des secours pour dompter la fière indépendance des Suisses, et René d'Anjou en avait demandé pour se venger de quelques injures reçues de la ville de Metz, à l'occasion de ses prétentions sur la Lorraine. Enfin on avait à se plaindre du bailli de Montbelliard, qui, dans les dernières guerres, avait fait des excursions sur les terres de France. Ce furent trois occasions qu'on jugea opportunes d'occuper au loin l'activité de l'armée. Le dauphin fut envoyé en Suisse avec des troupes brillantes, et^ chose singulière ! huit mille Anglais se joignirent à l'expédition ; l'inaction leur avait aussi paru un danger : tous marchaient de concert sous les ordres du dauphin de France. On commença par punir le bailli de Montbelliard ; la ville fut occupée pour un an. Puis on s'en alla gagner quelques batailles contre les cantons ; le dauphin négocia pour la paix avec le duc d'Autriche; mais son intervention n'eut pas de suite. Il ne resta de l'expédition qu'un traité entre la Suisse et la France, par lequel les deux nations se promettaient amitié et liberté de commerce. Ce fut un commencement de bons rapports, rarement troublés depuis. Pendant ce temps, Pierre de Brezé, sénéchal de Poitou, mettait le siège devant Metz, et le pressait avec une vigueur qui dégénéra plus d'une fois en barbarie. 11 y eut d'atroces représailles. De part et d'autre on noyait les prisonniers. Après sept mois de souffrances, les habitants en-
voyèrentune députation au roi, qui s'était rendu à Nancy- Us convinrent de payer deux cent mille écus pour les frais du siège, et de donner quittance à René d'Anjou pour cent mille florins qu'il leur avait empruntés pour payer sa rançon au duc de Bourgogne. Le siège fut levé à ce prix. La ville de Metz se prétendait indépendante de la couronne de France ; on ne toucha pas à cette question.
1445. — Dans son séjour à Nancy, le rm fit un traité d'alliance ofiPensive et défensive avec la maison de Saxe. C'était encore un moyen de relever la royauté, non-seulement en France, mais en Europe. Alors aussi fut célébré en cette ville un mariage convenu aux conférences de Tours, celui de Marguerite, fille de René d'Anjou, nièce de Charles Yll, avec le roi d'Angleterre. Le comte de Suffolk représentait Henri VI. Les fêtes furent brillantes. On était en ce temps dans ia ferveur des joutes et des tou^^oîs. Toute la chevalerie vint as; istc. à ces jeux, et le roi y» montra son courage et son adresse. Ce mariage ^li«jt piopice à la France, et la paix, aussi bien que la guerre, devait achever l'œuvre de la liberté nationale.
De là le roi se rendit à Châlons, pour commencer a remettre en pratique ses règlements de réforme générale dans l'armée.
C'était là un travail de politique et de police tout àla fois. H devait achever de mettre aux mains de la royautéla conduite »ouverainedelaforcepublique,éparBejusqu'àce moment aux mains des princes, des généraux, des simples seigneurs, il fut aisé d'intéresser les villes à cette réforme qui les devait protéger ; on y intéressa les hommes de guerre par le sentiment de l'honneur militaire. D'ailleurs on leur faisait un état fixe de leur carrière, souvent troublée et douteuse.^Toutefois ces règlements semblaient briser l'épée des seigneurs, accoutumés à une sorte d'indépendance dans le service de la guerre; il fiiUaitunelongueet prudente préméditation pour ne les point Irriter. Le connétable, dont la volonté était forte, quelquefois terrible, y appliqua toute sa ténacité. Puis les princes appelés à délibérer avec le roi usèrent de leur crédit pour faire aimer uneréformequi devait raviverlaFranceentière. Enfin on évita
de mécontenter les troupes déjà assemblées, en leur assurant une solde. Tout devenait régulier. Les -garnisons devaient être payées par les villes; mais les citoyens avaient besoin d'ordre; on était sûr qu'ils achèteraient leur sécurité. Les campagnes étaient mises sous la protection des baillis du roi et de leurs archers ; on se promettait qu'avant peu la discipline montrée au peuple lui rendrait son énergie, que l'agriculture serait ravivée, que le commerce repreadrait son activité, que les calamités de l'anaFolûe enfin seraient réparées.
Ce fut là une grande œuvre royale, digne d'être assimilée aux mémorables travaux de Louis le Gros, de Phllippe<Âuguste, de saint Louis, de Chartes V. C'est ce qu'on a appelé l'institution des amypaqmes d'ordonnance; c'est-à-dire des compagnies créées ^^^^ l'ordonnance du roi, ear le sens du mot s'est depuis altéré ".' ' '^•'
Il y eu t d'abord quinze Cômn'^^^niesd'ordonnance, qui faisaient neuf ou dix mille hommes. Ce fut comme le centre et le noyau de l'armée régulière de la France. A peine ces corps furent-ils Institués qu'on chercha l'honneur d'en faire partie; et à c6té des eompogfnie^ on vit une foule de gentilshommes et de soldats vcÂontaiiresqui attendaient deaplacea vacantes. On dispersa ces corps par petites bri^des dans tout le royaume^ avec un service d'in$peotion, qui les tenait constamment alertes et disciplinés. Ainsi nfeii^aittrorgani^ sation militaire des temps modernes; péFiletséonrité tout à la fois pour la liberté des nations ^
Le roi grandissait par ses œuvres politiques. Des difiéf6nds existaient entre le duc de Bourgogneet René d'ABJaa; lia l'établirent arbitre. Leducde Boui^ogne réclamaitaussi Ipour quelques articles de la paix d'Arras; tout s'accom* moda par l'autorité du roi. C'est à Châlons que vinrent le trouver des députés d'Armagnac, pour obtenir la Tfberté de leur comte que le dauphin avait emmené de son expédition
« Hist. de Charles VU, par Mathieu de Coucy. -f- Voyez sur cette question le P. Daniel, qui se plait aux choses militaires.
^ On frappa une médaille avec ces mots : miliUs disciplina coercent.
de Gascogne. Ils avaient commencé par réclamer avec de» formes de procédure. Le roi leur montra la menace de confiscation de leur comté. Us se firent suppliants et tombèrent à genoux ; ils eurent la grâce du comte.
En ce même temps mourait la dauphine, Marguerite d'Ecosse, princesse admirable de beauté, d'esprit et de bonne grâce. Elle donna l'éveil aux nobles goûts de Tintelligence, des arts et de la poésie en cette cour encore tout occupée des tournois ou des grossiers plaisirs de Famour. C'est elle qui, passant un jour devant Alain Chartier, endormi dans une salle du Louvre, s'approcha et le baisa à la bouche, en présence de sa suite étonnée. Elle voulait, disait-elle, faire honneur à la bouche de cet homme si laid pour les beaux discours qui en étaient sortis *.
1446. — Du reste, peu d'événements troublaient la paix du royaume. La Bretagne eut quelques agitations; elles se terminèrent par un drame sanglant. Le nouveau duc François venait de faire hommage pour son duché et pour le comté de Montfort, et le roi, soigneux de s'attacher le jeune prince, n'avait pas voulu qu'on fût sévère pour les formes de cet hommage, sur lequel on pouvait avoir des deux côtés des prétentions contraires. Leduc, à son tour, était désireux de l'amitié du roi. Il redoutait l'irritation d'un de ses frères, nommé Giles, qui, maltraité dans son droit de succession, pouvait susciter des périls par ses relations avec l'Angleterre et par l'amitié du roi Henri VI, qui avait voulu le faire connétable. De là naquit une intrigue pleine de tragédies. Le duc rendit son frère suspect au roi de France, et en même temps il arma contre lui la haine de quelques seigneurs. L'amour vint mêler ses fureurs à ces vengeances. Arthur de Hontauban était, disait-on, épris de la femme de Giles, Françoise de Dinan, et on ajoutait que la belle comtesse avait promis de l'épouser si elle devenait veuve. Il parut facile, après cela, d'arriver àun dénoûment rapide. Le roi, croyant aux trahisons de Giles, l'envoya arrêter par Prégent de Coëtivi, amiral de France, Brézé le terrible sénéchal, et un
* Pasquier, Recherches,
autre gentilhomme de Bretagne, avec quatre cents lances, qui le surprirent dans son château de Guiido. Le duc se chargea de le faire juger à Rennes; mais il ne trouva pas de juges. Les intrigues d'Arthur de Montauban étaient divulguées, et il fut aisé de voir que la justice qu'on cherchait c'était un crime. Charles VU fut averti , et aussitôt il renvoya l'amiral deCoetivi pour délivrer le prisonnier. Mais déjà d'autres trames étaient ourdies. On supposa des lettres du roi d'AngleteiTC, qui sommaient le duc de Bretagne de lui renvoyer Giles, son connétable. Ces lettres, le sceau du roi, ce titre de connétable donné à Giles, justifiaient la colère du duc; l'amiral suspendit l'exécution des ordres du roi. Quelque temps après le malheureux Giles était trouvé mort étranglé dans son lit \
i447. — Au dehors, un autre événement appela l'attention. La ville de Gênes, depuis que le maréchal de Boucicaut en avait perdu le commandement pour la France, sous le dernier règne, après l'avoir exercé si longtemps avec courage et avec sagesse, avait passé par toutes les alternatives des factions lépublicaines. Le marquis de Montferrat et Galéas, duc de Milan, y avaient dominé tour à tour; puis avaient apparu des familles rivales qui se disputaient l'empire : c'étaient les Frégose et les Adorne, et autour de ces noms célèbres s'agitaient les passions avides de commandement^ traînant à leur suite les passions avides de liberté. La domination française restait comme un souvenir d'ordre pacifique qui faisait contraste avec la turbulence des factions nouvelles. Un parti français avait survécu. Benoît Doria, que Charles VII avait fait commandant de sa marine, alors très-bornée, pensait qu'il serait facile de reprendre Gènes, et Janus Frégose eut l'air d'entrer en ses desseins. Une expédition fut armée : Frégose, avec trois cents Français, pénétra dans le port de Gênes, et marcha droit au palais du doge Adorne, portant la bannière du roi et criant Five France iLsi conspiration était prête ; les amis de Fré-
» Hist, de Charles FI/, par Mathieu de Coucy. --^ Hist, de Riehemont,
gose arrivaient de toutes parts, et la multitude lui faisait cortège. Le doge se hâta de fuir. Adorne entra ainsi au palais; mais une fois maître du pouvoir, il le garda. Celui qui commandait les Français voulût se plaindre; on le contraignit de sortir de la république. Tels étaient les révo* lutions de Gènes. Il eût fallu à Charles Vli plus de puissance ^u'il n'en avait alors pour punir cette insolente trahison.
Milan eut ausssi ses vicissitudes. Philippe Visconti, duc de Milan, venait de mourir. Il était frère de ValenCine de Milan, mère de Charles duc d'Orléans, et il ne laissait pas d'en* fants. D'après les traités faits au mariage de Valentine avec Louis d'Orléans, le duché revenait à Charles son flte. Le droit était formel. D'autre part Alphonse, roi d'Aragon et de Sicile, prétendait que Kiilippe l'avait fait son héritier; puis l'empereur Frédéric revendiquait le duché comme fief de l'empire, éteint faute dliéritier; et enfin François Sforce, qui avait épousé Blanche, fille naturelle de Philif^, s'annonça comme compétiteur. Il paraissait le moins redoutable, 51 fut le plus heureux, Les Vénitiens le secondèrent, de peur d'un voisinage ^us puissant. De là devaient sortir plus tard des guerres fatales à la France.
Tels étaient les événements qui remplissaient la trêve avec PAngleterre. Un moment elle fut troublée par un incident étranger aux querelles des deux couronnes. Par le traité du mariage de Marguerite d'Anjou avec Henri' Vl\ il avait été stipulé que la ville du Mans serait restituée au comte de Maine, ministre favori de Charles VIL On n'avait pu obtenir encore l'exécution de cette clause. Dunois alla l'arracher par l'épée. Il assiégea le Mans^ et le roi d'Angleterre ne put obtenir qu'une capitulation bienveillante. Du reste on ne considéra pas ce siège comme une hostilité.
1448. — ^Les afiFaires du concile de Bâle continuaient à se traîner dans la confusion ; mais le concile s'éteignait de lui-même. Le schisme se montrait faible et honteux, et lorsque le pape Eugène mourut, le pape du concile se trouva comme auparavant sans obédience. La France cependant parut hésiter un moment à se prononcer pour le nouveau pape Nicolas V. Il y eut à Lyon une grande as-
HISTOIRE DE FRANCE. 3il
semblée ecclésiastique qui eut l'air de prendre au sérieux la papauté d'Amédée de Savoie sous le nom de Félix. Cette bé* sitation s'expliquait d'un côté par la similitude des théorie»^ du concile de Bâle et de l'assemblée de Bourges, et de Fau- Ite par la crainte de les voir mettre en pratique. Et tel ftit en effet, dès l'origine de ces maximes, le caractère des opir nions ecclésiastiques ai France. La foi y était plus ferme que les idées d'opposition au pape, et on hésitait contre ses propres maximes, parce que d'abord on restait fidèle à l'unité.
Maïs l'hésitation même était cette fois un danger extrême. On donnait de l'importance à une papauté f urtive, et on lui fit croire qu'elle pouvait mettre des conditions sérieuses à son abdication* On créait le péril pour le détruire. On admettait deux papes pour faire disparaître l'un d'eux par la politique. Quoi qu'il en soit, la n^ociation du roi agissant pour l'Eglise de France fut pleine de zèle. Une ambassade magnifique fut envoyée à Rome; Jacques Cœur, célèbre argentier du roi, et sous ce nom môme devenu l'intendant des finances du royaume, en fit les frais avec un luxe inu* site. Il menait avec lui l'archevêque de Reims, Elle de Pom* padour, depuis peu évêque d'Alet, Gui Bernard, archidiacre de Tours,. le docteur Thomas de Gourcelles et Tanneguy du Châtel. Cette intervention fut heureuse. Le pape Félix accepta les conditions de sa déposition, et ce bruit funeste de schisme fut dissipé dans l'église, au grand applaudissement des peuples. On louait la modération des deux pontifes; on bénissait la médiation des princes; on exalta surtout le zèle du roi de France. Mais il restait une funeste impression des déchirements de Bàle ; et un exemple de plus attesta que dans la religion comme dans la politique un moyen sûr de tout perdre c'est de disputer sur l'autorité.
1449. — C'est sur ces entrefaites que la trêve d'Angleterre fut rompue. Un corps- d'Anglais donna le signal en se jetant sur Fougères dans la Bretagne. Aussitôt un cri de guerre éclata. Le duc de Sommerset, qui commandait en Normandie, voulut désavouer cette. entreprise inattendue. On tint
à ce sujet des conférences à Louviers ; mais le duc de Bretagne courait aux représailles. Quelques-uns de ses fidèles sortirent des conférences pour aller s'emparer de Pont-de- TArche. Après cela la paix ne fut plus possible.
L'Angleterre pourtant n'était pas en mesure alors de recommencer les batailles. Elle était travaillée par des factions de cour. Le duc de Glocester, frère du roi Henri V et oncle du jeune roi, avait longtemps tenu les rênes du gouvernement. On devait à son génie la longue prospérité qui avait été si désastreuse à la France. La jeune reine Marguerite d'Anjou, femme d'un esprit ambitieux, ne consentit pas à laisser son mari sous la main d'un tel ministre ; elle se crut de force à lui aider à porter le sceptre. « Henri était un simple personnage, dit un chroniqueur, et plus adonné à Dieu et à dévotion qu'à deffendre el croistre son royaume et sa seigneurie : et gouvernoit, la royne Marguerite sa femme, toute l'Angleterre *. » Le duc de Glocester fut éloigné; puis on lui trouva des crimes, et il fut étranglé secrètement. Alors éclatèrent des partis violents. Les réactions furent atroces; le peuple s'y mêla par ses fureurs. L'évoque d'Excester fut tué dans une sédition. Sufifolk, qui avait contribué à la chute du duc de Glocester, tomba aux mains des gens du duc de Sommerset, comme il se sauvait en France pour échapper à l'anarchie ; ils lui coupèrent la lête, et ils l'envoyèrent au maire de Londres •.
En môme temps la guerre était funeste contre les Ecossais. Les Anglais venaient de perdre deux batailles sanglantes. Les Ecossais entraient vainqueurs dans le royaume ; la terreur était partout.
La France au contraire avait eu le temps de guérir ses blessures. Ses compagnies d'ordonnance étaient brillantes et respiraient la guerre. Des règlements nouveaux avaient grossi l'armée. Chaque village du royaume était tenu de fournir à ses frais un archer, que le roi affranchissait de tous subsides. Ce fut tin corps d'élite. On l'appela le corps des francs-archers.
* Olivier de la Marche. Mémoires,
^ Le D. Liugard; au règne de Henri VI.
La baine de la domination anglaise était arrivée au comile. Jacques Cœur ofiPrit de prêter au roi tout l'argent qu'il lui faudrait pour la guerre ; il lui demandait seulement pour condition de s'armer pour conquérir la Normandie. Les chevaliers reprenaient volontiers leurs épées. Le peuple secondait ce mouvement patriotique.
Enfin les alliances faites au dehors favorisaient les batailles. Le roi d'Ecosse avait renouvelé les traités. Jean, roi de Gastille, s'était engagé à lancer ses armateurs sur les vaisseaux d'Angleterre ; et les seigneurs de Bretagne venaient tous de signer des lettres patentes par lesquelles ils s'engageaient avec leur duc à ne faire ni paix ni trêve sans le consentement du roi de France.
La guerre s'ouvrait donc avec enthousiasme; elle débuta par des succès. Plusieurs places tombaient à la fois dans le Beauvoisis, dans la Normandie, dans la Guyenne. Le roi cependant écoutait encore les paroles de paix. Mais cette disposition même à la conciliation enhardit les Anglais. 11 fallut se résoudre aujc moyens extrêmes. Déjà plusieurs châteaux de Normandie étaient emportés. Dunois avait paru, tout cédait à son épée. Le roi était à Louviers ; de toutes parts lui arrivait l'élite des chevaliers et des soldats de France. Toute la gentilhommerie des provinces s'était armée. Bien que le duc de Bourgogne gardât cette fois la neu ; tralité, ses seigneurs venaient aussi prendre part à ce mou* vement de patriotisme.
Une magnifique armée était réunie. On décida de se jeter sur la Normandie avec ces forces formidables pendant que le duc de Bretagne Tenvahirait avec un corps de six mille hommes où commandait le connétable. Tout le pays fut inondé. Les chefs de corps s'étaient partagé les villes à faire tomber. Le roi se réserva Château-Gaillard, l'imprenable. Partout les armes françaises étaient heureuses. Les Anglais se sentirent inégaux dans cette lutte. Tous leurs efforts parurent se concentrer dans la défense de Rouen et de quelques places qui tenaient encore.
C'est aussi vers Rouen que se dirigèrent les desseins du roi. Dunois fut envoyé pour préparer quelque entreprise
3l4 HISTOIRE DE FRANCE.
sur la place. Un parti français n'avait cessé de vivre dans la bourgeoisie, et il s'était grossi dans les derniers temps, par le mauvais succès des armes d'Angleterre. L'approche du roi lui donna une exaltation nouvelle ; il résolut de livrer la ville; mais une première tentative échoua. Toute l'armée française n'avançait pas moins. Bientôt la population commença à s'émouvoir. Entre ses partis divers, elle avait le parti des irrésolus ou des indifférents, parti funeste qui attend l'événement pour s'en emparer. Mais tous s'effrayèrent de la nécessité qui leur étaitfaite de combattre pour la domination anglaise, lorsque la Normandie venait de tomber inopinément devant le drapeau de France, Les prudents eux-mêmes trouvèrent du courage, et toute la bourgeoisie assemblée chez l'arclievêque déclara qu'elle ne se pouvait exposer aux extrémités d'une ville prise d'assaut ; et de là elle sortit dans les rues, criant : La, paix ! La paix! Ce cri devint une menace ; le peuple le répéta. Sommerset, qui défendait la viDe, fut contraint de laisser aller l'archevôque au camp du roi pour traiter d'une capitulation. Mais pendant ce temps les passions bouillonnaient toujours^ Les 'Anglais affectaient la confiance et la colère. Bientôt le peuple &'arme contre eux ; on les poursuit de rue en rue, et on les contraint de se sauver dans le château. Dunois pendant ce combat inattendu se montrait sur les hauteurs de Sainte-Catherine, à l'orient de la ville. Dès que la bannière du roi fut déployée, les députés de la bourgeoisie allèrent à Dunois, lui disant qu'il était le maître, et qu'il pouvait entrer dans la ville avec autant de soldats qu'il voudrait. Dunois fut bon chevalier. 11 dit au nom du roi qu'il ne ferait entrer de soldats qu'autant qu'il en faudrait aux bons et vaillants bourgeois de la ville pour les aider à chasser les Anglais du château.
Là-dessus arriva le roi. Sommerset vit qu'il ne pouvait tenir. 11 demanda à parler au roi qui le reçut \ mais il demandait tout l'honneur d'une capitulation; le roi lui imposa la condition de rendre avec le château Honfleur et Harffeur ; Sommerset dit qu'il périrait plutôt sous les XQurs qui le protégeaint encore. On le laissa s'en aller, et
repassant par la ville, il traversa des multitudes qui le narguaient en lui montrant sur tous les habits la croii^ blanche, signe royaliste et patriotique à la fbis. On savait quMl manquait de viyres, et les combats étaient inutiles. Il eut une autre entrevue; sa femme le smvait, comme pour le dispenser de'^fie faire suppliant. Le roi fut inflexible; £ &llut céder. A^vec le château devaient s'ouvrir Honfiieur, Arques, Gaudebec, Tancarville, Lillebonne, Montivilliers ; tous les prisonniers français devaient être rendus à la liberté ; il serait payé au roi dans un an cinquante mille écus, six mille à, ceux qui avaient assisté à la capitulation; toutea les dédies foites à Rouen parles Anglais seraient acquittées; eoiln des otages seraient donnés, entre autres le grand Talbot. Après cela le due de Sommerset était libre de s'en aller avec la garnison. Telle fut la capitulation de Rouen \ Quelques jours après (le 10 novembre) le roi entrait dans la ville avec un appareil de majesté qui rappelait son entrée à Paris douze ans auparavant. Le peuple était dans la joie ; des spectacles couvraient les rues ; c'était la grande magnificence du temps. Le roi traversa ces flots de multitude, parmi les acclamations. La duchesse de Sommerset était restée pour attendre une voiture commode^ dît le P. Daniel, ^ par ounosîté peut-être. Elle vit cette entrée triomphale d'une fenêtre à côté de la comtesse de Dunois ; « et le plaisir, dit le docte jésuite, ne fut pas égal pour ces deux dames. »
Pendant ce temps Ch&teau-Gaillard tombait. Le duc de Bretagne reprenait Fougères; Condé-sur-Noireau en basse Normandie était emporté. Vers les Pyrénées la fortune était égale. Le comte de Foix commandait pour le roi une armée de dix mille hommes et de sept cents lances. Il alla s'emparer de Mauléon. Tous les pays d'alentour arborèrent la croix blanche. Le sire de Lautrec, frère du comte de Foix, s'approcha de Rayonne. Dans une rencontre il tua douze cents Anglais; tous les châteaux voisins furent oc* tapés«
» MbDStrolet. — Chron, de France, — Le D. Linpçard.
La guerre n'était pas abandonnée en Normandie, malgré l'hiver. Talbot manquait à Sommerset, qui commença à pressentir la fin delà domination anglaise. Le commandant de Honfleur n'avait pas voulu livrer la place malgré la capitulation de Rouen, et les o(ages étaient gardés. Cette résistance fut une occasion pour le roi de tout emporter d'un seul coup. Dès le commencement de décembre il alla mettre le siège devant Harfleur avec quinze mille hommes; vingtcinq vaisseaux tenaient la mer. En peu de jours les travaux furent tellement avancés que la ville demanda à capituler. Le 1"^ janvier elle ouvrit ses portes. Toute la Normandie devait suivre. Dunois alla assiéger Honfleur ; au bout d'un mois il y entrait. Sommerset s'était retiré à Gaen ; les armes anglaises n'eurent plus que cette ville, avec Bayeux, Cherbourg, Vire, Falaise, et quelques petits châleAux de peu de valeur. La France entière était près d'être rendue à ellemême. Cette campagne fut pleine de gloire.
Par malheur les cabales de cour vinrent se mêler à ces beaux succès. Le dauphin, depuis sa brillante expédition de Guyenne en 1446, n'avait point paru dans les guerres. Son esprit de domination et d'indépendance déplaisait au roi, et lui-même se sentait mal à l'aise auprès des ministres et des généraux qui se partageaient la puissance, et surtout d'Agnès Sorel, qui gardait à la cour une suprématie odieuse mais redoutée. Il avait alors demandé à visiter le Dauphiné, et le roi, pour occuper cet esprit inquiet, l'avait chargé de négociations avec le duc Amédée de Savoie, le même que le concile de Bàle avait fait pape sous le nom de Félix *- Mais après ces négociations terminées, le dauphin ne revint pas. On eut l'air de ne point s'inquiéter de son absence. On
1 II 8*agissait de la possession des comtés de Valentinois et de Diois, que le dernier comte avait laissés au roi de France, en 1419, à des conditions d'argent que la guerre avait empêché de tenir; et le itic Amédée revendiquait les comtés pour défaut d'exécution des donditions du legs. Tout s'arrangea par le traité de 1447. Le roi garda les comtés et transféra au duc de Savoie la seigneurie de Faucigny. Voir Hist. des comtes de Valentinois , traité et ratification des archives de Turin, etc., cités parle P. Daniel.
loi laissa exercer son autorité dans le Dauphiné; mais de là il noua des intrigues qui pouvaient encore semer la révolte.
Pierre deBrezé, le terrible sénéchal de Poitou, partageait avec Agnès Sorel toutes les haines du dauphin. Le roi s'était utilement servi de son courage, et il avait fini par le faire le confident et le ministre de tous ses desseins. Le dauphin était impatient de ce crédit extrême. 11 essaya de Tébranler par des trames secrètes, puis par une attaque ouverte. 11 dénonça Brezé comme ennemi public dans un mémoire; et dès que le dauphin se fût prononcé, il se trouva à la cour des inimitiés toutes prêtes. Brezé alla au-devant des brigues, il demanda à être jugé. Le parlement, après une longue instruction, le déclara innocent; c'était doubler sa puissance. Le roi le fit gouverneur de Roueh. Le dauphin concentra sa colère, et resta plus obstiné dans sa retraite.
C'est dans le cours de ce procès qu'on découvrit le crime d'un faussaire, secrétaire du roi, nommé Guillaume Mariette, qui par des lettres feintes du roi et du dauphin, attisait les haines et jjlfettait le feu à la cour. Il fut condamné à avoir la tête tranchée et à être écartelé après sa mort. « Punition trop légère, » dit le P. Daniel. L'historien voulait dire apparemment : punition atroce, mais inégale encore au crime de ceux qui trafiquent des empires. D'ailleurs il arriva peut-être à Guillaume Mariette ce qui arrive d'ordinaire après les trames qui n'ont pas de succès; comme il faut des expiations ou des vengeances, on ne choisit pas les plus criminels; on choisit les plus obscurs ou les plus insensés. Il n'est pas juste toujours que ce soit sur eux que tombe la flétrissure de l'histoire.
Peu après mourait Agnès Sorel. Ce même P. Daniel, que je suis avec curiosité comme exprimant les jugements d'une grande époque, parle de cette femme célèbre avec des termes étranges. Peu s'en faut qu'il n'incline devant mademoiselle de Beauté, comme il l'appelle, sa plume ecclésiastique. 11 loue ses grâces comme son génie : c'était, dit-il, un prodige de beauté; elle se faisait pardonner son empire sur le roi par la reine' même. Et la reine, ajoute-t-il par sa
douceur en cette occurrence, est àîgne de servir de mod^ aux princesses qui se trouveraient exposées au même malheur. Elle fit servir Famour à la gloire. 11 semblerait près»que que le désordre est excusable, pourvu qu'il soH spirituel et poli. Cependant à son lit de mort la belle Agnès Sorél fit, en présence des flatteurs qui Tentouraient encore, d^é belle morale sur la fragilité de là vie et de ses plaisinB. C-é* tait un tardif ressouvenir. L'histoire grave et libre petrtbidft louer la maltresse de Charles VH de Tavoîr -réveillé dans ses voluptés pour lui montrer la couronne; mais pitoyable en* vers les faiblesses, elle est ImfAacàble pour les scandale»; et c'est le roi même qu'elle accuse pour avoir étalé dans sa cour ce titre de maîtresse, qui devait à partir de cette épo^ que changer toutes les mœurs de la royauté, et altérer si profondément la constitution même de la monarchie K
* Il n'est pas sans iiitérêt de lire un jagemeiït contemporain : « La darraine sepmaine d'avril (1448) vint à Paris une damoisèllo, ila^quelle on disoit estre aimée publiquement auroy de France sans ioy et sans loy, et sans vérité à la bonne royne qu'il avoit espouséQ, et bien y apparoist qu'elle menoit aussi grant estât comme une comtesse ou duchesse, et alloît et venoit biefn souTent avec la botïnfe royne de France, sans ce qu'elle east poitttrhoiftte'd6<âOn ipéché,' dont la royne avoit moult de douleur en son ocBur ; >mai8 à souffrir lui ooDvenoit pour lors, et le roy pour plus monstrer et manifester son grant péché et sa grant honte et d'elle aussi, lui donna le chaste! dé Beauté, le plus belchastel et jolis et le mieux assis qui fast-en toute risle de France, et ce nommoit et faisoit nommer la belle Agnes, «t pour ce que le peuple de Paris ne lui fist une tdile révérende comme son grant oegueil demandoit que elle ne pot celler, elle dist au départir que ce u'estoient que vilains , et que ce elle eust cuidé que on ne luy eust fait plus grant honneur que on ne luy fist, elle n'y eust jà entré ne mis lepié, qui eust esté dummaige, mais >il '«U8t été petit. Ainsi s'en alla la belle Agnez le dixiesmejonr de may en suivant, à son péché comme devant. Hélas! quelle pitié quant le chef du royaulme donne si mal exemple à son peuple, car s'ils foift ainsi ou pis il n'en oseroit parler, car on dit ep un proverbe : telon signeur mesme duite (mêmes serviteurs). » Ainsi s'exprime ^le Journal d*un hourgeois de Paris, coUect. de Mémoires. On peut bien se souvenir que Fauteur de ce travail est tout à fait Anglais ; mais c'est toujours pitié , quand le chef du royaulme donne à ses ennemis de telles occasions de flétrir sa vie. — Voyez en opposition les jugements du religieux de Saint-Denis.— Char lier, chroniqueur du
HISTOIRE DE FRANCE. *8ifè
devenons aux récits de gloire.
Un nouveau général anglais, nommé Kiriel, venait de parmtre à Cherbourg avec des forces. Il enleva Valognes et ce premier succès lui donna de la confiance. Le jeune comte deGlermont,fils du duc de Bourbon, alla faireses première!» armes contre le terrible Anglais. Après quelques rencontres d'un succès douteux, les Anglais qui s'étaient dirigés vers Bayeux se trouvèrent réunis en une armée assez imposante près du village de'Fourmigny. 'Ils étaient environ sept mille hommes. Le comte engagea la bataille, quoique en nombre très-inégal. Heureotsement aamement même où le nombre semblait devoir remporter sur le courage, on vît le connétable qui arrivait de^Saînt-'Mdlo; ses troupes réunies à celles du jeune comte nef aisaîent encore que trois mîHe bommes, maïs le souvenir des récentes victoires lettr 'était une ai^dente excitation. Ik fttrent vainqueurs. Trevs mille seftt cents Anglais peinent sfur la place; leur général se fit tuer €onii»e un des plus braves. Le connétable courut à Vire qu'il emporta. Le comte de Clermont s'empara de Bayeus. Il ne restait phis qu'à chasser lesAnglais de Gaen^ leur dernier bo«lev«rd *.
Le Foi vînt se |oinâre au connétable et au jeune vain- <iaeur de 'Fotrmugny. Toute la noblesse vonlnt être de ce siège. Bunois y vkit montrer sa vaillante épée. £n quinze jours Gaen était emporté.
Xaîntrailles alla faire toniber Falaise; les garnisons de «es deux villes furent envoyées en Angleterre ; c'était la condition des capitulations. Talbot fut mis en liberté. Il ne Testait que Bomfront et Cherbourg, deux places d'une défense facile.. Hais tout cédait aux armes du roi. C'était comme un entraînement de fortune. Ces deux dernières
roi : suivant lui, cette passion de Charles VU aurait été toute vertueuse. — Villaret, écrivain très-grave, semble être resté sousTimpression de ce dernier jugement; il parle d'Agnès Sorel avec autant d'indulgence que le P. Daniel.
• Cette victoire de Fourmigny est lourdement racontée par les chroniqueurs, et l'histoire même semble en avoir à peine entrevu la gloire. —Voir Hist. de Richemont, — Hist. de Charles Vil, de Jean Chartier et de Mathieu de Coucy.
places tombèrent à leur tour. La Normandie entière se retrouva française.
1450. — C'était là un glorieux événement. Le roi voulut qu'on en bénit Dieu dans les temples, et des processions annuelles devaient se faire à perpétuité pour consacrer ce retour de la monarchie à elle-même. Les révolutions de notre âge ont interrompu cette perpétuité. La France a résolu de jeter un grand voile sur sa vieille gloire. On dirait qu'elle a déjà trop de sa gloire nouvelle. Nation singulière ! qui, dissemblable de toutes les autres, a peu de souci du passé et semble n'avoir d'enthousiasme que pour les choses mystérieuses de l'avenir.
Ici volontiers l'histoire loue Charles VII, qui dans ces entreprises sur la Normandie mit une ténacité de plus de douze ans, avec une sagesse de conduite égale à la gloire du dessein. Mais aussi Dieu le seconda en lui donnant de vaillants hommes, ce connétable Richement d'abord redoutable pour son génie même, puis admirable une fois que son orgueil fut à l'aise ; Dunois, le brillant chevalier ; Xaintrailles» la forte épée ; Brezé, le terrible mais fidèle sénéchal ; une foule d'autres qu'il faudrait inscrire sur toutes les tables patriotiques, les comtes de Clermont, de Nevers, d'Eu, de Tancarville, de Castres, de Saint-Pol, les sires de Culan, d'Orval, d'Estouteville, de Blaînville, de Beauveau, de Bueil» de Beauvais, de Mouy, le maréchal de Jalognes, Jean de Lorraine, Robert de Floques, Pierre de Louvain, Robert de Coninghan, Tamiral Prégent de Coêtivî, le comte de Laval, son frère le maréchal de Lohéac^ noms glorieux que nous n'avons pu toujours citer à mesure qu'ils se sont offerts dans la rapidité des récits, mais qu'il est juste de montrer ici à l'admiration et à la gratitude des âges nouveaux.
Après la Normandie restait la Guyenne. Ici les mœurs étaient presque devenues anglaises par l'habitude delà domination, et l'on n'avait pas à espérer, ce semble, d'être secondé par un retour des âmes. Cependant il était politique de ne laisser point attiédir ce feu d'enthousiasme que la conquête de Normandie avait allumé. Le roi se hâta de montrer son drapeau victorieux aux peuples méridio-
HISTOIRE DE FRANOS. 32i
naux. H alla s'établir à Tours pour diriger rexpédition. La saison était avancée; on se Gon^tenta de prendre qudqaes places.
1451-1452. •— Après Fiiiver Tattaque de la 'province lut impétueuse. Dunois ouvrsdt la campagne. A côté de lui marchait Jean d'Angoulôme, frère cadet du duc d'Orléans, naguère revenu tie sa captivité de Londres, prince vaillant et pieux.
Dunois débuta par le siège de Montguyon, qui résista huit jours. Puis il alla droit à Blayes, place importante^ qui ouvrait la mer aux Anglais de Bordeaux, et la Guyenne aux flottes d'Angleterre. Dunois volait comme la foudre. Blayes ne put résister à son impétuosité. Pierre de Montferrand 8*alla enfermer danslechâteau ; Dunois le força de capituler. 11 lui fit payer dix mille écus de rançon, et l'obligea à lui remettre cinq citadelles qui lui appartenaient dans le pays bordelais. Du reste il le tenait quitte de sa rançon si dans six semaines il faisait serment au roi. De Blayes Dunois alla s'emparer de Bourg ; ce fut Tafifaire de cinq jours.
A ces nouvelles plusieurs places s'ouvrirent d'elles-mêmes. Fronsac, la plus forte de toutes et défendue par des Anglais, arrêta Dunois quelque temps; mais lorsque les Bordelais virent l'intrépide général déployer toute son éner^ gie, et qu'après cette conquête c'est mv eux que tomberait son épée, ils commencèrent à vouloir prévenir le malheur d'un siège, et ils demandèrent à parlementer. Dunois leur envoya Xaintrailles. Il fut convenu que si au 23 juin les Anglais ne se présentaient pas en forces suffisantes pour faire lever le siège de Fronsac, Bordeaux ouvrirait ses portes aux armes du roi. La ville, du reste, stipulait^es vieux privilèges, et alors la guerre, comme la paix, respectait ces glorieuses immunités de la bourgeoisie mhnicipale. La liberté seule des temps modernes a pu les détruire.
A CG prix Dunois était sûr de faire tomber toute la
Guyenne. De toutes parts il appela aux armes les fidèles
du roi, pour se mettre en mesure de combattre les Anglais
s'ils paraissaient en force. Vingt mille hommes coururent à
lui. Les BordeMs avaient de leur coté appelé les Anglais T. III. ai
322 nÊBmm M nuanL
pour la Jùuméê de FrdnsaCt oonme cm disait «lorik Ils^m paf*cire9)t pas. Froasac oapiktida, et tanois s'en alla traa^ quillement mais pompeusement occuper Bordeaox au nom de Charles vii. Son entrée fut aolentidie. U reçut lea seerftientsdela vîlle; Im-mènfte jura pour le rm de tenir l6S privilèges du pays. Son armée étonna la ville par le^qpec^ tacle d'une disci^iilnc kiaccotitiiHBéS. La natimalité se iré^ veilla. La noblesse bordelaise, d'abord défiandi^ ^^nt <eiir^ son épée. Le peuple reprit une sécurité Inconrnie. ions les environs de Bordeaux suivirent œt ejcemple. £n peo ite jours la croix blanche était arborée dans ioute la Gii|^B6« La setAe ville de Bayonne annonça le dessehïHGle fermer «es portes; il fallut quel!hinois, l'actif batalU^r^ ailâï la.fiia>* per de ses coups. Le comte de FoiK 1l\â amena des seoours. La ville fiaft obligée de capituler comiie tout ie reste, jybrs leMdi tout entier se déclara soumis à rautorité du mMurque. La France <k>DC, après tami de guerres^ de désasâm^ OGttrou'n^t sa glorieuse unîté-; il ne restait à éa âoKiaiitioA anglaise qoe deux villes, Cafatis «et €uines. Calais dunlMit était pour les Anglais une excitation à reprendre toi^iirs des desseins qui avaiaiit été sur le poiant de réussir. Uals l^prît de patriotisme devait l'empt^ter^ et inalgré («ies déchirements renouvelés, rAngtelenia serait «condantaée à n'atteindre désormais la F^nœ ifoe par ses rîvaàilés o& ses perfidies.
An reste les Fîtatsde Guyenneélaîentdéjà aufirès du roi à Xasllebourg pour lui remettre l'acte de leurs soun^slons. Le roi jouissait de sa poétique ; et Bunoîs, qui lui avait été un ^orieux instrument par son épée, avait droit à une part de sa gloire. Tout ce qu'avait fait le ^néralfut approuvé; le roi ne se réserva que le droit d'adoucir les capitutaiions et de faire aimer son pouvoir après que la guerre l'avait rendu formidable.
Gela n'empêcha pas los intrigues et les trahisons. Au moment où le pape essayait de rendre la paix aux deux nations, quelques seigneurs de Guyenne, liés aux Angiais par l'ha- Mtude ou vendus à prix d'or, s'engagèren4 à leur restituer Bordeaux. La plus noiable paitie de la noblesse favorisait
■sBwnE 0E nuncaL SSS
ecite trame oA^ise. Et il est vroi v[ae l'esirit na^ai, a^rôs de si longaes aheroalàTes âe %yBexmmÊiemBat, poob* Taèt aiflément s'égarer. Une portien delà bourgeoiisie suivit le ooéne peftchant. Les Miefe <de oette «spàce de eoojia«* âoû «envoyèrent des émissaires à iioiidres. Au bout de pea de temps Taibot reparaissatt «vœ cinq nilie koménes et se aépandait dans le Médoc. fies renforts le flQivakat. Quatre^ ^ngCs iraissesuic portaient des profvfsîons. Oa e^t dit les iipprM «riDJDo conquête nouvieÉle. Et déjà exi effelijudqiifees cMteanx s'etivraienl. Oastiâott e» Pèrtgorâ était entevé. ftensao. la forte citaddie, toonbait aux maiits dé fàlbot. Bordeanx enfin reoevut Tolbof eeniiie sH eût eié un MMnftewr. Le roi y %vait laissé,* pen tie troupes pour témoigner de la confiance ; elles ne purent môme faire usage de leurs artnes; la trahison les devança.
14S^ ^ A ces nouveUes le roi envoie ane armée^ et fad^ asème paraît à Sidni<4eaii d^Aogely. Jacques de Ghabaimeai 80D grand osaitre dliôtel, et le comité de Penthièvre, déjà éprouvé aux dernières guerres, vont assiéger par ses or*df es la petite place de Calais, fille est prise d*assaut ; quatrevingts habitants ont la tête tranchée conome félons. Puis Farmée principale marc^ vers CastîKon pour le reprendre. Le connétaMe accourt de Bretagne. La Tengeanee anime tous les éhevalîers et tous les soldats. Taibot de son cMé veut aller au-devant des Français, et tenter hardiment la sort des armes, n vient engage une bataiBe devant Ca»ti}lon; mais il trouve une armée acharnée savamaaent conduite, et soutenue par une artillerie tormidaMe. Les Anglais, avec leurs auxiliaires de Bordeaux^ ne peuvent longtemps supporter le cboc ; bientôt Taibot est tué dans la m^e. Alors la fuHe se déclare. Les Français tuent tout ce qu'ils rencontrent. €e fut un horrible massacre.
Le lendemain Gastîll(Mi se rendait malgré sa g;as*ntson de quinze cents hommes. Les Français n'eurent plus qu'à se montrer, tout fuyait devant eux; les villes s'ouvraient, et nul ne voulait avoir trempé dans la trahison bordelaise. On arriva ainsi devant Bordeaux, où s'étaient enfermés les coupables. On pouvait réduire la ville par la force; on aima
mieux entendre de nouveau ses supplications. Une amnistie nouvelle fût promise à la bourgeoisie ; mais le roi se réserva le choix de vingt gentilshommes de la garnison qui devaient être bannis du royaume. Les seigneurs de Lesparre et de^ui^ étaient les plus criminds; ils avaient tramé la ôéfect^lÊ,e\ TaXhimé la guerre; la justice cette fois devût être îq^rable. Toutefois il' n'y eut pas de supplice. Ce ne fut quei'linnêe suivante qu'on apprit que Lesparre renouvelait ses^djbales anglaises. On lui fit son procès à Poitiers; il fut concMbné à mort. On lui trancha la tète; son corps fut ensuite JESréblé. Ses membres furent exposés en six gibets c«mme un spectacle de terreur pour les gentiJi^ommes qui seraient tentés encore par le di^ir de la ^[ffliînation an*
Cette campagne ne fut qu*une sorte de justice; elle fut rapide et pleine de gloire. Les Anglais y perdirent tout ce qui leur restait d'espérance^ et Talbot expia ses vengeances contre la Pucelle d'Orléans. Le roi y gagna des titres nouveaux à l'admiration des peuples.
C'est peu après qu'un procès fut fait à Jacques Cœur le célèbre argentier du roi. Jacques Cœur^ homme nouveau, eut le maltieur de s'élever par l'argent à la pli|s haute puissance; c'était un homme de génie. Il administrait les finances du roi avec habileté : mais sOn opulence restait odieuse ; elle lui suscita des haines qui furent plus fortes que la justice du roi. On lui trouva des crimes; il fut exilé en Chypre. Je ne fais qu'indiquer cet épisode, bien qu'il ait un intérêt dramatique dans l'histoire \
1154-1455. — A mesure que le roi grandissait au dedans, il devenait imposant au dehors. Dans l'intervalle des deux expéditions de Guyenne, il avait eu à jeter des menaces au duc de Savoie pour des insultes faites aux terres de France ou à sa propre dignité^ mais il ne fit que montrer la guerre ; la paix devînt plus assurée. Le duc de Bourgogne avait eu ses guerres intestines du coté des Flandres. Le roi intervint
* Monslreiet, fol. 191. —• M. le baron Trouvé et M. Pierre Clément ont publié récenuneat de doctes écrits sur Jacques Cœur.
HISTOIBE DE FRANGE.
par des ambassades ; mais il reconnut la l'ébellion et le crime des Gantois, et il semble que le duc de Bourgdjgne se sentit dès lors plus de courage ou de liberté pour les frapper par des victoires *.
En même temps Charles VU avait renouvelé son amitié avec les Suisses par un traité formel, oîi les deux parties contractantes se promettaient de ne jamais seconder des entreprises quelconques d'ennemis contre Tune d'elles. C'étaientlàdes actes de hautehabiletépolitique;etdéjà la science diplomaiique était créée. La France entrait avant dans les alliances de l'Europe, et par son amitié avec les Suisses elle se rendait imposante aux États qu'on appelait dans le traité la ligue de la haute Allemagne.
i455. — Charles Vil n'avait plus qu'à mettre de l'ordre dans son royaume, et à y faire aimer et respecter son pouvoir. 11 eut à frapper en Armagnac un coup d'autorité, comme eût fut en d'autres temps Louis le Gros.
Jean V était fils du comte d'Armagnac, que le dauphin avait fait prisonnier dans son expédition de Gascogne. Les débauches de ce comte avaient franchi toutes les bornes; il avait fini parfaire un mariage monstrueux avec sa sœur, et •le pape Nicolas V l'avait excommunié. Vainement le roi intervint pour arracher paç Fautorité des conseils ce scandale â*inceste qui effrayait les peuples. Puis vint une occasion dé l'attaquer par les armes. Philippe de Levis s'était démis de son archevêché d'Auch en faveur de son neveu, du même nom, confirmé par le pape et par le roi. Le comte d'Armagnac fit élire par une portion du chapitre Jean deLescun, son frère bâtard. C'était une révolte féodale; le roi résolut de la frapper de son épée. Le comte de Clermont, le maréchal de Lohéac et XaintraiUes alors aussi maréchal de France, partirent de Bordeaux pour se jeter sur le scandaleux rebelle ' ; il ne pouvait résister à leurs armes. Toutes les places furent apportées; Lectoure seulement résista quelques jours. Tous
1 Voyec les récits de cette gaerre dans Olivier de la Marche, coll. des Mémoireié
« Jean Ghartier. » GaUia ehrUHana.
les biens du comte furent confisqués, et lui-même fut obligé de s'eafuîr en Aragon, où il cacha sa vie licencieuse, pour y mourir tristement plusieurs années après.
Une sollicitude plus vive tronbla les triomphes de Charles VII. Son fils, dauphin, s'opiniâtrait à vivre loin delà cour, dans sa province du Dauphlné. « Quant il se partit d'avecle. roy son père, dit Monstrelet, il ne demanda congé que pour quatre moys^ et il en demeura à sa grant desplaisance bien près, de dix ans. » Dans sa retraite, son esprit capricieux multipliait Tintrigue tantôt du côté de France, tantôt du côté d'Espagne, de Savoie ou dltaTie. En une occasion, tou-* tefois, il avait suivi Fimpulsion des idées françaises en favorisant une entreprise nouvelle de René d*Anjou sur ce royaume de Sicile, toujours prétendu, mais faiblement disputé contre Alphonse d'Aragon. Le duc de Savoie avait pris parti pour Alphonse, et le dauphin n'hésita pas à lui faire la guerre à lui-môme, bien qu'il fût son beau-père. Le pape Calixtelll, parlacrainte devoir l'Italie encore ravagée, désarma toutes ces colères; il ne resta plus qu'une querelle entre le dauphin et le duc de Savoie pour le marquisat deSaluces» Le duc de Bourgogne se fit médiateur et arrêta des combats qui avaient déjà commencé.
Cependant le roi se fatiguait de ces intrigues; mais, désespérant de ramener son fils par Tautorité de ses ordres, H résolut de l'arracher de sa retraite par la force, et il en- Toya une armée vers le dauphin, prêt à la suivre en personne. Le dauphin tenta la résistance ; mais tout lui échappait, n prit le parti de fuir ailleurs. Il s'en alla dans le Brabant, espérant nouer des trames avec le duc de Bourgogne. Mais là même il ne trouva que de la réserve^ Charles Vil se montrait déjà du côté de Bourgogne attentif aux mouvements qui pouvaient se faire. Ce fut pour le monarque une triste prévoyance d'occuper ses armes à prévenir des tentatives qu'on jugeait possibles, et qui eussent donné aux guerres civiles un caractère d'énormité sans exemple depuis les fatales tragédies de Chramne et de Clotaire. On sut du moins épargner au dauphin ce grandi maliieur, et il ne reste à rhistoijpe qpa te droit, deblAioer ou
de plaindre peut^êlre eei«8p*ifti«(pttetetîa]0Hx, mca{)able de «lipporter Tautorilii aiâiae de son pèm.
i45M457.^— Deuxaaiuie^ »'éQOiïlèTenÉ à des négociâlkNss depaix^Le roi voulaU uDMOuialgsloi) efutàéveXeéauphîn knposaU réloigoeauDit da cpieiques sëgnemrs fa'il jage&it ses enneaùs ; il resta exilé, mus en le mît hors d^état de semer des troubles, l^roio'eaxesliwt pas moins tristement préoecupé deceUe souvde guerre devîestiquek. Et peut-être oefot la cause d'une maladie grève qu'il tt àTom»; tout le royaume s'en émiU. On St des ptocesiaions dans les églises. LaFranee preoâit une vive patrt aux doulei»» du roi, et le témoignait par des prières. « Tost après, dit Monstrelet, il reposa et fust guary. ». Mais de sc«)bpe» présages se«fiblaient déjà e»'oflrir à. sa pensée, et aussi Fiûsteriefi nemaviqne point ê^ mentionna rapparition d'une comète, ce signe alors sîredouté.^ « Au dit ftn ou moys de juin (1456) apunit en kiîr ung cornette a longue queue en la partie do aeleil eouchaat, et tirolt sa queue va?s TAn^MBn^ ^ » Toujours est-H q«te le grand règne de Chariee TU menaçait de s^àcbever pour lui dans les tristesse^ et les âouleurft.
C'est dans ce triste iAtorvale d'iniqoiéfiudes poS^tîques qite la mère et les deux £pèies^delea«ne d^Âre obtinrent ia ré^ vision du procès qui rareit condamnée act feu comme kérétiq^e et sorcière. Choee singulièrel le ps^ seul parait en eetli$ révision mémcM*al)Je; ei peut-être cela môme jus*tlfie le mKXiarque, ou du laokis explique son inaction dans une a£Oaire remise tout enlÂère dès aon origine à la juridiction de l'Église. De cette réTisîon &ite par deseommissalret du pape est résulté pour Fhistoire m» ensemble de témoin gnages da ia plus haute importance. Cest là que se rév^e toute la vie de la bergère hérolqae. Sa mère et ses frères gont là qui demandent jusitice; o^ést à leur requête qu'^ppalaissent lauseeuaLqui ont coimu la Pueelle,dep«iàs son enfaofie tente poétique jusqu^è eee batailles et à sa meri. La procédure est immense. Les dépositions sont libres. Les docteurs et les eai^taines viennent dire ce quIOls savent^ œ
1 Monstrelet^ fol. i02.
328 fflSTOIRE DE FRANCE.
qu'ils ont vu, ce qu'ils ont admiré. Jeanne revit avec ses mœurs pures, avec ses paroles pieuses, avec ^es habitudes naïves. On raconte ce qu'on a entendu de sa bouche, ses visions, ses prophéties, ses annonces de batailles et de victoires , nulle histoire n'est plus complète et plus limpide; et enfin après cette longue instruction, le tribunal nouveau casse et annule l'inique et monstrueux arrêt des juges de Rouen. Jeanne reste au yeux de l'Eglise une innocente et pure créature, et aussitôt les peuples lui érigent des statues ; on la célèbre comme une héroïne; peut-être il manque à la justice de l'honorer comme une sainte et une inspirée'.
En cette révision du procès de la Puceile avait comparu^ avec son témoignage favorable, le duc d'Âlençon, et cette circonstance doit être notée; car dès ce moment même il nourrissait des desseins de trahison contre la France, et il se disposait à faire des trames infâmes avec l'Angleterre.
1458.— Sa haine contre Charles -d'Anjou, comte du Maine, ministre de Charles VO, lui fut d'abord une conseillère funeste ; puis il crut avoir à se plaindre de la justice du roi. Il avait été pris à la bataille de Yerneuil par les Anglais, et après avoir été longtemps capUf dans le château de Crotoi, il avait vendu au duc de Bretagne sa ville de Fougères pour payer sa rançon. Ayant rétabli ses affaires, il préteniût le droit de racheter Fougères, à la seule condition de rembourser le même prix qu'il l'avait vendue. Le duc de Bretagne repoussa cette prétention, et le roï ne la seconda pas* De là une étrange colère. Le duc d'Alençon avait pris part à la première révolte du dauphin, et même il l'avait excitée. Ce souvenir lui restait présent; il se défiait de la clémence du roi, et par là même il s'aigrit davantage, il arriva brusquement à des pensées extrêmes. Il avait eu des confidences secwtes avec Talbot lorsque celui-ci reparut en Guyenne, et la compression des révoltes ne l'avait
* Plus tard Louis XI ordonna que les pièces de la procédure de révision fassent déposées au Trésor des Chartres. C'est un des grands monuments de notre histoire. — Voir les collect. Petitot et Michand. Le texte de rarrétest surtout remarquable.
HIdTOmE ]>E FRANCE. 329
pas détotirné de ses desseins de crime. Il lit savoir par des affidés ses projets au roi d'Angleterre; il offrait de lui ouvrir ses places de Normandie. Mais le traître fut trahi; les lettres qu'il écrivait au roi d'Angleterre furent portées au roi de Frii^ice. « A qui me ûerai-je, dit celui-ci avec des gémissements profonds, si les princes mêmes de mon sang me trahissent? » Mais il nefdlaît pas délibérer; peu de jours après, le Adèle Dunois paraissait à Thôtel d'Alençon suivi d'une escorte d*archers. « Monseigneur, pardonnez-moi, dit-il au prince; le roi m'a envoyé devers vous, et m'a baillé charge de vous faire son prisonnier, je ne sais proprement les causes pourquoi, et pour à lui obéir je vous fais le prisonnier du roi. »
Le procès se fit avec solennité. Il remuait de vieilles questions de pairie, et, sous ce point de vue, il a de l'intérêt dans l'histoire du droit constitutionnel de France*. Le parlement jugea les questions préjudicielles; tous les pairs et les notables de la noblesse et de l'Eglise furent appelés au jugement du fond. Le parlement, d'abord convoqué à Montargis, fut ensuite appelé à Vendôme. C'est là que la sentence fut prononcée, dans un lit de justice que tint le roi, « pour aucunes affaires touchant le fait de son royaume moult grandement, » dit Monstrelet.
Le due d'Alençon était condamné à être dégradé de sa dignité de pair de France et à avoir la tête tranchée. A l'instant toute la pairie se fit suppliante ; Tarchevèque de Reims, au nom des pairs ecclé^astiques, demanda la vie du coupable. Le duc de Bourgogne, qui ne s'était pas présenté au I»t>cè8 comme premier pair, envoya des ambassadeurs pour demander grâce. Le connétable venait de devenir duc de Bretagne par la mort de ses trois neveux François, Giles et Pierre; il parut aussi en suppliant: le duc d'Alençon était fils de sa sœur. Enfin la duchesse d'Alençon et ses enfants vinrait tomber aux genoux du roi. Il leur accorda la vie du due, qui fut enfermé au château de Loches. Ce fut tout le
1 L'histoire dz ce procès a été faite en abrégé par Dupuy, conseiller du roi, Tanteur de VHût, des templiers, que nous avons suivi. Mtee vol. ia-n, 1700. .
830 BI&IOttR Pfi FBJkHCV.
dénomment de oftûe éclatanle procédure. Pk» latA LMit H rendit au criBùnel ha liberté et les honnajurs; maïs 'A ne cbangea pas sa sature mauvaise*. Il eut À wta tear à ie frafi^ per de sa îustice.
Cependant le roi grandiaiait en Europe. IL venait de&îra un traité avec le rdi de DtaBeiawk Chriatievn lr^ fu» liéU^ gealt à lui fournir dea.teQapea et ée^ vaisaeMix du» te oas de guerre contre rAngleteRce. La rivalité ées dem p^9fl«« restait comaoe un sigoal permanent d'bo^iiîté« Uo inatont la rdne d'Angleterse, fiUe de ILeoé d'à^ipu^ essaya d'atténuer ces grandes liitte& et d'e» bire iine indigne penoa^ uelle eontjpe les feictiona quà meaaQaiaat la eouroane à» son man. Richard, duc d'York, aspirait kressaînrleaceptre sup lamaiaoQ de Lancaatre* La leJne^ MaittesseBootle nomde Heari YI, jugea que TapparKie» de la guerre étranf^ftre^al^ &iblirait lea âi88eask>na dvites, et cUe pnoiroipMk, dlt^onv lUie expéditiûu fraii^ise^eapéiajat pettb^ve auan tooni^ des armes fui devaient lai être bienve iMaalea eontre te puissaxiee du parti d'York.
(Kioi qu'il en soit» le séfiécbal PifVfe d& ii«sé fut nia à 1» tète d'un corps d'aormée qui s'en alia porter la guerre e» ▲ngletore. V d^ar^ia à Saoéwkk^ eA a^emparade la vite avec une rapidité qui jeta partout F^uvants^ Grêlait on étrange retour de fortune de voir les armes &aaçrâeafavt- 1er sur cette terre eoD^aie d'où étaient pettia d^mia imi siècle tant de désastres toodséa sur lai Fraiicer. Ce §^eiis exploit n'eut pourtant poiot d'aulaces ssûtes» Les factions s'arrôtèreut quelques moments; puis la guerre desirail sa ranimer entre elles jusqu'au reoversement de la BBwisott de Lancastreu
Le nom de Charles Vil a'ét^i^it aussi vers le fond de ki Germanie. Ladislas, roi de Hongrie et de Bohême^ jeeee prince de cUx-huit ans, brUiaat d'espérance et de géeîev cherdia le mariage de Madeleîne de Fraoueey qat lui fat fiancée. Le due de Bourgogne s'effî^ya imi inafeaot de cett» alliance qui sembla le menacer ',,car il avait quelques démêlés d'intérêt avec Ladîslas à Toccasloa daLuxembour^ q<ue ^un et Tàutre prince revendiquaient à hà mcM et la dsr»
HISVOfKE BE FRAUCS. 331
«ôi^ duchesse, Élisftbeth. LeiOQ di» Bourgogne ne doutait pas qm le roi de Fraoce se prit parti po^ir eebii qui alkiît être scm geodre. Mms ses terfeurs eessèreûi pur la mort înofÀEiée de Ladis]]as,au iiM)ineDt oii ses ambassadeurs ve* saiefit pesBipeiisMneBt dievdb^ lafilie de Fsaaee. On accusa deeeOe mori les hussilea, doi^ la seete gias^sait par le crime j préparant au slèdesuivant defténomiilés plus lame»* taUesi.
En ise tempe aussi mc^rot ttcbeoKNit, le fier connélabjev dieveaa doc de Bretagne. SftTibaTecdes inégaËtés pvoduiies par la pétulance de sa eelèpeavait été pleined'éclat, je n'ose dire pleine de gloire. Daœ la faveur et dan» la disgrâce ii resta fidèle à la Fraiïce; et, arrivé au ducbè de Bvetagne, ift tint i honneur de garder Tépée de oôAoétatde^.H devait^ <M-* 8ait^il,honover<kuiala Vieillesse. ce qui Faralt honoré Ivà^ même dans son jeune âge. 11 fisâsait porter deux épéas devant kày l'une nue et droile,, c'était e^e du souveraki» Taulre daos soib fourceau et ieave»ée, c'était c^e du connectable. Mais il était prêt à la tirer s'il Mlait l'aUar nioatier axa Anglais et renouv^rîer les^ ecra^ètes de i^iiiauiBe d& Normandie. Cette ima^e est dSgne des temps les plus poé^ tifoes»
f rançoisH de-ftrelBgiie, nevea du cxmaélcable* luî suceécki
UHS^ -^ A eeaiosKat la. Franceéiak Is paya le plus puîs^ sant et le plus paisible. Les factions d'York et de Laneastce iiwsgiiLaîeiit l'Angleterre. Les bussltea tioubkûent l'Allemagae* Kahûinet li faisait trembler la iiongrie. La Bohéaie «fait sea déebiivnaeaats par suite de la matt de Ladii^las. L'ttaèiç était âmveieée pair ïanasehie de wsk répubticpea. La France seule respirait.
Lee Qéosàsi^ fetignéa de leurs. aUeroaiwes de faction, pnrevlle partide se donner àlaFrs^ice* Charles VU leur eni»ya,p^ff geuvaraeur leat», due de Calabre, fils de René d*Aajpu. C'étaît^uii prince d'une g]cande dextârilé dans le iMfiieBKnldaalKMBBaaaet deaaSaireSkll vU daoa ce gm* ^Boneowntd'we «là rApuUieaiae le passage possible à sa.
332 HISTOIRE DK FRANGE.
pensée, el aussitôt il parât enarmes pour asdéger Gênes; mais à peine arrivé il mourut devant la ville. Il laissait sa souveraineté dltalie partagée par son testament. U donnait FAragon et la Sicile à Jean son frère, et Naplei» à Ferdinand, son fils lAiturel. Le pape refusa l'investiture à celui-ci, et les Napolitains coururent à Jean d'Aragon, qui eut peur de cette triple royauté. Jean d'Anjou, duc de Calabre, semblait avoir la fortune propice. Les Napolitains l'appelèrent. Mais Pie U, qui venût de monter au trône papal, ne favorisait pas autant le parti de France que Galiite III. Il craignait de vuir TK talie tomber en ses mains. 11 reprochait à la France l'atteinte publique faite à la majesté du pontificat romain par la pragmatique sanction. Et d'ailleurs au-dessus de ces factiong^ d'Italie il voyait la chrétienté tout entière menacée par les armes turques, et ce qui l'occupait présentement c'était une grande assemblée des princes chrétiens, qu'il appelait à Mantoue pour les exciter à s'unir contre la barbarie qui de nouveau menaçait l'Europe. Les couronnes envoyèrent des ambassades V mais l'enthousiasme ne vivait plus. On discuta, sur les intérêts des puissances comme dans une assemblée politique. Le pape voulut parler de levée de deniers sur lé clergé de France: on lui répondit de n'y point compter» Alors le contact de tant de pensées contrakes ne fit qu'aigrir les colères. On se sépara avec des irritations, et les partis d'Italie gardèrent la liberté de leurs intrigues et de leurs perfidies.
Jean, duc de Galabre, alla tenter de s'emparer de Naples avec une flotte et une armée ; pendant ce temps les factiona de Gênes levaient le drapeau de la révolte et rétablissaient de concert la république. Le commandant français fut obligé de s'enfermer dans le château.
René d'Anjou^ jusque-là peu ardent aux batailles, avait voulu seconder les entreprises de son fils. U arrivait avec une petite flotte au secours des Français de Gênes; ii envoya ses soldats se battre et resta sur les galères. Les soldats, après une lutte opiniâtre, furent repoussés par des stratagèmes qui leur firent croire à l'arrivée de renforts considén^les qui dévident les envelopper ; et, chose à peine
croyable, Hené, furieux de leur défaite, fit reculer la flotte pour ne pas recevoir ces malheureux vaincus *. Pendant ce temps son fils essayait intrépidement de relever son drapeau du côté de Naples. Il avait battu les troupes de Ferdinand. La noblesse commençait à se déclarer; mais le pape et le duc de Milan lui suscitaient des obstacles. Cette expédition fut sans succès, mais elle ne fut pas sans gloire ^
1460-1461. — Mais en France la défiance subsistait entre le roi et le duc de Bourgogne, par suite de cet éloignement obstiné du dauphin, qui laissait croire à des connivences. U y eut à ce sujet des ambassades de la part du duc de Bourgogne; il demandait et il donnait des explications. Des deux côtés on faisait échange de bons témoignages d'à* mitié ; mais la paix n'était pas ferme, dès que les soupçons n'étaient pas détruits. Peut-être au bout de ces réconciliations la guerre aurait fini par éclater. Mais le roi touchait à la mort. U y arrivait par des angoisses cruelles. Cette fuite de son fils Favait rempli d'inquiétudes amères ; souvent il délibéra s'il le punirait en le déshéritant. 11 aimait tendrement son second fils, nommé Charles, et il eût embrassé l'espérance de voir le sceptre passer un jour en ses mains ; mais sa prévoyance fut plus puissante que son amour ; il retint pour lui toutes les douleurs, et il épargna à la France et à ses enfants des déchirements nouveaux.
Ce fut un grand malheur pour Charles VII de chercher dans les plaisirs une distraction à ces amertumes de l'âme. U ne fit qu'envenimer ses chagrins, et il ôtait à l'histoire le droit de le plaindre.
Un jour qu'il confiait ses plaintes à un favori, le cruel flatteur du monarque, croyant compatir à ses souffrances, se mit à les lui grossir, en lui parlant avec gémissements de desseins d'empoisonnement formés contre lui. La pensée de Charles Vil n'avait point été jusqu'à soupçonner de tels crimes. Dès qu'on les lui eut montrés possibles, sa vie tout
» Le P. Daniel et Villaret racontent ce fait sans autre témoignage. - Ilist, de Naples. — Hist. des ducs d: Anjou, de du Hailian. — Hist, de Charles YII, par Mathieu de Coucy.
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Mlâère se flétrit ; !1 était alors à Ifeon-sur-Tease, dans lo lerry. Il tomba brasqaement dans nne mélancolie déses* pépèe, -et refusa 4e prendre towte nourriture, disant que ce <pi'«n lui oflteaHétait empoisonné. Ce fut une sorte de fréné!^ où Vhïrent se briser tous les efforts des médecins et des pamnts du roi ; îl ne resta que la religion pour le consoler. CSiuries Tll, fidèle comme monarque, avait été mal é&Ê&ai eomme dirétien. «Ce fut, dit Monstrelet, depuis qn^ «ut T^eoonquls'son royaiHne, qu'il mua ses mœurs et enlakit sa vie. • Son palais, a}oate-t-3, était plein de mau" wAses femmes ^ Nul frein ne retînt son amour des lâches plaisirs, et c'est une flétrissure sur cette vie pleine de gloire. H mourot ai demandant pardon à Weu, après avoir reçu les sacrements de rSglise. H avait soixante ans. n en avmt régné trente-ueuf .
Après la condamnation de cette triste încontînenoe, niîst^re montre ce règne comme un des plus édatants qui aient passé sur la France.
Oiaries NR ne fut pas, comme on Fa trop dit, étranger a» grand mouvement national qui déracina FÂngleterre de la France. La Pucelle donna le »gnal de l'affranchissement, et tant qu'elle parut aux armées, le roi se tint comme immobile. On eût dit qu'il sentait sa mission royale transférée en d'autres mains. Ce ne lui fut pas d'ailleurs un honnçur vulgaire de savoir confier alors ses armées à des hommes de valeur^ de ^nie. La plupart des rois ne périssent que par le défaut de ces choix ; maïs une fcôs quIlfaHut paraitre en personne dans les guerres et dans les affaires, Charles NU y apporta du courage et surtout de la suite, qualité meilleure peut-être. Dans ce mouvement il semble presque avoir oublié ses voluptés, et Itisrtoire le voyant mêlé à tout ce qui se fait de grand et d*utile par les armes , par le consefl, par les lois, par la réforme de la discipline, par la constitution de l'armée, par Jes négociations politiques, par l'agrandissement successif de l'État, par la répression des désordres, par tout ce travail de restauration sociale, This-
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éoiTdyeyasI cette «ocârrM, «eetfe «ippiiealâMi, •cette ténadté ^ ^Bce, se souvtent à peine d^ désordres privés de sa vie. Ce D*esl qu*à ia réflexioa 4$a'elle r^t^nd sa sévérité. I^'atileurs p&i de fautes polîfl^aes farmA commises par Gharïes ¥fl ; son règne-e^ exemptée vk^fioes et de réactions, fit pourtant son inâiâgeace ne fot point de la fai- Uesse; «nais sa justice ae fnt point de la vengeance. Les peni^es Taimaientà cafirae de sa bonté ; H était compatissant, et il épargna les supplices, comme S'évita les impôts. Or l'fi^ypela h Fiedoritux, «t ^ nom In! dc^i^sl^, car la ^dWHTe ce fut la lit)erté. On Fappèla «tresi ït bien servie et ce snamom n'est pas sans honneof, car Faffecfion des scr* 1/îteurs atteste Tamotir du maître. !l a été -qudqne temps de mode en France de dépréder^on règne. 11 était juste de le montrer dans son jour de patriotisme. Charles VÏL a brisé le sceptre d'Angleterre, et il a refait la monarchie de France; c'esft là un titre pour quiconque croit à la Ifterté et à la gloire.
Au reste cette époque, Jugée au point de vue de la civî- Bsation, de la philosophie et des lettres, semble tnal répondre au mouvement ^ascension qui vient de se faire dans la politique. Naguère, sous le sceptre de CSiarles VI, ce roi insensé, nous voyions éclore le génie moderne. De hautes intelligences s'étaient révélées. Gerson brillait dans Funiversité, d'autres noms venaient après lui. Les études se fécondaient malgré l'anarchie ; rÉglise avait de grands hommes ; la science du droit puMic avait grandi ; à côté des génies militaires paraissaient des génies administratifs; puis les arts commençaient à jeter de l'éclat; la poésie française avait pris naissance ; Charles d'Orîéans charmait sa captivité par des chants d'une naïveté touchante et d'une mélancolie gracieuse. Ainsi s'était ouvert le règne de Charles V!ï.
Mais vingt ans durant les armes civiles firent taire les muses : le génie humain s'arrêta.
Ce ne fut guère que vers la fin du règne de Charles VU, lorsque le rétablissement de la puissance rendit de la sécurité aux âmes, que les arts de l'esprit semblèrent revivre.
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Quelques écrivains survivaient. Frai^is Villon, rival de Chartes d'Oriéans, s'essayait aux inspirations poétiques, mais avec des mœurs abjectes, mauvais indice de génie. Maniai d*Au vergue mettait en vers les chroniques du temps, travail informe, mais où la poésie jetait parfois des éclairs. £nôn René d'Anjou se faisait à Aix une royauté toute poétique, et s'amusait à renouveler l'âge d'or par des imitations bucoliques auxquelles se prêtaient en riant les peufdes troubadours de ces contrées. *
Mais ces arts mêmes étaient fictifs : la pensée humame restait immobile. L'université de Paris parut seulement la remuer en ravivant les études. Vingt-cinq mille élèves reparurent dans ses écoles; mais la philosophie n'avançait pas. Les réalistes et les nominaux avaient repris leurs disputes : plus tard ces disputes devaient ressembler à des batailles.
Ce qu'il y eut alors de plus saisissable, ce fut un mouvement de civilisation extérieure. Un certain goût de politesse se révéla; l'élégance des fêtes fut portée au comble, les joutes ot les tournois furent d'une splendeur inconnue *, et dans la misère même des peuples le luxe eut des raffinements qui jamais ne s'étaient vus. Les modes furent d'une rechei'che capricieuse ^ Il fallut faire des règlements somptuaires pour réprimer cette ardeur insensée de nouveautés.
Mais en même temps que l'esprit humain semblait indécis dans sa marche philosophique, de vagues pensées d'indépendance commençaient à pénétrer les masses populaires. L'autorité de l'Église s'était depuis longtemps atténuée dans les universités et les assemblées des grands, des évêques et des États. Des théories dangereuses des docteurs le peuple pouvait passer aisément à des pratiques funestes. Il n'y avait pas jusqu'au spectacle des mystères^ mêlé de drames insensés et quelquefois de folles orgies, qui ne disposât les âmes à s'éloigner de la foi antique ou à façonner elles-mô-
1 Olivier de la Marche a, dans ses Mémoires, des détails curieux. ' Voir à ce sujet les recherches de Villaret.
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mes leur croyance. Aussr dès ce moment commençaient à se montrer des superstitions ténébreuses. Ce serait ici une grave étude à faire, et qui servirait peut-être de point de départ pour Tappréciation des révolutions furieuses que voiJûit encore l'avenir. En ce temps même, sous le nom de bussiles et de vaudois, l'Europe était travaillée par un esprit de secte encore indécise, mais fatale. Partout quelque chose d'inconnu fermentait. Le peuple ne se rendait pas très-bien compte de ces nouveautés; elles arrivaient à son esprit sous des formes vagues, que son imagination réalisait à sa manière par des inventions monstrueuses et diaboliques. Alors l'idée des sortilèges se propageait. 11 y eut en diverses villes des émotions produites par des histoires mystérieuses. Â Soissons, une affaire de sorciers occupa vivement le peuple *. « A Arras il y eut, dit Monstrelet, un terrible cas et pitoyable, que l'on nommoitvaudoirie ne say pourquoi ^ » On supposait que hommes et femmes se transportaient de nuit en des lieux mystérieux par la puissance du diable, et là se livraient à d*infàmes orgies, puis se retrouvaient à leur première place. Il fallut que le duc de Bourgogne allât faire lustice contre les maléfices et les sortilèges. Ainsi s'altérait la foi populaire. On hésitait à admirer Jeanne d'Arc comme une inspirée; on n'hésitait pas à la irûler comme une sorcière. Et cependant il y avait encore çà et là des esprits éminents, de grands docteurs, des hommes d'épée pleins de génie, mais sans action sur les idées générales, et eux-mêmes n'ayant pas une pensée propre à jeter dans ce vide inmense où semblait s'agiter l'intelligence humaine. Tout ce règne de Charles VII est comme une transition qui s'achève des âges catholiques aux âges philosophiques ; c'est un temps d'arrêt entre la foi antique et la raison nouveUe. Et cette immobilité même a je ne sais quoi de curieux et de dramatique par son contraste avec le renouvellement matériel du royaume. La révolution politique semble achevée. Jne autre révolution plus profonde se découvre. Cette dis*
' Monstrelet.
'Foi. 107-loa. — Mémoires de du Cterq.
p. III. tt
388 BBVIMB BE nMACB.
tipcâoadoîft éiresittfîe^tr l^iiittoire^eftr fit Mraltpeupliiloae^que de lûgser iwhoaiBiet s^aoeoutumep à penser que liiuinuûtô tout entièfe «oit absorbée dans le travnil matériel qui tounneiite les naUom, brise les 8oe[>tres oa refaft toi pouvoirs.
Fea à peu donc te monlre à Hiorisoii un travail niTsCériwK qtti doit fataleneart rmauer le monde. Lfmprteierie vient de naître, pour servir «TîmtnHnent aux traDSisrauttioos. Me les toaefaoas pas d^avance. Gentiniions â suivreies fiBôts de lliîstoire, tels qu^ se dérouleot à Tinsu des homnsss mènes qui les produlseat. Les leçons seront mairifestes quand le dnmie sera aehevé.
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