‹ Histoire de France, Volume 13Chapitre 83 sur 96 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

Tension excessive de la situation. — Le roi opéré. — La détente. i686-*687. — Les suspects.

Tel le roi, telle la France. Elle subit toutes les variations de sa santé. La proscription s'aigrit avec le mal du roi. L'opération amène une détente subite, une faiblesse, une énervation générale. Résultat pitoyable qui n'est point d'amélioration. La Révocation, en 86, est une fureur; en 87, une affaire. On sursoit aux martyres, on se rue sur les biens.

Le roi, triste et violent, dans sa pénible attente, en lutte avec les chirurgiens qui, dès Tété, voudraient agir, en fait pâtir FEuropè. A la nouvelle de la ligue d'Augsbourg, quoiqu'on lui remontre humblement qu'elle est purement défensive, il fait sur le Rhin un acte agressif, plus qu'un acte, une fondation. C'est un fort qu'il bâtit sur la rive allemande, en face d'Huningue, et près de Bâle. Défi à la Suisse, défi à l'Empire. Tête de pont pour passer quand on voudra. Voilà pour le haut Rhin. Il y tenait déjà l'Alsace. Mais, plus bas, il réclamait une grande part du Palatinat au nom de la duchesse d'Orléans, sœur du duc de Bavière. Plus bas encore, il aurait eu Cologne, sous le nom de Furstemberg, son agent, son traître gagé, qui déjà lui avait fait ouvrir Strasbourg. Inimobile cette année-

LE RCH QPÉI^ — • lA DÉTÏNTB. 9S7

el ne pouvant chasser, il se lançait d'autant plus sar la carte avec Loavois, dans cette gntnée cfaaàse allemande. L'électeur de CSologne, qui se mcnirait, était aussi Tévéque de Liège, et ii avait eneare les évêchés d'Hildesheim et de Munster, en Westphalie. Lonvois par Fur stemberg qu'il allait faire élire de foroe, donnait tout cela au roi, la Meuse centrale et le bas Rhin. Il plongeait au co&ur de l'Empire. L'empiereur, occupé des Turcs et des Hongrois, n'y pouvait rien.

Le seul obstacle, e'était cette affaire intérieure de la Révocaticm que l'on disait finie et qui traînait. Elle était eependast menée avec vigueur. Mais Ton émigrait d'autant phis. L'argent fuyait par toutes les frontières. Les rd[>elles échappaient, tout au moins par la mort. Soumis de leur vivant, ils avaient la malice d'attendre l'agonaie po«r se dédire, rétracter tout et se dire protestants. Là^ une scène violente. Le confesseur faisait venir le juge au lit, et Ton signifiait à l'agonisant qu'il allait être traîné nu sur la claie. A Dijon, une femme y fut mise avant d'expirer (Elie B., 985-987).- A Arvert, près de la Rochelle, une demoiselle, près de se marier, meurt, et son pauvre corps, suivi do fiancé en larmes, repaît les yeux d'une foule er«ieUe. Ne l'ayant eue vivante, du moins il ne la quitta pas, la garda, et la nuit l'ensevelit de ses mains.

A Rouen, la dame Vivien est traînée, mais non enterrée. Trois jours durant, elle amusa les petits garçons du collège, écoKers des jésuites. A Canî, en Caux, un gardien fit une exhibition de la femme Diel, à tant par tête, pour voir le « corps d^une damnée. » Les personnes les plus respectables ne furent point exceptées. Le vicomte de Novion, vieil officier, la vénérable mademoiselle de Montalembert, qwi avait quatre-vingts ans, furent ignominieusement traînés. Tels enterrés d'abord, mais condamnés plus t«fd, furent, dans l'état le plus horrible, exhumés, pleins de vers, empestant i'air, effrayant la nature. Chacun fer-

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