Î44 DERNIÈRE PARTIE DU REGNE DE LOUIS XIV
les nations licencièrent leurs troupes, Louis garda les siennes
cathédrale de Strasbourg.
et fit de la paix un temps de conquêtes. Les derniers traités
Uoe ru« (lu Yieax Strasbourg,
lui avaient livré un certain nombre de rilles et de cantoni, avec leur» dépendances. Pour rechercher quelles étaient ces dépendances, il établit à Tournai , à Metz, à Brisach et à Besançon des chambres dites de réunion^ parce qu'elles furent chargées de ténmr à la France les terres qu'on prétendait démembrées des villes de Flandre, des Trois-Ëvêchés, de TAlsace et dé la Franche-Comté. Des princes aiîèmands, l'électeur palatin, le roi d'Espagne, durent comparaître par procureurs^ nour justifier de leurs titres ; et des arirèts, soutenus par la fbrce, donnèrent à Louis XIV vingt villes importantes, SarrebrUck, Deux-Ponts, Luxembourg^ Montbéiiard) Strasbourif 4 qui devint si vite une de nos villes lès plus fraii* çaises et dont Vauban fit le boulevard du h)yâume sU^ \% Rhin (1681)i
' En lUIie^ Louis XIV acheta Casai, dans le àiohitertat^ AU duc de Mantoué, pour dominer le nord de la féninsulé et le Piémont, qu'il tenait déjà par Pignerol (1681).
BomtorAeiHéiit d'Aller el de Ctéiies. ^ Sut d'auil*es points se montrait le drapeau de la France, t&t pour une eftUM plus lé^fitime» Lés BlU'baresques avaient rëeotHmëbcè leUhl. pirateries. Lé vient Duquesne fut envoyé contré èUk. Uti mairin obscur^ âérhard Renau, venait dlhvlnter uh eu\^û tetlrible de destruction bour les placé! tUaHUmes^ lés foliotes à bdbabes. Alger fut bombardé deUx fois (168i-*l6S8), détruit en partie et obligé de rendre Ses prisodhietl. TUilIt et THpoli éproUVéJrent le même lort; la Méditerranée Sé * quelque temps purgée dé coitaires.
mne fut traitée comme ces repaires de i avaient vendu des armes et de la poudM ils conltruisaient, dans leurs ohantieftK^ e guei're pour l'Espagne, qui h^en avait r défehdit d'armer ces galères ; sur leur i Seignelay lancèrent en quelquéi îours renversèrent une partie des ftbmpCuttti hépurbe (168^). U fallut qUi le dogé vttU ir pardoh.au roi» malgré une loi Aflbiehnè remier tUagiâtt^t dé ne jamaik s^tbeenter lethinda ce <th'il th>uvait de pluâ eurilMUt I diê tn'^y voiff >» répondit-il.
it encore une fois humilié botnme prince ontifo. Les iinbassadèura catholiques, à Rome, avaient étendu le droit d'asile et de franchise, affecté
de toul temps, et avec raison, à leur hôtel^ ju^qu^att q^rtier même quils habitaient. Innocent XI voulut détruire cet abus^ qui faisait d'une moitié de la ville un repaire podr les crimi^^ nels. \l obtint sans peine le consentement des autres roiè) nuds Louis XtV, déjà irrité contre le pontife à cause de la régale (voyez* cb. un)» répondit aveo hauteur c quil né s'était jamais réglé sur Texemple d'autrui» et que n'était à lui dé servir d'exemple. > Il envoya le marquis de Lavardiâ^ avec 800 gentilshommes armée pour se maintenir dans la posses*^ sion d'un privHége injuste; le pape excommunia ranâbasâa-* aeur: le roi fit saisir Avignon (1687). Cette afiUre s'arrangea sous le successeur dlnnoeent XI i mais ee pontife en conçut an 4épit profond qui ne fut pas sans inâueaee sar k guerre de 1688.
L'occasion de cette guerre fui, en effet» l'opposition faite par ie pape au candidat de la France pour le siège arehiépis* capal de Colof ne» le oardinal de Fiirstenberg^ qui nous avait déjà ouvert les portes de Strasbourg. U avait été élu par la majorité du chapitrei quinze voix contre neuf obtenues par son concurrent) Clément de Bavière» innocent XI donna néanmoins à celui-ci l'investiture. Louis XIV protesta h main armée contre cette nomination et fit occuper par ses troupes Bonn, Neuss et Ks^serwerth (octobre 16Sd)i En môme temps il réclamait une partie du Palatinat au nom de sa belle^smur, seconde femme du duc d'Orléans,
liiiriie A'Aiifei^er9(169a). «^ Ces conquêtes faites on pleine paix, ees violences, cet orgueil^ réveillèrent les craintes de l'Europe. On accusa la France d'avoir renversé la domination autrichienne pour mettre la sienne à la place et peser comme elle $ur le continent. Dès 1681, l'empire, l'empereur Léopold, l'Espagne^ la Hollande, même la Suède, conclu-! renty par les soins de Guillaume d'Orange^ une alliance secrète pour 1^ maintien de la paix de Nimègue. Personne n'osa porter le premier coup, et la diète de Raësbonne (août 1$8^) stipula une Myq de vingt ans qui laissa au roi Luxem*- . bourg, Landau» Strasbourg, Kebl et les autres villes réunies avant le }*^ août Idftl. Son ambition ne s'arrètant pas, ilseo rapprochèrent davantage et signèrent la ligue d'Augsbourg (9 juillet 1^86)$ la Savoie f accéda l'année suivante, l'Anglet^rre en 16^9^
tiémt iiiSértelir !!• i» Wr^m9mi mort ém €^Mêw% (ltt83)* — Quelle était, dans ce moment critique^ la situai
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tion de> la France? une sorte de fatigue commençait à st faire sentir dans cette société, si brillante encore et si prospère en apparence. Les dépenses excessives de la guerre précédente, le maintien coûteux d'une armée de 150000 hommes en temps de paix, les constructions, fa^'tueiises comme celles de Versailles, de Trianon, de Marly. du Louvre et des Tuileries, ou utiles comme celles des ports, des places fortes, de rhôtel des Invalides, avaient détruit Téquilibre des finances, forcé d'accroître les impôts, porté un premier coup à l'agriculture et au commerce. Les épouvantables misères de 1662 reparaissaient. L'année qui suivit la paix, Colbert disait au roi que toutes les lettres venues des provinces parlaient des très-grandes souffrances du peuple. Mais Louis XIV faisait volontiers la théorie de sa pratique et aimait à ériger ses habitudes en principes de gouvernement. Pour justifier les impôts illimités, il se fera bientôt donner, par la Sorbonne, une consultation doctrinale qui le déclarera maître absolu des biens de ses sujets : pour mettre sa conscience en repos, au sujet de ses monstrueuses prodigalités, il répondait k Mme de Maintenon, qui lui demandait de f argent au nom des pauvres : c Un roi fait l'aumône en dépensant beaucoup. » Mot précieux et terrible, dit Say, qui montre comment la ruine peut être réduite en principe.
Colbert était donc fort mal venu à prêcher l'éconoinie. Des mouvements populaires, signes du malaise des peuples, qui eurent lieu en plusieurs provinces, ne servirent pas d'avertissement. On les supprima avec cruauté, et on continua à élargir le gouffre du déficit. Colbert s'épuisa à trouver des res-^ sources pour le combler : il fut obligé, lui aussi, de vendre des charges, de créer des rentes à un taux onéreux, d'augmenter la taille. Il gémissait de ramener les finances à l'état d'où il les avait tirées et de voir depuis la concession faite aux Hollandais, à la paix de Nimègue, la concurrence étrangère éci^aser de nouveau le commerce maritime et l'industrie nationale. Il succomba à la peine. Il mourut en 1683, à soixante-quatre ans, usé par l'excès du travail, et tué peut-* être par d'injustes reproches du roi. « Si j'avais fait pour Dieu ce que j'ai fait pour cet homme, disait-il avec amertume, je serais sauvé dix fois, et je ne sais ce que je vais devenir. » Il refusa de lire une dernière lettre que le roi lui adressait. Comme plusieurs de nos grands ministres, Colbert était impopulaire. Le peuple maudissait celui qui rédigeait
les édite bursaux, non celui qui les dictait; et en yoyant Golbert amasser, au bout de vingt-deux annnées de charge, dix millions de fortune, on accusait sa probité au lieu de yoir son économie. Il fallut enterrer la nuit, à la dérobée, avec une escorte, un des bienfaiteurs de la France, pour (lue la multitude furieuse nHnsultât pas à ses funérailles. Après lui son ministère fut divisé : le marquis de Seignelay, son fils, eut la marine; les finances furent confiées à le Pelletier (1683-1689), plus tard au comte de Pontchartrain (1689- 1699) : ces deux derniers lui succédèrent sans le remplacer. Dès l'année 1689, la pénurie fut telle, que Louis dut envoyer à la Monnaie les chefs-d^œuvre en argent ciselé qui décoraient Versailles.
BévocalioB 4e Pédit de IVratcs (1685). — Il y avait deux ans que Golbert était mort, quand Louis XIV commit la plus grande faute de son règne, la révocation de Védit de Nantes. Les protestants n'avaient pas remué durant les troubles de la Fronde, c Le petit troupeau broute de mauvaises herbes, disait Mazarin, mais il ne s'écarte pas ; » et il avait, en 1652, fait renouveler solennellement par Louis XIV l'engagement de ne pas attenter à leur liberté de conscience*. Cependant il fut débordé dans les derniers jours de son ministère et il commença contre eux des mesures vexatoires qui, après lui, s'accrurent, mais ne se changèrent qu'au bout de vingt ans en persécution. Louis les haïssait comme hérétiques et comme suspects d'aimer peu le pouvoir absolu des rois. L'unité religieuse lui semblait aussi nécessaire que l'unité politique. « Dès 1661, dit-il dans ses MémUres, je formai le plan de toute ma conduite envers mes sujets de la religion prétendue réformée. Je crus que le meilleur moyen pour les réduire peu à peu était, en premier lieu, de ne les presser par aucune rigueur nouvelle, de faire observer ce qu'ils avaient obtenu de mes prédécesseurs, mais de ne leur rien accorder au delà et d'en renfermer même l'exécution dans les plus étroites bornes que la justice et la bienfaisance le pouvaient permettre. Quant aux grâces qui dépendaient de moi seul, je résolus de ne leur en faire aucune, pour les obliger par là à considérer de temps en temps, d'eux-mêmes et sans violence, si c'était avec quelque bonne raison qu'ils
t. En i«44, sur neaf oo dix muréchaai, U j avait cinq proteslanU, la Force, ChAtilion, Turenne, Gassion, Rantzaa.
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te privaient yolontwrement des «rantagee qui peuf^eiit leBi^ être communs avec mes autres sujets*. • Il fut longiempé fidèle à cette politique peu généreuse mais exempts de tIih lence. Colbert faisait mieuX) il protégeait les proiesianIS} comme des sujets utiles et industrieux. Il en employa un grand nombre dans les arts^ dans les manufacturés) dAiis Ui marine. Duquesne, le grand émule de Ruyter, et Van Ro^ bais, le grand manufacturier d'Abbeyille^ étaient protestant^*!
Saint-Cyr (dans ion éUt acttiel).
Il avait même proposé k Louis XIV, en 1665, pour hil^toHographe le réformé Perrot d^Ablancouft.
Après le traité de Nimègue les diverses iiiflnences qui ^e disputèrent Louis XIV yieillissant firent entrer le gonteftie-
1 . Cette condaite semble Tezécution de ce qu'avait demandé l'aiMi»blèe du clergé dés 1651. (Cf-Tteoue de Paria du 1& août 1856, p. 27^, note.) , Cependant, dès 1665, le roi songeait à fétoquer l'êditda tfantes. (Vôy.ûne Uttrt de Gui Patiu à Spon, 3 mars 1665.) ,^ ^ ^ „. ^ ^,^ .
2 Nous avons encore une lettre de Colbert à l'evéque d'Amient pour fa<re oesMr certaines tracasseries religieuses dont Tan Réblis s'ëtaft plaint (15 octobre 1661).
ment tian» la v^ie des rigueurs». Le roi at4it alort de vifs démêlés ayeo le saint- siège au sujet dé 1a ¥égdle et avait Mené le clergé de Franee à prendre parti pour lui par la celèbre déclaration de 1682, que Bossuet rédigea. Il ne voulait pourtant pas qu'on doutât de son zèle religieux, et pour fen fournir une preuve éclatante qui serait en même temps utile a son autorité, il céda aux longues instances de PÉglise re-
CbàtéttQ é« Maiatani»!!, Vu dn pare '
lativement aux protestants* On leur ôta les garanties que redit de Nantes leur assurait, en supprimant les Chambres
t. Mme de Maintenoi^ écrivait çn 1681 : > Le roi commence à penser sériensement à son salut et à celui de bes sujets ; si Dieu nous le conserve, il n*j aara ploB.qo'uné religion dans son royaume. C'est le sentiment de M. de Louvoit, et ie le crois là-dessns plus volontiers que M. Colbert, qui ne pense qu^a ses finances et presque jamais à la religion. >
i, Maintenon est une petite ville du payé Chartrain. Son château A éié Vi partie recoqutniit au seiiième siècle. Françoise d'Aubigné l'acheta en 1674 moyennant 250 000 livres el en prit le nom. il appartient encore aux béritters de la marquise.
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mi-parties des parlements de Toulouse, de Grenoble, de Bordeaux, et les libertés que Richelieu et Mazarin leur avaient laissées ; en leur interdisant, successivement, d^ètre notaires, procureurs, avocats, experts, imprimeurs, libraires, médecins, chirurgiens, même apothicaires, ce qui les obSgea, chassés qu'ils étaient des fonctions publiques et des professions libérales, de se jeter dans le commerce et Tindustrie, qui furent presque tout entiers dans leurs mains. On défendit aux catholiques, sous peine des galères à vie, d'embrasser le calvinisme, et on permit aux enfants des réformés de renoncer à leur religion, dès Tâge de sept ans, c âge auquel, disait redit, ils sont capables de raison et de choix dans une matière aussi importante que celle de leur salut. » A Tappui de cette déclaration, beautoup d'enfants furent arrachés à leurs familles : c'est pour les jeunes filles nobles, ainsi converties, que le couvent de Saint-€yr fut fondé par Mme de Maintenon. On multiplia les missions dans les provinces ; on acheta les consciences à prix d'argent. Pellisson, ancien protestant, comme la nouvelle favorite, eut la direction d'une caisse spéciale pour payer ces abjuwitions. « M. Pellisson fait des prodiges, écrivait Mme de Maintenon (13nov. 1683). M. Bossuet est plus savant, mais lui est plus persuasif. On n'aurait ja- • mais osé espérer que toutes ces conversions fussent si aisées.» Louvois recourut à des moyens plus persuasifs encore. Il « imagina d'y mêler du militaire ; » il logea des gens de guerre chez les calvinistes. Ces missionnaires bottés commirent les plus grands excès. Comme les dragons se distinguèrent par leurs violences, on appela ces exécutions les dragonnades.
Le dernier coup fut porté : le 22 octobre 1685, un édit révoqua celui de Nantes. Il supprimait tous les privilèges accordés par Henri IV et Louis XIII ; interdisait aux protestants l'exercice public de leur culte, excepté en Alsace ; ordonnait aux ministres de quitter le royaume dans les quinze jours, et défendait aux autres de les suivre, sous peine des galères et de la confiscation des biens. On arriva à des conséquences monstrueuses : les réformés n'eurent plus d'état cicU ; leurs mariages, si, à Paide d'une fraude ou d'un mensonge, ils ne les avaient pas fait consacrer par l'Église catholique, furent regardés comme nuls, leurs enfants comme bâtards. Les biens de quiconque était constaté hérétique furent confisqués. Une part était assurée au dénonciateur. Les protestants ne souflrirent pas seulement dans leurs biens et dans leur
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conscience ; un grand nombre de ministres furent envoyés au supplice, et, pou/que Tassistance ne pût entendre leurs dernières exhortations, des tambours, placés au pied de Téchafaud, étouffaient le bruit de leurs paroles*. Étrange rapprochement avec Tagonie du petit-fils de Louis XIV I
Il faut pourtant dire que cette mesure désastreuse et' coupable fut accueillie avec reconnaissance par une grande partie de la nation. Yauban, Saint-Simon, Gatinat, quelques rares esprits, comprirent seuls retendue du mal qu*on venait de fûre au pays. Non-seulement Bossuet et Massillon y applaudirent, mais Racine, la Bruyère, même la Fontaine, même Mlle de Scudéry, la douce Mme Deshoulières et un persécuté, le grand Amauld, même Bussy, Tauteur de VHistùire amoureuse des GauUSy qui loue cet acte avec une pieuse émotion. Mme de Sévigné, toujours si vive, sans être toujours trèstendre, au moins pour ceux qui ne sont pas les siens, écrivait, le 23 octobre 1685 : € Les dragons ont été très-bons missionnaires ; » et, dans une autre lettre : c Rien n'est si beau, jamais aucun roi n'a fait ni fera rien de plus mémorar ble. » Lé vieux chancelier le Tellier, alors mourant, se ranima en signant Tédit pour s'écrier : Nunc dimitte servum tuum. Domine^ quia viderunt ocuU mei salutaire tuum ! Il ne voyait pas qu'il signait un des grands malheurs de la France* Deux cent cinquante ou trois cent mille réformés passèrent la frontière, dans les dernières années du dix-septième siècle, malgré la police de Louis XIV, et portèrent à l'étranger nos arts, les secrets de nos manufactures et la haine du roi. Des régiments entiers de calvinistes furent formés en Hollande, en Angleterre, en Allemagne; ceux qui restèrent dans le royaume n'attendirent que l'occasion de briser le joug inique qui pesait sur eux, fûCce au prix d'une guerre civile*. Le maréchal deSchomberg s'expatria. Huyghens, Papin, des pein-
t. Hiêtoire de Védit de Nantee et ée ta révocation^ par Benoît, 1693-95, %. m, p. 996 et IMS. Le P: de la Chat«e, par M. de Chantelaaze.
2. Mme de la Fayette dit, à la fin de 1688 {Mémoiree de la cour de FrancCy eoll. Petitot, LXV, p. 45 : «... Le dedans du royaume ninquiète pas moins le roi.... n y a beaucoup de nouTeauz convertis gémissant sous le poids de ia force.... Us voient Tévénement d'Angleterre et reçoivent chaque iour des lettres de leurs frères réfugiés qui les flattent de se voir délivrés de la pôrséeution dans l'année 1689. Quand ils songent que tout le monde est contre le roi, ils ne doutent point qu'il ne succombe, et il y a bien d'autres Baleontents dans le royaume qui se joindraient à eux.... > Voyez plus loin la révolte ées camiea/rù^ et tar toute cette question VBi$toWe det réfugiéi —, . .,. d^unprotettoi
moieeUmtê m Frimcôi par M. Weiss. Voy. aussi Mémotree d'un protettant condamné «mm galirti eout Lou%t XIV,
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très, de9 sculpteurs, furent e^ul^to d« rAfiad^miQ «k d^ U l^rance. tluquesqe, ck^rg/i de tant de gloir« et de qu^tre^ yingts an nées, fut pressé par Louis XIV d'aïtiurer : « J'ai rendu pendant soixante aus à César» dit Tbérelque yieUlard, ce que je devais à César; permettez que je rende à Dieu ce que je çlpis* ^ Dieu. 1 II lui fut permis de mourir en France. Nombre de savants^ nés le siècle suirani à l^étcanger, descendaittaf des proscrits de Louis XIV.
Ces violences réussirenMles? Ily avait, tû ^aaii, unmib lion ^^ calvinistes -en France; il y en a aujourd'hui (je quinie ^dix^buii cent mille. St qui pourrait dire oe que eette grande persécution! qui uoe fois commencée ne s^rrèta plus, valut d'^rt^ptes ^ la philosophie sceptique du dixnhuitième aièole 1 Pour le moment, elle oausa implosion contre la Prane* dhine guerre terrible qui inaugura la période des revert \
lléfiilfitUii «<A«i9l«tanw (ieS9). *^ La réponse déi puissances protestantes à la révocation de Inédit de Nantes fut la révolution d'Angleterre, qui, en 1688, renversa du trône le catholique Jacques II, et y fit monter le calviniste GuiW laume IIL Souvent en politique on crée soi-même les périls où Ton tombe et les ennemis qui vous précipitent. Deux fois Louis }CIV fit la fortune de son plus redoutable adversaire : en 167^« lorsque par une guerre injuste il rendit Guillaume d'Qrange nécessaire à la Hollande; en 1688, Icprsque par son étroite alliancp avec un rei odieux à ses sujets, il fit la popu* larité SB Angleterre dt ce prince mal gracieux, aux rudes de* hors, qui parlait diffieilement ^anglais et songeait bien plus 2^u continent qu'aux afiaires britanniques. La révolution qui lui donnais trône de Jacques II allait plus loin qu'à un chan<« geipent de personnes royales. Bile substituait ehés nos voisins la royauté eonseiitie à la royauté de droit divin, et fondait
DU RÈGNE W WUIS XÎV (1679-1715). IH
ItMr iOt lo gouveimAmdiil caniMiiAtNifMMl ou fmlm»r^Hi p'es^À-filr0li^<iu6tt09iop des gm^cig inlér^ts d^TÉU^t* le VoM dos }oi9 9% (j|«9 impôUi pMT ie^ nspréMHiUi^to m(mn du pa]F^ Louis XJV avût4it#«L'«MUj«iUs«flmQPt(}ui «net l«i9ouvQr^ (laus la nd^Qssité da ppeudre l^^ loi dfi «09 pdaplt^g Q^t ^& 4^r?T QièFe o^l^mit^ oft pMifte tOQibftF up hommo de notre rftng« ?^ U9 droit uouvMU, celui de^ pouplif, «e levait ^m^ im% U pooiMé wodeme, en fooe du droit absolu de« poi9 qui d^puis^ dfux «ièolee la régifteit et qui louait de trouver ^1^ Fr^pc9 ^ plm-glorieiiM perMnuiâeaticm^ Il n^y 4 pu» li sVItopner de^ lutte aehamét qui éclata entra la E^^a^a et l^Ajigl^tarr^. Ç^ sont ^ua fl|ua dêm iatéiiète aontmirovy ea «^ut (^009 droits politiquaa ditféiienta qui terontaua prisa». Au sei^ièp^a si^}e« It Fvanee av^t défoadu le proteataotisme et )es libertés gé«( néralaa da PEupope* Au dix^saptièroe , eU^ meuaçait la cqp-t eaiaaea des peuples et rmdépeudance dea États, te rAlft ^^^ pom abAftdanniaaS) TApglatarre allait s'en saisir; ell^ {^ (erf^ la eentre de tautes las oaalitiopi ooptre la maison de PauPt h»Uy o^miue la Fpaaea avait été la oenti^^, de Ifi rîsi^toPf e ^ la nsaiaou d'Autrioha,
Oa phaugement politique ren^raait toutes les conditiqnf^ de \% guerre. Tant quç Louis avait ueutralisô TAngleterre ep pwisiopuaut ses rois, naus u'avious eu personne à crsiindre sur le eautiuent; aar appu)ré$ auJ^ Pyrénées , aux Alpes et k U meity nûua fùsioas faee au Rhin et pouvions y pon^battr^ dea deux maiâi, sfuis avoir à regarder pur derrière* L'ÀuglO'^ ten^ s^uaissaUt à pds éPnemia , il fallut upu^seplewiant dea arméaa eur rfisaaut, le Rhin et les Alpes, i»aii ausi^i des flot^ taa sur rOaéan et dans las mars lai plus loiptaiues^ C'est c§ doubla effort qui épuisera la Frauaa*
«mrm 4# 1» lignât «i4iiare1ifi»i« (i6fiini(f|ff?).T:-Lft aaalitiM déclara la guerre le f» lévrier 1699. Lopli pvgit 4 lui opfipsar BIQ QÛO soldat» et U%k vaisseaux ou frégates^ Bwil eofttradaa uriaaaa mal unis entra eui et mal obéis ebai eux, il arrêta un plan simple et hardi tout à la fois., L'imP da li «agli^a étfMt Guillaume d^ûra^gé, ata^auder de Hpll4Ad» at ;qî d'Augloterre, « la vaill«^ et babila hérétique, 1 999m9 gn mpp«Aait h Vienne, ^ Madrid et k Ropia méme« Is niRvar^pr I q-était finir i^ guerre d'un, poup 2 Louis Mr afmia un« flptt« k Jaequas II, ppuF r£(ider ii requopter eur \% trftftpr VKip^Pê at ta Siavixie ôtêient lis ^pi mUi iM i^uji fiibifi d9 IgiiiW ; il tourna icontraéHés >a pluagtandp psré
lie de ses forces. De ce côlé il attaquait ; sur le Rhin dont il occupait toute la rive gauche jusque près de Goblentz , il garda la défensive, pensant bien que les Turcs, dont nous venions de rompre les négociations avec TEmpereur, donneraient à ce prince assez d'occupation sur le bas Danube, pour que nous n'eussions pas à craindre qu'il portât de grandes forces sur le Rhin. Turenne, Condé et Duquesne étaient morts. Louis trouva pour les remplacer d'habiles capitaines, Luxembourg, Catinat, Boufflers, deLorges, Tourville. C'était comme la première réserve de la France dans ces luttes terribles qui ont dévoré tant de généraux et tant d'armées.
Tentmtl^em pour rétablir dlacqaM II; Tourville. — La guerre en faveur de Jacques II fut d'abord heureuse. Une escadre de 13 grands vaisseaux transporta le prince en Irlande, dans cette île catholique comme 'lui et toujours frémissante sous le joug de l'Angleterre (mai 1689). Des convois de troupes , d'armes , de munitions, partirent du Havre, de Brest, de Rochefort, protégés par Château-Renaud, d'Estrées et Tourville. Les Anglais et les Hollandais essayèrent de leur fermer le passage ; Château- Renaud battit une de leurs escadres dans la baie de Bantry; Tourville, avec 78 voiles, attaqua leur flotte sur les côtes de Sussex , à la hauteur de Beachy-Head; 16 vaisseaux ennemis furent coulés ou incendiés à la côte ; le reste se réfugia à l'embouchure de la Tamise ou entre les bancs de la Hollande (10 juillet 1690). Cette brillante victoire, qui aurait mérité d'être populaire en France, livra pour quelque temps à Louis XIV l'empire de l'Océan. Mais Jacques II ne sut pas le seconder; il avait perdu un temps précieux au siège de Londonderry. Guillaume III J'attaqua sur la Boyne (11 juillet 1690). Les Irlandais s'enfuirent au premier choc » avec leur roi , et les Français opposèrent seuls quelque résistance. Un régiment de réfugiés calvinistes et le maréchal de Schomberg, qui dirigeait l'armée de Guillaume, contribuèrent surtout à la déroute. Jacques II revint en France.
Louis XIV prépara alors une descente en Angleterre même. 20 000 hommes furent rassemblés entre Cherbourg et la Hougue ; 300 navires de transport furent tenus prêts à Brest ; Tourville devait les escorter avec kk vaisseaux qu'il commandait et 30 autres que d'Estrées lui amenait de Toulon. Mais le vent changea, la flotte de la Méditerranée ne put arriver à temps. Louis XIV, habitué à fcMrcer la victmre, et comptant
qu'une partie des capitaines anglais passerait à lui, ordonna à son amiral d'aller chercher Tennemi, fort de 99 voiles. Ce fut la bataille de la Hougue (29 mai 1692). Quoiqu'il n'y eut point de défection, Tourvilie tint tête victorieusement pendant dix heures aux Anglo-Hollandais qui, malgré leur nombre, furent plus maltraités que nous. Mais il n'était pas possible de renouveler le lendemain cette héroïque témérité. Tourvilie aurait fait du moins une glorieuse retraite s'il avait eu un port derrière lui ; la digue de Cherbourg n'existait pas. Il fit signal de se retirer sur Brest et Sainte Malo ; sept de ses vaisseaux gagnèrent le premier port, le reste de la flotte s'engagea dans le canal que les basfonds forment à l'ouest de la côte de Gotentin; 22 franchirent le raz Blanchard et entrèrent à Saint-Malo; mais la marée venant à manquer, les autres furent empêchés de suivre, et 3 s'arrêtèrent à Cherbourg, où les capitaines, ne pouvant les défendre, les brûlèrent; 12 se réfugièrent dans la rade de la Hougue, qui n'était pas mieux préparée pour offrir un abri. Tourvilie retira les canons, les munitions, les agrès, et, à l'approche des Anglais, fit mettre le feu aux coques de ses navires. L'ennemi ne put se vanter d'en avoir pris un seul. Ce fut le premier coup porté à la marine militaire de la France ; mais il n'est pas vrai, comme on Ta dit souvent, que le désastre de la Hougue en ait été le tombeau ; car l'année suivante on put opposer aux Anglais et aux Hollandais des flottes égales, sinon supérieures. Toutefois, le rétablissement des Stuartsen Angleterre devenait impossible, et la partie la plus importante du plan conçu par Louis XIV avait échoué.
C^iierre défensive sur le Bh|n. Incendie du Pala* tinat (1689). — Dès 1686, le dauphin, alors âgé de vingtsept ans, était entré en Allemagne avec 80 000 hommes et le maréchal de Duras pour le guider. Le roi lui avait dit avant le départ ; « Mon fils, en vous envoyant commander mes armées, je vous donne les occasions de faire connaître votre mérite : allez le montrer à toute TEurope, afin que, quand je viendrai à mourir, on ne s'aperçoive pas que le roi est mort. » Philippsbourg, Manheim,Worms,Oberwesel avaient été pris en quelques semaines. Le dessein du ministre français n'était pas de les garder; le Palatinat fut de nouveau brûlé, cette fois avec férocité (1689). Spire fut complètement détruit et la ville resta dix ans un monceau de décombres.
Les Français saccagèrent le magnifique château de Heidelberg, surnommé TAlhambra de TAllemagne. On jeta dans le Rhin les pierres dont Manheim avait été bâlie ; 100000 habitants, chassés de leur pays par les flammes, allèrent demander vengeance à PAllemagne. Le roi lui-même eut regret de ces horribles exécutions, et son mécontentement pouvait être le prélude d'upe disgrâce, quand Louvois mourut d^une attaque d'apoplexie (juillet 1691). Il fut remplacé par son fils, Barbezieux, qui, avec beaucoup plus de défauts, n'avait aucune de ses qualités *.
Le duc de Lorges, neveu du grand Turenne et successeur, en 1690, du maréchal de Duras, se contenta de couvrir TAl- •ace contre les Impériaux qui, se trouvant comme en un désert dans le Palatinat, ne purent y subsister. La guerre resta défensive sur le Rhin, comme on Pavait voulu : les grands coups furent portés ailleurs.
Guerre en ttaioie et en PiémoiHt ; Catinat. — Catinat commandait alors en Italie. Ce général, sans naissance,. ne s'était élevé qu'à force de mérite. Gomme Vauban , dont il était l'ami, il joignait lesvertus civiques aux qualités militaires et, par sa ' tactique sage et méthodique, rappelait, mais de loin, Turenne. Il avait en tète le duc de Savoie, Victor-Amédée. Pour amener son adversaire à une action décisive avant l'arrivée des troupes allemandes, fl dévasta les campagnes du Piémont, fit couper les arbres, arracher les vignes, brûler les Tillages. Victor-Amédée ne sut pas se contenir devant ces ravages, et livra la bataille de StafTarde près de Saluées (18 août 1690) : il perdit 4000 hommes, tandis que les Français eurent à peine 500 morts. La Savoie, Nice et la plus grande partie du Piémont se trouvèrent en notre pouvoir. Mais un parent du duc, le prince Eugène, dont Louis XIV avait refusé les services et qui était allé les offrir à l'Autriche, arriva avec de
1. Le même système de guerre devait èlre employé en Amérique eontn les colonies anglaises. Inttruclioru à M. de Frontenac, gouverneur du Canada, 7 juin I6b9. — Voici une autre pièce qui fera juger de la moraUté politique de ce temps. Louvois écrit le 14 mars 1675 à M. Descarrières, envoyé du roi à Liège : • Voyez.si vous ne pourriez pas feindre (|u'on a trouva dans les papiers du cardinal de Baden quelque lettre du ministre dé l^m-
{>ereur qui pût, étant répandue dans l'Allemagne et les Pays-Bas, y éécriar es affai''es de Sa Majesté impériale et de son parti. )1 faudn^t que cett< lettre fût à peu près du style de la cour de Vienne^ et reu>ptie de chose? qui pourraient rendre sa conduite plus odieuse. Brûlez ceci a|»ràs qoé vous l'i^urez lu, > C'est le mensonge, U caloi^nie et l^ faux en écriture pe* litique.
DO RÈGNE DE tOUlS XIV (1679-1715). 259
puissants renforts. Il fallut rentrer en France où les Piémontais nous suivirent : le Dauphiné souffrit de cruelles représailles de l'incendie du Palatinat et des ravages du Piémont (1692). Catinat, cependant, repassa les Alpes ; un second combat s'engagea, vers la Marsaille, à quelques lieues de Staffarde {k octobre 1693) et fut pour Victor- Amédée aussi malheureux que le premier ; il ne lui restait plus guère que Turin : Catinat l'eût pris, si le ministère n'eût diminué ses troupes ; tout ce qu'il put faire fut de garder ses conquêtes.
Ciiierre dans les Pays-Bas; liuxemboiirgf. — Luxembourg était fils posthume de ce comte de Bouteville que Richelieu fit décapiter. Il avait servi d'abord sous le grand Condé, auquel il ressemblait par l'audace et la justesse du coup d'oeil *. En 1690, il se trouva près de Fleurus en présence du prince de Waldeck. Par une habile et hardie manœuvre, il porte sa droite au delà du ruisseau qui couvrait l'armée ennemie. Le prince, soudainement pris en flanc et tourné, fît un mouvement en arrière; Luxembourg en profita pour l'aborder vivement au milieu du désordre de cette marche, lui tua 6000 hommes, lui enleva 100 drapeaux, son canon, ses bagages, et 8000 prisonniers. C'est notre première victoire de Fleurus (l** juillet 1690). Maître de la campagne, il investit Mons, capitale du Hainaut. Louis XIV assista au siège. Guillaume, débarrassé de Jacques II, accourut avec 80 000 hommes; mais ne put empêcher la capitulation de la ville, après neuf jours de tranchées (avril 1691). L'année suivante, Luxem-
1. Il était né en 1628. Sa tante, la princesse de Condé, Pavait donné pour aide de camp au duc d'Enghien, qu'il suivit devant Lerida, à Lens et dans la Fronde. Fait prisonnier au combat de Rethel, il fut emprisonné à Vincennes et n'en sortit que quand Mazarin ouvrit à Condé les portes de sa prison, n se retira avec le prince chez les Espagnols, prit le maréchal de la Ferté devant Valenciennes, défendit Cambrai contre Turenne, mais fut pris encore à la bataille des Dunes. Rentré en France en 1659. il épousa l'héritière de la maison de Luxembourg, dont il prit le nom et les armes.' Il fit la guerre de Flandre et celle de Hollande, où il se signala par une retraite tort admirée, d'Utrecht à Cbarleroi, du 15 novembre au 6 décemî)re 1673, sans éprouver aucune perte. Il n'obtint le bâton qu'en 1675, et tocoéda à Conde dans le commandement de l'armée des Pays-Bas. U prit Valenciennes et gagna pour le compte du duc d'Orléans la victoire de Castel (i677). îlais vers ce temps, Luxembourg, oui avait plus les qualités d'an héros q«a celles d'un sage, se brouUlaatec Lourois, qui lepéMitdaùé Vesprtt du roi, l'impliqua même dans un procès de sorcellerie et d'«ra«f poisonnement, et le fit jeter dans un cachot de sii p£ls et demi de long, •esta dix ans en disgrâce; ia ne fût qot ea 1690 ^ue le toi lé
Laxembonrg . resta renvoya en Flandre LouTO» âill^ droi^ *
renvoya en Flandre en lui disant : « Je vous promets que j'aurai soin qaè
bourg assiégea Namur, la plus forte place des Pays-Bas, au confluent de la Sambre et de la Meuse, et la prit encore sous les yeux de Louis XIV et de l'armée ennemie (juin 1692). Ce fut un des grands sièges de ce siècle. Vauban le conduisit, et cette opération est regardée comme un modèle. Le rival de Vauban, Cohorn, défendait la place, dont il avait élevé une partie des fortifications.
Mais Guillaume, toujours vaincu, ne se lassait jamais : le 3 août 1692, il surprit Luxembourg à Steinkerque, dans le Hainaut. c Un espion, que le général français avait auprès du roi Guillaume, est découvert. On le force, avant de le faire mourir, d'écrire un faux avis au maréchal. Sur ce faux avis, Luxembourg prend avec raison des mesures qui le devaient faire battre. Son armée endormie est attaquée à la pointe du jour : une brigade est déjà mise en fuite, et le général le sait à peine. Sans un excès de diligence et de bravoure, tout était perdu. Luxembourg était malade : le danger lui rendit ses forces ; il fallait des prodiges pour n'être pas vaincu, et il en fit. Changer de terrain, donner un champ de bataille à son armée qui n'en avait point, rétablir la droite tout en désordre, rallier trois fois ses troupes, fut l'ouvrage de moins de deux heures. Il avait dans son armée Philippe d'Orléans, alors duc de Chartres, depuis régent du royaume, qui n'avait pas alors quinze ans. Il ne pouvait être utile pour un coup décisif; mais c'était beaucoup pour animer les soldats, qu un petit-fils de France, encore enfant,'chargeantavec la maison du roi, blessé dans le combat, et revenant encore à la charge malgré sa blessure. Un petit-fîls et un petit-neveu du grand Condé, Louis de Bourbon et le prince de Conti, et un petit-fils de Henri IV, le duc de Vendôme, y servaient aussi. Appelés par la voix publique au commandement des armées, ils désiraient passionnément cette gloire; mais ils n'y parvinrent jamais, parce que Louis, qui connaissait leur ambition comme leur mérite, se souvenait toujours que le prince (le Condé lui avait fait la guerre.
« U fallut que tous ces princes se missent à la tête de la maison du roi, pour chasser un corps d'Anglais qui gardait un poste avantageux, dont le succès de la bataille dépendait. Le carnage fut grand : les Français l'emportèrent enfin. Le régiment de Champagne défit les gardes du roi Guillaume; et quand les Anglais furent vaincus, il fallut que le reste cédât. Boufflers, depuis maréchal de France, accourait dans ce
moment de quelques lieues du champ de bataille avec des dragons et acheva la victoire.
« Guillaume, ayant perdu environ 7000 hommes, se retira avec autant d'ordre qu'il avait attaqué. La victoire due à la valeur de tous ces jeunes princes et de la plus florissante noblesse du royaume, fit à la cour, à Paris et dans les provinces, un effet qu'aucune bataille gagnée n'avait fait encore. M. le Duc, le prince de Gonti, M. de Vendôme et leurs amis trouvaient, en s'en retournant, les chemins bordés de peuple. Les acclamations et la joie allaient jusqu'à la démence. Les hommes portaient alors des cravates de dentelle, qu'on arrangeait avec assez de peine et de temps. Les princes s'étant habillés avec précipitation pour le combat, avaient passé négligemment ces cravates autour du cou : les femmes portèrent des ornements faits sur ce modèle ; on les appela des steinkerques. » (Voltaire, Siècle de Louis XIV.)
L'année suivante, Louis XIV eut une belle occasion de conquérir peut-être les Pays-Bas et la paix. Guillaume d'Orange s'aventura près de Louvain avec 50 000 hommes seulement. Louis était dans le voisinage avec plus de 100 000; toute l'armée comptait qu'un grand coup aJlait être frappé, mais on représenta au roi qu'il ne pouvait commettre sa personne aux hasards d'une bataille, et malgré Luxembourg qui se jeta, dit-on, à ses genoux, il déclara la campagne finie et retourna à Versailles. Mais de ce jour il ne parut plus aux armées. Sa réputation en souffrit beaucoup à l'étranger; de mordantes satires paraphrasèrent les vers fameux de Boileau :
Louis les animant du feu de son courage,
Se plaint de sa grandeur qui rattache au rivage.
Ce n'était pourtant pas le courage personnel qui lui man* quait. Sa tenue au camp était convenable : point d'élan, point non plus de timidité : il s'exposait suffisamment. Au siège de Namur, si l'on en croit Dangeau, des hommes furent blessés derrière lui.
Les victoires de Fleurus et de Steinkerque avaient livré à Luxembourg le Hainaut et la province de Namur : il pénétra dans le Brabant méridional; mais il rencontra encore devant lui Guillaume III, fortement retranché au village de Nerwinden, entre Liège et Louvain (29 juillet 1693). Peu de journées furent plus meurtrières ; Nerwinden fut emporté à deux
reprises par Tinfanterie, qui, pour la première fois, chargea résolument à la baïonnette : exemple que les régiments de Catinat suivirent deux mois après, à la Marsaille. Pendant quatre heures notre cavalerie resta sous le feu plongeant de 80 pièces de canon, et Guillaume, ne la voyant remuer que pour serrer les rangs à mesure que les files étaient emportées, s'écriait d'admiration et de dépit : « 0 Pinsolente nation !» Il y eut environ 20 000 morts, dont 12 000 du côté des alliés. « On pouvait peut-être, après ce succès, marcher sur Bruxelles et dicter la paix, on se contenta d'assiéger et de prendre Charleroi ; il est vrai que là nous tenions l'importante ligne de la Sambre, d'où une armée française domine les Pays-Bas et rend fort dangereuse toute tentative faite par l'ennemi contre la Flandre ou l'Artois.
La victoire de Nerwinden fut le dernier triomphe de Luxembourg, le tapissier de Notre-Dame, comme l'appelait le prince de Gonti à cause des nombreux drapeaux dont il avait décoré cette métropole. La campagne suivante ne fut marquée par aucun incident, et il mourut au mois de janvier 1695. Son successeur, le duc de Villeroi , ne sut rien faire de considérable, avec une armée de plus de 80 000 hommes; il n'empêcha même pas le prince d'Orange de reprendre Namur (août 1695j, Mais, en Espagne, Vendôme entra dans Barcelone (août ! 695) après un siège mémorable et une victoire sur l'armée de secours. L'année 1695 se passa sans événements militaires. Les alliés détruisirent nos magasins réunis à Givet, et les deux armées des Pays-Bas, tout occupées de vivre, ce qui leur était difficile, ne songèrent pas à attaquer.
Sur mer, Tourville avait vengé, en 1693, le désastre de la Hougue par une victoire dans la baie de Lagos, près du cap Saint- Vincent. Les années suivantes, les grands armements furent suspendus, parce que Seignelay était mort; mais des corsaires dont le nom est resté populaire, Jean-Bart, Duguay-Trouin, Pointis, Nesmond, désolèrent le commerce des Anglais et des Hollandais, qui, pour se venger, tentèrent des débarquements sur nos côtes et lancèrent des machines infernales contre Saint-Malo, ie Havre, Dieppe, Calais, Dunkerque *. Vaines et ruineuses menaces qui n'aboutirent
1. Les seuls corsaires de Dankerque vendirent dans cette gaerre pour plus de 23 millions de livres de prises faites sur les Anglais et les HoUan^
« qu'à casser des vitres avec des guinées. » Dieppe seule en souffrit. En Amérique, le comte de Frontenac défendit bravemenUe Canada en prenant de tous côtés l'offensive, quoique la province n'eût que onze à douze mille habitants, et que les colonies anglaises en eussent dix fois davantage. La baie d'Hudson et presque toute l'île de Terre-Neuve furent conquises.
Traité de Ilypirick (1699). — Cependant la guerre languissait ; tout le monde était épuisé. Une tentative d'assassinat contre Guillaume, qui devait être suivie d'une invasion française, ayant échoie, Louis proposa la paix. Charles II était près de mourir, cette fois pour tout de bon ; il ne laissait pas d'enfant, et la succession d'Espagne allait enfin s'ouvrir. Il importait au roi de dissoudre la coalition euro* péenne avant ce grand événement. Il montra une modération inaccoutumée ; il détacha d'abord de la ligue le duc de Savoie (1696), lui rendit toutes ses villes, même Pignerol,el lui proposa le mariage de sa fille avec le jeune duc de Bourgogne, fils du grand dauphin. En échange, le duc devait assurer la neutralité de l'Italie et au besoin joindre ses forces à celles de la France. La défection de Victor-Amédée décida les autres, et la paix fut signée à Ryswick, près de la Haye (octobre \69l). Louis XIV reconnut Guillaume III pour sour verain légitime d'Angleterre et d'Irlande. Il rendit ses nouvelles conquêtes, dans les Pays-Bas, dans l'Empire et en Espagne, à l'exception de Strasbourg, de Landau, de Longwy et de Sarrelouis, qu'il avait fait bâtir en 1680 pour défendre la vallée de la Sarre. Il permit aux Hollandais de tenir garnison dans les places les plus importantes de la Flandre, que les Espagnols ne semblaient pas capables de défendre contre lui. Il restitua la Lorraine, que la France occupait militairement depuis soixante années. Le tarif de 1667, si onéreux pour les Hollandais, avait été aboli au traité de Nimègue ; le droit de cinquante sous par tonneau le fut en 1697 ; de sorte qu'après avoir été ruiné par les impôts durant la guerre, le pays l'était par les traités quand venait la paix ; c'était le complet abandon de la politique commerciale de Colbert. Ces concessions, dont quelques-unes coûtèrent beaucoup à Tordais, et dans la snivante pour plas de 30 millions. C'est plus de 100 millions de francs d'aujourd'hai que la ville gagna, mais le double et le triple qire l'ennemi perdit.
gueil du grand roi, furent vivement blâmées : mais Louis espérait réparer la perte de quelques villes par l^acquisitioa d'un empire. En Amérique, le traité lui laissait toute la'baie d'Hudson et la moitié de Terre-Neuve.
Avéneaieiit d'an prince français an tr6ne d^Etpaipne * (1900). — Charles II languit encore trois années. A qui allait revenir son immense héritage? Les deux maisons de France et d^ Au triche, alliées depuis un siècle par des mariages à celle d'Espagne, y prétendaient Tune et l'autre*. Louis XIV ou Léopold régnant à Madrid , c'était une éventualité alarmante pour les puissances maritimes, la Hollande et l'Angleterre; c'était la destruction de l'équilibre européen. Alors Guillaume III proposa au cabinet de Versailles de partager à l'avance cette succession , qui n'était pas encore ouverte. Il y eut deux traités signés à la Haye. Le premier (1698) assignant la monarchie espagnole à un prince de Bavière, le Milanais àTarchiduc Charles, second fils de l'Empereur, les Deux-Siciles, quelques ports Toscans et le Guipuscoa au grand dauphin, avantages dérisoires ou dangereux. La maison royale y gagnait une couronne, mais la France eût été certainement entraînée, après celte acquisition, à courir encore les aventures au delà des mont^ Un second traité, après la mort du prince électoral de Bavière, donna l'Espagne à l'archiduc, et n'augmenta la part de la France que de la Lorraine, province qui, au premier coup de canon, tombait en notre pouvoir (1700). Ce n'était pas une compensation au danger de voir un Autrichien régner à Bruxelles et à Madrid *.
1 . Mignet, Négociations relatives à la auccesaion d^Espagne.
3. Louis XIV et Tempereur Léopold, tou» deux fils d'une infante d'Espagne, avaient tous deux aussi épousé une infante. Mais Aune d'Autriche et Marie-Ttiérèse, entrées dans la maison de France, étaient les aînées de Marie-Anne et de Marguerite-Thérèse, entrées dans la maison d'Autriche. Les fils et les petits-fils de Louis XIV avaient donc des droits supérieurs à ceux de Léopold, fils de Marie-Anne, et à ceux du prince électoral de Bavière. Ferdinand-Joseph, petit-fils de Mar^erite-Thérèse. Léopold objectait la renonciation de Marie-Thérèse. Mais les cortès espaenoles n'avaient point été appelées à la sanctionner, et elle était nulle a un autre point de vue, la dot de l'infante n'ayant pas été payée.
3. Ce qui eût rendu ces avantages moms dérisoires, c'eût été le succès des négociations entreprises à la suite de ces traités. Louis XIV demandait au duc de Lorraine d'échanger son duché contre le Milanais et au duc de Savoie, la Savoie et le Piémont contre les Deux-Siciles, Guillaume III consentait à ce que le dauphin eût la Savoie et la Sicile; le duc de Savoie, le Piémont et Milan; le duc de Lorraine, le royaume de Naples. {Uitres of WiUiam Itl and Louit XIV, and of their miniiters. Loodon, 1848, 2 vol. in-8.)
Ces traités, mauvais pour la France, n^eurent heureusement aucune suite. Le roi moribond avait été profondément irrité de ce démembrement de la monarchie proposé de son vivant et sans le consulter. Pour maintenir Pintégrité de ses États, il lui fallait tout donner à la France ou à TAutriche. L'Autriche fut mal servie par son ambassadeur à Madrid ; la France le fut bien par le marquis d'Harcourt, son ministre
Salle da Conseil à Versailles.
auprès de Charles II ; et ce prince appela au trône, par son dernier testament, Philippe, duc d*Anjou, deuxième fils du dauphin ; à son défaut ou sur son refus, le duc de Berry. son frère; en dernier lieu, Tarchiduc Charles (2 novembre 1700). Vingt-huit jours après il mourut. Il avait espéré sauver l'intégrité de la monarchie en intéressant Louis XIV à la défendre.
Louis XIV devait-il accepter le testament, ou s'en tenir au dernier traité de la Haye ? Un conseil extraordinaire fut assemblé : quatre personnes seulement y assistèrent avec le
266 DERNIÊRG PARTIE
roi, le dauphin , le duc de Beauvilliers » gouverneur des enfants de France, le chancelier de Pontchartraîn et le marquis de Torcy, ministre de» affaires étrangères. Celui-ci était un neveu du grand Colbert, fort habile et honnête; il reste de lui un mot qui mérite d'être cité à sa louange , mais non à celle de ses contemporains : • Le meilleur moyen de tromper les cours, c'est de dire toujours la vérité. » Les avis furent ~ rcy fît remarquer avec raison que le refus passer cette succession à l'Autriche, que nous assurait que des avantages illusoires j, que, d'ailleurs, l'Empereur ne l'accepteaurait la guerre , quelque décision qu'on la faire, ajouta-t-il, pour le tout que Louis XÏV demeura silencieux, et pendant ra sa résolution. Il l'annonça enfin en ces ijou : « Monsieur, le roi d'Espagne vous a 3 vous demandent , les peuples vous souconsens. Songez seulement que vous êtes » Il le présenta ensuite à sa cour en di- , voilà le roi d'Espagne.» (6 novembre emaines après, Philippe V partait pour Saint-Simon, le dix-huitième siècle s'ou- )n de France , par un comble de gloire et
BS*. »
ition contre la Praiice(1901-1 913), )a Haye. — Alors, comme aujourd'hui, X gra)[;i<;ls intérêts, Le premier, c'était que Itnie, afin qu'assurée de la paix sur sa jlle pût porter , au besoin, toutes ses forces au nord-est, où elle est plus vulnérable. Le second, c'était que la frontière du nord-est s'éloignât de Paris et que les Pays-Bas fussent au moins dans notre alliance. Le premier point semblait gagné par l'avènement au trône de Charles-Quint d'un Bourbon, que les Espagnols accueillaient avec enthousiasme et que les autres États reconna s-
I. Quant an mot : t H n*y a plus de Pyrénées, . en voici l'histoire. L'ambassadeur d'Espagne dit ces paroles rapportées par Dangeau : « Le voyage devient aisé, et présentement les Pyrénées sont fondues, » que le Mercure du lendemain (nov. noo, p. 237) traduisit en celles-ci : c Quelle joie, il n'y a plus de Pyrénées, elles sont abîmées, et nous oe sommes plus qu'un. > Du reste, ce mot exprimait bien la situation et le but de Louis XIV î s'il ne s'est pas trouvé sur les lèvres du roi, il était dans la pensée de tous.
saieirt. L*Eisipereiir protestait -et armait; mais seul il ne pouvait rien.
Le second but était plus difficile à atteindre , car ni l'Angleterre ni la Hollande ne voulaient voir les Français aux bouches de TEsoaut. Pour y arriver , il fallait beaucoup de ménagements et de prudence. Le roi, malheureusement, démasqua trop vite ses desseins et brava TËurope comme à plaisir. Malgré les clauses formelles du testament de Charles II, il n'exigea pas de Philippe V une renonciation au trône de France ; et, par des lettres patentes, données en décembre 1700, il lui conserva son rang d'hérédité entre le duc de Bourgogne et le duc de Berry : c'était rendre possible la réunion des deux monarchies, et montrer au monde effrayé la France et l'Espagne gouvernées un jour par le même roi, ce qui n'eût été bon ni pour l'une ni pour l'autre, et moins encore pour l'Europe. Un peu plus tard, il chassa les Hollandais des places qu'ils occupaient dans les Pays-Bas en vertu du traité de Ryswick, et les y remplaça par des garnisons françaises. Enfin, à la mort de Jacques II, il continua au prince de Galles, son fils, le titre de roi d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande, malgré les avis de tous ses ministres. Cette insulte faite au peuple anglais et à Guillaume III rendit la guerre inévitable.
Une troisième coalition se forma : ce fut la grande ligue de la Haye (septembre 1701), où entrèrent l'Angleterre, laHollande, l'Autriche, l'Empire, et un peu plus tard le Portugal, devenu l'ennemi de la France, depuis qu'un prince français était roi d'Espagne, depuis aussi que nos ports avaient été fermés à ses produits. Il ne resta d'autres alliés à Louis XIV dans toute l'Europe, que l'électeur de Bavière, à qui les Pays-Bas étaient secrètement promis, et les ducs de Modène et de Savoie, qui changeront bientôt de parti. L'Espagne était avec nous, mais, n^ayant ni soldats, ni argent, ni vaisseaux, « c'était un corps sans âme, dit Torcy, que la France devait alimenter et soutenir à ses dépens. »
Guillaume III vit à peine commencer cette guerre : il mourut au mois de mars 1702, mais sa politique lui survécut, parce qu'elle était nationale. Sous sa belle-sœur, Anne Stuart protestante, quoique fille de Jacques II, l'Angleterre continua à défendre ses libertés politiques et religieuses menacées par le roi que Louis XIV voulait lui imposer, et sa fortune com-
merdale menacée par Pempire de la maison de Bourbon sur tant d'États et sur tant de mers.
Marlboron^h ; le prince Bnir^Bei SelMslas. — Trois
hommes que leur haine contre la France a rendus célèbres, Heinsius, Marlborough et le prince Eugène, remplacèrent par leur étroite union le chef que la ligue venait de perdre. Heinsius était grand pensionnaire de Hollande, et il dirigea la république avec l'autorité d'un monarque, quand le stathoudérat eut été aboli, après la mort de Guillaume. Churchill, duc de Marlborough, avait fait ses premières armes sous Turenne. Il gouvernait la reine Anne par sa femme, le parlement par ses amis, le ministère par son gendre Sunderland, secrétaire d'Etat de la guerre, et par le grand trésorier Godolphin, beau-père d'une de ses filles. Le prince Eugène, né en France vers 1663, d'un comte de Soissons et d'une nièce de Mazarin, cette Olympe Mancini que Louis XIV avait un moment distinguée, appartenait à la maison de Savoie. Destiné à la carrière ecclésiastique, il préféra le métier des armes ; et, à dix-neuf ans, demanda un régiment à Louis XIV, qui refusa de faire un colonel de Vabbé de Savoie. L'Autriche l'accueillit mieux et l'envoya combattre en Italie contre Catinat. Après la paix de Ryswick, il résista aux Turcs , qui avaient envahi la Hongrie, et remporta sur eux, à Zeuta, une victoire signalée qui le plaça, dans l'opinion des contemporains, à côté du sauveur de Vienne, Sobieski (1697). Nommé alors président du conseil de guerre, préparant comme ministre les expéditions qu'il devait faire comme général, il eut une influence décisive sur les événements qui vont suivre. Par sa bonne entente avec Marlborough, il allait donner à la coalition européenne ce qui lui avait toujours manqué, l'union.
ttUnatlon de la France. — Pour triompher de si formidables adversaires, il eût fallu à la France les grands hommes de la génération précédente. Mais Louis les avait usés, et, dans l'atmosphère alourdie de Versailles, il n'en était pas né qui pussent les remplacer. Ainsi qu'une terre qui a trop produit, la France commençait à s'épuiser, les soldats allaient lui faire défaut, comme les généraux et les ministres. L'incapable Chamillard, créature de Mme de Main tenon, succombait sous le double fardeau des finances et de la guerre, qu'avaient eu peine à porter séparément deux hommes éminents, Golbert et Louvois. Le roi se promettait bien de le diriger
DU RèONE DE LOUIS XIV (1679-1715). 269
lui-même, et jamais, en effet, il ne montra plus d'activité, arrêtant les plans, et en réglant Texécution du fond de son eabinet. Mais ce fut un autre mal. Dans cette vie retirée, il ne connaissait plus si bien les hommes et les choses, c Les généraux, dit Voltaire, furent gênés par des ordres précis, comme des ambassadeurs qui ne devaient pas s'écarter de leurs instructions. Si le général voulait faire quelque grande entreprise, il fallait qu'il en demandât la permission par un courrier qui trouvait, à son retour, ou l'occasion manquée ou le général battu. » Cependant quelques-uns des chefs que la France avait encore, Villars, Gatinat, Boufflers, Vendôme, méritaient plus de confiance et plus de liberté. Il est vrai que les Villeroi, les Tallard, les Marsin, les la Feuillade, avaient besoin de conseils et de guides; mais ce ne fut pas ea tenant ces généraux à la lisière qu'on les empêcha d'infliger à nos armes d'irréparables désastres.
IPreiiières campai^Bes en Allemagne, en Italie et dnns les Pays-Bas (1901-1904). — Dans la pensée de Louis XIV, la guerre devait être défensive sur tous les points, accepté en Allemagne où l'électeur de Bavière appelait les Français. Boufflers fut envoyé aux Pays-Bas pour tenir tête à Marlborough, qui commandait l'armée anglo-batave ; Gatinat en Italie pour fermer l'entrée du Milanais au prince Eugène et aux Impériaux; Villars en Allemagne pour se joindre à l'électeur et marcher sur Vienne.
Pendant trois années (1701 à 1704) les succès se balancèrent. Cependant Marlbourough pénétra, en 1702, dans les Pays-Bas, malgré Boufflers qui, ayant affaire à deux armées, ne sut pas manœuvrer entre elles et abandonna sans combat les places de la Meuse jusqu'à Namur; du moins, il sauva Anvers l'année suivante par la victoire d'Eckeren sur les Hollandais. En 1701, le prince Eugène descendit de même dans la Lombardie malgré Gatinat, qui avait des forces supé. rieures, mais qui, mal obéi, trahi pçut-être par quelques officiers espagnols, ne l'empêcha pas de déboucher du Tyrol. Eugène menaça toute la ligne de l'Adige et franchit ce fleuve sans résistance à Gastelbaldo, dans la plaine, tandis que Gatinat l'attendait à Rivoli, dans les montagnes. Il força, au combat de Carpi (9 juillet), le passage du canal Blanc, où Gatinat eût pu encore l'arrêter, et le maréchal, troublé par des manœuvres aussi hardies que savantes, se retira derrière le liincio, plus loin encore <* rrière J'Oglio, ce qui ouvrait le
Milanais aux ennemis. La cour le destitua et donna son ariméeà Viïleroi*.
Yilleroi I défaite de Chiari (1701) ; surprise de CrémoDe (1902). -^ Ce protégé de Mme de Maintenoa était un bon courtisan, mais un détestable général. Dès son arrivée, il voulut prendre Poffensive. Catinat, qui avait consenti à servir sous lui, faisait des objections: c Je n*ai pas qualité d'être circonspect, » répondit Villeroi. Cette imper^ nence fut bien vite punie. Il repassa TOglio, espérant surprendre Eugène à Chiari, mais le duc de Savoie avertissait les Impériaux de tous nos mouvements. Villeroi, surpris lui* m me, fut battu (septembre 1701).
Cependant Tennemi ne pouvait s'avancer plus loin tant qu'il n'aurait pas la forte ville de Mantoue. Villeroi laissa le comte de Tessé y faire une très-belle défense, et prit ses quartiers d'hiver dans Crémone. Un jour qu'il y dormait en pleine sécurité, il est réveillé par des décharges précipitées ; il se lève à la hâte, sort de son logis et tombe dans un escadron d'Autrichiens. C'était Eugène qui, au cœur de l'hiver, avait tenté un coup de main sur Crémone. Il aurait réussi sans un régiment qui, dès quatre heures du matin, s'était réuni pour une revue de son colonel. L'ennemi, arrivé au milieu de la ville, fut rejeté hors des portes, mais il emmena le maréchal (février 1702)*. Vendôme leremplaça^
1. Catinat (1837-1712) était fils d'un conseiller au parlement. Il fat d'abord avocat ; mais ayant perdu une casse qu'il croyait juste, il quitta le barreau pour les armes. Il se fit remarquer au siège de Lille, en 1667, et t gagna une lieutenance ; mais il ne fut lieutenant général qu'en 1689, quoiqu'il se fût distingué à chaque campagne. Après Senef, où il fat grieyement blessé, Condé lui écrivit: c Perhonne ne prend plus que moi d'intérêt à votre blessure : il y a si peu de gens comme vous, qu'on perd trop quand on les perd. » Ce ne fut qu^après la victoire de la Marsaille qu'il obtint le bâLton ne maréchal. Au retour le roi Tentretint longuement et finit par lai
dire : « C'est assez parler de mes affaires; comment vont les vôtres?
Fort bien. Sire, grâce aux bontés de Votre Majesté. — Voilà, reprit le roi en se tournant vers les courtisans, le seul homme de mon royaume qai m'ait tenu un pareil langage. • Catinat, calme, réfléchi et l'ami des soldats, avait reçu d'eux le surnom de père la Pensée. Sa réputation militaire a peut-être été surfaite, la bonté de son caractère ne l'a point été. Il consentit, après avoir perdu son commandement, à servir sous les ordres de Villeroi et écrivait à ses amis : t Je me mettrai jusqu'au cou pour l'aider. » Mme de Maintenon contribua à sa disgrâce, c n ne servira plus, disaitelle ; le roi n'aime pas à confier le soin de ses affaires à ceux qui n'aiment pas Diett. » Catinat, en effet, n'aimait pas Dieu comme on l'aimait A Verî« sailles. Il mèurut dans une trèft-rnooe^te retraite à Saiât-ôratleii. mam portes de Paris.