‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 10 sur 72 · CHAPITRE XLVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVI

Henri FIT; ses premiers embarras. — L^assassînat du dernier des Valois mit la douleur et le trouble dans le camp de Saint-Cloud, la joie et la confiance dans Paris. Au camp, les catholiques s'éloignaient déjà des protestants. On voyait les premiers, dit un témoin oculaire, « comme gens forcenés, enfont^ant leurs chapeaux, les jetant par terre, fermant les poings, complotant, se touchant la main, formant des vœux et des promesses dont on avait pour conclusion : plutôt mourir de mille morts ! » Dans la ville, les duchesses de Montpensier et de Nemours parcouraient les rues dans leurs carrosses, criant dans tous les carrefçurs : tf Bonnes nouvelles, mes amis ! bonnes nouvelles! le tyran est mort, il n'y a plus de Henri de Valois en France. > On faisait des feux de joie, on célébrait daiis la chaire € le martyre du bienheureux Jacques Clément ; on l'invoquait comme un saint, sa vieille mère fut amenée à Paris, et montrée au peuple € comme une merveille ! »

a Vous êtes le roi des braves, avait dit à Henri un des seigneurs catholiques, et ne serez abandonné que des poltrons ! » Malgré cette loyale parole, beaucoup de catholiques s'éloignèrent ; pour retenir les autres, Henri s'engagea solennellement, dans une assemblée des principaux seigneurs, à maintenir dans son royaume la religion catholique, jusqu'à la convocation d'un concile national ou général qui réglerait la question

1. Ouvrages à consulter : Lettres missives de Henri IV dans la collection des Documents inédils de l'histoire de France; les Économies royales de Sully; les Mémoires de la Force, de Villeroi, du duc d'Angoulème, du duo

les Mémoireê et correspondances de Dujplessis-Mornay ; V Histoire de Henri IV ^ de M. Poirson ; Henri IV consiaéré comme écrivain, par Jung; Sixte Quint^ par le baron de Hubner.

religieuse, et à conserver chacun dans ses droits et offices, à garantir aux calvinistes la liberté de leur culte dans une ville par bailliage. L^assemblée alors le reconnut comme roi de Fraiice, sous le nom de Henri IV, i selon la loi fondamentale du royaume (4 aoûtj. » L'acte fut dressé, signé de tous les assistants et enregistré par le parlement de Tours.

A Paris, au contraire de ce qui se passait à Saint-Gloud, on était d'accord sur la religion, mais non sur les personnes. Décidés à repousser du trône un hérétique, les ligueurs hésitaient entre le jeune duc de Guise et son oncle, le duc de Mayenne. Le premier était, depuis la mort de son père, prisonnier des royalistes, et par conséquent un peu oublié : le second, politique habile, manquait de tout ce qu'il faut à un chef populaire, audace, éclat, activité infatigable et décision prompte. Il y avait d'autres prétendants ; le duc de Lorraine, beau-frère des trois derniers Valois, le duc de Savoie, fils d'une sœur de Henri II, et le roi d'Espagne, qui parlait des droits de sa fille, née d'une fille de Henri II, sœur par conséquent des trois derniers Valois, et comptait bien se saisir de la couronne au milieu de l'anarchie qu'il avait déchaînée. Mayenne, tout-puissant dans Paris, le lendemain de la mort de Henri III, aurait pu brusquer la fortune ; il ne l'osa, et, le 5 août, il fit proclamer roi, sous le nom de Charles, le cardinal de Bourbon, alors prisonnier du Béarnais, se contentant de prendre pour lui-même la lie utenance générale. Cette nomination ne résolvait rien, et, en reconnaissant le droit de la famille de Bourbon, Mayenne montrait que le roi légitime était Henri IV.

Cependant, la déclaration du 4 août n'avait pas satisfait tout le monde dans l'armée royale. D'Épernon et plusieurs seigneurs catholiques se retirèrent; laTrémoille, avec neuf bataillons protestants, prit le chemin du Midi, ne voulant pas « servir sous les drapeaux d'un souverain qui s'engageait à protéger l'idolâtrie. » L'armée de siège diminua de moitié. On ne pouvait rester avec quelques milliers d'hommes en face de la grande cité. Plusieurs conseillèrent au roi de retourner dans le Midi, a Qui vous croira roi de France, lui dit d'Aubigné, en voyant vos lettres datées de Limoges? » Henri se décida à rester dans le Nord, et cette résolution sauva sa couronne.

Di^lBion de la France. — La France était partagée, et non-seulement la France, mais presque chaque province. A

cAté d'une ville qui tenait pour ta Ligue, une autre tenait pour le roi ; il y avait le parlement de Paris et celui de Tours. Le parlement ligueur du roi s'était démembré, et une partie de ses membres siégeait à Caen, comme celui de Carcassonne se forma, un peu plus tard, aux dépens de celui de Toulouse- Un sixième de la France était pour Henri IV ; le reste n'était pas tout entier pour ta Ligue. Plusieurs villea et provincea, comme Bordeaux et une partie de la Guyenne, restaient ^u-

CUtaan i» Dieppe.

très; quelques gouverneurs ou seigneurs puissants, d'Epernon, Damville, en Languedoc, ûmano en Daupbiné, attendaient les événements.

CftmpMgne de Henri IT en Normandie (1S8»). — Il fallmt fâre reconnaître le vr^ roi à ses actes. — Henri IV envoya Longueville en Picardie, d'Aumont en Champagne, pour lui en ramener ce qu'ils pourraient y lever de troupes et d'argent; et il se dirigea lui-mÈme vers la Normandie. Senlis, Compiègne, Gournay, Gisors, reçurent garnison

royale, et livrèrent leurs recettes, dont l'armée avait grand besoin. Une tentative contre Rouen échoua ; mais Henri, tourna tout à coup sur Dieppe, y fut reçu à bras ouverts. C'était une précieuse acquisition, qui le mettait en communication avec l'Angleterre, dont il attendait des secours. La grande Elisabeth comprenait que le roi de Navarre combattait autant pour elle-même que pour lui. a Le dernier jour de la France, disait-elle, sera la veille du dernier jour de l'Angleterre. » Le gouverneur de Caen vint à Dieppe faire au roi hommage de la moitié de la Normandie.

A Paris on commençait à murmurer contre les lenteurs de Mayenne. Philippe II, Sixte-Quint lui avaient envoyé de l'argent pour faire des recrues en Allemagne. Il se décida enfin à sortir de la ville avec 25000 hommes, en rallia 8000 en route, et se dirigea sur Dieppe, promettant de ramener le Béarnais captif ou de le jeter à la mer. Henri avait moins de 10000 hommes et fort peu d'argent : a Mes chemises sont toutes déchirées, écrivait-il à Rosny, mon pourpoint troué aux coudes, et, depuis deux jours, je soupe et dîne chez les uns et chez les autres, i Les membres du conseil étaient d'avis qu'il s'embarquât pour l'Angleterre. Le maréchal de Biron s'y opposa: «Sortir de France, s'écria-t-il, pour vingtquatre heures, c'est s'en bannir pour jamais! » Henri IV était de cet avis, il s'empara d'Eu, du Tréport, et s'établit fortement autour de Dieppe, ayant son camp sur les hauteurs d'Arqués, au pied du château, à une lieue et demie de là, et une bonne garnison au Pollet, principal faubourg de la ville. Son artillerie était insuffisante ; il y suppléa en montant ses plus petits canons sur des affûts à roues, auxquels il attela plusieurs chevaux, et fit ainsi le premier usage de Tartillerie légère, idée qui ne devait être retrouvée que par Gustave-Adolphe et Frédéric II.

Combat d'Arqués 3 uept,, 6 oct. (1589). — La grosse armée de Mayenne échoua pendant trois semaines d'attaques consécutives contre ces habiles dispositions et plus encore contre la valeur de Henri et de ses troupes. Elle ne laissa pas un point de la ville ou des retranchements sans tenter l'assaut ou l'escalade, et fut partout repoussée. Le 21 septembre, à l'attaque du camp, les lansquenets de Mayenne, firent mine de l'abandonner; on les introduisit dans les lignes ; aussitôt ils se jetèrent sur ceux qui venaient de leur tendre la main, et s'emparèrent d'une maladrerie qui servait

da. défense de ce côté. Quelques-uns de leurs chefs pénétrèrent même jusqu'au roi et lui crièrent dé se rendre. Le désordre fut tel, que Henri désespéré demandait à grands cris « s^il ne se trouverait pas cinquante gentilhommes pour mourir avec leur roi. * Châtillon, avec des fantassins huguenots, partit du Pollet et parvint à débusquer les traîtres. Mayenne alors tourna le camp royal et parut le 26 devant Dieppe par Pouest. Mais Henri Tavait deviné et prévenu. Le 23, il avait reçu d'Angleterre 1200 hommes, des provisions, et la promesse d'un nouvel envoi de 4000 hommes. Longueville, la Noue et d'Aumont arrivaient à son secours avec une autre armée. Mayenne se retira sur la Somme, appelant à l'aide les Espagnols des Pays-Bas. Henri écrivit à Grillon avec sa joviale humeur : t Pends-toi, brave Grillon, nous avons combattu à Arques, et tu n'y étais pas. »

Sorprise tentée sar Paria (1599). — Henri se trouvait à son tour à la tête de 25000 hommes. Il gagna trois marches sur Mayenne et se porta rapidement sur Paris, en donnant ordre à Montmorency-Thoré de couper derrière lui le pont de Saint-Maxence sur l'Oise. A la faveur d'un .épais brouillard, tous les faubourgs de la rive gauche, Saint-Germain, Saint-Jacques*, Saint- Marceau. et Saint-Victor furent enlevés, les royalistes s'y jetèrent au cri de: « Saint-Barthélémy ! » Si les moines et lès bourgeois ne s'étaient trouvés aussitôt prêts, le coup de main eût réussi. La Noue essayait déjà de passer la Seine près de la tour de Nesle. Mais on apprit l'arrivée de Mayenne par le pont qu'on avait négligé de couper. Henri se contenta dé piller les faubourgs, ce qui devait tenir lieu aux siens de la solde qu'il ne leur donnait pas et prit la route de Tours, capitale du parti royaliste.

Succès dn roi danë l'ouest (1689}/ — Ghemin faisant, il emporta Étampes, Châteaudun, Venaôme, et, de Tours, décida le Mans^ Alençoti, Angers, Laval à le reconnaître. En quelques semaines toute la Normandie die la Seine à la Vire fut soumise de gré ou de force. La nouvelle de ces succès entraînait les neutres ; deux cardinaux étaient venus le recevoir à Tours; le parlement de Rennes fit sa soumission avec une partie de la Bretagne ; Ornano et Lesdiguières en Dauphiné, la Valette en Provence, Damville en Languedoc, se déclarèrent pour lui. Au dehors, la république de Venise le reconnut comme roi légitime; déjà môme Sixte-Quint se,

laissait ébranler par les ndsoDS que lui argent fait porter les catholiques qui suivaient le Béarnais.

CilbidrslB de Toun'.

de Lorraine et de Savoie, renonçant à l'idée de s'assurer la '4 couronne, tâchaient au moins de démembrer le royaume : ; l'un trouvait les Trois-Évêchés et la Champagne fort à sa convenance ; pour Tautre, c'était le Dauphiné et la Provence. Les ducs de Mercœur, de Nevers, de Nemours voulaient des principautés indépendantes. Philippe II, qui tenait à sa solde le conseil de l'Union et les Seize, leur demandait le titre de protecteur du royaume au nom de sa fille ; et les Seize, de leur côté, rêvaient un État sans roi et sans noblesse, une sorte de république théocratique gouvernée du haut de la chaire. Mayenne avait bien, lui aussi, ses secrètes espérances; mais il ne pouvait les afficher qu'après une victoire ; il se remit donc en campagne. Avant de quitter Paris, il eut soin de réformer le conseil de l'Union, pour y faire entrer ses créatures.

Bataille d'iTry (15dO). — Le roi assiégeait Dreux. Mayenne, pour sauver la ville, livra bataille dans la plaine de Saint-André, près d'Ivry (14 mars). Les ligueurs avaient 15 à 16000 hommes dont 4000 à cheval, de sorte que leur front se montrait comme une épaisse forêt de lances ; les royalistes avaient 8000 fantassins et 3000 cavaliers, arnaés seulement d'épèes et de pistolets. On parlait à Henri d'assurer sa retraite en cas de revers : « Point d'autre retraite, dit-il, que le champ de bataille. 9 Et il ajouta : c Compagnons! gardez bien vos rangs; si vous perdez vos enseignes, cornettes ou guidons, ce panache blanc que vous voyez en mon armet, vous le trouverez toujours au chemin de l'honneur et de la gloire ! »

Tous les escadrons s'ébranlèrent à la fois. Le roi chargea les lanciers français et wallons; il passa avec les siens sous leurs lourdes et longues lances, les attaqua vigoureusement corps à corps, d'estoc et de taille, et les mit en fuite. Les chevau-légers royalistes cédaient devant un escadron de Wallons ; Henri court à eux ; « Tournez visage, leur crie-t-il, et, si vous ne voulez pas combattre, regardez-moi mourir! » Au bout de deux heures, toute l'armée de la Ligue était en fuite» La victoire gagnée, le Béarnais se rappela qu'il était roi : « Quartier aux Français, cria-t-il, main basse sur les étrangers! s> Cinq pièces do cânon, 80 enseignes d'infanterie, 20 cornettes de cavalerie furent les trophées des vainqueurs. La route de Paris leur était ouverte ; Henri les y mena.

mé^e de Paris (1690). — Il y avait dans la ville peu àe munitions, peu de vivres, et les murailles se trouvaient en mauvais état. Les Parisiens suppléèrent à tout par leur exaltation religieuse. Le moine Chrestin avait été chargé d'annoncer au peuple la nouvelle de la défaite d'Ivry, il prit pour texte de son sermon ces paroles de TÉcriture : « Je châtie ceux que j'aime. » Comme il commençait, un courrier aposté vint lui remettre une lettre ; il continua, raconta les longs détails de cette leçon donnée aux siens par le Seigneur, et envoya aux murailles tous ceux qui l'écoutaient. Les prédications de Rose, de Boucher, de Lincestre entretinrent chaque jour cet enthousiasme. La présence du légat du pape. Gaietano, fit encore davantage. Il jura de ne point quitter Paris, quoi qu'il advînt, et fit rendre par la Sorbonne un décret déclarant coupable de péché mortel quiconque parlerait de traiter avec le Bourbon, et promettant à ses ennemis la palme du martyre.

Trente mille hommes s'enrôlèrent; on fondit les cloches pour en faire des canons; un frère de Mayenne, le jeune duc de Nemours, qui se fit recevoir bourgeois de Paris, pour flatter la démocratie de la Ligue, dirigea la défense. Le lendemain du premier assaut, livré le 30 mai, une étrange procession parcourut toute la ville. Les principaux héros de la Ligue, Rose, Boucher, Lincestre, la barbe et la tête rasées, un hausse-col par-dessus le camail etlerochet, i'épéeau côté et la pertuisane au bras, ouvraient la marche ; suivaient quatre par quatl*e, au nombre de 1300, les cordeliers, jacobins, carmes, capucins, feuillants, en ordre de bataille, la hache ou l'arquebuse sur l'épaule, dans un accoutrement moitié religieux et moitié militaire qui avait quelque chose de burlesque et de terrible à la fois ; c l'Eglise militante > chantant des hymnes entremêlées de salves de mousqueterie, défila devant le légat qui la bénit et traita ces moines de vrais MachabéeS) nom que quelques-uns méritèrent à la défense des remparts.

Henri IV ne se flatta point d'emporter d'assaut une ville ainsi défendue ; mais il comptait sur la famine, et coupa tous les arrivages, espérant ainsi abattre les Parisiens. Il ne fit que les élever, selon d'Aubigné, « à un haut degré de vengeance qui sentait le juste et le glorieux, j» On supporta la famine aussi bien que la guerre. La mort du vieux cardinal de Bourbon, vrai roi de théâtre et de peinture, > simplifiait

la question (mai 1590), mais rendait la haine des ligneurs plus furieuse. Le 2k juillet, le roi fit donner un assaut : au bout de deux heures les faubourgs furent emportés.

La détresse fut alors à son comble ; après avoir diminué chaque jour la ration de pain qu'on distribuait au peuple, le corps de ville ne donna plus rien ; chacun eut à se pourvoir. On abattit les chevaux, ânes, mulets qui survivaient encore. Tout ce qui avait vie, même des animaux immondes, fut traqué, dévoré. La duchesse de Montpensier refusa de céder un petit chien qu'elle gardait, disait-elle, « comme dernière ressource pour sa propre vie. > Quelques-uns pilèrent des ossements de morts pour en faire une sorte de pâte, et moururent de cet affreux aliment. Chose horrible! les hommes d'armes commençaient à faire la chasse aux petits enfants; une mère mangea le sien.

Il y a bien souvent la légende à côté de l'histoire. C'est à la légende qu'appartient le Henri IV laissant entrer des vivres dans Paris qu'il assiège; celui de l'histoire tance vivement ses serviteurs d'O, de Givry et d'autres qui se relâchaient de la sévérité ordinaire en pareille occurrence, en faisant passer des secours aux amis qu'ils avaient dans la place. Si sa bonté ne va pas jusqu'à leur permettre de défaire d'une main ce qu'il fait de l'autre, elle l'attendrit du moins au spectacle de tant de maux. « J'aimerais quasi mieux, disait-il, n'avoir point de Paris, que de l'avoir ruiné par la mort de tant de personnes.... » et un jour qu'il rencontra des paysans qu'on menait pendre pour avoir été surpris introduisant une charrette de pain par une poterne, il les fit relâcher, leur distribua quelque argent et leur dit : c Le Béarnais est pauvre ; s'il avait davantage, il vous donnerait plus. »

Intervention dn due de Parme et des Espagnols (1590). — Dans la crainte de perdre les Pays-Bas, alors fortement inquiétés par Maurice de Nassau, Philippe II n'avait qu'à la dernière extrémité donné ordre à son meilleur général de secourir les Parisiens. Parti de Valenciennes le 3 août, le duc de Parme arriva à Meaux le 23, fort à temps, car le siège durait depuis quatre mois. Déjà les politiques, quoique bien peu nombreux, avaient levé la tète et crié dans les rues: Du pain ou la paix ! < Deux jours encore, et ceux de Paris, dit une relation, eussent été obligés d'ouvrir les portes à Henri IV et môme de le prier d'entrer dedans. » Le roi alla au-devant des Espagnols pour les combattre dans les plaines

de Chelles. Le duo de Parme, habile tacticien, escarmoucha arec les Français, les occupa pendant quatre jours, et le cin^ quième, à la faveur d'un épais brouillard, surprit Lagnj qui commande tes approvisionnements de Paris par la Marne comme Corbeil par la Seine; et de cette ville il lança une' nombreuse flottille de bateaux avec des soldats et des vivres, afin de ravitailler Paris. Tout l'effort d'une laborieuse campagne était perdu.

lB(«r>eBtlaa des AnjClais et des Allemanda] prise de C]kMr(F«a (15S|). — Pendant l'hiver, le vicomte de Tu-

La porta GuilJau

renne, un des plus habiles du parti, fut envoyé en Angleterre et en Allemagne. U obtint 700 Anglais d'Elisabeth, 2000 Hollandais de Maurice, et leva en Allemagne 4000 chevaui et 8000 fantassins qu'il amena lui-même. 11 reçut du roi, en récompense de ces signalés services, la main de l 'h entière de la petite aouveraineté de Bouillon et de Sedan, sur les frontiéra delà Champagne. Turenne n'avait point encore rejomtleroi, 1 CetW porW «it 1> wnl» qui mhiisW ds» lopt pûrtet lortlfléei qnl don BiitDt anlrefoii MCti dam biille.

' que Henri IV avait pris (19 avril 1591) le grenier de Paris, Chartres, et comme les neuf dixièmes des évoques de France Payaient reconnu, il fit tenir dans cette ville un concile national qui déclara nulles et non avenues de nouvelles excommunications lancées par le pape Grégoire XIV contre lui. Il ne fallait plus songer à prendre Paris, où 4000 Espagnols tenaient garnison ; mais Henri, pour investir de loin sa capitale et lui couper les arrivages de la Normandie, comme il venait, en prenant Chartres, de lui couper ceux de laBeauce, parut tout à coup devant Rouen (novembre 1591).

Siéi^e de Rouen (1591-1592): combats d' Anmale et d'Yvetot (1592). — Ce fut un second siège de Paris; la Ligue y était très-forte, et la défense fut dirigée par un homme d'énergie et de ressources, Villars-Brancas, gouverneur de Normandie. Si la famine ne fut pas aussi grande, les attaques furent bien plus sanglantes. Le duc de Parme vint encore une fois des Pays-Bas pour délivrer la place, en mars 1592. Henri IV ne voulait pas, cette fois, renouveler la faute qu'il avait faite devant Paris. 11 laissa Biron avec son infanterie continuer le siège, et à l^a tête d'une cavalerie leste et brave de 7000 hommes, il courut au-devant de Tennemi. A Aumale, il s'aventura avec 600 cavaliers, au milieu de l'armée espagnole, reçut un coup de mousquet, et ne s'en tira que parce que le duc de Parme ne put croire que ce fût le roi de France qui était venu faire ainsi le coup de pistolet dans ses lignes « comme un carabin, d Biron, cependant fut forcé de lever le siège de Rouen (avril). Le duc de Parme entra dans la place, et dégagea la Seine en prenant Caudebec, mais il reçut une blessure que sa mauvaise santé rendit mortelle. Pendant qu'il était retenu sur son lit de souffrance, Henri IV attaqua son armée à Yvetot, lui tua 3000 hommes, et l'enferma dans une position qui semblait désespérée, entre la Seine et la mer. « Vive Dieu ! s'écria-t-il avec sa gaieté ordinaire, si je perds le royaume de France, je; suis en possession de celui dTvetot *. j) Leduc de Parme J se tira cependant de ce mauvais pas; des bateaux secrètement ; préparés à Rouen descendirent rapidement la Seine, avec lô if reflux, jusqu'à Caudebec; enunenuit l'armée passa sur l'autre **

1. Yvetot, terre allodiale, la seule qai subsistât au nord de la Loire, et dont le seigneur ne rendait hommage à personne, était quelquefois, & cause de cette circonstance, aopelé le roi dTvetot.

lÎTe ; elle était sauvée, et regagna sans encombre les Pays- Bas. Mais le duc ne put aller plus loin qu'Arras, où il mou-

rut le 3 décembre. Deux fois ce grand homme de guerre avait arraché la victoire des mains du roi, et retardé lafin da

conitruction da qulniième siècle. 11 l'écria : • VoiU U plua bille cliapellg que j'aie jamais las. • La rtvocallon de t'édlt de E(*>M> a tné Ud induitna; Boasn «t 1« BaTTi' ont tui >oci commarst.

la crise. Heureusement la Ligue travaillait elle-même pour Henri IV.

lien (ieize. — Depuis la suppression du conseil général de l'Union, une lutte sourde avait toujours existé entre Mayenne et les Seize, c'est-à-dire entre la fraction aristocratique et la fraction démocratique de la Ligue ; entre le parti français et le parti espagnol. Les revers de Mayenne, les premiers succès du duc de Parme rendirent aux Seize la puissance qu'ils avaient un instant perdue. Ils commencèrent à accuser hautement « la tyrannie delà noblesse et l'injustice des chefs de justice qui ruinaient l'autorité et la puissance des ecclésiastiques et la liberté du peuple. » Depuis la mort du Balafré, à Blois, son fils était retenu au château de Tours; il s'évada le 1 5 août 1591, et accourut à Paris plein de l'ardeur et de la haine qu'il avait amassées durant ses deux années de captivité. Les Seize crurent trouver en lui le chef qui leur convenait ; ils firent luire à ses yeux l'espérance d'épouser la fille de Philippe II, et de s'asseoir avec elle sur le trône de France.

Bxécu fions ordonnées par les llieize (1591); démag^og^ie de la liîg^ne. — Pendant les dernières opérations autour de Rouen, les prédications avait pris un caractère farouche. L'un disait ouvertement qu'il fallait jouer au couteau ; l'autre demandait « une nouvelle saignée * contre les politiques. Des figures sinistres se montraient. Le J5 novembre (1591), Bussy-Leclerc, Crucé et les plus animés de la faction prirent les armes, se rendirent au Palais, en arrachèrent le président Brisson, les conseillers Claude Larcher et Jean Tardif, et les conduisirent au Châtelet, où un prêtre et le bourreau les attendaient. Brisson demanda en vain d'être mis au pain et à l'eau entre quatre murailles pour y achever un livre qu'il avait commencé. Il fut pendu sur l'heure. Ces chefs du parlement étaient à la fois les partisans de Ma- ^ yenne et de l'autorité monarchique ; leur mort fut le signal du meurtre d'un certain nombre de suspects. Le but de la conspiration était de s'assurer du pouvoir pour dominer les états qui allaient s'assembler, puis d'y faire élire ' un roi catholique, tenu d'établir l'inquisition en France, de respecter les privilèges reconquis du clergé et des communes, et de se soumettre aux résolutions arrêtées par les états, désormais réunis tous les cinq ans. C'était en un mot, pour la religion, l'introduction en France du régime qui a été si fatal

àPItalie et à TEspagne ; pour la politique, la destruction delà grande œuvre de l'unité nationale entreprise depuis trois siècles.

Rupture entre Hayenne et les Seize (lft02). — De retour à Paris, Mayenne se vit débordé, perdu, s'il n'étouffait pas cette démagogie farouche ; il enveloppa la Bastille, d'où Bussy-Leclerc n'eût que le temps de s'enfuir, fit saisir et décapiter quatre des Seize, cassa leur conseil et confia les fonctions municipales à des politiques déclarés (k février 1592). Les ligueurs furent consternés. Le prédicateur Boucher dit en face du duc que c'était c une vraie boucherie, et les victimes, des martyrs de Dieu; »le parti, en effet, fut ce jour-là frappé à mort.

Mayenne venait de rendre un grand service à la France mais non pas à lui-même, il n'essaya pas de restituer à la Ligue en la disciplinant, la force qu'il venait de luiôter. « Qui croira, lui écrivit Villeroy, que vous combattez pour la foi catholique et pour le soulagement du peuple, voyant à votre suite Dieu blasphémé, comme il l'est, et toutes sortes d'impiétés, sacrilèges, voleries, ravissements et autres méchancetés commises sans justice, police, ni règle aucune?.. . Nos villes sont remplies de confusion et de pauvreté; nos magistrats et officiers y sont gourmandes et sans autorité ; vos gens de guerre ont vécu si licencieusement, qu'ils nous ont fait haïr de Dieu et des hommes ? :»

Éltata généraux de la MAfpue ; prétentions de Philippe II : satire Hénlppée. — Il était évident pour tous que la guerre n'amènerait pas de solution. La France pourrait s'y abîmer; mais un parti ne détruirait pas l'autre. L'idée d'une transaction, d'un compromis revenait donc dans les esprits. Chaque faction jusque-là avait repoussé les états généraux, comptant davantage sur sa force et craignant de remettre ses destinées au scrutin d'une assemblée. Maintenant leur nom se retrouvait dans bien des bouches; les écrits, les pamphlets des deux partis avaient tellement bouleversé les vieilles opinions que beaucoup ne sachant auquel entendre demandaient qu'on laissât parler la nation même. Les ligueurs Boucher et Rose remettaient l'élection royale aux états généraux et exaltaient les droits du peuple pour les soumettre à l'Église. Les protestants, devenus les défenseurs de l'autorité royale, tenaient pour l'hérédité et opposaient à l'autorité pontificale, comme aux prétentions populaires, le droit divin des rois.

Les états, depuis longtemps convoqués, mais toujours retardés par la guerre, s'ouvrirent enfin à Paris, le 15 janvier 1593. Il ne vint qu'environ 130 députés, la plupart du tiers état. Le roi d'Espagne comptait sur eux. c On voyait nuit et jour, dit TEstoile, les agents des prétendants à la couronne qui allaient visiter les députés et briguer leurs suffrages. » Aux arguments tirés de la religion, Philippe II en joignait d'une autre sorte. Il s'était dit qu'il serait plus facile d'acheter la France que de la conquérir, et il n'épargnait pas l'argent. Si les historiens d'Espagne ont bien compté, c'est trente millions de ducats, quelque chose comme cinq ou six cents millions de francs, que ses visées sur la France lui coûtèrent. Le Béarnais, lui, n'avait dépensé que de l'héroïsme, autant, il est vrai, qu'il en eût fallu, en d'autres circonstances, pour gagner un royaume. Mais le culte qu'il professait formait un obstacle invincible. Le chef des protestants ne pouvait être le roi des catholiques. Depuis bien longtemps Henri le sentait ; et comme il n'avait jamais été attaché par des liens bien forts au calvinisme, il songeait à les rompre, pour terminer enfin une guerre atroce et sans cela éternelle. Entre l'or du roi d'Espagne et le sacrifice que l'héritier légitime s'apprêtait à faire pour cesser d'être le roi d'un parti et devenir le roi de la France , Mayenne avait peu de chose à offrir; il ne désespéra pourtant pas de réussir, en opposant l'un à l'autre, l'étranger et l'hérétique, et en tâchant de passer entre les deux.

Les députés, nommés sous l'influence de Mayenne, étaient en général tièdes et quelque peu effrayés de ces pouvoirs souverains qu'on leur conférait ; ils le montrèrent en acceptant à Suresnes une conférence avec les catholiques du parti du roi (29 avril). Pour leur donner le courage qu'ils n'avaient point, il fallait peser sur eux. Mais ici, le duc de Féria, ambassadeur d'Espagne, et Mayenne se contrariaient l'un l'autre. Le Béarnais mit les états dans une plus grande incertitude encore; il convia le 18 mai à Mantes plusieurs prélats et docteurs, tant du parti royal que du parti de l'Union, pour « traiter des différences dont procède le schisme qui est en l'Église. » L'ambassadeur d'Espagne voulut brusquer le dénoûment avant que l'assemblée de Mantes trouvât quelque transaction. Le 28 mai, il fit proposition formelle aux états, d'élire pour reine Isabelle-Claire-Eugénie, fille de Philippe II, et petite-fille , par sa mère, du roi de France Henri II :

<r Rompre la loi salique , s'écria un ligueur, c'est perdre le royaume! » Mayenne demanda deux jours pour délibérer, c d'autant que c'était, disait-il, la délibération la plus haute qui se pût traiter en chrétienté. » Le délai expiré, on ne fut guère plus avancé. Dans la première séance générale, on pressa davantage l'ambassadeur ; on lui demanda quel époux le roi destinait à sa fille, c L'archiduc Ernest d'Aulriche, » répondit-il. Ce fut une explosion de murmures , car quelques - uns avaient compté , au moins, sur le jeune duc de Guise. Ainsi, c'était à un prince étranger, à une princesse étrangère, qu'on livrait la France; c'était celte maison d'Autriche que nos rois avaient combattue pendant cinquante ans que la Ligue amenait au Louvre. La lumière se fit.

Déjà le 8 avril un prédicateur avait dit à l'église Saint- Jacques la Boucherie : c II n'y a plus de religion parmi nous, tout n'est qu'ambition ; les beaux états qu'on tient ! c'est la cour du roi Pétaud , où chacun veut être le maître. Il n'est aucun de nos gouverneurs qui n'aspire à être roi, et c'est à qui emportera le morceau. » Telle fut bientôt l'opinion de tous. Elle eut plus tard (1593) son expression dans un merveilleux pamphlet, la satire Ménippée, œuvre de quelques bourgeois parisiens, le chanoine P. le Roy, Nicolas Rapin, Passerat, Pierre Pithou. etc., qui achevèrent de tuer la Ligue par le ridicule. Le Catholicon d'Espagne^ première partie de la satire, démasqua l'ambition que Philippe II cachait* sous les dehors de champion du catholicisme ; dans V Abrégé des états de la Ligue, chacun des grands personnages qui avaient joué leur rôle dans l'Union vint étaler sa folle ambition ou sa honteuse avidité. Enfin, un député du tiers, dans un discours qui s'élevait jusqu'à l'éloquence, faisait toucher du doigt à chacun la morale du pamphlet. « Il faut, disaitil, qu'ayant la mort entre les dents, nous disions que nous nous portons bien. 0 Paris qui n'es plus Paris, mais une spélunque (caverne) de bêtes farouches, une citadelle d'Espagnols, Wallons et Napolitains, un asile de voleurs, meurtriers et assassinateurs ; te voilà aux fers, te voilà en l'inquisition d'Espagne, plus intolérable mille fois et plus dure à supporter aux" esprits nés libres et francs, que les plus cruelles morts! »

La raison commençait à surnager par-dessus l'écume des passions à moitié apaisées. Pendant que les états continuaient

les longues disputes qui cachaient mal leur indécision» quelques magistrats du parlement prirent courage : t Voilà Télat où nous sommes réduits, s'écria Tun d'eux, du Vair, seize coquins oiit fait vente au roi d'Espagne de la couronne do France. Non , jamais peut-être il ne s'ouït dire que si licencieusement, si effrontément on se joua de la fortune d'un si grand et si puissant royaume, si publiquement on trafiqua d'une telle couronne, si impudemment on mit vos vies, vos biens, votre honneur, votre liberté à Tenchère, comme Ton fait aujourd'hui : et en quel lieu? au cœur de la France I » Sur la proposition du courageux magistrat, le parlement rendit un arrêt par lequel il ordonna que c remontrances seraient faites à M. le lieutenant général, à ce qu'aucun traité ne se fît pour transférer la couronne en la main de princes étrangers (28 juin). » C'était le premier acte de bon sens et de patriotisme qui eût été fait depuis longtemps ; Henri IV fit le second.

Conversion dn roi (1503) ; entrée de Henri IV à Paris (1594:). — L'ambassadeur d'Espagne ayant reconnu qu'en demandant trop il avait tout compromis, essayait de revenir sur ses pas. et proposait le mariage de l'infante avec le duc de Guise : c'était trop tard.

Le peuple était maintenant affamé de paix , d'autant plus que Henri IV, à ce moment, se décidait à franchir le dernier pas. Quoiqu'il en coûtât beaucoup au fils de Jeanne d'Albret, à l'élève de Goligny, de rompre avec ces huguenots « qui l'avaient apporté sur leurs épaules de deçà la rivière de Loire, » il suivit l'avis des plus sagesr, et, le 23 juillet, après un débat de quelques heures avec les docteurs catholiques réunis à Mantes, et se déclara convaincu. Malgré le fameux billet à Gabrielle, c après-demain je fais le saut périlleux, » il Tétait en vérité; non qu'il eût bien discuté les dogmes, ce n'était point affaire à lui, mais il avait bien étudié les maux de la France. Le surlendemain , 25 , il dit adieu, en pleurant, aux ministres de la religion qu'il abandonnait; et, escorté des princes, des grands officiers de la couronne et d'une nombreuse noblesse , il se dirigea vers l'église de Saint-Denis. Le bruit en était venu jusqu'à Paris; malgré les ordres de Mayenne et du corps de ville, une foule de Parisiens se rendirent sur son passage et l'accueillirent aux cris de : Vive le Roi!

Arrivé aux portes de la basilique, il frappa; l'archevêque

de Bourges parut, c Qui êtes- vous? lui demanda-t-iJ. — Je suis le roi. — Que demandez-vous? — A être reçu au giro» de rËglise catholique , apostolique et romaine. » Il s'agenouilla et fit sa profession de foi. c Je jure, dit-il , devant la face du Dieu tout-puissant, de vivre et de mourir en la religion catholique; de la protéger et défendre envers et contre tous, au péril de mon sang et de ma vie, renonçant à toutes hérésies contraires à icelle. >

Quelques prédicateurs de la Ligue essayèrent vainement de présenter cet acte comme une hypocrisie. « On Ta vu, disait Pun d'eux, en une même heure huguenot et catholique, et puis le voilà à la messe, et sonne le tambourin î j» Le plus grand nombre regarda cette conversion comme le gage d'une patriotique réconciliation. Les états furent tués du coup. Us déclarèrent qu'ils n^vaient point pouvoir pour régler la succession au trône, renouvelèrent le serment d'union, ordonnèrent la publication du concile de Trente , pour faire quelque chose, et se dispersèrent au milieu de l'indifférence générale. Dans les provinces, la réaction se prononça davantage. Lyon s'insurgea contre le duc de Nemours et arbora le drapeau blanc ; Meaux, Péronne, Montdidier, Vitry, Orléans, entrafnèrent leurs gouverneurs. Le sacre, qui eut lieu dans la cathédrale de Chartres (27 février 1594), augmenta ces dispositions. Là où l'entraînement populaire ne suffisait pas, Henri aida au dénoûmenl par d'habiles négociations. Ainsi il acheta Paris à Brissac par un bâton de maréchal, les gouvernements de Mantes et de Gorbeil, et 200000 écus.

Brissac prit soin que rien ne vînt rompre son marché ; il éloigna ou occupa les troupes dont il se défiait. Le 21 mars au matin 4000 hommes d'élite se présentèrent à la porte Saint-Denis et à la porte Neuve. Quelques Allemands qui s'y trouvaient, mirent bas les armes. Les troupes royales en bon ordre descendirent au centre de Paris et occupèrent silencieusement les principales places. Le peuple ne montra d'abord ique de la stupéfaction. Mais quand le roi se présenta, reçu par Brissac et le prévôt des marchands, l'Huillier, moitié souriant, moitié menaçant, les cloches sonnèrent à pleines volées, et les cris de : « Vive la paixl Vive le roi! » le saluèrent. Quelques ligueurs qui voulurent remuer furent contenus par les gardes bourgeoises. La garnison espagnole, au nombre de 3000 hommes, se cantonna dans le faubourg

SainlrAntome, espérant d'abord y faire résistance. Quand elle sut le roi au Louvre et toute la ville satisfaite ou tranquille, elle se résigna à sortir avec les honneurs de la guerre. L'ambassadeur, duc de Féria, passant avec elle sous les fenêtres du palais, ne fit au roi qu'un maigre salut, «c Messieurs, dit Henri avec son ironie habituelle, recommandez-moi à votre maître, mais n'y revenez plus ! » Ils n'y étaient que trop venus! Un ligueur, Villeroy, en fait l'aveu. « Nous n'avons soutenu la guerre depuis le commencement que des deniers du roi d'Espagne et avec ses forces. »

Somiiiasioii des Uipienirs. — Le roi avait la capitale, où le parlement épuré et restauré abolit les arrêts rendus contre lui, où la Sorbonne reconstituée le reconnut pour vrai et légitime roi, mais il n'avait pas toute la France; les Espagnols y étaient encore, et les chefs ligueurs comptaient ne sortir de cette longue tourmente que les mains bien garnies.

Henri marcha d'abord contre les Espagnols et les Lorrains, fortement établis dans quelques places de la frontière du nord, surtout à Laon. Un de ses partisans les plus dévoués, dont le rôle grandissait chaque jour, Maximilien de Béthune, baron de Rosny, plus tard duc de Sully, fut chargé des traités et eut ordre c de n'y point user de façons ni remises, » Henri voulant à tout prix c marier son royaume à la paix. > La présence seule du roi fit déclarer Abbeville malgré d'Aumale, Troyes et Sens malgré les Lorrains. Biron, le fils du maréchal récemment mort à Épernay, aussi brave et habile que son père, commença avec 8000 hommes les tranchées autour de Laon, tint tête à une armée de secours arrivée des Pays-Bas, et emporta la ville dont la reddition décida celle d'Amiens, de Beauvais, de Château-Thierry et de Cambrai.

Le siège en règle fait par les promesses et Targent de Sully à la Ligue eut des résultats encore plus prompts. Villars-Brancas livra Rouen et la Normandie pour la charge d'amiral et 60000 livres de pension. — Le fils du Balafré, Guise, céda ses places en Champagne pour 24000 livres de pension et le gouvernement de la Provence (nov. 1594): le duc de Lorraine fit sa paix pour 900 000 écus et le gouvernement de Toul et de Verdun. On félicitait un jour Henri IV de ce. que ses loyaux sujets lui avaient rendu son royaume : d dites vendu, » s'écria-t-il. Sully estime qu'il lui en coûta 32 millions qui en vaudraient quatre ou cinq fois autant au-

La oalhédrtl* da Chartrei.

jourd'hui. Pour mieux finir la guerre civile, Henri commença une guerre nationale contre l'étranger.

Cruerre aTec VlEupa,gne : eombat de Fontai ne-Française (1505). — L^Espagne seule perpétuait la résistance des derniers ligueurs, et retardait Tabsolution pontificale qui manquait à Henri|iy. Peut-être même ne fut-elle pas étrangère à une tentative d*assassinat contre le roi. Un jeune homme, Jean Ghâtel, lui porta un coup de couteau à la gorge. Henri, en se baissant pour embrasser un seigneur, évita le coup et ne fut frappé qu'à la lèvre. Ghâtel avait étudié chez les jésuites, et était en relations avec plusieurs d'entre eux. Ces pères s'étaient montrés dans la Ligue les plus ardents fauteurs des prétentions espagnoles. Un d^eux fut exécuté après Ghâtel *; un arrêt du parlement bannit les autres du royaume le 8 janvier 1595, « comme pertubateurs du repos public et corrupteurs de la jeunesse. > Le 17 du même mois, Henri déclara solennellement la guerre à Philippe IL

Celui-ci ordonna au gouverneur du Milanais, Vélasco, de passer dans la Franche-Comté, et à Fuentès, gouverneur des Pays-Bas, de se jeter en Picardie. Henri IV courut au-devant du premier et renouvela en Bourgogne ses héroïques témérités. Le k juin, il fut surpris avec le maréchal de Biron près de Fontaine-Française par l'armée ennemie ; il n'avait qu'une poignée de braves autour de sa personne, c Faites, messieurs, leur dit-il, comme vous m'allez voir faire, » et, en risquant dix fois sa vie; il arrêta l'effort des Espagnols; ses troupes eurent le temps de le rejoindre. Pendant qu'il était sur la Saône, le comte de Fuentès arrivait sur la Somme, entrait dans Ham, dans le Catelet, dans Doullens, où il saccagea tout, et faisait tomber Cambrai, par la crainte d'un sort semblable.

Abfolntion du roi (sept. 1505). — L'absolution, depuis longtemps demandée au pape par Henri IV, couvrit heureusement ces revers. Philippe II menaça en vain, c Clément VII, dit un cardinal, a perdu l'Angleterre par trop de

1. î\ avskit approuvé, dans des écrits qu'on saisit au collège de Clermont, le meurtre de Henri III, et y soutenait une doctrine qu'on retrouva dans l'interrogatoire de Chàtel. Ce jeune homme, souiUé de vices, avait voulu, disait-il, racheter son âme en tuant le roi, t chose permise, puisqu'il n^était pas approuvé du pape. > Un vicaire de Saint-Nicolas des Champs fut exécuté pour des propos pareils : c'était le vieux levain de la Ligue qui fermentait encore dans quelques âmes dépravées.

vivacité; que Clément VII ne perde pas la France par trop de lenteur. » Les deux ambassadeurs du roi, Duperron et d'Ossat, ayant abjuré Thérésie au nom de Henri, et promis ia publication des décrets du Concile de Trente, excepté ceux qui pourraient exciter quelques troubles, le grand pénitencier toucha de sa baguette la tête des ambassadeurs agenouillés, et le pape prononça la formule d'absolution au milieu des acclamations du peuple. Le roi, du reste, remplissait partout et minutieusement les devoirs d^un bon catholique. A la messe, il édifiait les fidèles; au plus long sermon, il ne montrait pas d'ennui, et le jour de Pâques il touchait les écrouelles. On n'aurait pu trouver prince plus orthodoxe»*.

Soumission de Mayenne, de d'Épernonet de «ioyease (1596). — C'était l'événement qu'attendait Mayenne pour faire sa soumission. Il rendit ses dernières places et reçut en échange le gouvernement de la Bourgogne, trois villes de sûreté et S35 000 écus. La première entrevue des deux anciens ennemis eut lieu au château de Monceaux, dans la Brie. Henri embrassa Mayenne, le prit par le bras, et le fît promener à grands pas par les jardins. Mayenne, très-gros, très-pesant, suait et soufflait, était rendu. Henri s'arrêta enfm, et lui tendant la main : c Touchez là, mon cousin, voilà le seul mal que vous recevrez jamais de moi. i Ce fut, en efïet, la seule vengeance qu'il tira du chef de la Ligue. Mayenne, au reste, le servit depuis ce jour avec fidélité, et sauva peut-être devant Amiens l'armée royale, surprise par ses anciens amis, les Espagnols. Son neveu, le duc de Guise, fit mieux encore : il reconquit la Provence et Marseille sur le duc de Savoie, les troupes de Philippe II et des traîtres. Le premier de ces traîtres, d'Épernon, trouva pourtant moyen de faire un bon accommodement. Il stipula, avant de poser les armes, qu'on lui assurerait les gouvernements d'Angoumois et de Saintonge, de Limousin et de Périgord. Joyeuse se fît de même donner le Languedoc. Le roi ne refusait rien, bien sûr de tout reprendre un jour, quand il aurait remis un peu d'ordre dans le chaos que la Ligue lui avait légué.

1. Voy. le récit de la semaine sainte, passée par Henri IV en 1598 à An f^ers dans \e JoumcU de Louvet, forcené ligueur qui n'était devenu royaliste que depuis l'absolution donnée par le pape. Mourin (là Ligtu en AnjoUf p. 313.)

AMemblée des notables à Bonen (1596). — Il fallait pourtant se procurer des ressources. Henri, pour les trouver, convoqua à Rouen une assemblée de notables, et leur parla avec cette bonhomie brusque qui cachait tant de finesse et qui lui gagnait les cœurs : c Si je voulois acquérir le titre d'orateur, j'aurois appris quelque belle et longue harangue, et vous la prononcerois avec assez de gravité. Mais, messieurs, mon désir me pousse à de plus glorieux titres, qui sont de m'appeler libérateur et restaurateur de cet Estât. Pour à quoi parvenir je vous ai assemblés. Vous savez à vos dépens, comme moi aux miens, que lorsque Dieu m^a appelé à cette couronne, j'ai trouvé la France, non-seulement quasi ruinée, mais presque toute perdue pour les François. Par la ^ grâce de Dieu, par les prières et les bons conseils de mes serviteurs qui ne font profession des armes, par Tépée de ma brave et généreuse noblesse (de laquelle je ne distingue pas les princes, pour être nostre plus beau titre, foi de gentil" homme !)^ par mes peines et labeurs, je l'ai sauvée de la perte; sauvons-la à cette heure de la ruine. Participez, mes chers sujets, à cette seconde gloire avec moi, comme vous avez fait à la première. Je ne vous ai point appelés, comme faisoient mes prédécesseurs, pour vous faire approuver mes volontés. Je vous ai assemblés pour recevoir vos conseils, pour les croire, pour les suivre; bref, pour me mettre en tutelle, entre vos mains, envie qui ne prend guère aux rois, aux barbes grises, aux victorieux. Mais la violente amour que je porte à mes sujets et Pextrême envie que j'ai d'ajouter ces deux beaux titres à celui de roi, me font trouver tout aisé et honorable. »

Henri n'avait nul désir d'être pris au mot. Gabrielle lui marquant son étonnement qu'il parlât de se mettre en tutelle : f II est vrai, répondit-il, mais ventre saint-gris ! je l'entends avec mon épée au côté. » Il portait aussi haut qu'aucun des rois, ses contemporains, l'idée de son pouvoir; ce prince, si débonnaire à Rouen, répondait un jour aux remontrances du parlement par ces paroles qui ne sentaient plus le Béarnais ; « Ma volonté devroit servir de raison. On ne la demande jamais au prince dans un État obéissant. Je suis roi : je vous parle en roi; je veux être obéi*. » Et il le

1. Les Mémoires de d'Aubigné et les Bistoriettes de Tallemant ont tué le Henri IV débonnaire et paterne de 1814.

fut. Sous les ruines amoncelées partant de guerres, Henri IV retrouva et reprit sans effort nouveau l'autorité absolue de François !«•, parce que la démocratie sacerdotale de la Ligue, pas plus que les convoitises féodales de la noblesse, n'avaient su fonder des libertés durables. On s'était disputé le ciel, on perdit la terre.

L'assemblée de Rouen fut inutile; on y proposa des plans impraticables ; Henri en fut plus libre d'exécuter les siens. Il avait mieux que le conseil de raison que les notables lui donnèrent; c'était Sully, le génie personnifié

de l'ordre.

Surprise d'Amiens (1597)$ sonmisslon de Hercœnr .

— Mais le temps des réformes n'était pas venu, puisque celui des épreuves n'était pas encore passé. En 1596, les Espagnols avaient pris Calais et ce coup avait retenti douloureusement au coBur de la France ; Tannée suivante (mars 1597), ils entrèrent dans Amiens. Les habitants avaient refusé de recevoir une garnison royale. Porto-Carréro, gouverneur espagnol de DouUens, averti qu'ils se gardaient bien la nuit, mais fort mal le jour, vint s'embusquer avec 4000 hommes d'élite non loin des murs. Quand au matin on ouvrit la porte, des paysans se présentèrent chargés de sacs ; l'un d'eux laissa le sien s'ouvrir ; il s'en échappa quantité de noix qui roulèrent à terre et que les hommes du guet se disputèrent en riant. Au même moment, une charrette survint; lorsqu'elle se trouva engagée sous la porte de manière à empêcher la herse de tomber, celui qui la conduisait coupa les traits des chevaux; les faux paysans tirèrent des épées, des pistolets cachés sous leurs souquenilles et égorgèrent le guet;: leurs camarades accoururent; la ville était prise.

Henri se trouvait dans sa capitale, au milieu des fêtes, quand il apprit que les Espagnols étaient dans Amiens, à trente lieues de Paris. « C'est assez faire le roi de France, dit-il; il est temps de faire le roi de Navarre ! > et il endossa la cuirasse. Il courut devant Amiens avec Biron et sa belle artillerie, toute sa noblesse du nord et plus de 20 000 hommes. Rosny avait promis d'assurer les vivres et les munitions ; il tint parole. Une armée venue des Pays-Bas pour troubler le siège y retourna sans avoir rien fait. Amiens se rendit (septembre). La rapidité de cette opération releva encore le nom du roi à l'étranger, et prouva la force de la France. Mercœur,

un prince lorrain qui s*était fait de la Bretagne une sorte de souveraineté, marchandait depuis quatre ans sa soumission. Voyant Tarmée royale prête à venir sur lui, il jugea prudent de faire la paix avant qu^eile fût dans sa province. Il renvoya les Espagnols qu'il avait reçus à Blavet, et obtint des conditions dont Sully se scandalisa; mais il avait ofiTert la main de sa fille et son immense héritage à César de Vendôme, fils de Gabrielle d'Estrées et du roi. Il parut se démettre volontairement, en faveur de son gendre, de son gouvernement, et reçut pour lui et ses partisans force pensions et indemnités (février 1598). C'était le dernier des grands chefs ligueurs. La guerre civile était finie.

Édit de IVantes (13 avril 1598). — Quelques jours après, Henri termina aussi la guerre religieuse par la pacification qui porte le nom d^Édit de Nantes. Depuis sa conversion, les calvinistes le boudaient. Plusieurs seigneurs réformés avaient fait comme lui, mais la masse résistait, et les ministres qui s^étaient mis à la tête du parti, à la place des gens de guerre, se montraient moins traitables. En vain le roi les flattait avec cet abandon et cette bonhomie qui lui gagnaient les cœurs ; il y avait là des convictions sérieuses et des caractères qui ne savaient pas plier sous la pression des intérêts *. Un jour, d'Aubigné vient saluer son ancien mattre. Henri le reçoit à bras ouverts ; il le présente à Gabrielle d'Estrées ; il lui fait embrasser ses enfants. Le huguenot reste silencieux. Pour fondre cette glace, Henri lui parle de ses dangers, lui montre sa lèvre percée par le poignard de Jean Châtel. Alors, enfin, d'Aubighé parle ; et, devant cette femme, devant ces enfants : a Sire, dit-il au roi, jusqu'ici vous n^avez renié Dieu que des lèvres, et il vous a frappé aux lèvres; quand vous le renierez du cœur, il vous frappera au cœur. » Heureusement les chefs avaient assez de guerre; Henri, d'ailleurs, leur offrait de bonnes et justes conditions, celles que THôpital leur promettait trente-six ans auparavant : la liberté de conscience partout, la liberté du culte dans Tintérieur des châteaux ^ dans toutes les villes où ce culte se trouvait dès

i. Ces ministres continuèrent la guerre à leur façon, même après Tédit de Nantes. Dans un synode tenu à Gap en 1603, ils déclarèrent gravement

Î[ue le pape était l'antechrist, et aioutèrent cette déclaration à la conession de foi du parti. (Weiss, Histoire des réfugiés protestants^ t. I, page 9.)

3 Pour les seigneurs hauts justiciers qui étaient 3500, selon M. Weiss (ihid.^ t, I, p. S},ll8 pouyaient admettre aux sermons les familles de lears vassaux.

lors établi, ou tout au moins dans une ville ou bourg par bailliage. Les écoles leur étaient ouvertes, les fonctions publiques accessibles. Des places de sûreté leur étaient données, et des chambres mi-parties de protestants et de catholiques jugeraient dans les parlements de Paris, de Toulouse, de Grenoble et de Bordeaux, les procès où des protestants seraient impliqués. Ënfm, ce qui les constituait comn^e un État dans rËtat, on leur reconnaissait le droit de s^assembler, tous les trois ans, par députés, pour présenter au gouvernement leurs réclamations. Cet édit proclamait donc enfin le principe moderne de la tolérance en matière de religion, et cet autre que TÉtat doit s'élever au-dessus des partis religieux pour leur imposer le respect de la paix publique. C'était la rupture définitive avec le moyen' âge.

Traité de Ter^lns (1598). — Dix-neuf jours après (2 mai), les députés du roi signaient, à Veryins, la paix avec l'Espagne. Philippe II, vaincu par l'Angleterre, par les Proyinces-Unies de Hollande, et par celui qu'il appelait le prince de Béarn, voyait après tant d'efforts, son ambition partout déçue, sa monarchie, comme lui-même, épuisée, mourante. Il voulut au moins finir en paix. Le traité de Vervins (1598) établit entre les deux États les frontières tracées quarante ans auparavant par le traité de Cateau-Cambrésis^. La France et l'Espagne semblaient revenir l'une et l'autre au même point. Mais l'une s'y trouvait sans force, presque sans vie, l'autre pleine de jeunesse et d'ardeur. Le sombre despotisme de Philippe II avait précipité l'Espagne dans une décadence d'où deux siècles ne l'ont pa \ encore tirée ; le règne de Henri lY commençait par la conciliation des partis, un des grands âges de la France. D'afi'reuses calamités avaient pendant ces quarante années passé sur notre pays ; mais une grande question avait été résolue : la France, restée catholique sans l'inquisition, gardait sa forte royauté qui lui était encore nécessaire, et le pays ne reculaitpas de cinq siècles en arrière pour entrer dans l'anarchie féodale et municipale.

AeqnlsitloB de la Bresie et du WÊwt^fsj (1604). — c Les louveteaux de Savoie, comme disait le cardinal d'Ossat, avaient profité des embarras de la France en 1588, pour s'emparer du marquisat de Saluées. Henri le réclama, et le duc refusant de le restituer, il lui déclara la guerre (1600). enleva sans beaucoup de difficulté les places que ce prince possédait à la droite du Rhône, et l'obligea à lui céder, en.

échange de Tinutile marquisat, la Bresse, le Bugey, le Valromey et le pays de Gex, c'est-à-dire tout le pays de Lyon à Genève, et de plus Château-Dauphin dans les Alpes. Ce n'étaient que de petites acquisitions ; elles assuraient pourtant à la France de sérieux avantages, puisqu'elles couvraient Lyon du côté de la Suisse et de l'Italie, et qu'elles interceptaient les communications entre la Franche-Comté, possession de l'Espagne et la Savoie, dont le duc était sous la main du gouverneur espagnol du Milanais. Auparavant Milan et Besançon se touchaient par les États de Savoie ; la France venait de se placer entre elles.

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