‹ Histoire de France (volume 3)Chapitre 32 sur 73 · CHAPITRE LVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LVI

RÈGNE DE LOUIS XV DE 17i3 A 1774.

Ministère da due de Bourbon (1988-1986). — Le

duc de Bourbon, devenu premier ministre à la mort de Tancien régent, avait des mœurs à peine meilleures que son prédécesseur. Cependant il montra une grande rigueur contre les protestants et contre les jansénistes. 11 renouvela, il aggrava même les sévérités de Louis XIV. Non-seulement les réformés furent obligés de se convertir, mais ceux qui simulaient une conversion étaient condamnés à mort comme relaps ; le mourant qui se déclarait protestant et revenait à la santé, était banni, avec confiscation de ses biens. Enfin on renouvela la déclaration du 8 mars 1715 portant, contre tous ceux qui mouraient après refus des sacrements, que leur cadavre serait jeté à la voirie et leurs biens confisqués. L'émigration recommença, comme après la révocation de redit de Nantes ; le sénat de Stockholm offrit la Suède pour asile aux fugitifs ; et le gouvernement fut contraint, par le cri public, d'adoucir lui-même ses rigueurs.

Le ministère anglais avait continué à Mme de Prie, toutepuissante sur le duc de Bourbon, la pension qu^il fusait à

1. Une iniiitation importante appartient an régent la eréation de l'administration des ponts et chaaesées en 1733. U Toolait, pour relever l'agricultore et le oommeree ruinés dana les dernières années de Lonia XiV» oaTrir des roatet dans le royaume sar une étendue de 1300 lieaea.

Dubois ; le duc retenait donc la France dans ralliance de TAngleterre. Il scella cette amitié par une nouvelle et insultante rupture avec TEspagne. Le régent vers la fin de sa vie, s'était rapproché du cabinet de Madrid et avait demandé pour Louis XV la main d'une infante. La jeune princesse, âgée de quatre ans, fut amenée à Paris afin d'être élevée au milieu de la cour où elle devait régner. Ce mariage était de la bonne politique pour tout le monde, mais surtout pour la maison d'Orléans, puisque ne pouvant s'accomplir que bien tard, il laissait le trône longtemps sans héritier et par conséquent ouvert au premier prince du sang. De telles combinaisons ne convenaient point au nouveau ministre. Qu'un accident livre la couronne au duc d'Orléans, et l'influence de la maison de Bourbon sera ruinée. Aussi le duc se montra-t-il très-alarmé d'une maladie que fit le jeune roi. Le prince à peine rétabli, sans tenir compte ni du mécontentement de* l'Espagne ni des propositions de la czarine qui offrait sa fille avec l'utile alliance de la Russie, il voulut donner au roi une épouse qui, privée d'appui au dehors, dût tout au ministre et s'en montrât reconnaissante. La marquise de Prie songea d'abord à une sœur même du duc de Boui1)on ; mais la hauteur avec laquelle cette princesse la reçut, lui fit craindre pour son pouvoir. Alors vivait à Wissembourg, de quelque argent que lui faisait la France, un noble Polonais, Stanislas Leczinski, dépouillé de la couronne que Charles XII lui avait jadis donnée. Un jour il entre tout ému dans la chambre où étaient réunies sa femme et sa fille : c Mettonsnous à genoux, s'écrie-l-il, et remercions Dieu ! — Seri^zvous rappelé au trône de Pologne? dit sa fille.— Bien mieux, vous êtes reine de Firance. » Le premier ministre avait, en effet, choisi la pieuse et douce Marie Leczinska, quoiqu'elle fût de sept ans plus âgée que le roi, très-pauvre, sans beauté et déjà sans jeunesse. Le jour de son mariage elle distribua toute sa corbeille aux dames du palais : c Voilà, dit-elle, la première fois de ma vie que j'ai pu faire des présents*. » L'infante d'Espagne fut renvoyée à son père; c'était, depuis dix ans, la seconde répudiation de la politique de Louis XIV.

Philippe V, indigné de cette insulte, s'empressa de conclure avec l'Autriche le traité de Vienne (1725). Charles VI

Page 1