‹ Histoire de France, Volume 14Chapitre 46 sur 48 · LOUIS · texte numérisé non relu

LOUIS

flMrt au cavdinal : « J6 »e sais pas ce que j'aurais fait, s'il < avait vécu ^hs longtemps. »

H s'occupait à lire des livres d'agrément dans ce loisir ; il fisâit surtout avec le connétable Colonne , qui avait de Yeèptii mwA que toutes ses sœurs. Il se plaisait aux vers et aux ronaos, qui , en peignant la galanterie et la grandeur, flattaient m seerel son caractère. Il lisait les tragédies de Gomeille , et M foraurit le goût , qui n'est que la suite d'un sens droit, et le sentiment proBfipt d'un esprit bien fait. La conversation de 6a mère et des dames de sa cour ne contribua pas peu I lui faire goAter cette fleur d'esprit , et à le former à cette politeese singuli^e, qui commençaient dès lors à caractériser la cour. Anne d'Autriche y avait apporté une certaine galanterie noUe et fière qui tenait du génie espagnol de ces lemps-là , et y avait joint les grices, la douceur et une liberté décente, qui m'étaient qu'«i France. Le roi fit plus de progrès dans cette école d'agréments depuis dix^nit ans jusqu'à vingt , qu'il n'en avait fiait dans les sciences sous son précepteur, Tabbé de Beaumont, depuis arfehevéque de Paris. On ne lui avait presque rien appris, il eût éfé à désirer qu'an noéins on l'eât instruit de l'histoire. Il était triste qu'on n'eût encore réussi que dans les romans inutiles, et que ce^ui était nécessaire M rebutant. On fit imprimer sous son nom une Trad^têm des Commentaires de César, et u»e de Flarus sous le nom de son frère : mais ces princes n'y eurent d'autre part que celte Savoir eu inutilement pour leurs thèmes quelques endroits de ces auteurs.

€elui qui présidait à l'éducation du roi, sous le premier maréchal de Villeroi , son gouverneur, était tel qu'il le fallait , savant et aimable : mais les guerres dviles nutûrent à

cette éducation » et le cardinal Mazarin souffrait volontiers qu'on donnât au roi peu de lumières. Lorsqu'il s'attacha à Marie Mandni, il apprit aisément Titalien pour elle ; et, dans le temps de son mariage , il s'appliqua à l'espagnol moins heureusement. L'étude qu'il avait trop négligée avec ses préc^ teurs, au sortir de l'enfance, une timidité qui venait de la crainte de se compromettre • et l'ignorance où le tenait le cardinal Mazarin , firent penser à toute la cour qu'il serait toujours gouverné conmie Louis XIII , son père.

Il n'y eut qu'une occasion où ceux qui savent juger de loin prévirent ce qu'il devait être (4) : ce fut lorsqu'on 4655 , après Textinction des guerres civiles , après sa première campagne et son sacre , le parlement voulut encore s'assembler au sujet de quelques édits. Le roi partit de Vincennes, en habit de chasse, suivi de toute sa cour; entra au parlemeiit en grosses bottes , le fouet à la main , et prononça ces propres mots : < On sait les malheurs qu'ont produits vos assemblées :

< j'ordonne qu'on cesse celles qui sont commencées sur mes

< édits. Monsieur le premer président, je vous défends de

< souffrir des assemblées et à pas un de vous de les deman- « der. »

Sa taille déjà majestueuse» la noblesse de ses traits, le ton et l'air de mattre dont il parla, imposèrent plus que l'autorité de son rang, qu'on avait jusque-là peu respectée. Mais ces prémices de sa grandeur semblèrent se perdre le moment d'après ; et les fruits n'en parurent qu'après la mort du cardinal.

La cour, depuis le retour triomphant de Mazarin , s'occupait de jeu , de ballets, de la comédie, qui , à peine née en

(1) C'est VuUaire qii parie*

LOïjrS XIV. 437

France , n'était pas encore un art , et de la tragédie , qui était devenue un art sublime entre les mains de Pierre Corneille. Un curé de Saint-Germain T Auxerrois avait écrit souvent à la reine contre ces spectacles dès les premières années de la régence. Il prétendit que l'on était damné pour y assister ; il fit même signer cet anathème par sept docteurs de Sorbonne ; mais l'abbé de Beaumont , précepteur du roi \ se munit de plus d'approbations de docteurs, que le rigooreux curé n'avait apporté de condamnations. Il calma ainsi les scrupules de la reine; et quand il fut archevêque de Paris , il autorisa le sentiment qu'il avait défendu éfant abbé. Vous trouverez ce fait dans les Mémoires de la sincère M"» de Motteville.

Le cardinal Mazarin, en 1646 et en 4654, fit représenter sur le théâtre du Palais-Royal et du Petit-Bourbon , près du Louvre, des opéras italiens, exécutés par des voix qu'il fit venir d'Italie. Ce spectacle nouveau était né depuis peu à Florence, contrée alors favorisée de la fortune comme de la nature , et à laquelle on doit la reproduction de plusieurs arts anéantis pendant des siècles , et la création de quelques-uns.

La danse, qui peut encore se compter parmi les arts (4) , parce qu'elle est asservie à des règles et qu'elle donne de la grâce au corps , était un des plus grands amusements de la cour. Louis XIII n'avait dansé qu'une fois dans un ballet en 1623; et ce ballet était d'un goût grossier, qui n'annonçait pas ce que les arts furent en France trente ans après. Louis XIV excellait dans les danses graves, qui convenaient à la majesté

(1) Le cardinal de Richelieo avait déjii donné des kllets; mais ils étaient sans goût, comme tout ce qu*on avait en de spectacles avant loi. Les Français , qni ont aojoBrd*liBi porté la danse à la perfection , n'avaient , dans la jeonesse de Lotis XIV, que des danses espagnoles , comme la sarabande , la pavane , etc.

byGoooIe

4S8 mSTOIRB DE FRANGE.

de sa figure» et c{ui ne Uessaient ps» celle de «A rang. Les coHrses de bagaee» qu'on faisait quelquefois , et oà Toa établit d^à une grande magnifieenee , faisaient paraître avee éclat son adresse 4 tous les exercices. Tout resiûrait les plaisirs et la magnificence qu'on connaissait alors. C'était peu de chose en coinpanûsoa de ce qu'on vit quand le roi régna par lui-même; mais c'était de quoi étonner, après les horreurs d'une guerre civile, et après la tristesse de la vie sombre et retirée de Louis XUl. Ce prince malade et diagrin n'avait été servi, ni logé, ni meublé en roi. U n'y avait pas pour cent mille écus de pierreries appartenantes à la couronne. Le cardinal Mazarin n'en laissa que pour douze cent mille; et aujourd'hui il y en a pour environ vingt millions de livres.

Tout prii , au mariage Ae Louis XIV , un caractère plus grand de magnificence et de goût , qui augmenta toujours depuis. Quand il fit son entrée arec la reine ton épouse , Paris vit avec une admiration respectueuse et ttttdre cette jeune reine, qui avait de la beauté, portée dans un char superbe d'une invehtion taouvelle; le roi à ebeval, à côté d'elle, paré de tout ce que l'art avait pu ajouter à sa beauté naile et héroïque , qui arrêtait tous les regards.

On prépara au bout des allées de Vincennes un are de triomphe dent la base était de pient ; mais le temps qui pressait ne permit pas qu'on l'acfaevit d'une onëère durable ; il nb fut élevé qu'en plitre ; et il a été depuis totalemenl dém^t. Claude Perrault en avait d<H)né le dessin. La porte Saint-Antoine fut rebâtie pour la même cérémonie ; monument d'un goût moins noble, mais orné d'assez beaux morceaux de sculpture. Tous ceux qui avaient vu, le jour de la batatlfe de Saiht- Ànioine , rapporter 4 P^is, par cette porte ^orsgarpie dune

herse, les corps morts ou mourants de tant 4^ citoyens, et qui voyaient cette entrée , si différente, bénissaient le ciel, et rendaient grâces d'un si heureux changement.

Le cardinal Mazarin., pour solenniser ce mariage , fit représenter au Louvre Topera italien intitulé Ercole amante. Il ne plut pas aux Français. Us n'y virent avec plaisir que le roi et la reine qui y dansèrent. Le cardinal voulut se signaler par un spectacle plus du goût de la nation. Le secrétaire d'état de Lionne se chargea de £aire composer une espèce de tragédie allégorique , dans le goût de celle de Y Europe , à laquelle le cardinal de Richelieu avait travaillé. Ce fut un bonheur pour le grand Corneille qu'il ne fût pas choisi pour remplir ce mauvais canevas. Le sujet était Lisis et Hespérie. Lisis signifiait la France , et JBespérie l'Espagne. Quinault fut chargé d'y travailler. Il venait de se faire une grande réputation par la pièce du Faux Tibérinus, qui, quoique mauvaise, avait eu un prodigieux succès. Il n'en fut pas de même de Lisis. On l'exécuta au Louvre. Il n'y eut de beau que les machines. Le marquis de Sourdiac , du nom de Rieux, à qui Ton dut depuis l'établissement de l'opéra en France , fit exécuter dans ce temps-là même , à ses dépens , dans son château de Neubourg, la Toism d'or de Pierre Corneille, avec des machines. Quinault, jeune et d'une figure agréable, avait pour lui la cour : Corneille avait son nom et la France.

Ce ne fut qu'un enchaînement de fêtes , de plaisirs, de gal^teries» depuis le mariage du roi. Elles redoublèrent à celui de Monsieur, frère du roi , avec Henriette d'Angleterre , sœur de Charles II ; et elles n'avaient été interrompues qu'en \ 661 , par la mort du cardinal Mazarin.

Quelques jmois après la mort de ce ministre, il arriva un

4iO HISTOIRE DE FRANCE

événement qui n*a point d'exemple ; et ce qui est moins étrange , c'est que tous les historiens Font ignoré. On envoya dans le plus grand secret au château de File Sainte-Marguerite, dans la mer de Provence , un prisonnier inconnu > d'une taille au-dessus de l'ordinaire , jeune, et de la figure la plus belle et la plus noble. Ce prisonnier, dans la route, portait un masque , dont la mentonnière avait des ressorts d'acier, qui lui laissaient la liberté de manger avec le masque sur son visage. On avait ordre de le tuer, s'il se découvrait. U resta dans nie jusqu'à ce qu'un oflBcier de confiance , nommé Saint- Mars , gouverneur de Pignerol , ayant été fait gouverneur de la Bastille , l'an 1 690 , l'alla prendre à l'île Sainte-Marguerite, et le conduisit à la Bastille, toujours masqué. Le marquis de Louvûis alla le voir dans cette ile avant la translatico, et lui parla debout, et avec une considération qui tenait du respect. Cet inconnu fut mené à la Bastille, où il fut logé aussi bien qu'on peut l'être dans le château. On ne lui refusait rien de ce qu'il demandait. Son plus grand goût était pour le linge d'une finesse extraordinaire , et pour les dentelles. U jouait de la guitare. On lui faisait la plus grande chère, et le gouverneur s'asseyait rarement devant lui. Un vieux médecin de, la Bastille , qui avait souvent traité cet homme singulier dans ses maladies, a dit qu'il n'avait jamais vu son visage , quoiiju'il eût souvent examiné sa langue et le reste de son corps. H était admirablement bieîi fait , disait ce médecin : sa peau était un peu brune; il intéressait par le seul ton de sa voix , ne se plaignant jamais de son état , et ne laissant point entrevoir ce qu'il pouvait être.

Cet inconnu mourut en 4 703, et fut enterré la nuit à la paroisse de Saint-Paul. Ce qui redouble l'étonnement, c'est que

quand on l'envoya dans l'île de Sainte-Marguerite, il ne disparut dans TEurope aucun homme considérable. Ce prisonnier Tétait sans doute, car voici ce qui arriva les premiers jours qu'il était dans l'île. Le gouverneur mettait lui-même les plats sur la table, et ensuite se retirait après l'avoir enfermé. Un jour le prisonnier écrivit avec un couteau sur une assiette d'argent, et jeta l'assiette par la fenêtre vers un bateau qui était au rivage presque au pied de la tour. Un pêcheur, à qui ce bateau appartenait, ramassa l'assiette, et la rapporta au gouverneur. Celui-ci étonné demanda au pêcheur : « Avez-vous € lu ce qui est écrit sur cette assiette, et quelqu'un Ta-t-il € vue^entre vos mains? — Je ne sais pas lire, répondit le pê- « cheur. Je viens de la trouver, personne ne l'a vue. » Ce paysan fut retenu jusqu'à ce que le gouverneur fût bien informé qu'il n'avait jamais lu, et que l'assiette n'avait été vue de personne. « Allez, lui dit-il, vous êtes bien heureux de ne savoir pas lire. » Parmi les personnes qui ont eu une connaissance immédiate de ce fait, il y en a une très-digne de foi qui vit encore. M. de Chamillart fut le dernier ministre qui eut cet étrange secret. Le second maréchal de La Feuillade, son gendre, m'a dit qu'à la mort de son beau-père, il le conjura à genoux de lui apprendre ce que c'était que cet homme, qu'on ne connut jamais que sous le nom de V homme au masque de fer: Chamillart lui répondit que c'était le secret de l'état, et qu'il avait fait serment de ne le révéler jamais.

Louis XIV cependant partageait son temps entre les plaisirs qui étaient de son âge, et les affaires qui étaient de son devoir. Il tenait conseil tous les jours, et travaillait ensuite secrètement avec Colbert. Ce travail secret fut l'origine de la catastrophe du célèbre Fouquet, dans laquelle furent enveloppés le secré-*

Laire d'Etat Guéoégaud, Pélisson, Gourville, et ^nl d'autres* La chute de ce ministre, à qui on avait bien moins de reproebes à faire qu'au cardinal Mazarin, fit voir qu'il n'appartient pas à tout le monde de faire les mêmes fautes. Sa perte était déjà résolue quand le roi accepta la fête magnifique que ce ministre lui donna dans sa maison de Vaux. Ce palais et les jardins lui avaient coûté dix-huit millions, qui en valent aujourd'hui environ trente-cinq (1). Il avait bâti le palais deux fois, et acheté trois hameaux, dont le terrain fut enfermé dans ces jardins immenses, plantés en partie par te Nostre, et regardés alors comme les plus beaux de l'Europe. Les eaux jaillissante^ de Vaux, qui parurent depuis au-dessous du médiocre après celles de Versailles, deMarly et de Saint-Cloud, étaient alors des prodiges. Mais quelque belle que soit cette maison, cette dépense de ^x-buit millions, dont les comptes existent encore, prouve qu'il avait été servi avec aussi peu d'économie qu'il servait le roi. Il est vrai qu'il s'en fallait beaucoup que Saint- Germain et Fontainebleau, les seules maisons de plaisance habitées par le roi, approchassent de la beauté de V^ux. Louis XIV le sentit et fut irrité. On voit partout, dans cette maison, les armes et la devise de Fouquet. C'est mt écureuil avec ces paroles : Quo non ascendatfi? Où ne monterai-je gaintf Le roi se les fit expliquer. L'ambition de cette devise te servit pas à apaiser le monarque. Les courtisans remarquèrent que l'écureuil était peint partout poursuivi par une couleuvre, qui était les armes de Colbert. La fête fut au-dessus de

(1) Les comptes qui le prouvent étaient 2i Yânx , aujourd'hui Yillars , en 1718 , et doivent y être «ilGore. M. le due de Tiltirs , ils du niar^al , conSmie ce fait. 8 e&t moins singulier qu'on ne pense. Vous voyez , dans les Mémoires de Vabhé de Choisyy que le marquis de Lotavois Ini disait, en lui parlant de^Meudon : Je wtssûr te quatolrzième mUlhn»

cdles que le cwlisal Mazarin avait données, iKm-sealement pour la magnificwce, mais pour le goût. On y représenta, pour la première fois, les Fûdéeux, de Molière. Pellisson ayait fait le prologue, qu'on admira. Les plaisirs publies cachent ou préparent si souvent à la cour des désastres particuliers, que^ sans la reine-mère, le surintendant et Pellisson auraient été arrêtés dans Vaux le jour de la fête. Ce qui augmentait le res* s^timent du roi, e*est que maden(U)iselle de La Vailière» pour qui le prince commençait à sentir une vraie pasùon , avait été un des objets des goûts passagers du surintendant, qui ne naàiageait rien pour les satis&ire. }{ avait oflert à mademoi* selle de La Vallière deux cent mille livres; et cette offre avaif été reçue avec indication, avant qu'elle eût aucun dessein sur le eoeur du roi. Le surintaràant, s'étant aperçu depuis quel puissant rival il avait, voulut être le confident de celle doBt U n'avait pu être le possesseur; et ceia même irritait encore.

Le roi, qui, dans uu premier mouvement d'indignation, avait été tenté de faire arrêter le sunqtendant, au milieu même de la fête qu'il m recevait, usa ensuite d'une dîssimulatioo peu néeessaice. On eût dit que ce monarque» d^jà tout-pui^ sant, eut craint le parti que Fouquet s'était &it.

Il était procureur-général du parlement; et cette charge lui donnait le privilège d'être jugé par tes cham|)r^ assemblées; mais, après que tant de princes, de maréchaux et de ducs avaientété jug^ par des commissaires, Qn ^t pu traiter comme euK un magistrat, puisqu'on voulait se servir de m voies extraordinaires, qui, sans être injustes, laissent toujours m soupçon d'injustice.

Coftert l'enga^, par un artifice peu honorable, à vepdr^ sa charge. On lui en offrit jusqu'à dix-huit eent niiUe livres,

4H inSTOlUfî DE FRANCE.

qui vaudraient trois millions et demi de nos jours; et par un malentendu il ne la vendit que quatorze cent mille francs. Le prix excessif des places au parlement, si diminué depuis, prouve quel reste de considération ce corps avait conservé dans son abaissement même. Le duc de Guise, grand chambellan du roi, n'avait vendu cette charge de la couronne au duc de Bouillon que huit cent mille livres.

C'était la Fronde, c'était la guerre de Paris qui avait mis ce prix aux charges de judicature. Si c'était un des grands défauts et un des grands malheurs d'un gouvernement longtemps obéré, que la France fût l'unique pays de la terre où les places de juges fussent vénales, c'était une suite du levain de la sédition, et c'était une espèce d'insulte faite au trône, qu'une place de procureur du roi coûtât plus que les premières dignités de la couronne.

Fouquet, pour avoir dissipé les finances de l'état, et pour en avoir usé comme des siennes propres, n'en avait pas moins de grandeur dans l'âme. Ses déprédations n'avaient été que des licences et des libéralités. 11 fit porter à l'épargne le prix de sa charge; et cette belle action ne le sauva pas. On attira avec adresse à Nantes un homme qu'un exempt et deux gardes pouvaient arrêter à Paris. Le roi lui fit des caresses avant sa disgrâce. Je ne sais pourquoi la plupart des princes afiectent d'ordinaire de tromper par de fausses bontés ceux de leurs sujets qu'ils veulent perdre. La dissimulation alors est rop|>osé de la grandeur. Elle n'est jamais une vertu, et ne peut devenir un talent estimable que quand elle est absolument nécessaire. Louis Xiy parut sortir de son caractère ; mais on lui avait fait étendre que Fouquet faisait de grandes fortifications à Belle- Isle» et qu'il pouvait avoir trop de liaisons au-dehors et au-

dedans du royaume. 11 parât bien, quand il fut arrêté et conduit à la Bastille et à Yincennes, que son parti n'était autre chose que l'avidité de quelques courtisans et de quelques femmes, qui recevaient de lui des pensions, et qui Toublièrent dès qu'il ne fut plus en état d*en donner, il lui resta d'autres amis, et cela prouve qu'il en méritait. L'illustre madame de Sévigné, Pellisson, Gourville, mademoiselle Scudéri, plusieurs gens de lettres, se déclarèrent hautement pour lui, et le servirent avec tant de chaleur^ qu'ils lui sauvèrent la vie.

On connaît ces vers de Hénault, le traducteur de LùcrècCy contre Colbert, le persécuteur de Fouquet :

Ministre avare et lâche , esclave malheureux , Qui gémit sous le poids des affaires publiques ; Victime dévouée aux chagrins politiques , Fanlômc révéré sous un titre onéreux ;

Vois combien des grandeurs le comble est dangereux , Contemple de Fouquet les funestes reliques ; Et , tandis qu'à sa perte en secret tu t'appliques , Grains qa*on ne te prépare un destin plus affreux :

Sa chute quelque jour te peut être commune. Crains ton poste , ton rang , la conr, et la fortune. Nul ne tombe innocent d'où Ton te voit monté.

Cesse donc d'animer ton prince j^ son supplice ; Et , près d'avoir besoin de toute sa bonté , Ne le fats pas user de tmte sa justice.

M. Colbert, à qui l'on parla de ce sonnet injurieux, demanda » le roi y était offensé. On lui dit que non : « Je ne le suis c donc pas, » répondit le ministre.

Il ne faut jamais être la dupe de ces réponses méditées, de ces discours publics que le cœur désavoue. Colbert paraissait modéré , mais il poursuivait la mort de Fouquet avec ackar-

nement. On peut être bon ministre, et vindicatif, il est triste

qu'il n'ait pas su être aussi généreux que vigilant.

Un des plus implacables de ses persécuteurs était Michel le Tellier, alors secrétaire d'état, et son rival en crédit. C'est celui-là même qui fut depuis chancelier. Quand on Ut son oraison funèbre, et qu'on la compare avec sa conduite, que peut^on penser, sinon qu'une oraisM funèbre n'est qo'mie déclamation? Mais le chancelier Ségnier, président de la commission , fut celui des juges de Fouquet qui poursuivit sa mort avec le plus d'acharnement , et qui le traita avec le plus de dureté.

Il est vrai que faire le procès du surintendant , c'était accuser la mémoire du cardinal de Mazarin. Les plus grandes déprédations dans les finances étaient son ouvrage. Il s'était approprié en souverain plusieurs branches des revenus de l'état. Il avait traité en son nom et à son profit des munitions des armées. « Il imposait ( dU Fouquet dans ses défenses ), « par lettres de cachet , des sommes extraordinaires sur les c généralités; ce qui ne s'était jamais fait que par lui et pour « lui , et ce qui est punissable de mort par les ordonnances. » C'est ainsi que le cardinal avait amassé des biens immenses, que lui-même ne connais^it plus.

J'ai entendu conter à feu M. de Caumartin, intendant des finances, que, dans sa jeunesse, quelques années après la mort du cardinal , il avait été au palais Maf arin , oà logeait le duc , son héritier, et la duchesse lîortense ; qu'il y vit une grande armoire de marqueterie, fort profonde, qui tenait du haut jusqu'en bas tout le fond d'un cabinet. Les defe en avaient été perdues depnis longtemps, et l'on avait négligé d'ouvrir les tiroirs. M. de Caumartin , étonné de cette négfi-

LOUIS XtV. «4t

génce , dit à la duchesse de Mazarin qu'on trouverait peut-être des curiosités dans cette armoire. On l'ouvrit : elle était toute remplie de quadruples, de jetons et de médailles d'or. Madame de Mazarin en jeta au peuple des poignées par les fenêtres pendant plus de huit jours.

L'abus que le cardinal Mazarin avait fait de sa puissance despotique ne justifiait pas lé surintendant; mais rirrégularité des procédures feites contre lui» la longueur de son procès, rachaniemeflt odieux du chancelier Séguier contre lui , le temps , qui éteint l'envie publique et qui inspire la compassion pour les malheureux; enfin les sollicitations, toujours plus vives, en faveur d'un infortuné, que les manœuvres pour le perdre ne sont pressantes, tout cela lui sauva la vie. Le procès ne fut jugé qu'au bout de trois ans , en 1664. De vingt-deux juges qui opinèrent , il n'y en eut que neuf qui conclurent à la mort; et les treize autres (<), parmi lesquds il y en avait à qui Gourville avait fait accepter des présents, opinèraat à un bannissement perpétuel. Le roi commua là peine en une plus dure. Cette sévérité n'était conforme ni aux anciennes lois du royaume , ni à cdles de l'humanité. G« qui révolta le plus l'esprit des citoyens , c'est que le chance* fier fit exiler l'un des juges, nommé Roquesante, qui avait le plus déterminé la chambre de justice à l'indulgence. I^ouquet fut enfermé au château de Pignerol. Tous les historiens disent qu'il y mourut en <080 , mais Gourville assure, dans ses Mémoires , qu'il sortit de prison quelque temps avant sa mort. Ainsi on ne sait pas où est mort cet infortuné, dont les moindres actions avaient de l'éclat quand il était puissant.

Le secrétaire d'éut Guénégaud , qui vendit sa charge à

(1) Voyex les Mémoires de GaurviUe.

Colbert, n en fut pas moins poursuivi par la chambre de justice , qui lui ôta la plus grande partie de sa fortune. Ce qu*il y eut de plus singulier dans les arrêts de cette chambre , c'est qu'un évêque d'Avranches fut condanmé à une amende de douze mille francs. Il s'appelait Bolëve ; c'était le frère d'un partisan dont il avait partagé les concussions.

Saint-Evremond, attaché au surintendant, fut enveloppé dans sa disgrâce. Golbert , qui cherchait partout des preuves contre celui qu'il voulait perdre , fit saisir des papiers confiés à madame du Plessis-Bellièvre; et , dans ces papiers, on trouva la lettre manuscrite de Saint-Evremond sur la paix des Pyrénées. On lut au roi cette plaisanterie, qu'on fit passer pour un crime d'état. Colbert , qui dédaignait de se venger de Hénault , homme obscur , persécuta , dans Saint-Evremond, Tami de Fouquet, qu'il haïssait, et le bel esprit, qu'il craignait. Le roi eut une extrême sévérité de punir une raillerie innocente , faite , il y avait longtemps , contre le cardinal de Mazarin , qu'il ne regrettait pas, et que toute la cour avait outragé, calomnié et proscrit impunément pendant plusieurs années. De mille écrits faits contre ce ministre , le moins mordant fut le seul puni , et le fut après sa mort. Saint-Evremond, retiré en Angleterre, y vécut et mourut en homme libre et philosophe.

Le nouveau ministre des finances, sous le simple titre de contrôleur-général, justifia la sévérité de ses poursuites, en rétablissant Tordre que ses prédécesseurs avaient troublé, et en travaillant sans relâche à la grandeur de l'état.

La cour devint le centre des plaisirs et le mod^e des autres cours. Le roi se piqua de donner des fêtes qui fissent oublier celles de Vaux.

Il semblait que la nature prit plaisir alors à produire en France les plus grands homines dans tous les arts, et à rassembler à la cour ce qu'il y avait jamais eu de plus beau et de mieux fait en hommes et en femmes. Le roi l'emportait sur tous ses courtisans par la richesse de sa taille et par la beauté majestueuse de ses traits. Le son de sa voix , noble et touchant, gagnait les cœurs qu'intimidait sa présence. Il avait une démarche qui ne pouvait convenir qu'à lui et à^n rang, et qui eût été ridicule en tout autre. L'embarras qu'il inspirait à ceux qui lui parlaient flattait en secret la complaisance avec laquelle il sentait sa supériorité. Ce vieil officier, qui se troublait , qui bégayait en lui demandant une grâce, et qui , ne pouvant achever son discours, lui dit : < Sire, je ne < tremble pas ainsi devant vos ennemis, >> n'eut pas de p^ne à obtenir ce qu'il demandait.

Le goût de la société n'avait pas encore reçu toute ^perfection à la cour. La reine-mère, Anne d'Autriche , commençait à aimer la retraite. La reine régnante savait à peine le français , et la bonté faisait son ^ul mérite. La princesse d'Angleterre, belle-sœur du roi, apporta à la cour les agréments d'une conversation douce et animée , soutenue bientôt par la lecture des bons ouvrages et par un goût sur et délicat. Elle se perfectionna dans la connaissance de la langue, qu'elle écrivait mal encore au temps de son mariage. Elle inspira une émulation d'esprit nouvelle , et introduisit à la cour une politesse et des grâces dont à peine le reste de l'Europe avait l'idée. Madame avait tout l'esprit de Charles II, son frère, embelli par les charmes de son sexe, par le don et par le désir de plaire. La cour de Louis XIY respirait une galanterie que la décence rendait plus piquante. Celle qui régnait à la cour T xiv, 29

byCoûole

450 HISTOIRE DE (ItÀNCE.

de Charles H était plus hardie, et trop de grossièreté en déshonorait les plaisirs.

Il y eut d'abord entre Madame et le roi beaucoup de ces coquetteries d*esprit et de cette intelligence secrète, qui se remarquèrent dans de petites fêtes souvent répétées. Le iroi lui envoyait des vers; elle y répondait, n arriva que le même homme fut h la fois le Confident du roi et de Madame dans ce commerce ingénieux. C'était le marquis de Dangeau. Le roi le chargeait d'écrire txiur liii \ et la princesse l'engageait à répondre au ^oi. Il les servit aitasi tous deux, sans laisser soupçonner à l'un qu'il fût employé par l'autre ; et ce hit une des causes de ûsl fortuné.

Cette intelligeUce jeta des alahnes dans la femille royale. Le rbl réduisit Féclat de ce coihmerce à un fonds d'estime et d'amitié qui ne s'altéra jamais. Lorsque Madame fit depuis travailler Raicitle et Corneille h la tragédie de ^^^i^«, elle avait en vtae tibn-séulement la rupture du roi avec le connétable Colonne , mais le frein qu'elle-même avait mis à son propi'e ^enckatat , de petar qu'il ne devint dangereux. Louis XIT est assez désigné dans ces deux vers de la Bérénice de Racinb :

Qa*en qnélqoe obseirité que le sort reût ftdt nattre, Le monde , en le voyant , eût reconnu son maître.

Ces amusements flrbnt (ilace à la passion plus sérieuse et plus suivie qu'il eut pouir mademoiselle de la Vallière, fille d'honneur dié Madame. H goûta avec elle le bonheur rare d'être aimé uniquement pout* lui-même. Elle ftit deux ans l'objet caché de tous les amusements galants et de toutes les fêtes que le roi donnait. Un jeune valet de chambre du roi, nommé Belloc , composa plusieurs récits , qu'on mêlait à des danses ,

tantôt chez la reine, tantôt chez Madame; et ces récits exprimaient avec mystère le secret de leurs cœurs, qui cessa bientôt d'être un secret- Tous les divertissements publics que le roi donnait étaient autant d'hommages à sa maîtresse. On fit , en 1 66SI , un carrousel vis-â-vis des Tuileries, dans une vaste enceinte, qui en a retenu le nom de place du Carromel 11 y eut cinq quadrilles. Le roi était à la tête des Romains ; sbn frère , des Persans; le prince de Condé, 'des Turcs; le duc d'Enghien , son fils, des Indiens; le duc de Gûise , des Américains. Ce duc de Guise était petit-fils du Balafré. Il était célèbre dans le monde par l'audace malheureuse avec laquelle il avait entrepris de se rendre maître de Naples. Sa prison, §es duels , ses amours romanesques , ses profusions , ses aventures , le rendaient singulier en tout. Il semblait être d'un autre siècle. On disait de lui , en le voyant courir avec le grahd Condé : Voilà les héros de l'histoire et de la fable.

La reine-mère , la reine régnante , la reine d'Angleterre , veuve de Charles I", oubliant alors ses malheurs , étaient sous un dais à ce spectacle. Le comte de Saulx , fils du duc de Lesdiguières , remporta le prix, et le reçut des mains de la reinemère. Ces fêtes ranimèrent plus que jamais le goût des devises et des emblèmes que les tournois avaient mis autrefois à la mode, et qui avaient subsisté après eux.

Un antiquaire , nommé d'Ouvrier, imagina dès-lors pour Louis XIV l'emblème d'un soleil dardant ses rayons sur un globe, avec ces mots : Nec pluribus impar. L'idée était un peu imitée d'une devise espagnole faite pour Philippe II , et plus convenable à ce roi , qui possédait la plus belle partie du nouveau monde et tant d'états dans f ancien , qu*à un jeune

45â HISTOIRE DE FRANCE.

roi de France , qui ne donnait encore que des espérances. Cette devise eut un succès prodigieux. Les armoiries du roi , les meubles de la couronne, les tapisseries, les sculptures, en furent ornées. Le roi ne la porta jamais dans ses carrousels. On a reproché injustement à Louis XIV le faste de cette devise , comme s'il Tavait choisie lui-même ; et elle a été peutêtre plus justement critiquée pour le fond. Le corps ne représente pas ce que la légende signifie , et cette légende n*a pas un sens assez clair et assez déterminé. Ce qu'on peut expliquer de plusieurs manières ne mérite d'être exph'qué d'aucune. Les devises, ce reste de l'ancienne chevalerie, peuvent convenir à des fêtes, et ont de l'agrément quand les allusions sont justes , nouvelles et piquantes. Il vaut mieux n*en point avoir que d'en souffrir de mauvaises et de basses , comme celle de Louis XIII; c'était un porc-épic avec ces paroles: Qui s*y frotte, s'y pique. Les devises sont, par rapport aux inscriptions , ce que sont des mascarades en comparaison des cérémonies augustes.

La fête de Versailles, en 1 664 , surpassa celle du carrousel par sa singularité , par sa magnificence et les plaisirs de Tcsprit qui, se mêlant à la splendeur de ces divertissements , y ajoutaient un goût et des grâces dont aucune fête n'avait encore été embellie. Versailles commençait à être un séjour délicieux , sans approcher de la grandeur dont il fut depuis.

Le 5 mai , le roi y vint avec la cour, composée de six cents personnes , qui furent défrayées avec leur suite , aussi bien que tous ceux qui servirent aux apprêts de ces enchantements. Il ne manqua jamais à ces fêtes que des monum(3nts construits exprès pour les donner, tels qu'en élevèrent les Grecs et les Romains; mais la promptitude avec laquelle on

construisit des théâtres , des amphithéâtres, des portiques, ornés avec autant de magnificence que dégoût, était une merveille qui ajoutait à Fillusion , et qui , diversifiée depuis en mille manières , augmentait encore le charme de ces spectacles.

Il y eut d'abord une espèce de carrousel. Ceux qui devaient courir parurent le premier jour comme dans une revue; ils étaient précédés de hérauts d'armes , de pages , d'écuyers , qui portaient leurs devises et leurs boucliers; et sur ces boucliers étaient écrits en lettres d'or des vers composés par Périgny et par Benserade. Ce dernier surtout avait un talent singulier pour ces pièces galantes , dans lesquelles il faisait toujours des allusions délicates et piquantes aux caractères des personnes , aux personnages de l'antiquité ou de la fable qu'on représentait, et aux passions qui animaient la cour. Le roi représentait Roger; tous les diamants de la couronne brillaient sur son habit et sur le cheval qu'il montait. Les reines et trois cents dames, sous des arcs de triomphe > voyaient cette entrée.

Le roi , parmi tous les regards attachés sur lui , ne distinguait que ceux de mademoiselle de la Vallière. La fête était pour elle seule; elle en jouissait, confondue dans la foule.

La cavalcade était suivie d'un char doré de dix-huit pieds de haut, de quinze de large, de vingt-quatre de long, représentant le char du soleil. Les quatre âges , d'or, d'argent, d'airain et de fer, les signes célestes , les saisons , les heures , suivaient à pied ce char. Tout était caractérisé. Deskbergei^ portaient les pièces de la barrière , qu'on ajustait au son des trompettes, auxquelles succédaient par intervalle les musettes et les violons. Quelques personnages , ([ui suivaient le char

454 HlSTOiaE DE FHANCE.

d* Apollon y vinrent d*abord réciter aux reines des vers convenables au lieu , aux temps , au roi et aux dames. Les coprses iinies , et la nuit venue, quatre mille gros flambeaux éclairèrent l'espace oii se donnaient les fêtes. Des tables y furent servies par deux cents personnages, qui représentaient les Saisons, les Faunes , les Sylvains , les Dryades , avec des pasteurs , des vendangeurs , des moissonneurs. Pan et Qiane avançaient sur une montagne mouvante, et en descendirent pour faire poser sur les tables ce que les campagnes et les forêts produisent de plus délicieux. Derrière les tables , en demi-cercle, s*éleva tout d'un coup un théâtre chargé de concertants. Les arcades qui entouraient la table et le théâtre étaient ornées de cinq cents girandoles vertes en argent , qui portaient des boifgies; et une balustrade dorée ferpiait cette vaste enceinte.

Ces fêtes, si supérieures à celles qu'on invente dans les romans, durèrent sept jojurs. Le roi remporta quatre fois le prix des jeux , et laissa dispu^r ensuite aux autres chevaliers les prix qu'il avait gagnés , et qu'il leur abandonnait.

ï^a comédie de l(i Princesse d'Plidey quoiqu'elle ne soit pas une des meilleures de Molière, fut un des plus agréables ornements de ces jeux , par une infinité d'allégories fines sur les mœurs du temps, ef par des à-propos qui font l'agrément de C(Bs fêtes, mais qui sont perdus pour la postérité. On était encore très-entêté, à la cour, de l'astrologie judiciaire; plusieurs princes pensaient, par une superstition orgueilleuse, que la natfire les distinguait jusqu'à écrire leur destinée dans les astres. Le duc de Savoie, Victor- Amédée , père de la duchesse de Bourgogne, eut un. astrologue auprès de lui, même après son abdication. Mohère osa attaquer cette illusion dans

Wl}\S XIV. #55

le$ 4mmts v^agnifiques , jou^ daqe; uw filtre fétç , en 4 ^70.

Qn y voit 4ussi un fou da cour, ^insi que dans fa Princesse d'Elide. Ces misérables étaient encore fort à I9 ipqcle. C*iétait un reste de barbarie, qui a duré plus longtemps en Allemagne qu'ailleurs. Le besoin des aùiusements , l'impuissance de s'en procurer d'agréables et d'honnêtes dans les temps d'ignorance et de mauvais goût, avaient fait imaginer ce triste plaisir, qui dégrade l'esprit humain. Le fou, qui était alors auprès de Louis XIV, avait appartenu au prince de Condé ; il s'appdait l'ÂDgeli. Le comte de Gramont disait que de tous les fous qui avttent suivi noonsieur le prince, il n'y avait que l'Angeli qui eût fait &>rtune. Ce bouffon ne manquait pas d'écrit. C'est lui qui dit qu'ii n'ollait pas au seryfion , parce qu'il n'aimait pas le brailler, et qu'il n'etitendait pas le raisonner.

La farce du Mariage forcé fut aussi jouée h c^te fête. Mais ce qu'il y ait de véritaUement adn^irable , ce fut (4 premièric représentation des trois premiers acte^ liu Twpufe. (.e w voulut voir ce chef-d'œuvre avant ^éme qu'il fût achevé. )1 le protégea d^uis contre les faux déydts, qui ivoulurent intéresser la terre et le ciel pour le supprimer; #t U subsisterai crauoe on Ta déjà dit ailleurs, tant qu'il y aura en France du goût et des hypocrites (1).

(1) On vient de lire le jugement de Voltaire. Voici celui de Napoléon à Sainte- Hélène :

« L^empeceur nous a lu I9 Jm'tufe , laaisU n'a pu Tac^^Ter, il se sentait trop fatigué : il a posé le livre , et après le juste tribut d*éloges donné à Molière , il a terjminé d*une manière à laquelle nous ne nous attendions pas. « Certainement , a-t-il dit , l'ensemble du Tartufe est de main de maître ; c'est un des chefs-d'œuvre d'un homme inimitable. Toutefois cette pièce porte un tel caractère , que je ne suis pas étonné que son apparition ait été l'objet de fortes négociations à Versailles et de beaucoup d'hésitation dans Louis XIV. Si j'ai le droit de joi'étonner de quelque chose ,

45e HISTOIRE DE FRANCE.

On se souvient encore de plusieurs traits de ces allégories de Benserade, qui ornaient les ballets de ce temps-là. Je ne citerai que ces vers pour le roi représentant le soleil :

Je doQte qa'on le prenne avec vous sur ie ton

De Daphné ni de Phaéton , Lui trop ambitieux , elle trop inhumaine. Il n'est point U de piège où vous paissiez donner :

Le moyen de s'imaginer Qu'une femme vous fuie, et qu'un homme vous mène?

La principale gloire de ces amusements , qui perfectionnaient en France le goût , la politesse et les talents, venait de ce qu'ils ne dérobaient rien aux travaux continuels du monarque. Sans ces travaux , il n'aurait su que tenir une cour, il n'aurait pas su régner; et si les plaisirs magnifiques de cette cour avaient insulté à la misère du peuple , ils n*eussafit été qu'odieux ; mais le même homme , qui avait donné ces fêtes , avait donné du pain au peuple dans la disette de 1 662. U avait fait venir des grains , que les riches achetèrent à vil prix, et dont il fit des dons aux pauvres familles à la porte du Lou« vre; il avait remis au peuple trois millions de tailles; nulle partie de Tadministration intérieure n'était né^igée; son gouvernement était respecté au-dehors. Le roi d'Espagne, (rfrfigé de lui céder la préséance ; le pape , forcé de lui faire satisfaction ; Dunkerque , ajouté à la France par un marché glorieux pour l'acquéreur et honteux pour le vendeur ; enfin , toutes ses démarches , depuis qu*il tenait les rênes, avaient

c'est qu'il l'ait laissé jouer : elle présente , à mon avis, la dévotion sous des couleurs si odieuses ; une certaine scène oflTre une situation si décisive , si complètement indécente , que pour mon propre compte je n'hésite pas à dire que , si la pièce eût été faite de mon temps , je n'en aurais pas permis la représentation. » Bossuet était de Tavis de Napoléon.

été ou nobles ou utiles : il était beau , après cela, de donner des fêtes.

Le légat a latere^ Ghigi , neveu du pape Alexandre VII, venant , au milieu de toutes les réjouissances de Versailles , faire satisfaction au roi de l'attentat des gardes du pape, étala à la cour un spectacle nouveau. Ces grandes cérémonies sont des fêtes pour le public. Les honneurs qu'on lui fit rendaient la satisfaction plus éclatante. Il reçut sous un dais les respects des cours supérieures , du corps de ville , du clergé. 11 entra dans Paris au bruit du canon, ayant le grand Condé à sa droite et le fils de ce prince à sa gauche , et vint dans cet appareil s'humilier devant un roi qui n'avait pas encore tiré Tépée. U dîna avec Louis XIV après l'audience, et l'on ne fut occupé que de le traiter avec magnificence , et de lui procurer des plaisirs. On traita depuis le doge de Gênes avec moins d'honneurs , mais avec ce même empressement de plaire, que le roi concilia toujours avec ses démarches altières.

Tout cela donnait à la cour de Louis XIV un air de grandeur qui effaçait toutes les autres cours de l'Europe. Il voulait que cet éclat , attaché à sa personne , rejaillit sur tout ce qui l'environnait ; que tous les grands fussent honorés , et qu'aucun ne fût puissant , à commencer par son frère et par Monsieur le Prince. C'est dans cette vue qu'il jugea en faveur des pairs leur ancienne querelle avec les présidents du parlement. Ceux-ci prétendaient devoir opiner avant les pairs, et s'étaient mis en possession de ce droit. 11 régla , dans un conseil extraordinaire, que les pairs opineraient aux lits de justice, en présence du roi, avant les présidents, comme s'ils ne devaient cette prérogative qu'à sa présence ; et il laissa subsister l'ancien usage dans les assemblées qui ne sont pas des lits de justice.

4M HISTOIHG DE FRANCE.

Pour distiDgoer ses prineipaux courtisan» , il avait iavaiU^ des casaques bleues ^ brodées d*or et d^argeut. La permission fie les porter était uue graade grâce pour de^ hooMues que la vanité mène. On les demandait presque comme le collier da Tordre. On peut remarquer, puisqu'il est in^i question de petits détails , qu on portait alors des C£^ques par-dessps un pourpoint orné de rubans ; et sur cette casaque passait m baudrier, auquel pendait Tépée. On avait une espèce de rab«(t à deptelles, et un chapeau orné de deux rangs de plumes. Cette mode, qui dura jusqu'à Tannée 46S4, devint cdlfi de toute TËurq)e, exc^ de TEspagne et de la Pologne. On se piquait déjà presque partout d'imiter la cour de Louis XIY.

U étaUit dans sa maison un ordre admirable» r^la les rangs et les fonctions, créa des charges nouvelles auprès de sa personne , comme celle de grand maître de sa garda-robe. U rétablit les tables instituées par François I**, et les augmenta. Il y en eut douze pour les officiers commensaux , ^rvies avec aiOapt de propreté et de profosipn que celles de beaucoup de souverains : il vouhiit que les étrangers y fussent tous invités : cette attention dura pendant tout son règne. II ei^ eut une autre plus recherchée et plus polie en^pre. Lorsqu'il eut f^it bâtir les pavillons de Marly, eu 1679, toutes les jdames trouvaient dans leur appartement une toilette complète ; rien ^ pQ qui appartient à un luxe commode n'était oublié : quiconque était du voyage pouvait donner des repas dans scm appa^t^* ment : on y ^tait servi avec la même délicatesse que 1§ maUr^- Ces petites choses n'acquièrent du prix qii^e quai)4 ^^ ^^ soutenues par les grandes. Dans tout ce qu'il faisait, Qp voyait de la ^>lendeur et de la générosité. H faisait présent de deux cent mille francs aux filles de ses ministres à leur ^nariage.

LOUIS XIY, 459

Ce qpi lui don^a dans TEurppe )e plus d'éclat, ce fut une libéralité qui n'avait point d'exemple. L'idée lui en vint (l'un discours du duc de Saint-Âignan, qui lui conta que le cardinal de Richelieu avait envoyé des présents à quelques savants étrangers qui avaient fait son éloge. Le roi n'attendit pas qu'il fût loué; fnais» sûr de mériter de Tétre, il recommanda à ses ministres Lionne et Colbert de choisir un nombre de Français et d'étrangers distingués dans la Uttérature, auxquels il donnerait des marques de sa générosité. Lionne ayant écrit dans les pays étrangers , et s'étant fait instruire autant qu'on le peut dans cette matière si délicate, oii il s'agit de donner des préférences aux contemporains, on fit d'abord une liste de soixante personnes : les uns eurent des présents , les autres des pensions, selon leur rang , leurs besoins et leur mérite. Le bibliothécaire du Vatican , Allacci ; le comte pratiani , secrétaire d'État du duc de Modène ; le célèbre Yiviani, mathématicien du grand duc de Florence ; Vossius , l'historiographe des Provinces-Unies ; l'illiistre mathématicien Huyghens; un président hollandais en Suède ; enfin, jusqu'à des professeurs d'Altorf et deHelmstadt, villes presque inconnues des Français, furent étonnés de recevoir des lettres de M. Colbert, par lesquelles il leur mandait que si le foi n'était pas leur souverain , il les priait d'agréer qu'il fût leur bienfaiteur. Les expressions de ces lettres étaient mesurées sur la dignité des personnes ; et toutes étaient accompagnées, ou de gratifications considérables , ou de pensions.

Parmi les Français » on sut distinguer Racine, Quinault, Fléchier, depuis évêque de Nîmes, encore fort jeunes : ils eurent des présents. Il est vrai que Chapelain et Cotin eurent des pensions ; mais c'était principalement Chapelain que le

ministre Colbert avait consulté. Ces deux hommes , d'ailleurs si décriés pour la poésie, n'étaient pas sans mérite. Chapelain avait une littérature immense ; et , ce qui peut surprendre, c'est qu'il avait du goût, et qu'il était un des critiques les plus éclairés. Il y a une grande distance de cela au génie. La science et Tesprit conduisent un artiste , mais ne le forment en aucun genre. Personne en France n'eut plus de réputation de son temps que Ronsard et Chapelain. C'est qu'on était barbare dans le temf s de Ronsard , et qu'à peine on sortait de la barbarie dans celui de Chapelain. Costar, le compagnon d'études de Balzac et de Voiture , appelle Chapelain le premier des poètes héroïques.

Boileau n'eut point de part à ces libéralités ; il n'avait encore fait que dés satires , et l'on sait que ses satires attaquaient les mêmes savants que le ministre avait consultés. Le roi le distingua quelques années après , sans consulter personne.

Les présents faits dans les pays étrangers furent si considérables, que Viviani fit bâtir à Florence une maison des libéralités de Louis XIY. Il mit en lettres d'or sur le frontispice : jEdes a Deo datœ : allusion au surnom de Dieu-donné j dont la voix publique avait nommé ce prince à sa naissance.

On se figure aisément reffet qu'eut dans l'Europe cette magnificence extraordinaire , et si l'on considère tout ce que le roi fit bientôt après de mémorable, les esprits les plus sévères et les plus diflSciles doivent soufl^rir les éloges immodérés qu'on lui prodigua. Les Français ne furent pas les seuls qui le louèrent. On prononça douze panégyriques de Louis XIV en diverses villes d'Italie ; hommage qui n'était rendu ni par la crainte, ni par l'espérance, et que le marquis Zampieri envoya au roi.

n continua toujours à répandre ses bienfaits sur les lettres et sur les arts. Des gratifications particulières d'environ quatre mille louis à Racine , la fortune de Despréaux, celle de Quinault, surtout celle de LuUi, et de tous les artistes qui lui consacrèrent leurs travaux , en sont des preuves. Il donna même Drille louis à Benserade, pour faire graver les tailles-douces de ses Métamorphoses d'Ovide en rondeaux : libéralité mal appliquée, qui prouve seulement la générosité du souverain. Il récompensait dans Benserade le petit mérite qu'il avait eu dans ses ballets.

Plusieurs écrivains ont attribué uniquement à Colbert cette protection donnée aux arts, et cette magnificence de Louis XIV : mais il n'eut d'autre mérite en cela que de seconder la magnanimité et le goût de son maître. Ce ministre , qui avait un très-grand génie pour les finances, le commerce , la navigation, la police générale , n'avait pas dans l'esprit ce goût et celte élévation du roi ; il s'y prétait avec zèle , et était loin de lui inspirer ce que la nature donne.

On ne voit pas, après cela, sur quel fondement quelques écrivains ont reproché Tavarice à ce monarque. Un prince qui a des domaines absolument séparés des revenus de l'État, peut être avare comme un particulier; mais un roi de France, qui n'est réellement que le dispensateur de l'argent de ses sujets, ne peut guère être atteint de ce vice. L'attention et la volonté de récompenser peuvent lui manquer ; mais c'est ce qu'on ne peut reprocher à Louis XIV.

Dans le temps même qu'il commençait à encourager les talents par tant de bienfaits , l'usage que le comte de Bussy fit des siens fut rigoureusement puni. On le mit h la Bastille en 1 665. Les Amours des Gaules furent le prétexte de sa pri-

4è2 HISTOIRE DE PRÀNCE.

son. La véritable cause était cette chanson où le roi était trop compromis, et dont alors on renouvela le souvenir pour perdre Bussy, à qui on l'imputait :

dite Déodatos est keiureu De baiser ce bec amoureux Qui d*aiie oreille à Tautre va !

Allehila.

Ses ouvrages n'étaient pas assez bons pour compenser lé mal qu'ils lui firent. Il parlait purement sa langue : il avait du mérite, mais plus d'amour-propre encore; et il ne se servit guère de ce mérite que pour se faire des ennemis. Louis XIV aurait agi généreusement s'il lui avait pardonné : il vengea son injure personnelle en paraissant céder au cri public, cependant le comte de Bussy fut relâché au bout de dix-huit mois ; mais il fut privé de ses charges, et resta dans la disgrâce tout le reste de sa vie, protestant en vain à Louis XIV une tendresse que ni le roi ni personne ne croyaient smcère.

LE CARDINAL Dfi MCHELIËU.

Armaiid-Jean Du Plessis , cardinal , premier dac de klcbeliea , naquit à Paris le 5 septembre 158$ ; sa famille, l'une des plas anciennes de Poitou , était alliée aux plus grandes maisons de France , et même à la famille royale. Il est fait mention de plusieurs de ses aleùx dans les fastes de la monarchie. Dès le règne de Philippe-Auguste , on remarque un Laurens du Plessis , qui suivit ce prince en Palestine , s'y distingtia par ses exploits, et fut seigneur de Loriaque en Chypre. Sous les rois Jeanlt et Charles V, Guillaume du t^Iessis, troisième du hoin, ne se signala pas itaoihs par sa valeur que par sa fidélité. En mourant , il déshérita ceux dé ses enfonts qui prendraient parti pour les Anglais.

François du PlessUs, (Quatrième du nom, seigneur de Richelieu, et père du cardinal» avait été, dit-on , page de Charles IX. Â la bataille de Mo'ntcontour, il sauva la vie au due d'Ânjoti, depuis Itenri lit. H s'attacha k ce prince, qui, lorsqu'il fut appelé au trône de Pologne, l'envoya en avant pour recevoir le serment de ses nouveaux sujets, Après la mort de Charles IX , le duc d'Anjou , devenu roi de France , lui confia son projet de quitter subitement ta Pologne, et trouva en lui autant de prévoyance que de résolution. Henri tfl le chargea de plusieurs négociations importantes, et Te fit grand prévôt de France. A la journée des Barricades , François du Plessis garda la Porte- Neuve et protégea la retraite dû roi. En 1586 , il fut créé chevalier du Saint-Esprit. Henri III ayant été assassiné, il embrassa franchement la cause de Henri lY, combattit à Arques et à Ivry, éontribua ii la réduction de plusieurs places , et se distingua surtout an siège de Paris. Sa conduite mérita souvent les éloges d'un roi qui savait si bien apprécier la valeur, et qui le récompensa en lui donnant le commandement d'une compagnie de ses gardes. Du Plessis ne put pas même prendre possession de cette nouvelle charge , les fatigues de la guerre avalent ruiné sa santé ; il mourut à Conesse, le 10 juillet, 1590, li TSige de quarante-deux ans. H avait épousé Suzanne de Laporte, et laissait trois fils et deux filles : l'aîné, Henri, marquis de Richelieu , suivit la carrière des armes, devint maréchal de camp, et fht tué en duel par le marquis de Thémines, en 1618.

Le deuxième , Alphonse , entra dans les ordres , fut nommé évêque de Luçon , et quitta bientôt ce siège pour se faire chartreux. Armand-Jean , son frère cadet, étant devenu principal ministre de Louis XIII, le tira du clottre, lui fit donner, en 1628, le

chipeta de eardinal, quoique, d'après la règle établie par Sixte-Quint, deux frères oe dussent jamais portée la pourpre en même temps ; enfin , ii fut grand aumônier de France et chevalier de l'ordre du Saint-Esprit, en 1652.

Françoise, fille atnée de François du Plessis, épousa d'abord Jean de Beauveau de Pimpean , et se maria eo secondes noces à René de Vignerod , seigneur de Pontcosrlay. NicoUe , sa sœur cadette , fut mariée à Urbain de Maillé , seigneur de Brété, capitaine des gardes de la reine-mère jusqu'en 1630 ; puis, capitaine des gardes de Louis XIII et maréchal de France.

Armand-Jean , troisième fils de François du Plessis , n'avait que cinq ans lorsqu'il perdit son père. II resta sous la tut^e de sa mère, qui, après lui avoir fait enseigner I^ premiers éléments des belles-lettres par le prieur de Saint-Laurent, le mit en pension an collège de Navarre , et , au bout de quelque temps , le fit passer à celui de Lisieux, où il termina sa philosophie.

On ne sait pas que , dans le cours de ses premières études, rien ait annoncé ce qa*ii serait un jour ; du moins, les mémoires du temps gardent le silence à cet égard. Aubesy lui-même , admirateur si passionné du cardinal , et qui a écrit son histoire en 1660, d'après les notes fournies par la famille , ne donne aucun détail intéressant sur la première jeunesse de son héros.

Comme on le destinait aux armes, on l'envoya i l'académie, an sortir do collège, et il y entra sous le nom de seigneur de Chilien. Au miliea des exercices qui absorbaient presque tout son temps, on remarqua qu'il n'abandonnait point la culture des lettres; il y consacrait quelques heures chaque jour. Il était encore à l'académie lorsqoe sou frère Alphonse abandonna l'évéché de Luçon pour se retirer chez les chartreux. La famille de Richelieu était peu riche ; elle ne voulait point laisser échapper cet éyêché, dont elle était en possession depuis longtemps. Le marquis de Richelieu, qui, par ses propres services , et surtout par ceux de son père , jouissait d'un assex grand crédit 11 la cour, obtint la nomination du roi pour son jeune frère : celui-ci , sans regretter l'état militaire, prit la soutane et se livra avec ardeur aux études théologiques. Ses dispositions naturelles et un travail assidu le mirent bientêt en état de soutenir ses thèses en Sorbonne ; étant évêque nommé , le jeune Armand se présenta aux actes en rochet et en camail, étonna l'assemblée par la vivacité de son esprit, par la facilité de son élocution , par la force de ses raisonnements , et fut reçu docteur tout d'une voix.

Ce premier succès lui fit sentir qu'il était né pour en obtenir de plus importants. Mais il ne se laissa point éblouir par les éloges qu'on lui prodiguait ; et , malgré son extrême jeunesse , il jugea qu'il ne parviendrait pas k sortir de la classe commune, s'il ne préparait lui-même son élévation en redoublant de zèle et de travail. Promu si jeune à l'épiscopat, les premières dignités ecclésiastiques s'offraient à son ambition; mais il fallait qu'il se fit un nom parmi les évéques de France, afin de pouvoir profiter des chances de fortune qui devaient nécessairement se présenter. Armand résolut donc d'approfondir la science de la théologie ; il se retira k la campagne , dans les environs de Paris, avec un savant docteur de Louvain, et y resta pendant deux années entières, travaillant plus de huit heures par jour. 11 s'exerça principalement à la controverse :

c'était par lli qne le cardinal da Perron s'était onrert le d^mia des grandeurs.

Cependant, le jenne évéqae faisait solliciter à Rome l'expédition de ses bulles. Le cardinal da Perron, et le marquis d'Ârlincoart , ambassadeur de Fiance près le Saint- Siège, agissaient en sa favenr par ordre exprès du roi. Mais, comme il entrait à peine dans sa vingt-deoxième année , le pape Paul V faisait difficulté de lui accorder la dispense d'âge. L'affaire traînant en lonpenr, Richelieu se décida à aller lui-même il Rome ; il fut admis à l'audience du pape , et le harangua en latin avec tant d'habileté, que Paul V lui fit expédier sur-le-champ ses balles , disant hautement que la grâce de- Biandée était aa-dessous du mérite da jeune prélat. Il fut sacré par le cardinal de Gi- ▼ry, le 17 a?ril 1607; il avait alors vingt-un ans« sept mois, douze jours. Plusieurs historiens ont répété, après Yittorio Siri , que l'évéque de Lnçon , dans sa harangue» trompa le pape sur son âge ; qu'il demanda pardon de cette supercherie lorsqu'il eut été sacré, et que Paul Y le lui accorda en riant, et en disant que ce jeune évéque était doué d'an rare génie , mais qu'il avait l'esprit fin et délié. Cette anecdote ne soutient pas l'examen : les balles étaient sollicitées depnis longtemps, non-seulement par Richelieu, mais par le cardinal du Perron et par l'ambassadeur de France. Le pape ne pouvait ignorer l'âge du jeune évéque, puisque c'était le seul obstacle à Texpédilion des balles. Les pièces avaient donc nécessairement été mises sous les yeux «le Paul Y, et l'affaire discutée devant lui ; il avait dû s'en occuper d'autant plus sérieusement, qu'elle lui était recommandée par le roi de France, dont la médiation lui était nécessaire pour accommoder son différend avec les Yénitiens. Ainsi, il est également impossible et qo» l'évéque de Luçon ait essayé de tromper le pape, et que le pape ait été trompé. Noas n'avons parlé de cette anecdote que peur avoir occasion de faire remarquer que les ennemis du cardinal de Richelieu ont répandu les bruits les plus ridicules et les plus absurdes sur plusieurs circonstances de sa vie, et que ces bruits ont été rapportés sans examen par beaucoup d'historiens, soit pour satisfaire leur haine personnelle, soit ponr flatter la malignité du public, toujours trop disposé à recueillir les traits qui peuvent ternir la gloire des grands hommes.

Après son sacre, l'évéque de Luçon revint â Paris, où il fut très-bien accueilli par le roi, qui l'appelait familièrement son évéque, mais qui ne chercha point à le. retenir il la cour. Le jeune prélat partit pour son diocèse , dont l'administration parut Toccoper entièrement. Son activité natnrelle s'y exerça sur les abus, qu'il poursuivit sans relâche ; et l'on pût dès-lors distinguer en lui cet esprit d'ordre et cette force de volonté qui assurèrent plus tard le succès de ses desseins.

Aussitôt qu'il eut appris la mort de Henri lY ( 1610 ), il se rendit k Pans, espérant trouver quelques chances favorables dans les changements qui ne pouvaient manquer de s'opérer â la suite de ce funeste événement. Afin de se faire connaître, il se livra à la prédication : ses sermons attirèrent les personnes les plus considérables de la conr ; la reine même parla avec beaucoup d'éloges au jeune orateur, mais elle ne fit riei ponr loi, et il fut encore obligé de retourner dans son diocèse. Pendant le séjctur qa'il y fit, il se lia avec François Leclerc du Tremblfy, capucin , connu sous le nom de P. Joseph. Ce religieux , h l'âge de vingtnieax ans , avait renoncé à une fortune bril* laBle , refusé on établissement avantageux , et résisté aux instantes soIUcitations de M T. XIV. 80

M« HISTOIRE Dii FRANCE.

Mèi«; pour enbrafleer h vie monastique. Ses talents et son Eéie rataient éleyé prom|>tement aax dignités de son ordre ; il s'était Ait nne grande répotatien en prèdiant avec énergie contre les désordres qoi s'étaient introdaits dans T^ise, et snrtont dans les eenvents, ^ la faveur des guerres civiles. Les religienses de rœavre de Fontevrailt , toochées de ses sermons, l'avaient elles-mêmes prié de travailler h la réforme de leir eomnranauté. Il s'en était occupé avec succès; mais, ponr consolider son ouvrage , il voulait que M** d'Orléans sueeédlt comme abliesse à M** de Bourbon , et cette princesse s'y refusait.

Le P. Joseph alla consulter l'évéque de Luçon , qui se trouvait alors dans sm prieuré des Roches, près Fontevrauk. Dès les premières conférences, ces deux hommes surent s'appréeter; le religieux , plus Igé que le prélat, reconnut sa supériorité ei s'attachant à lui ; il lui laissa tout fhenneur de raccommodement , et , dans cette dreonstance comme dans tontes les astres, il se contenta du rôle secondaire. On dit même que lorsqu'ils allèrent ensemble à la eour ponr rendre compte de cette ai&ire, le P. Joseph peignit l'évéque de Luçon, ^ la reine, comme nn homme d'un mérite supéflenr, et en état de rendre les plus grands services.

Cependant, il ne parait pas que Marie de Médieis ait cherché k retenir près d'dk le jeune prélat, qui fut renvoyé dans son évèehé, où il resta jusqu'^ l'assemblée des États^jénéraux de 1614. Richelieu, nommé député de son ordre, fut chargé de présealer les cahiers dn clergé au roi. Dans sa harangue , qui a été imprimée , et qui est une les meilleures du temps, on remarque : 1* qu'il pria instamment le roi de laisser l'administration des alÂures ii la reine Marie de Médieis, sa mère; 2* qu'il se plaignit da ce qu'il n'y avait aucun prélat dans le conseil du roi. Lorsqu'il fut parvenu an nl- ■islère , on relut oette harangue avee une onriosité maligne , et l'on crat s'apercevoir ^'il avait eu en vue beaucoup plus ses propres intérêts que ceux de son ordre M dn royaume. Après les états, Ricbelien resta à Paris. Lors de ses précédents Toyages, il avait essayé vainement de marcher sur les traces du cardinal du Perron ; le succès de ses sermons ne lui avait valu que des éloges stériles. Ses amis lui préseataient les négociations et les Intrigues de eour comme des moyens pins sdrs et plus fwmptê pour arriver à la fortune. Il suivit leurs conseils, se lia avec Barbin , alors soasirinistre , et plus tard contrôleur-général des finances , fit assidûment la conr an maréebal d'Ancre , alors toit-pnissant , et ne négligea rien fwt se rendre agréable ^ Mvie da Médieis, qui, depuis la majorité dn roi, conservait toute l'autorité. Cette princesse, dont il avait habilement flatté l'ambition dans sa harangue comme orateur dm clergé, le it grand aumônier de sa maison. U obtint peu de temps après , par la faveur dn maréuM d'Ancre, la permission de vendre cette charge ii l'évéque de Langres, en tira ne i considérable, qui le mit en état de vivre avec splendeur et d'attendre les événe- . Chaque jour il voyait augmenter son orédit, et les fections qui agitaient la ccnr M présentaient l'eecaslMi de fidre rauarquer son habileté. La reine ^ le mniéeha] d'Ancre commencent k le consnltir sur les afSiires les pins teportantes; Il sit se

rendre nécessaire, et fut neniDé eoimelHer d'État vers la fin de 1615.

La leine et le maréciol 4'Anore se treundeat idors dans une pesttton dtfteie. Lès pfriMes,qnis*élideBlfigaéSMieeanMMeiN«tde i6M eMrtre Marie de MédMs it

NOTES. »ftr

mu fïïHtif et qt*<Ni n'afait apilséa q«*en km aeiierdaBl tout ee qu'il demadilMit (traité ée Sainte-ManelMMld , i5 mai 1614 ), étefèreot Meiit6t de iioweHes ^rMM- Ikutt. Ua araiMt fondé de grandes espérances sur les ÉUrts-GéBéraax, doàt ils ayatent exifé la eontocatieB. Troupes dans lenr attente , ils se retirèrent de la eenr et poMlèMnt de tanfiaits aianifestas. Les méantents et les ^lifionnalresi abeeurant de toutes parts prH d'enx, les mirent en état de lutter contre Tautorité reyale. Une armée avait été ■feeisaire ponr ^ retéger la mariehe du roi , lorsqu'il étstt aUl épeoser Anne d'AutrIeNe k Bordeaux^ et terminer le mariage d'ÊUsabeth , sa sœur, atec le Éls de Philippe III. At retoif de cette expédition , le P. losepli atalt entamé ded liégodations atec les prtaees réants k Saint-Kaixent.

Le tiatéelial de Brls^ et Tfllertfy S'étaient rendus près d'eux pour traiter an nom de ta reine-mère ; et , après de longues conférences , on aralt signé k Lettdnn , dans les premiers jours de mai 161 G, une paix encore plus favorable aux mécontents que eeHe de sainte Méneliould.

Il ne paràtt pas que l'évéque de Lu^en ait pris ancufae piH k ce traité , qu'il bUiïîe hautement. « Les princes , dit-il , reçurent de grands dons et HScompenses du roi « au Heu de ta punition qu'Us avaieÉt méritée; aussi ne liff^rènt-ils pas k Sa Maje^ la fol qu'ils lui fendaient si dièrement^ ou, l'IIS la lui litrèrent, ce ne fot pas polir longtemps. » En eiet , le prince de Gondé , qui s'était engagé k venir résider k la eour, restait dans le Berri , dont il ayatt «èCeftr le goutemement par le traité de LoQdui. Marié le Médidt , après lui aroir Inutilement envoyé plustènrs déj[)uté8, Ht partir l'étéque de Lnçon, qui déelda enfln le retour du prinee. .Mais k peine fut-if arrivé , qu'il forma de nouvelles cabales , et ne garda plus aucun ménagement avec ta Mne-mère , se croyant asset fort pour Ik braver impunément. Parmi les ministres , quelques-uns étalait , en searet « disposés k le servir; d'autres n'osaient se déclarer eontre lui. N'ayant d'abord demandé qu'k partager le pouvoir, il prétendait Tusurper entièrement et reléguer Marie dans un monastère. On dit même qu'il convoitiAt la eotrenne; et, si, comme quelques Mémoires le rapj[)ortent, le nnrt barre àhaê^ tmm parmi ses partisans, cette opinton acquiert beaucoup de probabilité.

Le danger devenait pressant : on ne pouvait y édiapper que par un acfe de tlgoeur; h prison des princes fat résolue , et plusieurs historiens remarquent que l'é- Véque de Luçon fut un de ceux qui contribuèrent le plus k fisiire prendre eétte détermination ; mais on concerta si mal les moyens d'exécution que le prinee de Condé flènl fut érrété ( premier septembre 1616 ) ; les autres princes sortirent de Paris, et se retirèrent dans les provinces , où ils comptaient le plus de partisans. La reine avait besoin d'hommes habiles , fermes et dévoués , pour tenir tête k l'orage. Pfosieuts de ses ministres , qui , jusqu'alors , n'avaient trouvé d'autres moyens de ramener les mécontents que de leur accorder tout ce qu'ils demandaient , voulurent encore suivre le même système. Dès le 6 octobre, ils envoyèrent des députés aux princes; et, le 16 , ils ârent pidilier une déclaration, dans laquelle il était dit qu'on ne les considérait pas comme coupoles , et qu'tn les tenait tous pour bons serviteurs du roi; mais cette déclaration ne fit qu'augmenter l'audace des révoltés; de nouvelles tentatives ne fnieit pas pfan hemreises. lUtheheti, chargé d'Hier négocier auprès Ai

te àt Meven , revint um atoir obieiia de Ini ancme réponse satisCiisante , et les prteees eoBneaçaient déjà les hostilités sor plnsieiirs points. Lt reine-mère se décida alors il appeler an ministère Tévêque de Lnçon , et à lui donner la principale direction des affaires ( 30 novembre 1616 ). Peu de jours auparavant , il avait été désigné pour une ambassade extraordinaire en Espagne. G<^ mission était d'une bante importance; elle était de nature à tenter l'ambition de Richelieu, qui d'ailleurs , suivant qnelqnes Mémoires , voulait étudier la force de la monarchie espagnole, dont il prcjetait déjà l'abaissement Mais , conune il le dit lui-même :lly » pe»ie jetmet gent pU pitUsetU refkêer fécUU ffune charge qui promet faveur et emploi, tout ensemble. Il n'hésita donc pas à accepter, lorsque le maréchal d'Ancre vint lui propo* ser le ministère de la part de la reine. Le favori , qui avait l'intention de le mettre entièrement dans sa dépendance, eiigeait qu'il se défit de son évèché de Luçon; Richelieu s'y refusa , et dès-lors le maréchal le vit de mauvais ceil.

La commission de secrétaire-d'état lui fut expédiée le ZO novembre; par d'autres lettres patentes du même jour, le roi lui donna la préséance an conseil sur tous les antres secrétaires-d'état.

A peine Richelieu fut-il entré au ministère , que le gouvernement , jusqu'alors faible et incertain dans sa marche , prit une attitude imposante ; les princes et les autres chefs des mécontents furent sommés de rentrer dans le devoir, et on se mit en mesure pour les réduire , s'ils essayaient de résister. Pendant qu'on levait des troupes , on envoyait des négociateurs habiles en Angleterre , en Allemagne , en Hollande , et on ~ ôtait ainsi aux rebelles tout espoir de secours de la part des puissances étrangères; on s'assurait en même temps des chefs des protestants, toujours disposés à fidre cause commune avec les révoltés. Les sommations n'ayant produit aucun effet, et les troupes étant prêtes , les princes sont déclarés criminels de lèse-majesté ; trois armées se mettent en mouvement contre eux , et les attaquent à la fois dans la Champagne , dans le Berry et dans l'Isle de France. Les hostilités commencèrent le 17 février, et le 17 avril, les rebelles , battus sur tous les points , chassés de leurs places fortes , n'avaient plus d'autres ressources que de solliciter la clémence du roi. Un événement imprévu changea subitement la face des choses. Les princes , réduits à la dernière extrémtté par la fermeté du ministre , avaient entamé des négociations secrètes avec de Luynes , favori de Louis XIII , et l'avaient trouvé disposé à les seconder. De Lnynes faisait entendre an monarque que les princes n'étaient pas révoltés contre l'autorité royale , mais contre la puissance sans bornes du maréchal d'Ancre , qui gouvernait sons le nom de la reine-mère ; il lui représentait cet étranger parvenu comme la seule cause de tous les troubles , et lui inspirait le désir de sortir de l'espèce de tutelle dans laquelle on le tenait. Le jeune prince se laissa séduire par les discours de son jeune favori , et lui permit d'agir. Luynes était redevable de sa fortune au maréchal ; mais il avait contre lui , suivant l'expression de Richelieu , une haine d'envie , la plus maligne et la plus cruelle de toutes. Son âge , sa frivolité apparente , le dévouement absolu qn'tl témoignait à la reine-mère et aux Gonchini, éloignèrent les soupçons, et le maréchal d'Ancre fut tué à la porte du Louvre, le %4 avril 1617, sans que l'on eût en le moindre indice dn complot.

Ce eomplot «vait non-seBlement pour bot de se défaire da maréchal , mais d'enlever le pooTok ^ la reine-mère et à ses partisans. Depuis qu'il avait refusé de résigner son évècbé, Richelieu était mal avee les Gonchini , qui ne dissimulaient point la haine qu'ils lui portaient.

Sadiant quel était leur ascendant sur l'esprit de Marie de Médicis, et ne voulant pas s'exposer k une chute honteuse , satisfait d'ailleurs d'avoir, dans nn ministère de qnelqies mois, soumis les princes avec lesquels on avait jusqu'alors été obligé de traiter, il insistait pour que la reine acceptAt sa démission au moment où la catastrophe édata. Luynes n'ignorait pas la position de l'évéque de Luçon avec le maréchal d'Ancre; il crut donc pouvoir lui faire abandonner facilement le parti de la reinemère, et se l'attacher. U lui ménagea un accueil favorable , et lui fit conserver l'entrée an conseil. Mais Richelieu voyait rentrer en faveur ceux qu'il avait remplacés an ministère quelques mois auparavant ; ne pouvant espérer ni autorité ni crédit , il demanda et obtint la permission de suivre Marie de Médicis, dont l'éloignement était résohi. Cette princesse , retirée à Blois , le fit chef de son conseil et surintendant de sa maison. Richelieu n'accepta qu'après avoir encore obtenu l'agrément du roi et du Caivori , et se conduisit à Blois avec une extrême circonspection. Mais son séjour près de la reine-mère , et la confiance entière qu'elle lui témoignait snflisaient pour donner de l'ombrage.

Un mois s'était à peine écoulé, qu'il reçut ordre de se retirer dans son prieuré de Gourtay, et, peu de temps après, d'aller résider à Luçon. En vain aifeeta-t-il d'y vivre dans la retraite , et de ne s'occuper que des affaires de son diocèse et de la composition d'ouvrages théologiques , ses ennemis ne l'accusèrent pas moins de diriger les intrigues de la cour de la reine-mère , et prétendirent qu'il serait impossible de maintenir la paix dans le royaume , tant qu'il resterait en France. Cependant Ri* chelieu ne négligeait rien pour prévenir le coup dont il était menacé. Le père Amoux ayant prêché devant le roi contre la profession de foi des protestants , et les ministres de Charenton ayant écrit au jeune monarque une lettre dans laquelle ils attaquaient violemment l'église catholique , sous prétexte de défendre la leur, l'évéque de Lufon leur répondit de sa retraite , et publia un ouvrage intitulé : La défense des prhtdpaux points de notre créance contre la lettre des quatre ministres de Charenton, adressée au roi. Cette démarche devait être agréable à la cour, qui avait ordonné les poursuites contre les auteurs de la lettre. Richelieu avait en outre écrit directement an roi afin de détruire les soupçons qu'on élevait sur sa fidélité. Sa lettre , qui se trouve dans Aubery, est rédigée avec beaucoup d'art , mais elle ne produisit aucun eflet; ses ennemis l'emportèrent , et, an commencement du mois d'avril 1618 , ils le firent reléguer à Avignon , où il devait attendre les ordres du roi. Richelieu ne se laissa potet abattre par cette nouvelle disgrâce, qu'il n'avait pas méritée; il ne songe qu'au moyen d'abréger le terme de son exil. Voulant persuader ii ceux qui le redoutent, comme homme d'état, qu'il a renoncé aux afiaires pour ne s'occuper que de théologie, il compose et fait imprimer un second ouvrage qui a pour titre : ^instruction 4u okré^ tien; il se lie avec le vice-légat Bagny, qui fait agir Paul Y en sa fiivear. Le pape représente avec force qu'on éTé4|Qe ne pett être ainsi temi loin de soi dioeèse ; et

m HISTOIRE MB FRANCE.

fl ■• diwiflMle fétiA le tif tetém f«*U prind au K^* Wr* Mi mUiritUtoiff léittcéèi, on kéiiUU Meore à pemettr* «w RidM^lieft aUàt réiÉder à Uim. Les (ir<^nsUiices le senrireat mieux qi'an si ptiisMit firoteeteer; elles le reaàraH lèeessaire , et le ârent appeler au momeiit où il Tespérait le moiw.

Marie 4e MédksiB, relé|iiée à Blois, était acc^yét d'oetirifes par le favori; on p^)8erifait tovs ses serviteirs, oa flétrissait toes les actes de ses administratioii, m la déskoBonit aex yen de totte la Franae et de l'étranger, es la préseatant estant l'aaiqae aatear de teas les laaax ^ai anieat déaolé le Doyaams. En vaia deauadaitalle à Toir soa fiU, afla de se jastifier; oa la resserrait ekaqae joar davaaiage, oa r«tf4Nirait d'espions; il ae lai était plas permis de sortir de la vilie; see proaseasdei éUdaat limitéss; oa parlait de lai dter le gaafocaameat de Normandie, doat cUa était poarrae ; oa ae eashait même pas le projet de l'enfermer daas an monastàee oa daas an cfaltean-fort. Cette amlhearease priaoessa , a'ayaat pa flédûc ses eaaemis par les dédaratiooa les plas kmalliaates qa'oa avait exifées d'oUe , et vl»yant toats l'étendae da danger qai la menaçait, aeeepta les offres dn due d'Eperoon , goareraêor de Mets , et de qnelqaes aatess seigaeors méeoateats. Soirie d'aae seide de sis teannes, elle se saava du ehltaaa de Blois an miliea de la nait, < février 1619 ) par anefeaUre,! l'aide d'aaé éckelle , soiiit é pied de la ville, moata ea carnase km des mars , et alla jusqu'à Montricbard , n'ayant avec elle que ciaf penoanes. A Moalridiard , eHa troava l'abbé de Baocelay et l'archevéqae de Toaloaae , iUs da doc d'fipenoa ( dopais cardiaal de La Valette ), qai la coadaisirent à Loches, oà étett lé dac d'EpeoMm , et vit btantét se rénair aaloar d'eUe aa grand nombre deaeigaean qai étaient iaipatients de seeoaer le joag da fiurori.

Layaes , teaant ea priaoa le priaee do Goadé , se croyaat sâr de la pecsoaae de la reinoHDère , proitaft de l'abaissement oi h» grands avateat été réduits par Riche- Mon , et ne vopit plus rien qui pât b^anœr son autorité ; il Cut attéré qoand il apprit l'évasion de Marie de fMiois. Le nooibM des mécontents, qw albrteat la loîdiadre, se grossissait cbaqao jour; la gaarre civile paraissait iaévitaWot et il pouvait , comme le maréchal d-Aame , étia sacrifié à l'indignatioa piAliqae. Le P. losoph et qoelcpes amte de Hicheliea proitèreat dos ciceonstances , et parvinreat h lai faire seatir que l'évéque de Luçoa poavait seul prévenir l'eariNrasemeat géaéni doat le reyauBM était meaacé. Du Tremblay, frère da P. Joseph , fat eavoyé k Ktchelieu, avec aae lettre du favori; le roi y ^outa de sa main : « ie vons prie de crahre que toat le contenu d-dossas est ma fmre voloaté, et qae vons ne me paaves faire un plus grand plaiek que de l'exéoater do poiat ea point. » L'évéqae de Lucoa periit h riastaat , et oa troave daas ses Mémoires des détails curieax sur les ohslisies qa'il éprouva ea roale de la part des doaunandants, qui ignoraient les ordias aeei^ de la «oar.

Oes difficaltés, pnesqae tesacmoatahles poar tant antre , l'attendaient aeppto de H reine m>ie. Marie de Médieis voalait à toat prix fMrtkifmraa pdapoir; iasiraile de lamisslan da pailat, eUe comptait sur lai poar aseaavttr l'iitiaiint qu'elle avait

1^ ssii^eam qai s^étaimitdéBiacés.poar a)le a'ai^ieat pris^ armes qa^aia é^

teoif 4e$ avaAiafos pareils k eeui qu'Us ataieiii déjk obtenus lors des premières gierres civiles. S<ni ooiii était néoesseire a l'exéeation de leurs projets; ils oe pouvaient r»«s^r ijpi'ea la ^esaat dans levr dépaodanee , et ils étaient patorellevent ennemis de l'év^oe de Lnoon , qui devait Tédairer sor ses véritables intérêts. De sen eété , |UcbeUeu aapânit an nanienient des affaires; mais il ne prétendait y arriver ni en faisant la gnerre à son sonverain , ni en af&ib)issant l'autorité royale , ni en se sonniettanl 9at oeptrices du fsnrori. Toutes ses espérances se fondaient sur Marie de HédieiSt d(Hit le crédit était snbordonné au nonibra et à la 'puissance 4e aea partisans , qu'il fallait ménager en mettant un frein k leur ambition. Marie de Médieis , qiû avait été lonftempe indécis avant de quitter Blois, avait Hé ensuite obligée de partir avee tant de précipitation, que ses partisans n'avaient pu nssembler encore des forces sufiisantes ponr la protéger. Cependant les troupes du roi avançaient, et on n'avait aucun moyen d'arrêter leur marche. On verra , dans les Mémoire» de Richelieu , cflmmefit il parvint k ménager un accommodement plus avantageux que la position crftiqfte des aflaires de la reine-mère ne permettait de l'espérer. La partie de ces Pémoires , qni est ia^irimée , se termine hprès le récit des incidents qui amenèrent une ^onvelle rupture.

Pn Luynes, qui croyait avoir anéanti la (action par le dernier traité, viola successivement tente} les promesses qu'il avait faites au nom du roi. Afin dé se faire , an ^esnin , un appui contre la reine-mère , non-senlement il fit sortir de prison le prince de Gopdé , et lui donna entrée au conseil , mnis il publia une déclaration qui , en justifiant le prince , accusait Marie de Médlds. Cette princesse , ne pouvant s'abuser spr les intenttona du ^vori , sentit le besoin de s'attacher, par des bienCiits , l'évéque de {iWfon , qui seul pouvait la sauver. Eicbelieu devint l'ftme de son conseil , et dirifea toutes ses affaires. Le marquis de Richelieu , frère aine de l'évéque , fut nopmé > par elle , gouverneur d'Angers, qui était une de ses places de sûreté et le lieu ûè elle allait fixer sa résidenee ; lorsque oe seigneur eut été tué en duel p« le marquis de Thémines, le commandeur de la Porte, oncle du prélat, fut pourvu de ce gAuvernement; et Brésé, son beau-frère, obtint le commandement des gardes de la reine-mère. Richelieu , voyant qte tout se disposait pour consommer la ruine de sa pvotedffii» , travailla a lui former un parti assez redeutahte peur forcer de Lo^^es a en venir k un nouveau traité. Les députés des protestants , qui étaient rassemblés h Leadun > furent accueillis ; il attira la noblesse de l'Anjou , et lia des intelligences avec tous les mécenteiils du royaume ; l'arrogance du favori eu grossissait le uombre chaque jour. Les <tecs de Mayenne , de Nemours, de Vendôme , avaient quitté la oeur sans prendre congé du roi. Les ducs de LongueviHe , de Bouillon , d'Êpemon , n'attendaient que le signal ponr se déclarer. Richelieu s'était assuré de taule la céte maritime , depuis Dieppe jusqu'à la Garenne , et une feule de seigneurs lui répondaient des places dont ils disposaient dans les différentes provinces. Cette faction , fermidable par le rang et par la 4)ui8sattC6 de ceux qui la composaient , comptait un grand nombre de pecseunages inq^ortauts , mais n'avait pas de véritable chef. JRichelieu avait été assez babile ponr tennr éloignés les princes qui auraient pu se mettre h la téted^ afains^ et les iteusner.flns bmi qu'il ne, voulait»

Les six première mois de l'année i6t0 se passèrent en négoeiatioBs inutiles; de Laynes essayait de tromper la reine-mère par de nouTelIes promesses qn*il n'atait pas le projet de tenir; Richelien exigeait atant tout q«*0B exécotSt celles qai •▼aient été faites Ion da dernier traité. Ne pouvant rien obtenir par la ruse, le fatori se déeida k employer la force. Dans les première joure de juillet, il conduisit le roi en Normandie avec huit mille fantassins et huit cents chevaux. Néanmoins il resta étranger aux opérations militaires , et laissa le commandement des troupes au prince de Condé. Le due de Longueville , qui avait répondu de cette province k la reine- Mère , ne s*attendant pas k être attaqué si brusquement , n*avait fait aucun prépantif de défense. Il n'osa attendre l'armée royale i Rouen , et se sauva i Dieppe. Toutes les places ouvrirent leure portes ; la ville de Gaen seule soutint un siège de quelques joure , et la province entière étant soumise avant la fin du mois , Condé fit prendre an roi la résolution de se rendre , sans perdre de temps , dans l'Anjou.

L'armée royale , dont la force s'élevait alore h seize mille fantassins et trois miUe cavalière , n'éprouva aucun obstacle sur sa route ; tout fléchissait k son approche. Le roi arriva le 5 août ï La Flèche , et se porta le lendemain an chAteau du Verger, qui n'était qu'à cinq lieues d' Angcre , où résidait la reine-mère. De Luynes , effrayé des succès rapides du prince de Condé , craignait , avec quelque raison , qu'il ne devint tout-puissant en France , s'il consommait la ruine des mécontents , et désirait plus que jamais de traiter avec Marie de Médicis , afin de l^opposer k ce prince. L'évéqœ de Luçon n'était pas moins impatient de traiter ; il n'avait rallié les mécontents auprès de Marie de Médicis que pour prouver an favori qu'on ne manquait pas impunément de parole k la mère du roi , et qu'il était dangereux de la tenir éloignée de la cour. Ayant toujoure eu pour but de partager et non pas d'albiblir l'antonté royale, il s'olforçait d'empêcher la guerre civile , qui ne lui présentait d'ailleure que des chances défavorables. Si les mécontents succombaient, il était entraîné dans leur chile; s'ils triomphaient, les princes et les capitaines auxquels on aurait dâ la victoire en auraient seuls tiré tous les fruits. Ses intérêts se trouvaient donc d'accord avec ceux de Marie de Médicis et de l'état ; mais il était difficile de contenir les gens de guerre de son parti , qoi avaient des intérêts opposés.

Pour que Marie de Médicis ne fût point i leur disposition , il ne laissa réunir auprès d* Angere qu'un corfis de troupes peu considérable ; il retint les principaux seigneure dans les provinces oà ils s'étaient d'abord retirés , prétextant que leur présence y était nécessaire pour s'assurer du pays. Il éluda les propositions feites k la reine-mère par le duc de Mayenne , de se retirer en Guienne ii l'approche de l'armée royale , et , en excitant la jalousie des autres seigneure contre lui , leur fit approuver la résolution de rester k Angere. Les principaux chefs du parti , éloignés les uns des autres , n'avaient aucun ombrage , et Richelieu , seul auprès de la reine, ne pouvait être contrarié dans ses projets. Les hostilités n'avaient pas rompu les négociations. Le prélat et le favori étant également disposés k la paix , qui n'était plus entravée par une foule de prétentions particulières, on fut bientôt d'accord , et le traité fut signé k Angere , le jour où le roi arriva au château du Verger.

Les plénipotentiaires du loi, qui avaient sigié le traité le 6, ne voduent pas

passer le lendemain sans avoir vn la reine-mère et pris ses ordres. Ce même jour, Bassompierre et Gréqoi furent envoyés an pont de Gé pour reconnaître la force et la position des mécontents. Leurs instructions étaient d'escarmoachér et non d'engager une action , parce qn*on avait déjà en la nouvelle indirecte de la paix. A rapproche des troupes royales , celles de la reine prirent la fuite ; on entra péle-méle avec elles dans la ville , dont le château se rendit à la première sommation , et Marie de Médicis se trouva subitement privée de tout moyen de communication avec les seigneurs de son parti.

Cet échec, qui changeait la face des choses, donna lieu à de nouvelles négociatioBS , dans lesquelles Richelieu déploya toute son habileté. Il fit remarquer que la déroute de quelques mille hommes était loin d'anéantir le parti de la reine ; que ce parti n*en était pas moins redoutable dans toutes les provinces du royaume ; et que si de Luynes laissait échapper l'occasion de conclure une paix avantageuse , un embrasement général allait éclater dans tout le royaume. Suivant quelques Mémoires , Richelieu déclara qu*il avait lui-même contribué à la déroute du pont de Ce , afin de décréditer, dans Tesprit de la reine , les seigneurs de son parti , et de les forcer à accepter le traité. Quoiqu'il en fût , le favori , auquel le prince de Gondé inspirait toujours les mêmes craintes, et qui ne s*abusait pas sur les autres dangers dont on le BMnaçait , se montra ^lus docile pour un accommodement définitif. La paix fut signée le 9 ; la reine revenait à la cour avec les honneurs et la considération dus à son rang. On s'engageait li exécuter le traité d*Angoulême , et on lai promettait l'entrée du conseil. Le roi devait demander le chapeau de cardinal pour Richelieu , dont la nièce , M"* de Pontcourlay, époisait le marquis de Gombalet, neveu de de Luynes. On rendait la liberté aux prisonniers de guerre , et on accordait amnistie à tous les anàkm partisans de la reine-mère , qui poseraient les armes dans un délai de huit jours.

n est plus facile de se figurer que de peindre la fureur des mécontents contre Ri- " ehelien, lorsqu'ils eurent connaissance du traité. Mon-seulement ils se trouvaient privés de tous les avantages sur lesquels ils avaient compté , mais menacés à l'improvlste par une armée victorieuse à laquelle pouvaient se joindre les troupes de la reinemère ; n'ayant pas le temps de concerter un plan de défense , une soumission entière était le seul parti qui leur restât à prendre , et cette soumission était d'autant plus pénible pour eux , qu'ils n'avaient pas l'espérance de pouvoir jamais se relever. Ils ne se bornèrent point à accuser l'évêque de Luçon de les avoir trahis , ils prétendirent que lui seul les avait provoqués à la révolte pour les sacrifier au favori, avec lequel il n'avait cessé d'être d'accord pendant le comn de cette intrigue. Le lecteur jogera le degré de confiance que méritent de pareilles accusations faites par des hommes qui considéraient Richelieu comme auteur de leur ruine. Nous ferons observer seulement que la paix , telle qu'elle venait d'être conclue , et quels qu'eussent été les moyens mis en usage pour la préparer, sauva la France d'une guerre civile qni allait désoler toutes les provinces , et mit les grands dans l'impossibilité d'eiciter de nou- ▼eanx troubles. U est incontestable que cette paix fut due à l'évêque de Luçoa, et ^u'il reiditle pins graid service à l'état. Dans cette circonstmce, comme dans beau-

m HISTOIRE DB FRANCE.

CMj^ 4'avtres , il ml kabUemeat aHier son iaàwU avec oelii éa royaame. De Ltyaes, ^i Unit le prineipal fhUt de la paix , dKinha k éluder les promaeses qa'ii avait faites il Richeliet , doit tl raéoatait l'éléTatiea. £■ dMoandant pear lai la diapean de eardinal , il agiasait en seeret aapeès da pape , aia de rea^iéeher de rotateair. Stas divers prétextes , il différait le mariafe de M^'* de Poilcoorlay avee le aiarqais da Oonlbalet; il tenta même de le nmi^n ; mais la reine-mèra ayant insisté fortement, ce mariais fat oonelo en novembre 1630. Marie de Médieis danna deax eeat mille livres de dot et pour douze mille écus de diamants k M"* de Pontoonrlay. Gefotkpea près à eette époqne qae les protestants , réfoltés par let craaatés qae Ton avait exereées dans le Béam en y rétablissant la relli^on ea^licpte , et par les infraolions Mies k YèàH de Hantes , formèrent des assemblées sor divers points, ain d'empéeher les nouvelles entreprises dont ib se croyaient menaeés. De Loynes vpulat étouffer le soulèvement dès l'origine : il attaqaa les révoltés; et cette guerre , commencée en 15f 1 , interrompae par des traités qoi étaient violés presqa'aassitét <|aa signés, ae fat terminée que sons le ministère de RicbeHea.

Le favori , qui disposait à son gré da roi , atilt été eréé dpe et pair ea 1619 ; avant de mareber contre les protestants , il se fit donner Tépée de connétable , qaoiqu'il n*eÉt Jamais porté les armes. Aidé par de bons généraax , il s'eaipara d'abord de plusieurs places ; mais il édioua davant Menlaaban , et nMMimt, dit-an , de chagrin ( décembre 16tl ). Depuis plas de qaatre ans , Il était matira absola en France. Ses manières affables et la doaoenr de son administration avaient fait oaMier sa eoadnile k regard du maréchal d'Ancre et de sa femme. Il employait plus volontiers la ttae qne la rigueur; il négociait avec ses anaamis , et aa croyait asses vengé d*eax quand il les avait trompés. Ce favori si paissant , qui avait va nagaète toab les grmrfs du royaume k ses pieds , fat abandonné , même de aes lioBMstiqHes , dans sea derniers moments. Personne ne lui ferma les yeux , et il ne fut pas plus regretté du roi qae de ceux qu'il avait senri. Lesdiguières lai succéda dans la ebvga de oonnétaUe.

Après sa mort , le cardinal de Retz et le maiéchai de SdMiaberg prirent les rênes du gouvernement , et le prince de Gondé se rénntt % eax dans l'espeir de rester bientêt seul k ?a tête des affaires. Cette espèce de trinmviral fat bientêt rompu par la aiort du cardinal de Retz.

Cependant la reine-mère , qui , depuis la paix d'Angers , aaait essayé InutUemeirt de rentrer an oonseM , y fut enfin «Énisa , mais eMe ne pvt y ^ira entrer avec ette rèvêqoe de Lnçon; les ministres savaient qu'il serait btentêt mettre des affiives, s'il y avait fa moindre part. Elle usa de son trêdit poar 4éjnaer las intrigœs qne l'on commuait k Home contre Ricielieu , qv! obtint enfin te chapeau de cavdinal le S septembre l6n. Hous passerons rapidement sur les Mbalas qat agitèrent la oenr pendant Vannée 162S ci les premiers mots de 16Î4. Le roi, qui ne pouvait sa passer d*un fevori , «vait laissé prendre la pHee du #ftc de Laynes k Pairteax , fis da chancelier de SUIery ; mais le raarqals de la Tléavttle , ayant gagné les bornes griiees da mtmafqué , avait fiit disgracier le père et le Ils , et s'était constitaé priaeipal ministf».

IHcheHen ne hii donna pas le temps de s'albrmtr. H it MllMtar de noavaan pir

NOTES. 47fr

U riiBi mbtt »b «iNe «tt eonseil, et nMiMc«r f 9b« rsplsre f» os de ref^s. ^a Yieafille essaya de sédaire Marie de Médicis en lui proposant de se défaire 4u cardiiai et de pMteger ivae Ini-nilne r^ttorité qu'il exerçait au «om du rpi* ^ profo* sMo« fat Rieléc , et il a'ose pas poNTsiUfre «se lutte fii*il «e sentait ^m d'état ^e sovlttir. Apite afoir hétiié qâdfae temps , il fut oblifé de p^er; mi» il pe n^ljgea riett potr ôlar toattinfloenoe ^ ^n bonuoe qu'il çpasidérait, avec rajspn , cpfuqie BB rhral trop redoitfakile.

La 89 avril l(»i4, ia eoiir 4lai»t It Cunpimie » Lopis mn ^ii ji sa aère , lorsqu'allé aatni daas son cabinet, le «atin, snivgnt son usage, pour i'eotret^nir des aiiins de l'état, qu'il voaiait b)aB, k «a eonsidéra^ion , admettre le cardinal 4^ IWwHaB dans ses aonsails; que, an égard âi sa dignité, {l'y s|ég^it y|s-â-vis du cardiial de la Rocbefoneault et au-dessus du connétable , mais qu'il ne traiterait touteli^ d'aaeuie aOlùca cbai lai , ni avae |es ap)iassadeuss , ni avec les ip^^istres. Cette rastiMIaii » dietée par la VleiiviDe , avait été a4optée d'a^aat plfis volontiers par le roi , qaa le due de Luyaes et tous cfuix qui SYpept appfocbé de sa porsonni; depaie 16i7 s'éiaieBt attaebés k lui inspirer les plus fortes préventiops coptre |e oar^ dînai.

Ridieiieii dissioittla ; il parut entièrement satisfait d^ la favanr qu'on lui iiccofdait. Il fit afiéme répandra le bruit qae les choses avaient éfé réglées aiwi sur sa demande ; qae la faiUasse de sa santé |i)i perfnettait bien d'«)^i3ler au cpnseil > n^is npQ ^e s^ livrer aa travail péQible qu'^xigeraienl I^ suite dea )^f)C)9U<<PS ^( l'cxpcdiiioo des adirés. Pn sut bi^ldt ^ quoi s'en tenir «ur celte tjpintp {Podéf^tlQu. A peine entré ^a conseil , tout plia devant la supériorité de son génie. La Vieuville , qui entreprit de Ini «^«ister, iat abandonné par le roi, arrêté* p^ U aurait prQba)>leioen( porté sa tète k l'éeba&nd, s'il ne se f^t sauvé de prison. L'ordre était donaé ^ lui fair^ son procès poar cause de malversation ^{sm les finanops, qu'il avait dirige fn qt^aliié de sijriatawMiau

Quoique Richelieu ne dût traiter chez lui d'aucune affiMre, ni avec Ifis ministres, ni avee les aaidlMissadeacs) an mois après son entrée au conseil» ce fut dans son h4f<^ ^ue se limeat les coil^eMes po^ir le mariage d# la princoase Penriatte» saemr du roi, avec« le pàttce de Oallaa. Cette affaire était ttrès-importanle , parée qu'elle ^mblait assnrer l'attiaiMe dee Angiafs, qai poavaient iaire beaocoap de mal a« rofaame» en fevorisani k» prataelants de Fcatce, ou ea ee téonisaaat k la uMison d-'Ântrlcbe) mais ail» éprowait da i^randa obstacles ii paase de la di0)^^ice des feligions. Toiit étaiit régl^ avec lea amhaasadaura d'Angleterre , il fsllaH encore avoir les dispenses du &iint- . Siège, et le pape UiMû ¥ se mootMit peu disposé à las aceordar. Riebelieu parla an liMi de san midtre aaoo nae di^^ et «ne f^rmal^ qae l'on n'avidt pas cemarqaées daH la iniistère Crançns ctepQis la mort de Henri IV. Les peemiéres négociations ofai»t été Miamtea paf La Vieivtita> auis les pcopoaitioAs n'étatenit plas les mémea dtpnis ^ne ftichalitu avait pria |a direction des «i»ras. Le ■ovtoe 3pfda votlgt s'ata plaindraw n Ge aaaaHottoheUeeiuae, lal Mpondft la eau^Ml, ai en diaaB (^ La Vietf: iflle a«rit fett le matia^è, et que teos qoi lal ont mtuM V^i voUpa. • La P. do Bâotl»» anva^ a Eone pe* paesnrii'etpédltian des dtapOMaa, k» ottit è la in ;

et le traité fut signé k Paris , le 20 Dovembre 162i , par le eardiaal de Rieheliea et les ambassadeors anglais.

Une autre affaire non moins importante oceopa Ricbelien dès son entrée an ministère, c'était eelle de la Yalteline, pays soomis au Grisons, etqni, étant sitaé entre le Tyrol et le Milanais, était la clé de Tltalie pour la maison d'Àatriche. Les Espagnols y avaient Mti des forts sous prétexte de défendre la religion eatholiqae, qui était odle des Valtelins, contre les Grisons , qui étaient protestants. Les habitants , excités par eux, se soulevèrent en 1620. La France , ancienne aHiée des Grisons et rivale de la maison d'Autriche en Italie , avait un double intéréi k ne pas souffrir de pareilles entreprises ; mais la guerre civile , dont on était alors menacé , ne permettait pas de penser a une guerre étrangère. On négocia , et les Espagnols , par un traité da 25 avril 1621 , s'engagèrent i remettre les choses dans leur premier état en Yalteline. Ce traité n'ayant été exécuté ni par les Espagnols, qui conservèrent les places qu'ils occupaient , ni par les Valtelins , qui persistèrent dans leur révolte , le ministère de Louis XIII ne se crut pas assez fort pour lutter seul contre la maison d'Autriche , et se ligua avec Venise et la Savoie ( 7 février 1623 ). Les Espagnols, menacés d'une attaque sérieuse , intéressèrent le Saint-Siège dans leur querelle ; ils offrirent de remettre en dépôt lenrs forteresses entre les mains du pape , qui les fit occuper par ses troupes, mais qui les laissa maîtres du pays. La Vieuville, après avoir tenté d'inutiles négociations k Rome ^ envoya le marquis de Cœuvres comme plénipotentiaire dans la Yalteline , et fit marcher des troupes de ce cété ; mais o^nne on n'avait confiance si dans ses talents , ni dans son caractère , ces démonstrations ne produisaient aucun effet.

n n'en fiit pas de même quand Richelieu eut pris la direction des affaires. L'ambassadeur de France i Rome ayant fait une longue énumération des difficultés qu'on loi opposait, le nouveau ministre répondit : « Le roi a changé de conseil, et le ministère de maxime. On enverra une armée dans la Valteline, qui rendra le pape moins incertain et les Espagnols plus traltables. »

En même temps , le marquis de Cœuvres eut ordre d'entrer en Valteline, d'où il diassa bientôt les troupes du Saint-Siège et celles des Espagnols. Urbain VIII s'était flatté de conserver ce pays , mis en dépôt entre ses mains. Commel'expédition du marquis de Cœuvres devait avoir pour résultat de faire rentrer les Valtelins catholiques sons la domination des Grisons protestants , il espérait que Tes intérêts de la religion balanceraient ceux de l'État auprès d'un ministre qui était membre du sacré eoHége. Le nonce Spada, chargé de suivre la négociation à Paris , essaya de faire entendre à Richelieu qu'un cardinal ne pouvait pas se rendre fauteur de l'hérésie. Mais Richelieu lui ferma la bouche, en répondant que lorsqu'il avait été fait secrétaire d'Etat, il avait obtenu du pape un bref par lequel il était autorisé k traiter de tontes sortes d'af&ires qui regardaient le service du roi, sans encourir d'irrégularité ; que d'ailleure, on n'avait rien fait qui ne f&t permis en conscience , et qu'au besoin il le prouverait par l'avis de cent doctenra de Sorbonne. Le pafie fit d'autres tentatives qnl n'eurent pas un plus heureux résultat. Gonuse il ne voulait se relldier d'aucune de ses prétentions, la France et l'Espagne traitèrent sans lui» et le traité de Menion < 1626 ) termiiia celle

gaerre, ^ laquelle prirantpart plosieora princes d'Italie. La Franee oonsenra son droit de passage dans la Yalteline, et les Grisons la hante sonveraineté snr ce pays. Le P. Joseph, qne Richelien avait pris pour confesseur, fut le principal agent des négoeialions. Quelque temps auparavant, Richelieu avait renouvelé l'alliance avec les Hollandais, auxquels il avait prêté trois millions, et il 8*était assuré de Mansfeld, chef du parti protestant en Allemagne, par des secours assez considérables en argent.

Le traité avec l'Espagne aurait été plus avantageux, si Richelieu n'eût été sérieusement occupé par les mouvements des protestants en France. Au commencement de 1625, les Rochellois , auxquds on avait promis de raser le port Louis , bftU près de leur ville, voyant qu'on ne leur tenait point parole, prirent les armes, firent des courses sar les eétes, et cherchèrent ï soulever tous les protestants du royaume. Leurs expéditions se furent heureuses ni sur terre ni sur mer; vaincus sur tous les points. Us demandèrent la paix, qne Richelieu leur accorda 2i des conditions assez favorables; maie cette diversion le rendit moins diflSctfe avec l'Espagne, qui aurait pu les aider à continuer la guerre. D'ailleurs, depuis son entrée au ministère, il n'avait pas encore pu faire les préparatifs indispensables pour de grandes entreprises , et il devait surtout s'attacher à gagner du temps. Les ministres qui l'avaient précédé , et qui ne s'étaient gnère occupés que d'intrigues de cour, avaient laissé presque entièrement anéantir toutes les ressources de l'État. Il n'y avait plus de marine, et on remarque que ce fut avec des vaisseaux anglais et hollandais que Montmorency, unirai de France, battit la flotte rochelloise. .

Quoique le cardinal eât eu la piésaution de consulter les notables avant de traiter, et que ses traités fussent aussi avantageux que les circonstances pouvaient le permettre, ses ennemis ne se déchaînèrent pas moins contre lui, et l'intérêt de la religion leur servit de prétexte. Us l'accusèrent d'avoir sacrifié les catholiques aux protestants dans la Yalteline, et d'avoir favorisé les protestants en France. Ils lui firent un crime de l'alliance contractée avec la Hollande et avec le chef des protestants d'Allemagne ; Us publièrent contre lui un nombre incroyable de libelles, dans lesquels ils reproduisirent cette accusation sons toutes les formes. Richelieu fit répondre 2i ces libelles, dont plusieurs furent brûlés en place de Grève.. D'autres événements appelèrent l'attention publique, et mirent fin ii cette guerre de plume.

Richelieu était maître absolu de l'esprit du roi, et U vivait en parfaite intelligence avec la reine-mère , qui croyait gouverner sons le nom de l'homme qu'elle avait placé à la tête des affaires. Mais, plus le pouvoir du cardinal s'aftermissait , plus il exciUlt la jalousie de ceux qui prétendaient au partage de l'autorité. Le maréchal Ornano, gouverneur de Gaston , frère du roi, âgé alors de 18 ans, éveilla l'ambiUon du jeune prince, qui demanda l'entrée au conseil pour lui-même et pour son gouverneur; Monsieur seul y fut adffiU, et le maréchal, ayant cherché à lier une cabale avec les ennemis de Richelieu, fut arrêté. A cette nouvelle, Gaston , transporté de fureur, vole chez le roi : « Est-ce vouiçui avez conaeHU la priium d'Ornanof » demande-Hl brusiiuement au «hancelier d'Aligre, qu'il renconlie. Le chancelier, interdit, lui répoud qu'il en 9 été surpris lui-même , et qu'il n'éUit pas au conseU le jour où cette résolution a été prise, ce ^ui était faux. Richeliim survient; le prince lui fait la même question ;

« Je ne répondni pâê cmme te ehanetUer, AH Ridieiiei , Mttt amm Tin et tmin eonsemé du roi é(s faire arrêter 1$ mêrêekal. > La fenBefé fli cardM 4éOQBcerta Gaston, qui fht oblif^ èe éïsimtkir 8o« défrit» niig ^ atteiètt ttéc liipattfœ ^o^ easion de se Tenger. QttelilQM méeoAteiitg ne tarderait |iv ii )rt alErir leurs aernees, et l'on forma le projet d'enlever Ridieliev , ^ étidt alors h Fieor^. On dit que la reine régnante, Ame d^Atitfielie, jaldose dn crédit da caidîMl et dt eehil de ki reiaeinère , n'était paë étrangère k ee eom^ot ; da moint paraH-il leiUiii qae It dodiesse de Chetreuse, se favorite, y avait fott entrer Ghabia^ son avait. Ce fit loi qw révéh totft il tlielielietf. Monsieur, accom|»agné de nenf personnes attttéés, devait aller trouver le cardinal k Fleury , sens prèieite de krt desander 1 dîner, et m rendre maître de sa personne ; on ignore qoel soh lai était réservé si Teatrepriie èai rénasi. Le jcftir même fixé pour renécntion, le cardinal arrive ehex Monsieur de grand Hàtin, le surprend an ht, le plaisante sur sa paresse, laf pvésente sa chemise, et àe retire sails rien laisser t^arattre. Il était à l'abri de toat danger. Le roi lai avah eavoyé trente chevau-léget's et treite gendarmes , et ht reine^nère toiis ses ofieiers. Le wavais succès de ce bomplét n*empéclia pas d'en fimaer d*iatres , plas redoataMes par le nombre et le rang de feenx qai se rénnireiit contre le cardinal. Chalais s'y engagea encore ; fl fut nrrété, et périt sur l'éebafaud, plus 6oapab)e> dit-«i, au feux da cardinal, comme ayaiii été son rival préféré auprès de h énebesse de Cbevrense, qae comme ayant voulu Ibmenter des trovbles dans Ms royaume. Le brait eoamt que sa grâce lui fut promise s'il avouait tout ce qu'il savait, et s'H fafeaiè telles dèclanrtlols qui Tui étalent prescrites; quMI ent la faiblesse de charger les personnes qoihd finrent daignées, et qu'on te kil tint point parole aptes avoir eètenu ee tfu'on désirait. Ouoiqu'îl en soit, toutes ces intrigues , qui «Mnbiaient devoir entrainer la cbote du cardinal, assurèrent plus que Jamais sa ptrissance , et n'eurent d'antre résultat que la perte ^e ses eiinéml^. Le duc de Tetddmé «t le grand prieur de France fîfi-ent arrêtés ; le comte de SoISsons n'évita le même sort qu'en quittant le royaume ; M** de Chevreuse fut exilée; Anne d'Âdtriche elle-même fiit obligée de jmi^ttre an cohseil, et d'y entendre lire la déposition par laqtfelle GhalaiS l'aéenfiiit d'avoir confttt le coiiiptot formé pour mettre le roi dans un touvent , et pour là inarief avec Mimsienr. Les choses étaient tellement disposées îi l'avanée, que, dans ce moment de crise, Riebeliea ne craignit pas de s^éloigner de la cour et d'écrire au' roi que sa santé ne lui permettait plus de conserver ta direction des affaires. Lonis fut obligé de le rappeler, et le ministre parut ne céder que malgré lui aux prières de son maître.

Cependant, Gaston avait fiit sa paix avec le cardinal , en chargeant l'hlfdHnné Chalais et en accusant ses amis. La reiile-mère désirait viveAènt la eendasioii dtt mariage que l'on négociait déjà depuis quelque temps ponf le prince aVac M"' de Montpensier, fille unique de Henri de Bourbon. RicbeHeu leva lés difficultés. Gette afttfre fut terminée le 5 août 16^6 , malgré la retse AiAie d'Antriefae , qai èi^it époiteer Moâsieur, si Louis Xllt, dont H santé >était diancelante, venait è mourir, et malgré le rfti lui-même, qui craignait que son frère ne devlirt trop puissant en France s'il veMit à avoir des enfants , lui n*efl ayant pas.

Dans les avantages qui fiirent ftdts I Moèslear k roeeiaieA de et naiage , «a rè-

cobmH la sagacité et la pradmes im cardinal. On augaranla ftû wê apana^ ; des fonds lai furent assignés sur le trésor pour l'entretien de sa maismi » ce «pri nettait entiëregieat le prinee dais la dépendanee du roi. de fut à l'épe^e de son mariage qu'il prit le Utre de due d'Orléans. Oreano étant mort en prison , Gaston n'étant plus entomé que des eréatnres du cardinal, auquel Madame devait son élévation, Richelieu n'avait pins rien ^ redouter de ce côté ; la reine-mère jouissait de ses triomphes, qu'elle considérait coame son ouvrage. Anne d'Autriche , hnmUiée et sans ccédit aoprès de son époux , était réduite à une haine impuissante. Il ne restait plus que les grandes charges de l'État qui pussent donner de l'ombrage au cardinal. Le connétable de Lesdiguières, qui avait succédé à de Lu|nes, mourut en septembre 1626 , et . sa char|;e fat supprimée. Le duc de Montmorency était amiral de France ; on obtint sa défliissien en lui accordant des indemnités , et cette charge fut également abolie : Riebeheu en exer^ le pov? oir sois le titre de chef et snrintendant-général de la navigation et du commerce de France.

il ne se dissimulait pourtant point que plus sa puissance augmentait, plus la haine de ses ennemis devenait implacable, et qu'ainsi sa vie n'était pas en streté. Les dis- •useiois relatives aux aiiires de la Vaheline anievt amené me espèce de raptore entre lui et le nonce Spada. Il tronva moyen de s'en rapprocher secrètement , et le nonce alla, comme de lui-même , trouver le roi pour l'avertir des dangers qui mena- «aient les jours du cardinal. Letiis XIII, étonné de recevoir on pareil avis d'un homme qs'il croyait ennemi de son ministre, voulut qu'à l'avenir Ricbelien eût une garde ré* glée. il défendit en outre qne personne allât importuner le cardinal pour des aflhires partieilières ; quant aux affaires publiques , il était ordonné de s'adresser aux autres ministres qui écrivaient, s'il y avait lieu , an capitaine des gardes , pour bire obtenir les audiences.

Libre de tout autre soin , Richelieu put sérieusement s'occuper de l'exécntion de deux prqets qu'il méditait depuis longtemps : la rédaction des protestants en Franee , et l'abaissement do la maison d'Autriche. Mais , avant de rien entreprendre, 11 fit convoquer les notables, dont le concours pouvait lui devenir nécessaire, et parmi lesquels il ne craignait pas de trouver des contradicteurs. L'asaefldalée fut onverte le 3 décembre , avec les cérémonies d'usage , par le roi, qui avait è ses côtés Marie de Médids et son frère. Il annonça aux notables qu'il les avait convoqués peor remédier aux désordres du royanaM. Le chancelier Marillac prit ensuite la parole ; dans son exorde , il établit que les rois, lorsqu'ils avaient voulu consulter leurs peuplée, avaient tantôt appelé les trois états, tantôt des notables ; et il chercha à mettre ainsi sur la même ligne ces deux sortes d'aseemblées , si différentes entre elles , d'après les anciennes constitutions de la monarchie. Les deux principaux points de son discours fuent la mauvaise administration des finances et les fréquentes entreprises des mécontents , réprimées jusqu'à ce jour par la aageaee du roi et de son ministre. Le nuréehal Scbomberg déclara que désormais il y aurait toujours sur pied 30,000 hommes prêts I entrer en campagne, et qn'on indiquerait les moyens de pourvoir à cette dépense.

Riebdiett traita les aôBet qieitms qnele ekiBcetter; il fit •hMrwrau «tilbles

qM, pour rétaUlr Tordre, il s'afissaH moins de fiiie m grand nombre d'ordomiaiees qie de Uen assurer rexéention de celles qu'on ferait. Il repami ii l'assemblée le 11 janvier, et fit lire par le greffier divers articles sar lesquels il prononça one karangae'étendoe. Ce ne fat pas sans qaelqoe étonnement qu*on Tentendit proposer de modérer les peines établies contre les criminels d'État; il demandait qu'on se bomit Il les priver de leurs charges après la seconde désobéissance. Cette proposition fat rejetée, ainsi qu'il s'y était attendu ; mais il avait trouvé moyen de justifier à l'avance son excessive sévérité envers ses ennemis, qu'il fit toigours considérer comme ennemis de l'État. Les antres articles concernaient les armements que les dispositions hostiles de l'Angleterre pouvaient rendre nécessaires , mais qui étaient destinés 4 agir immédiatement contre les Rochellois.

Les notables furent congédiés' le 24 février 1627. Peu de jours après parurent des lettres-patentes, par lesquelles le roi donnait au cardinal de Richelieu, ton priMipal ministre, entrée^ voix et opinion éélibérative an parlement, tmU es assemblées des ekambrês jour» 4e conseil que pkààoieries, auec le mime rang et degré qu'il avait dans le conuil de VÈtat. II alla le 22 mars, au parlement, faire vérifier ces lettres-patentes, et celles qui lui attribuaient la surintendance de la navigation et du commerce de la Franee. Les personnages les plus distingués de la cour briguèrent l'honneur d'augmenter son cortège.

La paix conclue l'année précédente avec les protestants avait été , comme on l'a vu, commandée de part et d'autre par les circonstances ; elle n'avait satisfait ni le cardinal ni les religionnaires. Ceux-ci craignaient, avec raison, de ne pas avoir obtenu des garanties suffisantes ; Richelieu ne voulait pas seulement humilier ce parti, mais l'abattre entièrement; il n'était pas dans l'intention d'exécuter ce qu'il avait promis. Les Rochellois ne tardèrent pas à s'en apercevoir, et Us envoyèrent demander des secons en Angleterre.

Buckingfaam , qui- avait été favori du roi Jacques, exerçait un empire absolu sur l'esprit de Charles I*'. On a vu que lorsqu'il était venu en France ^ l'époque du mariage de ce prince , il avait osé offrir presque ouvertement ses vasux à Anne d'Autriche, et que ses folies avaient fait presser le départ de Henriette pour l'Angleterre. Voulant absolument revenir en France , il fit , dit-on , naître lui-même des difficultés entre les deux couronnes, et offrit à Louis XIII d'aller les accommoder comme ambassadeur. Le roi rejeta sa proposition. Il s'adressa au cardinal et ne put rien obtenir; dès lors, sa correspondance prit un ton d'aigreur qui annonçait une prochaine rupture.

Si l'on en croit Aubery, le cardinal s'opposa fortement âi un refus dont il prévoyait les conséquences , et n'obéit que malgré lui aux ordres réitérés du roi et de la reinemère.

Quels que fussent les ressentiments personnels de Buckinghaa, sa position suffisait pour le déterminer à la guerre. Le parlement lui demandait compte des finances qu'il avait administrées sous le règne précédent. Une expédition contre la France , et des secours donnés aux protestants de ce royaume , étaient les seuls moyens d'arrêter les i:echerches et de se mettre en crédit auprès de la nation.

Lors de la descente, il éprouva une vive résistance de la part de Toiras , mit inuti

NOTEf^. 481

teneat le siégo devant le fuN 8aiii(-Mari;ii ; des scrours arrivèrent à trmps , et U fat obligé de se rjinUarqa.'r après avoir perdu ono partie de son armée. I^ maavais succès de son expédition fut dû au cardinal ; il déploya toute son artivlté dans celle circonstance difficiltN Le trôsor manquait de fonds : il engagea tontes ses pierreries» conduisit Int-méroe à la mer les troupes destinées à repousser les Anglais, surveilla Tembarcation et dirigea toute Tentreprise.

La retraite de la flotte anglaise laissait le cardinal maître d'employer toutes ses forces contre La Rochelle , quMl fallait absolument soumettre avant de penser à attaquer la maison d'Autriche.

On ne doit pas s'attendre 2i trouver dans cette notice Diistoire de ce siège mémorable, qui dura depuis le 10 août 16^7 jusqu'au 28 octobre de l'année suivante. Nous noos bornerons k rapporter quelques circonstances importantes , qui donneront une idée des obstacles que le cardinal eut h surmonter, et des moyens qu'il employa pour réussir. K'ayant pu éviter une rupture avec l'Angleterre , il s'appliqua à empêcher on i retarder, du moins , l'envoi de nouveaux secours aux Rochcllois. Les Anglais faits prisonniers 2i l'ile de Rbé furent renvoyés sans rançon dans leur pays, après avoir reçu en France les meilleurs traitements , et refroidirent par leurs récits l'enthousiasme de leurs compatriotes. L*E<:pagne aurait pu faire une Hicheusc diversion. Richelieu flatta les ressentiments de cetie puissance contre l'Angleterre , et obtint un secours de quarante vaisseaux , quoiqu'il eût lieu de craindre qu'elle fût plus disposée à entretenir des troubles en France qa'ii fournir des ressources pour en étouffer le germe. Cette alliance paraissait difficile à concilier avec celle des Hollandais, que la maison d'Autriche considérait comme des sujets révoltés, et qu'elle espérait encore de faire rentrer sous son obéissance.

Cependant , Richelieu parvint à faire approuver par l'Espagne le traité qu'il avait conclu avec les Provinces-Unies. C'était peu de s'être assuré des dispositions des puissances étrangères, il fallait être en état de contenir les protestants de France, qui devaient tout tenter pour secourir une ville qui entraînait la ruine de leur parti. Le duc de Rohan, leur principal chef, après avoir inutilement essayé de soulever le Poittu, s'était jeté dans le Languedoc, où plusieurs villes se déclaraient piur lui. Condé fut fhargé de le contenir. Ce prince avait renoncé aux intrigues, et Ton pouvait compter entièrement sur sa fidélité. Non-seulement il arrêta les progrès des religionnaires, mais il battit leurs troupes en différentes rencontres. Dès le 13 août 16^7, le roi s'était rendu devant La Rochelle, et le cardinal était allé l'y rejoindre , après avoir forcé les Anglais à évaruer l'Ile de Rhé. La place , défendue par sa position naturelle , par de très-bons ouvrages, par une garnison déterminée, et par des habitants qui tous étaient devenus soldats , ne pouvait être en levée de vive force. On la resserrait en vain du cêté do la terre, il n'y avait aucun espoir de la réduire par la famine , tant que son port resterait libre. Un ingénieur italien avait essayé sans succès divers moyens d'empêcher las communications. Rirheliaa conçut le hardi projet de fermer le port par nno digue, qui devait avoir sept cent quarante toisM de longueur, douze de largeur b sa b;ise, et quatre ap-dcs^us du ut* y<»itdes i^na hautes marées,

L'ouvrage était encore peu avancé lorsque Louis, fatigué de ta longueur du siège, et cédant aux instances de la reine-mère et d'Anne d'Autriche , qni l'alarmaient sur sa santé, retourna à Paris (février 1628). Avant de partir, il nomma Richelieu lieutenant-général de ses armées dans le Poitou , la Saintonge , l'Angoumois et l'Annis ; il était ordonné aux troupes , aux officiers et même aux maréchaux , de lui obéir comme au roi. Un pareil commandement» donné ii un cardinal , semblait prêter an ridicule , et excita quelques murmures ; mais Richelieu les fit cesser bientôt par la manière dont il usa de son autorité. Il entra dans tous les détails de l'adininistration militaire , pourvut aux lesoins et à la solde de l'armée , entretint l'abondance dans le camp , sans ruiner le pays , rétablit la discipline parmi les troupes , ranima l'ardeur des soldats , et donna une ardeur nouvelle k toutes les opérations du siège. Les Mémoires du temps remarquent qu'il n'hésitait pas à consulter les généraux , qu'il déférait il leurs avis , mais qu'il savait s'en faire obéir lorsqu'il avait pris sa résolution.

La digue étant terminée , Richelieu obtint que Louis revint devant La Rochelle ( 24 avril ) ; sa présence y était nécessaire dans la crise dont on était menacé.

Les Espagnols s'étaient retirés avec leurs vaisseaux , et les Anglais équipaient une flotte nombreuse pour secourir la ville. Cette flotte parut peu de temps après Farrivée de Louis , fut battue par la tempête pendant quelques jours , s'avança vers la digne, qu'elle trouva dans un état formidable de défense , et retourna en Angleterre , sans avoir osé tenter une attaque sérieuse. Gomme il paraissait difficile d'expliquer ce résultat , presque ridicule , d'une telle expédition , on a prétendu que , dans cette circonstance , Richelieu tira parti de l'amour dn duc de Buckingham pour Anne d'Autriche , et que ce fut une lettre écrite par la reine à ce duc qui fit échouer Fentreprise. On trouve même le texte de la lettre dans quelques Mémoires. A l'appui de cette anecdote , on fait observer que Ludlovr, qui examina les papiers de Charles 1", dit avoir vu une lettre signée Charles roi, par laquelle ce monarque ordonna an chevalier Pennington , commandant de l'escadre anglaise , de sdvre en tout les ordres du roi de France , quand U serait devant La Rochelle , et de couler bas les vaisseaux dont les capitaines résisteraient. II semblerait que la flotte anglaise , ayant reconnu l'impossibilité de forcer la digue , ayant déjà beaucoup souffert par la tempête , se serait exposée inutilement à une perte presque certaine , si eDe était restée devant un port où elle ne pouvait pénétrer. Sa retraite précipitée n'a donc rien de surprenant.

On n'a pas besoin d'y chercher une cause romanesque , si on remarque que, quelques mois plus tard , une flotte plus nombreuse se présenta devant La Rochelle , et fut témoin de la capitulation de la place , sans pouvoir s'y opposer. Quant ii la lettre que l'on attribue à Charles I", et que ce prince n'aurait pu écrire que par l'effet d'une inconcevable condescendance pour les caprices de son favori, l'intérêt que ses ennemis ont eu à le rendre odieux au peuple anglais , doit mettre en garde contre leur témoignage.

Les Rochellois manquaient de vivres; ils n'avaient plus aucun e^oir d'être secou^ rus; mais Us paraissaient décidés i s'ensevelir sons les murs de la place plutôt que

de se rendre , et rejetaient toates les propositions qui leur étaient faites de la part do cardinal. Richelieu les renouvelait sans cesse; il aurait voulu soumettre la ville et Don pas la détruire. D'ailleurs le siège, en se prolongeant, excitait des murmures. Dès rfaiver précédent, on avait taxé cette entreprise de folie; on avait cherché à en dégoûter le roi, et plus d*ane fois on était parvenu à l'ébranler; les efforts des ennemis de Richelieu étaient secondés par Anne d'Autriche , et même par la reine-mère , qui était jalouse du ministre. Ceux qui , trois ans auparavant , avaient accusé le cardinal de favoriser les protestants, prétendaient qu'il ne s'opini&trait à la réduction de La Rochelle que pour plaire au pape , et voulaient qu'on abandonnât le siège pour aller secourir les alliés de la France en Italie.

Tontes ces intrigues échouèrent contre la fermeté de Richelieu ; les Rochellois se rendirent le 98 octobre , et il pût dire , avec raison , qu'il avait pris la place en dépit de trois souverains, le roi d'Angleterre, le roi d'Espagne et le roi de France, et que c'était le dernier qui lui avait opposé le plus d'obstacles. Richelieu , qui s'était déjà montré , et qui se montra par la suite si rigoureux dans ses vengeances , n'abusa point de la victoire avec les Rochellois; il priva la ville de ses privilèges, la mit hors d'état de se révolter de nouveau , mais il ne fit essuyer aucun mauvais traitement anx habitants , et leur laissa même le libre exercice de leur religion. Rien ne ternit donc sa gloire dans cette grande entreprise , dont le succès fut dû à lui seul.

Il n'est pas inutile de remarquer que la capitulation ne fat signée ni par le roi ni par les maréchaux de France qui étaient a l'armée , mais seulement pa; deax maréchaux de camp. Richelieo n'avait pas jugé qu'il fût de la dignité de la couronne^que le roi , son ministre ou ses principaux officiers , traitassent avec des si^^^ ^^' belles.

La réduction de La Rochelle anéantissait le parti protestant, jusqu'alors si redoutable en France. Cétait , dit Hume , le premier pas qui devait conduire la France à de grandes prospérités. Ses ennemis étrangers et ses factions domestiques ayant perdu leur plus puissante ressource, cette couronne commença bientôt à briller d'une nouvelle splendeur. « Le roi sentait toute l'importance du service que le cardinal venait de rendre a l'état ; plus on s'était attaché à lui représenter le succès de l'entreprise eomme impossible , pins on avait rehaussé à ses yeux les talents supérieurs du ministre que l'on avait servi en voulant lui nuire. Mais les ennemis de Richelieu, rédaits an silence, n'en étaient que plus acharnés, et la reine-mère se réunissait à eux.

La bonne intelligence entre elle et le cardinal était altérée depuis l'année dernière. Madame étant morte le 4 juin 1627, Marie de Médicis avait voulu faire épouser au dac d'Orléans une princesse de sa famille; et, quoique Richelieu eût paru approuver cette alHance , elle ne tarda pas à s'apercevoir qu'il s'y opposait en secret. Quand elle avait vu le roi aller prendre en personne h direction du siège de La Rochelle , elle s'était persuadée que le cardinal n'avait d'autre but que de tenir son fils éloigné d'elle, et de le soustraire à l'asceadant qu'elle avait sur lui. Jusqu'alors ennemie d'Anne d'Autriche, elle s'était réunie k elle pour faire revenir Louis et pour l'empêcher de retournera l'armée. Le roi étant parti malgré elle, son mécontentement

48i iiisToinr nr. rnANCE

avait àéfsfinéré ei kaiiie contre le cardinal ; cependant elle s*était cme obligée de dissimnler, et aTiit fait dire des messes ponr le succès do siège.

Mais lorsqa'après la prise de La Rochelle le cardinal revint triomphant h Fontaioehiean , oà était la cour, elle eut pins de peine k cacher ses véritables sentiments. Richelieo , qni savait les liaisons qu'elle avait formées avec ses ennemis , et qui en voyait plasiears aoprès d'elle , lui répondit , quand elle lui demanda des nouvelles de sa santé : « Je me porte mieux que beaucoup de gens , qui sont ici , ne le voudraient. > La reine-mère, surprise de cette réponse, changea la conversation. Elle fit quelques plaisanliries sur le tardinal de Bérulle , qui arrivait en habit court et botté. Ce cardinal jouissait , depuis quelque temps , de toute sa faveur. « Je voudrais , dit Richelien , être aussi avancé dans vos bonnes grâces comme est celai dont vous vovs moqaei. > La reine-mère , poussée à bout , lui répliqua avec aigreur, et Richelieu répartit sur le même ton. Nous n'avons cité ces détails, pea importants en eux-méaMs , que parce qu'ils peignent le caractère du cardinal , et font connaître la position dans laquelle il se trouvait à la cour.

En quittant Marie de Médicis , Richelieu alla chei le roi , lai raconta ce qui s'était passé , et lui demanda la permission de se retirer du ministère , qu'il ne croyait plus pouvoir garder après avoir eu le malheur de déplaire h la rehie-mère. Louis se chargea de parier à Marie de Médicis : le cardinal écrivit de son cAté ; comme ni cette princesse ni lui n'avaient encore le projet d'en venir i une rupture ouverte , l'accommodement se fil sans difficulté. De nouv^es altercations eurent lieu bientôt après à l'occasion d'une abbaye dont Marie de Médicis avait disposé en faveur de Yautrier, snn médecin , qui était ennami du cardinal. Richelieu fit des reproches peu mesurés à cette princesse, qui, lorsqu'il fut parti , lui envoya dire, par un simple valet, qu'elle lui ôtait la surintendance de sa maison et la direction de ses affaires. Le roi se chargea encore de faire la paix; mais la lutte était engagée , et il fallait que l'un des deux succombât. Les projets de la reine-mère , relativement aux afi'aires da rc^aume , étaient d'ailleurs absolument opposés ii ceux de Richelieu.

Vincent de Gonzagues, duc de Mantoue, était mort k la fin de novembre 1627. Chartes de Gonzagues, duc de Nevers , son cousin et son héritier, avait été reconnu par les habitants ; mais la maison d'Autriche , sachant qu'il était dévoué aux intérêts de la France, lui opposa , pour compétiteur, le duc de Guastalla , auquel l'empereur donna riuvcstiture du duché , qui était un fief impérial. Le duc de Savoie élevait aussi des prétentions sur Mantoue , et il s'était arrangé avec les Espagnok poir partager le payi. Le doc de Nevers , trop faible pour résister, avait réclamé de la France des secours , qu'il avait été impossible de lui accorder pendant le siège de La Ro- ' ehelle ; on n'avait pu que gagner du temps en essayant de négocier avec les cours de Madrid et de Turin. Mais le danger devenait plus pressant , et il fallait que le ministère français prit une prompte détermination. L'affaire fut mise en' délibération an conseil , avant qac la cour quittât Fontainebleau. Le cardinal , qui se voyait enfin libre de travailler à l'abaissement de la maison d'Autriche , devait commencer par empêcher qu'elle n'opprimât un aillé de la- Franet. Il fit adopter la résolution d'envoyer sar-lc-champ des forces en Italie. Marie de |iédieis s'y opposa en vain ; belhs

mère du roi d'Espagne et de l'héritier du duc de Savoie , elle désirait qu'on ménageât ces denx souverains; mais-elle avait en outre des motifs particuliers de haine contre le nouveau duc de Mantooe. Monsieur, qu'elle avait voulu marier avec une princesse de Toscane , était devenu éperdument amoureux de Marie de Goniague , fille de ce duc , qui cherchait à la lui faire épouser. Tout ce que la reine put obtenir, ce fut qu'on fit promettre au duc d'Orléans de ue plus penser ^ ce mariage.

Dès le mois de novembre , on réunit les troupes en Dauphiné , et le roi chargea son frère de rexpédition ; Marie de Médicis avait demandé ce commandement pour lui , afin de le distraire de la passion dont elle le voyait occupé. Mais ï peine Louis avait-il pris cette détermination , qu'il fut tourmenté de l'idée que la gloire qu'il avait acquise devant La Rochelle allait être éclipsée par les exploits de son frère ; il eut recours au cardinal , qui , trop heureux de trouver un prétexte pour l'enlever aux cabales de la cour, lui conseilla de se rendre lui-même en Italie , et de partir sur-lechamp. Marie de Médicis , déjâi mécontente de l'expédition projetée , fut encore pins irritée de la nouvelle résolution du roi ; elle la considéra comme outrageante pour elle, et se confirma dans l'opinion que Richelieu voulait gouverner seul en s'enpannt de l'esprit de son fils.

Louis se mit en route , avec le cardinal , vers le milieu de janvier 1639. La can-' pagne fat glorieuse ; elle eut pour résultat de forcer le duc de Savoie li se liguer avec la France et la république de Venise pour la conservation des états du duc de fihntone, qui fîit rétabli dans ses possessions, et d'assurer au roi l'entrée de l'Italie par l'occupation de la citadelle de Saze et du fort de Saint-François. Avant de quitter l'Italie, le roi signa un traité honorable avec l'Angleterre, qui avait envoyé demander la paix. En revenant , il entra dans le Languedoc avec les troupes victorieuses , pour achever la soumission des protestants , qui tenaient encore quelques places. La ville de Privas fut saccagée. Aubery rapporte que le cardinal , qui avait la fièvre , monta à cheval pour arracher les habitants k la fureur du soldat. .On nous a conservé la lettre que Richelieu écrivit à la retnt le t9 mai , en lui annonçant la prise de cette ville. « Dieu me fait celte grâce , dit-il , que je n'ai point v» cette tuerie , parce que ce peu de tr^il et de fatigues , depuis sept ou huit jours de ce siège , m'avait contraint de garder le lit, le jour du malheur de ces misérables. » Nous relevons ce Caiit, afin de montrer que les panégyristes du cardinal ne sont pas plus véridiques que ses détracteurs.

Le duc de Rohan , chef des protestants , après avoir épuisé toutes les ressources du parti , demanda la paix. Elle lui fut accordée le 27 juin. Le roi pardonnait le passé , laissait aux vaincus la liberté de conscience , mais les fortifications de toutes les villes oh ils se trouvaient en plus grand nombre que les catholiques devaient être détruites.

Le duc de Rohan s'obligeait à sortir de France, et è n'y revenir qu'avec la permission du roi. Après la pacification , le roi retourna k Paris, et le cardinal resta en Languedoc pour faire raser les fortifications des villes protestantes. Tons les Mémoires s'accordent è dire qu'en faisant exécuter cette convention , qui devait déplaire aux habitants , il snt se concilier les esprits par ses manières aflables. On remarqua i

qâ*ii Montaoban les ministres allèrent le complimenter an nom da eonsistoire , et que le eardinal lenr répondit « qu'en France ce n'était pas la contume de le^reeevoir comme corps d'église , en quelque lieu et quelque occasion que ce fût , mais qu'il les recevait comme gens qui disaient profession des lettres.; qu'en cette qualité, ils seraient toujours les bienTcnus , et qu'il tâcherait de leur témoigner, dans les renc<mtres , que la diversité de religion ne l'empêcherait jamais de leur rendre toutes sortes de bons offices , ne faisant point de différence entre les sujets , que par la fidélité , laquelle , comme il espérait, se trouyant désormais égale'aux ans et aux autres, il les assisterait tous également et avec une même affection. »

Pendant l'expédition d'Italie, Marie de Médicis, chargée de la régence , atait fait arrêter et enfermer, à Vincennes , Marie de Gonzagues , sous prétexte que Monsievr ayait l'intention de l'enlever. Louis , aussi opposé que sa mère au mariage du duc d'Orléans , voulait que la princesse allât rejoindre le duc de Nevcrs à Mantoue ; mais S60 intention n'était pas qu'on lui fit essuyer de mauvais traitements , et il eut beaucoup d'humeur lorsqu'il apprit ce que la reine-mère avait fait sans le consulter. Cependant il ne témoigna pas d'abord son mécontentement , et ce ne fut qu'après être arrivé à Paris qu'il fit mettre la princesse en liberté. Marie de Médicis, qui jusqu'alors avait vu le roi soumis à ses volontés , se crut offensée par cet acte de justice; et elle reconnut , avec dépit , que le cardinal avait plus d'empire qu'elle sur l'esprit de son fils.

En effet , Louis n'avait agi que d'après les conseils du cardinal , dont la politique est facile à expliquer. Monsieur, auquel on n'avait laissé ni le commandement da siège de la Rochelle , ui celui de l'expédition d'Italie , s'était de nouveau déclaré contre le ministre. II aurait pu se rendre redoutable , s'il s'était réuni à la reine , sa mère. Richelieu fut servi par les circonstances , et il sut en profiter. L'amour de Monsieur pour la fille du duc de Mevers , son refus formel d'épouser une princesse de Toscane , indisposèrent contre lui Marie de Médicis , qui l'exaspéra à sou tour en faisant arrêter la princesse en prison pendant deux mois , afin d'aigrir les ressentiments de Monsieur contre la reine-mère et nême contre le roi , et de rendre les rapprochements plus difficiles. D'un autre côté , la liberté , rendue à une princesse que Marie de Médiijs avait pris sur elle de faire arrêter, montrait au peuple et aux grands que le roi n'était plus gouverné par sa mère.

Lorsque le roi fut de retour îi Paris , le duc d'Orléans évita de le voir, partit poui* Joinville , et menaça de se retirer en Flandre , s'il n'obtenait pas pleine et entière satisfaction.

L'autorité royale était trop bien affermie pour que l'on pût craindre quelques efforts des mécontents en faveur de ce prince ; on lui répondit qu'il devait d'abord revenir à la cour, et y faire ses demandes d'une manière plus soumise. La reine-mère sentit alors la faute qu'elle avait faite , et elle essaya de la réparer en sollicitant pour Monsieur quelque grâce en dédommagement du mariage auquel on le forçait de renoncer; mais elle ne put rien obtenir. Le duc d'Orléans, se voyant méprisé, passa dans les états du duc de Lorraine , publia un manifeste contre le cardinal , qu'il appelait le maire du palais de ce temps. Il mit , à son retour, des conditions qu'il aurait I peine pu exiger s'il eût été à la tête d'une armée victorieuse.

Lie cardinal était resté en Languedoc jiisqu*aa départ du duc d*0rléans pour la Lorraine ;'il avait tout dirigé sans paraître prendre aucune part aux affaires de ce prince , dont Fodieux retomba sur la reine-mère. Cependant il ne voulut point pousser les choses aux dernières extrémités , et il fit accorder une légère augmentation d'apanage 11 Monsieur, qui alla résider à Orléans. De pareils arrangements étaient loin de satisfaire Marie de Médicis ; il y eut plusieurs discussions très-vives entre elle et je cardinal, mais le roi intervint; et, loin de pouvoir perdre son ennemi, elle fut obligée de prêter son nom aux nouvelles faveurs qui lui farent accordées. Richelieu , depuis longtemps , exerçait, dans toute son étendue, les fonctions de principal ministre : le roi Tavait qualifié ainsi dans plusieurs déclarations ; mais ce titre ne lui fat conféré que le 21 novembre 1629. Les lettres-patentes portent que le roi, ayant l'intention de réformer son conseil , n'a cru devoir faire aucun choix avant d'avoir donné au cardinal le rang et la place que sa condition et ses vertus requièrent! On rappelle les services qu'il a rendus devant La Rochelle, en Italie et en Languedoc; on fait remarquer que sa modestie Ta seule empêché d'en recevoir encore la récompense , et , de l'avis de la reine-mère , il est nommé conseiller dans les conseils du roi , et principal ministre d'état. Le mois suivant, par lettres patentes du 24 décembre, le roi le fit son lieutenant-général représentant sa personne pour l'expédition qu'on projetait en Italie. II était investi de toute l'autorité royale dans les provinces françaises et étrangères où se trouverait l'armée ; les officiers civils et militaires devaient également loi obéir; enfin il avait le droit de recevoir les ambassadeurs , et de signer les trêves et les traités qu'il croirait utiles an bien de l'état.

Cette nouvelle expédition , dont le cardinal était chargé en Italie , avait pour objet de s'opposer aux entreprises de l'Espagne et de l'empereur, qui attaquaient de nou- Yean le duc de Mantoue , et de forcer le duc de Savoie à exécuter le traité de Suze. Le ministre ne se croyait pas pris au dépourvu; non-seulement il ayait réuni une année en Dauphiné, mais, par on traité signé avec la Ravière, il s'était ménagé au besoin les moyens de faire faire une diversion contre l'empereur. Il partit de Paris le 29 décembre , ayant à l'une des portières de son carrosse le cardinal de la Valette et le dacde Montmorency, ii l'autre , les maréchaux de Schomberg^ de Rassompierre. Cent gentilhonunes l'accompagnèrent jusqu'à plus d'une lieue de la ville ; il continua sa route avec sa garde ordinaire et huit compagnies des gardes , que le roi lui avait données pour escorte. Richelieu arriva à Lyon le 18 janvier 1630. Peu de jours après, le prince de Piémont, fils du duc de Savoie, lui fît proposer, au pont de Reanvoisin , une entrevue , qu'il refusa , afin d'éviter les négociations inutiles , et de mettre le duc dans la nécessité de se déclarer sur-le-champ pour ou contre la France. N'ayant reçu que des réponses évasives aux demandes formelles qu'il faisait faire , il pénétra dans le Piémont, y fit des progrès rapides, et se rendit maître de Pignerol le 21 mars 1630. Connaissant toute l'importance de cette place , il ne perdit pas un instant pour la mettre sur un pied respectable de défense. On ravitailla Casai ; mais les forces supérieures de l'ennemi et la difficulté des passages ne permirent pas de porter des secours au duc de Mantoue, dont la position devenait chaque jour plus critique.

488 IIISTOlUt; (M;: FIUISCE.

Cepcndiinl le roi s'était rendu ii Lyon , avec toute la eoar, dans les premiers jours de mai ; Richelica avait luf-méme provoqué le voyage , d*après une lettre da cardinal de La Valette , qui Tinformait des progrès que ses cnnemts faisaient anprès do prince. En effet la reine , profitant de Tabsence du ministre , commençait k reprendre sur son fils Tascendant qu'elle avait perdu. Ne pouvant empêcher le roi de partir, eHe refusa, pour le suivre , la régence , qu'elle avait eue pendant les autres voyages de son fils. Louis se mit en route pomr Tannée; le cardinal alla au-devant de lui jusqu'à Grenoble , on Ton régla les opérations ultérieures de la campagne ; il fut décidé qoe l'on ferait la conquête de Savoie afin de contrebalancer les avantag.^ que les impériaux et les Espagnols obtenaient dans les états du dnc de Mantoue , où l'armée française ne pouvait pis pénétrer. Quoique cette résolution dât choqner Mirie de Médicis , qui avait à cœur les intérêts du duc de Savoie , Ricbellei partit ponr Lyon , afin de saluer les deux reines. Les Mémoires du temps remarquent qn'il fit toutes les stinmissiois I la reine-mère ; que cette princesse ne lui témoigna aucnn ressentiment ; qu'elle ne se plaignit point de ses projets contre la Savoie , et qu'elle l'exhorta seulement k conclure la paix aussitôt qu'on pourrait le faire avec honneor. Richelien alla ensuite rejoindre le roi. Ce fut alors que parut, pour la première fois, k la conr de France, le fameux Jules Mazarin. Il était chargé de traiter, de la part do dnc de Savoie; sa négociation échoua , et la Savoie f^t conquise sans obstacle.

Louis retourna à Lyon , dans les premiers jours du mois d'août , ef y t'>mba d»ngereusement maladç. Les deux reines ne le quittèrent pas un seul instant; mais, ea Ini rendant les plus tendres soins , elles cherchaient i perdre le cardinal dans son esprit. On dit que Louis , naturellement faible et affaibli encore par la maladie , céda I leurs instances , et promit de sacrifier son ministre , aussitôt que la paix serait conclue. Tel fut , du moins , le bruit répandu k la cour, ainsi qoe le rapporte Yittnrio Siri , d'après le témoignage des contemporains. Biais un autre danger plus réel menaçait le cardinal : la maladie du roi avait pris un caractère plus alarmant , et on désespérait de sa vie. Déjli la reine-mère avait expédié un courrier k Monsieur pour l'engager à se rendre anprès d'elle en toute diligence. Elle considérait la mort do roi comme prochaine , et ne croyait avoir k s'occuper que des moyens d'exercer l'autorité sons le nom du duc d'Oriéans , qui allait monter sur le trône.

Aussitôt qn'il avait appris la maladie du roi , Richelieu était venu h Lyon , afin de juger par loi-même de l'état des choses , et de pouvoir, qael que fàt l'événement , se soustraire à la vengeance de ses ennemis. Parmi eux , on comptait , outre lc<; deux reines , la princesse de Conti , la duchesse d'Elbeuf , les deux Marillac , l'un maréchal de France . l'aotre garde-des-sceaox , le maréchal de Bassompierre , la duchesse de Lesdiguières , la comtesse de Fargis , etc. La chute du cardinal leur paraissait inévitable , et déjà ils discutaient ce qu'ils feraient de lui lorsqu'ils se seraient emparés du pouvoir. On rapporte qu'il y eut une grande assemblée à ee snjet chef madame de Fargis , que le cardinal , placé dans un appar(em'»nt voisin , entendit tout , an moyen d'une sarbacane , et que chacun subit plus tard le traitement qu'il avait Yjulo faire éprouver au ministre.

Mais le rétablii^seaicnt ina'.t* n 'v de la ^arltc d i roi décoicerta tous les projets des

eaneniis de Riebelieo. La reine-mère elle-même , malgré les promesses qu'elle avait arrachées ^ son fils , ii*était pas sans inquiétude. Elle craignait que le ministre , auqiel elle n*ayalt pu dérober la connaissance de ses démarches h l'égard du duc d'Orléans, ne s'en fit des armes contre elle auprès d'un monarque jaloux et défiant.

Elle se prêta yoloniiers aux désirs du roi , lorsqu'il l'engagea à se réconcilier avec le cardinal. Celui-ci , encore ému du danger qu'il venait de courir, et n'aynnt pas pu préparer la perte de son ennemie, se trouva trop heureux de saisir le moment de bienveillance apparente de la reine-mère ; il s'humilia devant elle , rappela tous les bienfaits dont elle l'avait 'eomUé , protesta de la fidélité de sa rceonnaissançe , et s'engagea il ne se conduire désormais que par ses avis. Marie , de son côté , promit de lui rendre ses bonnes grâces. Le roi ne douta pas que la réconciliation ne fût sincère; il voulut que le cardinal célébrât lui-même la messe , communiât la reineraère , et que tous deux jurassent, sur l'hostie, un entier oubli du passé. Cette cérémonie , rapportée par plusieurs Mémoires du temps , eut lieu le jour de la Toussaint.

Ces intrigues de cour avaient obligé le cardinal à quitter subitement l'armée au moment oà sa présence y aurait été le plus utile pour tirer parti des avantages qu'on avait remportés. Cependant son départ n'empêcha pas de suivre les négociation^ qui étaient entamées déjà depuis quelque temps. La paix fut signée à Ratisbonne , le 13 octobre; quoique cette nouvelle eût été apportée en Italie, le 90, il y aurait en une bataille le 26 , sans le courage de Mazarin , qui , au péril de sa vie , alla plusieurs fois d'une armée à l'autre ad moment oà l'action allait s'engager, et parvint k empêcher l'effusion du sanf . Â peine le roi avait-il été rétabli , qu'il voulut quitter Lyon , et retourner dans sa capitale. Toute la c^ur le suivit ; les Mémoires du temps remarquent que la reine-mère et le cardinal s'embarquèrent à Roanuc , dans le même bètcan ; que Richelieu , fut gai, attentif, prévenant pour elle, et elle pleine de bienveillance pour lui ; que leurs partisans se traitèrent comme s'il n'y eût jamais eu de sujet de discorde entre eux , et qu'une vive gaieté répa pendant tout le voyage.

Il est permis de croire que cette bonne intelligence était plus apparente que réelle, mais , en la supposant véritable , le roi la rompit par une indiscrétion. On trouve le passage suivant dans une espèee de journal , rédigé par Richelieu lui-même , et qui a été imprimé en 1649. « Le roi découvrit au cardinal , 2i Âuxerre ( en revenant de Lyon à Paris ), tout ce que la reine-mère lui avait dit contre lui de plus diabolique , et les inventions dont elle s'était voulu servir pour le persuader. » Les inventions , suivant quelques Mémoires , étaient que Richelieu voulait êter la couronne à Louis , pour la donner au comte de Soissons , ave& lequel il s'était réconcilié , et qui devait épouser madame de Gombalet , sa nièce , devenue veuve depuis quoique temps. Nonseulement le ministre se justifia de cette absurde accusation , mais il inspira- au roi des craintes beaucoup plus fondées contre Marie de Médicis. Il retraça la conduite de la reine-mère , montra qu'elle avait été toujours prête k tout sacrifier pour satisfaire son insatiable ambition , insista sur sa prédilection marquée en faveur de Monsieur» qu'elle comptait tellement de voir monter sur le trêno , que cba<ino jour elle coimiltait les aarol'gucs Si ce suj«l«

Ces discours do cardinal firent one profonde impression dans l'esprit du monarque, (pii fat convaincu que Richelieu seul pouvait le préseiver des dangers dont il était menacé. Le cardinal d'ailleurs mettait tout en usage pour rendre ses services indispensables. La cour venait d'arriver k Paris, lorsqu'on y reçut la nouvelle de la signature du traité de Ratisbonne. Ridielieu craignit que Marie de Hédids ne sommât son fils de remplir la promesse qu'il lui avait faite b Lyon, et que le roi , se trouvant en paix avec toutes les puissances , crût pouvoir se pisser de son ministre.

Il prétendit donc que Léon Brulard et le père Joseph, qui avaient été chargés de négocier, avaient outrepassé leurs pouvoirs , fit partager cette opinion au roi , et parut disposé il continuer la guerre. II fut alors impossible i Marie de Médicisde se contenir davantage ; elle voyait tons ses proijets déconcertés, toutes ses espérances déçues. Si on reprenait les hostilités , le ministre , redevenu nécessaire , était plus paissant que jamais; le roi le suivait i l'armée , et se livrait entièrement entre ses mains. Monsieur n'était pas moins animé qu'elle. Richelieu l'ayant rencontré au Loxembonrg ets'étant avancé pour le saluer, ce prinee bii tourna le dos , en lui lançant on regard de colère et de mépris. Le cardinal alla se plaindre à la reine-mère , qui lui répondit sèchement que Monsieur l'avait traité comme il le mériuit Le roi , instruit de ce double affront, dédara à Marie de Médids que le bien de l'état exigeait impérieusement que le eardinal restât an ministère. Il ajouta que , si elle avait été offensée par le ministre , elle devait se souvenir que lui-même ayait autrefois pardonné à Richelieu , lorsqu'elle l'en avait prié , et qu'elle ne pouvait le refuser quand il demandait à son tour qu'elle pardonnât au cardinal. La reine-mère n'osa pas résister; il fut convenu que le lendemain , 11 novembre , le cardinal se rendrait au Luxembourg avec M*' de Gonbilet, et , qu'en présence du roi , Marie de Mé^is leur déclarerait, à l'un et k l'autre , qu'elle n'avait plus de haine contre eux. EUe n'avait pris qu'à regret cet engagement; ses confidents lui persuadèrent que, si elle profitait de l'entrevue pour faire un édat tel que le roi fût obligé de se déclarer contre sa mère ou contre son ministre , leur ennemi serait nécessairement sacrifié. Marie de Médicis suivit ce conseil , qui flattait k la fois sa haine et son ambition. A l'heure fixée pour l'entrevue , eHe fit d'abord appeler M"* de Gombalet , qui se jeta â ses pieds pour la remercier de la grâce qu'elle lui accordait. La reine la repoussa durement , en lui adressant les parole» les plus injurieuses , et la chassa de sa présence. Le cardinal , qui attendait dans une pièce voisine, vit sortir sa nièce toute en larmes; introduit à Il son tour, Marie de Médids Tint â lui le visage enflammé de colère , lui dit^iu'il était le plus fourbe , le plus ingrat, le plus méchant homme du royaume. Elle le traita de perturbateur du repos public , et l'accusa de vouloir détrôner le' roi. Louis essaya de la calmer et de justifier le cardinal ; voyant que la reine s'animait de plus en plus, il ordonna â Richelieu de se retirer. Il tenta de nouveau, mais sans succès, d'apaiser sa mère , qui redoubla d'instances , et obtint de lui , dit-on , que le ministre aelait renvoyé.

Les Mémores du temps varient sur les détails de cette scène extraordinaire. Quelqies-uns prétendent qu'il n'y avait pas d'entrevue réf^ â l'avance ; que le cardinal, quoique l'entrée lui jsût été interdite, s'introduisit par une porte dérobée dans le ca-

Digitizèd by LjOOQIC

binet de la reine-mère où était le roi, et où il savait que la princesse devait faire on dernier effort contre loi ; qse Matière Médieis , outrée de son audace, lui fit les reproches les plus sanglants ; que Richelieu répondit de la manière la plus soami&e; que voyant ses excuses rejetées avec emportement par la reine , il demanda au roi la permissian de quitter le ministère , et que ce prince la lui accorda en lui disant de se retirer.

Quelques antres , en adoptant une partie de ces circonstances, ajouteut que la scène était concertée entre le roi et le cardinal. De quelque manière que les choses se soient passées , il est certain que Marie de Médieis crut avoir obtenu ce qu'elle désirait ; qa*eUe s*empressa de Tannoncer b ses partisans , et qu'elle af^t comme si la disgrâce de RicbeUeu e<U été irrévocable. Le broit s'en répandit bientôt dans Paris, et le palais du Luxembourg pouvait à peine contenir la foule des courtisans qui allaient féli:citer la reine-mère. Richelieu , par sa conduite, confirmait lui-même la nouvelle de sa chute. 11 faisait en toute hftte brûler ses papiers, emballer ses effets les plus précieux, préparer ses équipages.

Il annonçait l'intention de partir le plutôt possible pour le Brouage, et de s'embarquer s'il y était forcé par l'acharnement de ses ennemis. Plusieurs historiens prétendent qu'il se considérait effectivement comme perdu sans resaonrces; qu'il ne songeait qn'è mettre sa personne et ses trésors en sûreté par une prompte fuite ; que le cardinal de La Valette le pressait en vain de faire encore une tentative auprès du roi, et qu'il ne s'y décida qu'après avoir reçu un message de Saint-Simon, qui lui annonçait les bonnes dispositions du monarque.

Louis sortit du Luxembourg, très-irrité de ce que sa mère lui avait manqué de parole. Il demanda k SainUSimon, qui l'avait accompagné, ce qu'il pensait de tout ce qn*il venait d'entendre. Saint-Simon lui répondit qu'il croyait être dans l'autre monde ; mais qu'enfin, le roi était le maître. « Oui , je le sais , répliqua le monarque , et je le ferai voir. » Il s'arrêta quelques instants è l'hôtel des ambassadeurs, pour se remettre de l'extrême agitation où il était ; il se plaignit encore avec amertume des procédés de Marie de Médieis ; puis se décida k partir pour Versailles, et fit dire au cardinal d'aller l'y rejoindre sur-le-champ.

Richelieu y arriva presqu'en même temps que le garde-des-seeaux Marillac , qui avait été également appelé, et qui se croyait mandé pour êlre installé comme premier ministre. Pendant que celui-ci donnait des ordres aux fourriers pour se faire préparer un logemrat dans le chftteau, le cardinal fut introduit sous prétexte de prendre congé du roi , et il ne parait pas que sa présence ait inspiré le moindre soupçon à Marillac. Après avoir remercié le roi, il lui dit qu'il ne pouvait demeurer à la cour sans devenir la cause d'une division scandaleuse entre le fils et la mère ; et il demania la permisd'aller, pleurer dans la solitude, le malheur qu'il avait eu de déplaire à sa protectrice. Le prince lui ordonna de demeurer, lui promit de le protéger contre tous ses ennemis, quels qu'ils fassent, ajoutant qu'il connaissait ceux qui avaient donné de mauvais conseils à Marie de Médieis, et qu'il en serait question. Cetle scène eut heu en présence d'un assez grand nombre de ctur^iisans. On dit que Richelieu avait eu d'aboi'd une audience secrète qui lui avait été ménagce par Saint-Simon ; qu'il ^ reprit son ascen-

492 lllSTOlPiE DK KlUNCE.

dant i»ar le monarque, si toutefois il l'avait perdu, et que Ton y eoicerta les moyens de rendre son triomphe plus éclatant.

La journée où se passèrent ces événements, fut appelée lajontmie des dupes. Soit que l'on adopte l'opinion de ceux qui prétendent que tout était eonvcnn d'avance entre le roi et le cardinal , pour humilier la reine-mère et la priver de ses confidents, soit que l'on pense avec d'autres , que le roi C'tnsentit réellement à sacrifier son minislre , et qu'un court entretien suffit h celui-ci pour redevenir plus paissant que jamais, il faut reconnaître la supériorité de RIefaelieu dans les intrigues de cour comme dans la direction des affaires de l'Eut. Ses ennemis s'étaient désignés et livrés euxmêmes ^ sa vengeance, en se couvrant d'un tel ridicule qu'ils n'inspiraieiit plus aucun intérêt.

On s'est étonné avec raison que la reine-mère, qui connaissait l'esprit faible et vacillant de son fils , ne Tait pas suivi , après avoir obtenu une vaine promesse /acile à révoquer, et qu'elle n'ait pensé qu'il jouir de son triomphe au Heu de Tassorer. Nous n'entreprendrons ni d'excuser, ni de justifier sa conduite. Nous remarquerons seulement que dans cette intrigue, comme dans la plupart de celles qui agitent les cours, il y a des ressorts stcnts dont le mystère n'est jamais bien éclairci.

Les mémoins contemporains ne sont presque d'aucun seceurs pour déconvrir la vérité ; chaque auteur rapporte les bruits répandus dans le parti auquel il a appartenu, et s'il a été en position déjouer un rôle, c'est ordinaiimnent lui seul qui a tout prévu, tout conclu , tout fait. Cette remarque , sur laquelle nous reviendrons plus d'une fuis dans la suite de notre travail , s'applique i la journée des Dupes. Saint-Simon , fovori du roi, ne l'a point quitté pendant tonte cette journée : son rédt devrait donc présenter les faits dans leur plus rigoureuse exactitude ; mais, cédant i cette manie si naturelle aux hommes , 4e vouloir paraître avoir été les principaux moteurs d'un grand événement, les détails qu'il donne sont trop souvent dénués de vraisemblance , et marquent trop l'intention de se faire valoir aux dépens du cardinal , dont il eut^^ se plaindre plus tard, pour qu'on puisse y ajouter foi. Nous avons rempli notre tâche, eu indiquant les opinions diverses des contemporains; et, sans clierclier k concilier des faits contradictoires, rapportés avec une égale assurance, nous allons en dire les résultats.

Marie de Médicis, flcrc de son triomphe, en jouissait avec ivresse. Elle donna à une de SCS favorites la charge de M"* de Gombalet , qui était sa dame d'atour; elle du le commandement de ses gardes à La Milleraye, beau-frère du cardinal , reçut les félicitations des courtisans , et leur promit les places occupées par les amis de Richelieu. Déjà elle avait formé un nouveau ministère composé de ses créatures , et se vanuit hautement de gouverner sous le nom de son fils , lorsque Brienne vint lui tnnoncer, do In part du roi, que Richelieu restait k la tète des affaires.

Soudain tous les courtisans disparurent, et Marie de Médicis se trouva presque seule au Luxembourg, où , quelques instai|ts auparavant , elle avait vu tout ce qu'il y avait de plus considérable en France. Ses ennemis mémo conviennent qu'elle soutint avec une grande fenneté ce revers de fortune , d'anUnt plus accablant qu'il était inattendu. Dixidée !i ne pas fléchir devant le ministre, elle [rcBiit plaisir à le braver el9i

manifester bantement la haine qu'elle lui portait ; elle se promettait de renonreler Sans cesse ses attaques , soas lesquelles il devait finir par succomber ; mais elle se flattait de vaines espérances , et elle allait courir à sa perte en cherclunt ii se venger. Le roi était convaincu qae sa mère avait le projet de le remettre en tutelle , et peutêtre ensuite , de le dépouiller de la couronne pour la donner an duc d*0rléans. Il Yoyait dans Richelieu le seul homme qui pût réprimer Tambltion de Marie de Médicis ; et , plus elle paraissait acharnée contre le ministre , plus il croyait avoir intérêt k le soutenir. La reine-mère l'avait elle-même confirmé dans cette opinion par des discours imprudents, le jour où elle pensa avoir obtenu la disgrâce du cardinal , discours qui furent rapportés au monarque , et probablement envenimés.

Marie de Médicis avait d'abord déclaré qu'elle mourrait plutôt que de voir le cardinal, même an conseil qui se réunissait ordinairement au Luxembourg ; mais le roi lui ayant répondu avec fermeté qu'il maintiendrait son ministre jnsqu'k la mort, elle craignit que le conseil ne se tint sans elle , ce qui l'aurait entièrement éloignée des affaires. Elle fut donc obligée de revenir sur sa résolution ; elle consentit k se trouver avec Richelieu au conseil, pourvu que ce fût chez la reine régnante , ne pouvant ue dccider, disait-elle, à le recevoir an Luxembourg. Elle essaya de faire valoir cet acte de condescendance, et d'y mettre des conditions qui forent rejetées. Elle demanda en vain la liberté du garde-dte-sceaux Marillac , qui avait été arrêté an moment où il s'attendait à recevoir le bievet de premier miaistre, et celle du maréchal de Marillac, que Richelieu avait aussi fait arrêter à l'armée d'Italie ; on ne voulut lui donner aucune assurance pour ses partisans. On refusa même de lui promettre que Monsieur n'aurait pas la permission de se marier sans son consentement. Mais, au milien des mortifications dont elle était abreuvée, rien ne lui fut plus sensible que la réconeiliation du duc d'Orléans avec le cardinal. Ce prince , sur kqnel elle fondai- une grande partie de ses espérances, était allé chei le ministre , lui avait dit qu'il pouvait compter sur sou amitié et sur sa protection , et qu'il voulait, 2i l'avenir, l'aimer auUnt qu'il l'avait haï.

Trois jours après avoir assisté au conseil avec le ministre (le 26 décembre), ol'e le fil appeler au Luxembourg. Les détails de cette entrevue que le roi avait exigée, et k laquelle était présent le père Soffren, confesseur de la reine-mère, se trouvent dans le journal de Richelieu. Eu le voyant entrer, la princesse fondit en larmes, le ministre et le confesseur se mirent ensuite It pleurer ; elle voulut faire asseoir Riahelieu, qui lui répondit qu'il ne méritait pas une telle faveur, puisqu'il avait eu le malheur d'encourir sa disgrâce. Marie parla de ce qui s'était passé, assura qu'elle n'avait jamais eu le dessein de l'éloigner des affaires, mais seulement de sa maison. Le cardinal lui ayant rappel*) qu'elle avait dit publiquement qu'il faHaii qu'elle on loi sortissent de 1j eonr, le P. SuAren fit observer que ce n'était qu'un mot échappé dans un moment de colère. Richelieu prit la ptrale, justifia sa conduite avec hi reine-)nère, puis ajouta : « qu'il désirerait toute sa vie être remis en son esprit comme il avait été ; mais qu'il osait bien lui dire que l'ayant servie quatorte ans comme il avait fait , il connaissait trop bien soi humeur pour oser, awc raison , esférer ce qu'il devait toujours sonhal* ter par respect. » il y eut qoclquei diteu«)ions sur let projets rehitifs as nariage ds

494 mSTOlRE DE FRANCE.

due (fOrléans , et la reine congédia le ministre en loi disant qn*elle se eomporterai^ avec lai comme il se goaTerneraft avec elle.

Ce qni se passa dans cette conférence n'était pas de nature à amener une réconciliation entre la plus ambitieuse des reines, dépouillée du pouvoir par Tbomme qu'elle avait élevé , et un ministre non moins ambitieux, qui ne pouvait se maintenir que par la ruine de sa protectrice. Leur haine réciproque était d'autant plus envenimée qu'elle succédait I une ancienne amitié ; et s'il y eut une apparence de modération dans les discours , c'est qu'on cbercbait k se tromper de part et d'autre pour se porter des coups plus assurés.

L'accommodement de Monsieur avec le cardinal mettait la reine-mère dans l'impossibilité de rien entreprendre. Elle vint facilement i bout de rompre avec nn prince aussi peu ferme dans ses résolutions que le duc d'Orléans ; et, pour prévenir un nonveau changement , elle crut prudent de l'éloigner de Paris. II fut donc convenu que Monsieur quitterait la cour, et irait dans les provinces essayer de s'y faire un parti. Marie de Médicis devait rester k Paris , et saisir l'instant favorable pour agir de son côté. Avant de partir, Monsieur alla chez le cardinal ( 30 janvier), et lui dit « Tous trouverez bien étrange ce qui m'amène ici. Tandis que j'ai pensé que vous me serviriez, je vous ai bien voulu aimer. Maintenant je vols que vous manquez à tout ce que vous m'avez promis ; je viens vous retirer la parole que je vous ai donnée de vous aifectlonner. »

Richelieu demanda inutilement quelles étaient les promesses qu'il n'avait pas remplies ; le prince déclara qu'il partait pour Orléans , et que si on le pressait il saurait bien se défendre.

Cette rupture, sur laquelle Marie de Médicis avait compté pour se donner de l'miportance et pour embarrasser le cardinal , produisit un effet absolument contraire. On voit par le journal de Rtehéliea , qu'il était informé, pour ainsi dire ^ chaque heure, de tous les détails des négociations qui avaient lieu entre les agents de la reine-mère et ceux du duc d'Orléans. Il ne diercha pas à les entraver, parce qu'elles servaient à l'cxécBtion de ses desseins. Lorsque Monsieur s'était réconcilié avec lui , il avait fait accorder de grands avantages !) ses favoris , et leur en avait fait promettre de plus grands encore. Le roi devait donc être convaincu qu'il était impossible de rassasier leur avidité , et de contenter son frère. Le cardinal savait d'ailleurs que le due d'Orléans, qui aurait pu le gêner à la cour, n'était nullement redoutable dans les provinces. Cependant , quand il apprit au roi son départ , il manifesta de grandes inquiétudes. Louis se crut obligé de le rassurer par une démarche publique ; il alla chez le ministre , et lui promit de déployer toute l'autorité royale contre ses ennemis.

Le roi alla aussi trouver Marie de Médicis, qui parut étonnée du parti que Monsieur avait pris, et déclara n'en avoir eu aucune connaissance. Richelieu dévoila alors à son Aiatfre tous les détails dé la négociation , lui prouva que la reine-mère avait dirigé cette intrigue de concert avec des agents de la maison d'Autriche, et que, pour fournir an duc d'Orléans les moyens d'exciter des troubles dans les provinces , elle lui avait teaAs y avant son départ , tontes les pierreries de Madame , qu'elle avait eues en dépôt depuis [la mort de cette princesse. Louis ne put plus douter des projets de sa

Hère, cfvi saerifitit alisi la tnmqoilHté do royaume I sa fengeanoe et àr son ambUioD.

O fi'était plw le nânistre , nais loi-niéiie ({D'elle attaquait. Dès-lort , il ne poayait pios Toir es eUe qi*BBe eniemie. Ce n'était point eneore assez poir le cardinal, f« ne eroyait pas son aitoritéeffennie, tant qne cette princesse ne serait pas renfoyée da royanme.

Louis a?ait déjà eiilé sa nère après la mort da maréclial d'Ancre ; mais ce moyen, loin d'empédier les troiMes , avait alhimé la guerre civile ; et d'aUlews, il répugnait d'en venir une seconde fsis ii de pareilles extrémités. Il aurait voulu que Marie de Médieis fAtmise dans l'iBposslMHté de former de nouvelles intr^ues, et qu'elle se récondlttt avee le ministre. Le manvaie succès de tontes les tentatives qu'il avait faites jusqu'alors ne rempéeba pas d'essayer uq dernier effort; mais le caractère altier et vindicatif de la reine ne Ini permettait pas de dissimuler sa haine , et l'intérêt du mu niitre s'opposait à nn accommodement qui lui aurait laissé sans cesse de nouveaux dangers è redonter.

Loms n*ayant pa réussir, on proposa k la r^ne de se retirer pendant quelque temps il M onHns. La princesse prétendit que cette proposition cachait nn piège ; qu'une foisf Soignée de la cour, on la ferait enlever et conduire à Florence. On hii demanda une promesse écrite de ne rien entreprendre contre la sûreté de l'État , et de ne donner aueme protection îi ceux qui auraient encouru ht disgrâce du roi. L'expérience lui avait appris que les ennemis du cardinal étaient considérés comme ennemis du monarque '^ elle ne pouvait donc signer cette promesse, par laqueUe elle aurait consenti à voir sacrifier ses partisans sans les secourir.

Ses refas étaient interprétés par le cardinal ^ et lui donnaient plus de ficiiité pour démontrer an roi qu'il devenait indispensable de prendre une grande détermination è l'égard de Marie de Médieis. Comme il était casuiste au besoin, il avait fait adopter au prince cette maxime : que la conseiencee l'obligeait, en toutes sortes d'occasions, à préférer le bien de l'État an contentement de sa mère. Marie de Médicis , que la haine aveuglait, ne le secondait que trop par sa conduite imprudente. Dans l'espoir de nuire au minisfre , elle divulguait les plus secrètes délibérations du conseil , metuit snr pied tous ses partisans pour faire déjouer les projets qui y avaient été arrêtés ; et comme le roi était informé de ses indiscrétions et de ses intrigues, elle hâtait ellemême le moment de sa perte.

La crise approchait , elle était inévitable ; mais fl y avait eneore un grand obstacle è surmonter : Marie avait refusé formellement de s'étoigner ; il fallait donc en venir i nn acte de violence , et Richelien n'osait l'entreprendre h Paris, où le peuple pouvait se déclarer pour hi mère du roi contre le ministre. Le cardinal emmena le roi h Gompiègne , certain qne la reine-mère , qui avait déclaré ne plus voutoir laisser éloigner son fils d'elle, ne tarderait pas k le suivre dans cette ville. La princesse tomba dans le piège, et elle arriva â Gompiègne le 17 février. Mettre enfin de sa proie, Richelieu fit convoquer, par le roi, «i conseil secret pour décider du sort de la reine-mère. Ce conseil n'était composé que de ses créatures. 11 refusa d'abord d'y donner son avis, sous prétexte qu'il était personnellement intéressé k la chose. Mais le roi lui ayant ordonné

49(; IIISTOinE DE FRANCE.

de parler, il proBMçt on discoors dont on trooTe la sntetuiee dans les Mémohei teerets de ViUorto Ski , et (|ai est m ? éritaMe elMM*OMnrre d'adresse et d'iiabileté. Il représenta que Tempereur, les rois d'Espagne et d'Angleterre et le dae de Sa?oie, jaio«x de la gloire de Lo«is« et ne pouvant lai nnirt par one guerre déclarée, eherdaient ï se venger ei tronblant la prospérité du royaume par des intrigies secrètes ; qoedes sonnes considérables avaient été fbnmies par l'Espagne et par l'Angleterre, et qo'oi n'attendait que les secours d'hommes promis par l'Allemagne pour éclater ; que le doc de Lorraine et la fKtion de G«ise favorisaient la faction , devenue déjà assez paissante pour enhardir les parlements k braver l'autorité royale; que les Tactien n'avaient tait d'audace, que parce qu'ils se voyaient soutenus par les deux reines et par le duc d'Orléans ; que Monsieur ne rentrerait jamais dans le devoir, tant qu'il pourrait compter sur l'appui de la leiie-mère ; que cette princesse serait redoutable tant qu'elle resterait à la cour et qu'on lui supposerait le pouvoir de renverser le ministre. Qu'au milieu de ces intrigues, il serait impossible de ùiire respeeter la France au dehors et de maittenir l'ordre dans Tintérleur ; que tout refard ne ferait qu'augmenter le mal en augmentant le nombre et la force des mécontents ; qn'h la première maladie du roi , ils se rendraient mattres de sa personne et de l'État , sans que ses fidèles serviteurs pussent le défendre, ni se soustraire i la vengeance de deux feomies dont la colère serait implacable ; qu'il en serait de même au moindre revers ; qu'il felkit donc agir sans p^dre un seul instant : que les remèdes faibles irritaient les grands maux, tandis que les violente les guérissaient on les ôtaient tdut-è-tait; qu'il ne felbit pas y toucher, ou y appliquer le feu ; qu'une paix solide avec la maison d'Autriche permettrait, h la vérité , d'employer toutes les forces de r£tat contre les factieux ; mais que jamais la paix ne serait solide tant qu'il y aurait des factions puissantes dans le royaume ; qu'il était impossible de rsoMuer Monsieur et de gagner ses conseillers, puisque l'on n'y avait pas réussi en leur accordant des avantages qui devaient passer leurs espérances ; que l'on pouvait encore moins ramener la reiœ-aMîre, qui sortait d'un pays et d'une famille oà l'on ne pardonnait jamais ; qu'elle avait résfeté aux prières du roi, violé les promesses les plus solennelles ; qu'elle ne serait contente qu'après avoir exterminé tous ceux qu'elle baissait , et envahi le pouvoir, n'importe à quel prix. Que l'on pouvait l'éloigner , lui, Riehelictt, des afiaires; qu'il allait employer ce moyen sans hésiter, s'il était avantageux ; qu'il le désirait kiméme, mais que son éloignement n'apaiserait point les factieux, qui ne désiraient sa chute que pour envahir l'autorité, et qui se croiraient autorisés par cet acte de faiblesse h tout entreprendre contre le gouvernement ; que le dernier moyen serait d'éloigner Marie de Médicis pour un temps , et chasser d'auprès d'elle les factieux qui lui don- Datent de mauvais conseils ; que si on adoptait cet avis, il fallait l'exécuter avec tous les égards dus à la mère du roi, mais sans délai , et prendre ses mesures de mmUère ï être sûr d<^ réussir, parce que, si on commençait sans fiuir, on se perdrait irrévocablement. Qu'en proposant un aussi violait remède, il ne se dissimulait pas que loua les maux dont il voulait garantir l'État allaient retomber sur lui seul ; que s'il ne considérait que son propre intérêt, il ne donnerait pas un pareil conseil, qu'on croirait (llcté par esprit de vengeance ; ou'on ne manquerait pas de l'accuser ^ la plus noir«

NOfES. «»7

ingraUtnée enfers si prolee^iee ; qu'il derieiidrait rol>jet des piss mordantes satires , et qtt*il aimerait micfax tomber sans reproclie qae de s'affermir par de tels moyens , mais qa*il deyait préférer la sâreté du roi et Thonneur de la eoaronne à sa propre répatation ; qo*il snppliaii donc le roi d'adopter ee parti , et de ne pas oublier qn'nn ehirorgien qni coape au bras ne s'embarrasse point da sang qu'il dit répandre. Qu'a* lore il demanderait la permission de quitter le ministère , parée qœ les factions étant dissipées par on acte de rigueur inattendu, les ministres qui resteraient pourraient fatalement maintenir la tranquillité dans le royaume. 11 termina sa harangue en assurant que Tesprit de la reine-mère se calmerait d'autant plirtdt, qu'elle se Terrait hors d'état de nuire, et ne serait plus assiégée par ceux qui l'excitaient k la vengeance ; que ses couidents eux-mêmes , n'ayant plus d'appui, cbercberaient )i se réconcilier de bonnefoi avec la cour; que les étrangers ne pouvant plia compter sur les intrigues des mécontents, seraient obligés, pour leur propre intérêt, de souscrire h une paix honorable ; qu'en peu de temps, tout prospérerait dans le royaume. Que si on r^etait cet avis , le désordre ne pourrait qu'augmenter ; mais que , dans tous les cas , il aurait satisfait i sa conscience , en découvrant la véritable cause du mal et le remède h y apporter.

Tous les membres du conseil applaudirent au discours de Richelieu; mais ils s'éle- Terent avec force contre sa proposition de quitter le ministère , où sa présence était indispensable pour la sûreté de l'État. Quant à l'objet principal de la délibération , il n'y eut rien de décidé ; le roi fut prié de donner tels ordres qu'il jugerait convenables, et chacun brigua ii l'avance l'honneur de les exécuter.

Louis ne pouvait plus reculer ; il adopta un plan qui lui fut proposé par le cardinal, et qoi , pour réussir, n'avait besoin que de promptitude et de secret. Il partit de Gompiègne, au milieu de la nuit, avec toate la cour, laissant Marie de Médieis prisonnière dans le chftieau, sous la garde^u maréehil 4'Estrées. A peine sorti de Gompiègne, le cardinal réunit quelques troupes , et se dirigea sur Orléans, où était Monsieur. Il tut sur le point de se rendre maître de la personne de ce prince, qa'il amusait par des négociations, tandis que ses soldats approchaient de la ville et commençaient h la ce^ ner. Monsieur se sauva avec peu de monde, et se réfugia en Bourgogne ; mais étant suivi de trop près par le cardinal, il fut obligé d'aller chercher en Franche-Comté un asile chez les Espagnols, et passa ensuite en Lorraine. Le roi accompagna le ministre dans cette expédition , et publia un édit par lequel tous ceux qui avaient suivi le duc d'Orléans étaient déclarés criminels de lèse-majesté. Cet édit fat enregistré sans difficulté au parlement de Dijon ; mais celui de Paris ayant donné un arrêt de partage, le ministre ramena promptement Louis dans la capitale. Le parlement eut ordre de se rendre en corps et à pied dans la galerie du Louvre. Le roi se fit apporter les registres, déchira lui-même la feuille où l'arrêt de partage était inscrit, et fit insérer k la place nn arrêt du conseil , qui défendait au parlement de délibérer sur les édits concernant ^es affaires de l'État. Deux présidents aux enquêtes et un conseiller, qui avaient parlé avec chaleur lors de la délibération, furent interdits et exilés. Tels furent les premierg actes de Richelieu , quand il fut débarrassé de ceux qui pouvaient lui porter ombrage et balancer son crédit auprès du roi.

Cependant Marie de Médicls était à Compiègne , et le cardinal travailla'.t ï la faire T \)V. 32

mSTOIBE M FRANCE.

sortir de Vmm, Il m^t d'Aori la voie de» téfoeiatioM .îi^fûWt màn h reiaemire laoiitt dUicile, il lui faisait suflcesaifeBMiit enleTer set eoafidents et ses senriteurs. lia priaeeiifte de Costi avait été exilée «ne des premières; les dueliesaes d*EIbeof » d'Onuoe, madame de Farcis , fureat Meotôt a^ès renvoyées; Bassompierre et Viatier fureat mis ii la fiastOte, etc. Marie de Médicis rcjetaU toates les propositiofis ^ai lai Méat foUea; elle refasait même de faitter Gompiègne poar aller résider daas aae aatre viUe. Toate prisoaaière qa*eUe était, elle essayait eseore de se readre redoatable k soa eanemi , s<^ ea adressant aa paiiemeat des re^piètes vékéaiMtes et propres à eafiammer les e^its , soit ea dieiehaDt à soalever ceux qai avaient à se plaindre da eardiaal, eaqaiétaieâtjaleax de sa paissaBoe. Ces tentatives , qa'<die ne dissimakit pas, gemMaÉsnt devoir la ^n resserrer davantage ii Gompiègae : an contraire, oa lai laissait ekaqae joar pbs de liberté; oa avait même fait sortir les soldaU de la viUe , oa se patentait de garder les issaes. La reiae-mère, gai se flattait focilemeat , a'hésita pas à attribaer ees méaafefflente h ta fermeté de sa eoadaite et à la eriânta qa'elle iaspHalt. Sas affaires aa lai paraissaieat pas désespérées; elle se soavenait qae , jadis prûoaniére à Btois , elle ^it parreaae k s*éclmpper , et avait forcé soa fils k traiter avec elle. Déik oa lui ofiait ane retraite daas nae place forte , si elle pouvait sortir de Gompiègae. La eomtaose de Moret , ancienne maîtresse de Henri IV, et dent le fils avait élé ptoscrit somme partisan de Monsieur, dirigeait cette intrigne; elle avait épousé le jeuae de Yardes , gouveraaar de la Capelle , en survivance de son père. Secondée par qaelqaesjeanes femmes, qui séduisirent qnelquea afiieieis, et par son mari , qai adoptait oa paraissait adopter ses projets, elle fit proposer k Marie de Médicis de se retirer dans cette place , dont elle lui répondait. La reiae , avant de partir, aurait voulu concerter sa fuite avec les partisans qui lai restaient daas les provinces ; mais on vint lui annoncer que le maréchal de Schomberg et Brézé étaient envoyés k Compiégne avec doaia ceats chevaax , qu'ils avaieat ordre de Tenlever et de la conduire k un port de mer,, où elle serait embarquée pour Florence. Elle se considère comme perdae , si elle ne fait avant lear arrivée. Elle s*ccbappe k dix heares du soir, accompagnée d'un seul genlilkomme ; ane voilure et une escorte ratteadaiont k trois cents pas de Cboisy, sur ua bac, sans éprouver aucune résistance ; elle trouva des relais disposés sur toute la route ; tout semble Caivoriser sa marciie; elle approche de la Capelle , croit toucher aa terme de ses malheurs , lorsqu'oa viat lui annoacer qu'elle ne sera point reçue dans la place. Le vieux marquis de Yardes y était arrivé , depuis quelques heures, avec des ordres du roi; il avait fait arrêter son fils , et chasser de la ville les femmes qui avaieat pris part au complot. Elles ne savaient ou porter leurs pas , et la reine n'était pas moins embarrassée qpu'elles. Retourner k Compiègne , c'était se remettre entre les mains de ses ennemis, qui pouvaient la faire enfermer dans un château-fort; il n'y avait aucun espoir de llcchir le vieux marquis de Yai'des , aucun moyen de le forcer k ouvrir ses portes ; on se trouvait près de la Flandre espagnole , il fallut s'y retirer.

La reine-mère , réduite k sortir ainsi du reyaame , au aioment ou elle s'y attendait le moins , fut-elle le jouet du cardinal ou la victime d'un hasard malheureux? (k n'a rien su de posiurk cet égard; mais, plus on examine les faits, plus on est disposé

h dbpter h premiferi ée ce» optaieiK. Qu'uie reine toroMpe \n vigllwee de ses fardes, et s'édM^ d*un «Mteau , oà elle est retenae prisonaière , qu'elle traverse vingt lieoes de pays sans être arrêtée, que, ne trwiv«rt pas, dans une pkce frontière. Fas^e qu'on lui avaH promis, eUe se réfugiai l'étranger, ces diveiB événeaents n'ont pas besoin d'expUeatlon ; mais si l'on considère que les mesures qui avMeH été prises d'abord ponr rendre impossible toute tentative d'évasion ont été saoceseivenant négligées , et que cette négligence était connue du cardinal ; qne la reine a pressé son départ , sur la fausse nouveUe du mouvement des troupes et d'entreprises dirigées contre sa personne; que Richelieu, informé de ses projets aaaei k tempe pour faire arriver le vieux marquis do Tardes k h Capelle , avant la reine , auratt pu pins facilement encore h faire enlever sur la rorte ; qne ce moyen offrait motos de risques, puisque mffle accidents pouvaient retarder la marche du marquis, et livrer la vUleàla reine; que de Vardes a été le maître d'arrêter Marie deMédicis, qu'il vit passer tranquillement sons les murs de la place ponr gagner la Flandre; si Ton considère tontes ces circonstances, a est difficye de ne pas penser ^e Richetieu était informé , par ses agents , des desseins les plus secrets de la reine-mère , et qu'U en faciliu l'exécution , afin de les faire tourner contre elle. Le cardinal, ayant réussi 2i l'ëoigner, était bien décidé k ne pas permettre son retour. Aus|ftôt qu'eUe fut arrivée k Bruxelles , où elle reçut le meiUeur accueU, elle écrivit au roi qu'elle ne croyait pas lui avoir déplu en cherchant k se soustraire aux persécutions du ministre, et qu'elle ne s'était rendue en Flandre que malgré elle. U réponse de son fils dnt Ini faire voir que tout ^t fini pour eHe, et qne jamais eHe ne rentrerait dans k

royaume. i • «a

« le reconnais , lui disait Louis , par beancoup de preuves , l'affection et la sincérité de monsieur le cardinal de Richelieu. La rdigieuse obéissance qu'il me rend et le fidèle soin qu'il a de tout ce qui regarde ma personne et le bien de mon état, parlent pour lui. Vous me permettre!, s'il vens platt, de vous dire, madame , que l'action que vous venez de faire, et ce qui s'est passé depuis quelque temps, fait que je ne puis ignorer quelles ont été ci-devant vos intentions, et ce que je dois eu attendre pour l'avenir. Le respect que je vous porte m'empêchera de vous en dire davantage.»

La fuite de fa reae-mère et de Monsieui laissa Richelieu maître absolu du royaume. Anne d'Autriche ne pouvatt lui nuire : elle n'avait ni pouf oir ni crédtt ; le roi étmt convaincue qu'elle avait voulu le détrôner pour épouser le duc d'Orléans. Elle ne parvint jamais îi se justifier, et , peu de jours avant de mourir, Unis répondit à Chavigny, qui lui parfait de cette reine : En l'état oà je suis , je lui dois pardonner ; mais je ne la dois pas croire. Le prince de Condé , le seul des princes qui ne fut pas en prison ou hors du royaume, était teUement dévoué au ministre, qu'il se chargeait d'aller le prôner dans nos provinces , et qwî le jour où RicheUeu prit séance au parlement, comme duc et pair, U voulut l'y accompagner.

Le cardinal exerça , jusqu'à sa mort , l'autorité royale dans toute sa plénitude : il régna sous le nom du roi; ses ennemis fuient coïKidérés et traitas comme ennemis de l'état; tout ce qui lui résista fut. sacrifié. Bès-lors^sén hisliire devin* celle du

règne de Loais XIII ; on la retrouvera dans la suceinte narration et dam les autres Mémoires de cette époque. Il serait donc inutile d'en offrir le tableau dans cette notice , qui a seulement pour objet de faire connaître la jeunesse du cardinal et les moyens par lesquels il parvint k s'élever et k affermir son pouvoir d'une manière inébranlable ; mais notre travail serait incomplet si nous ne donnions pas quelques détails sur les habitudes de sa vie pnvèe , sur ses goAts, ses occupatioas et son caractère.

Il se couchait ordinairement à onze heures du soir, dormait trois ou quatre heures, se fiiisait apporter les dépêches , y répondait de sa propre main ou dictait les réponses k son secrétaire.

Vers six heures, il se rendormait, et se levait i huit. Lorsqu'il avait fait ses prières , ses secrétaires venaient prendre les dépêches qu'il avait minutées oo dictées pendant la nuit; et, ai elles étaient importantes, il ne leur laissait que le temps rigoureusement nécessaire pour les transcrire. H s'habillait ensuite , et recevait les ministres , avec lesquels il travaillait jusqu'à dix ou orne heures; il allait entendre la messe , et , si le temps et la saison le permettaient , il faisait , avant dîner, une promenade dans ses jardins , où l'attendaient les personnes qui avaient obtenu la permission de lui parler.

A midi, il | avait quatre tables servies dans son palais: la première, pour loi, de quatone couverts; une deuxième, de trente couverts, pour des gentilshommes qu'il y faisait inviter; une troisième , plus considérable, pour les pages et les officiers de sa maison; et, la dernière , pour les valets de pied, les officiers de cuisine. Après le dtner, il conversait, pendant quelques heures, avec ceux qu'il avait admis è sa grande table , ou avec ses familiers ou avec les gens de lettres qu'il faisait sonvent appeler. Le reste de la journée était consacré au travail ou aux audiences des ambassadeurs et des grands. Sur le soir, il faisait une seconde promenade, et écoutait ceux qui n'avaient pas pu lui parler le matin. En rentrant , il ne s'occupait plus d'affaires d'état, à moins qu'il ne fêt survenu quelque chose d'extraordinaire, et finissait la soirée avec quelques personnes choisies. Tantôt il faisait faire de la musique , tantôt des lectures ; tantôt il se livrait aux charmes d'une conversation libre et fiimilière. Il avait pour maxime qu'on devait , avant de se coucher, traiter des matières qui ne fussent ni trop tristes ni trop gaies.

Il disait rarement la messe , surtout pendant les dernières années de sa vie ; mais il se confessait toutes les semaines , et se faisait communier le dimanche , dans sa chambre , par son aumônier, vers trois heures du matin , au moment de son premier réveil. Il se recouchait ensuite , et se levait à l'heure ordinaire. Il s'était fait dispenser, par un bref du pape , de l'obligation de dire l'office aux différentes heures de la journée. Il était fort curieux d'entendre les prédicateurs qui avaient de la réputation ; il les faisait venir dans sa chambre , où ils prêchaient pour lui seul. Lorsqu'il en était satisfait, il leur donnait des bénéfices , quelquefois même des évêchés; il s'occupait beaucoup du clergé de France , qu'il avait mis hors d'état de lui résister, ii disposait de la Sorbonne , dont il était proiiseur; ses bienfaits tenaient les Jésalles dans sa dépendance ; les autres ordres religieux lui étaient également chers i divers titres , et la plupart des évoques étaient set créatures.

On dit qii*afin de reidre son pouToir plas absola , il essaya de se faire donner le titre de légat en France, mais qve le pape ne Tonlat jamais y consentir. En général , Ricbeliea remplissait aree exaetitade tontes les pratiques extérieures de la religion ; mais il ne cachait pas avec assex de soin ce qa*il y arait d*irrégalier dans ses moBors et dans sa conduite. Ses galanteries étaient trop publiques pour n*ètre pas connues , et elles jetaient sur lui un ridicule qui s'augmentait à mesure qu'il avançait en âge. On trouve , dans les recueils du temps , une foule d'épigrammes sur l'attachement , trop vif, qu'il témoignait à sa nièce, madame de Gombalet, qu'il fit créer duchesse d'Aiguillon , avec pouvoir de transmettre son duché à ses héritiers, hommes ou femmes à son choix. En 1630 , la reine-mère avait reproché , devant le roi , cette liaison à M"* de Combalet; et Richelien, après avoir rapporté l'accusation dans son journal , se contente d'ajouter : le monde jngera s'il y a lieu de biimer ses moeurs et sa personne.

Dans plusieurs libelles , on a prétendu que la reine-mère avait en pour lui d'autres sentiments que ceux d'une protectrice. Il existe même en manuscrit , k la bibliothèque du roi , une histoire des amours de Marie de Médicis avec le cardinal , et de la jalousie de cette reine contre M** de Combalet.

L'obscurité et l'invraisemblance des détails suffisent pour faire apprécier ce roman. D'ailleurs les témoignages les plus dignes de foi constatent qoe Marie de Médicis , toujours exclusivement dominée par une insatiable ambition , n'eut jamais aucun penchant 2) l'amour ni à la galanterie.

Les tentatives de Richelieu, pour plaire à la reine régnante , paraissent plus difiiciles k révoquer en doute. Anne d'Autriche les a dites elle-même ii madame de Motteville, qui les rapporte dans ses Mémoires; on lit dans ceux du cardinal de Retz que madame de Fargis porta k la reine-mère une lettre d'amour que Richelieu .avait écrite k la reine régnante , et cette folle prétention du cardinal semble acquérir nn certain degré de vraisemblance par plusieurs anecdotes répandues dans d'autres Mémoires.

On ne doit pas s'attendre à trouver ici le détail des nombreuses intrigues d'amour qui lui sont attribuées avec plus on moins de fondement ; elles ont été racontées avec malignité , et probablement exagérées par ses ennemis. Il résulte des écrits contemporains que les femmes , qui se livrèrent îi ce ministre tout-puissant, ne se piquèrent pas , en général , d'une fidélité scrupuleuse ; que ses rivaux préférés éprouvèrent plus d'une fois les effets de sa vengeance ; qu'il ne fut pas toujours délicat dans son choix , mais que jamais ses maîtresses n'eurent d'empire sur lui , ni d'influence dans ses affaires; qu'il ne se servait pas d'elles pour l'exécution de ses desseins, tandis que l'on voyait presque toujours des femmes mêlées dans les intrigues que l'on dirigeait contre lui ; et enfin qu'il eût des fantaisies plutôt que des attachements sérieux. Le roi l'occupait beaucoup plus qae ses maîtresses; sa position avait cela de particulier, qu'il le dominait de la manière la plus absolue , sans en être aimé et même sans chercher ii lui plaire. II laissait à des favoris le soin de l'amuser, mais il les choisissait Ini-méme , exigeait d'eux qu'ils lui révélaesent les plus secrètes pousécs (lu prince , et les faisait renvjycr i-n-sitùt qa il mW le moindre soupçon sur leur

Mtler éÉvoMMmrt. tteiagiitaitde Méma poar UwtM Itg peraoÉiieg qti approeliti«nt d« roi. LooIb t*irfit*it qa«lq«efois de k dépendance à laquelle il était r^ait; «» mécontentement Élisait cvoire qi*il n'était pas inpoesible de pecdre le cardinal; et les complots se mokipliaient, mal^pré les yengeances terribles exercées contre lenrs antears. Sans cesse atta^K par des ennemis nombreux , bardis , implacables , Ricbe* lien ne se maintenait qne par la sapériorité de son génie. Dans la pkpart des Mémoires , on lai refuse cette force de volonté et cette fermeté d'âme sans lesqneUes on ne peut être bomme d'état. On prétendait qu'il reeulait deiant les obstacles , que le danger Teffayait , que souvent il voulait abandonner tout pour ne songer qu'à se mettre en sûreté , que ses amis ne parvenaient qu'avec peine à relever son courage abattu, et, qu'après avoir montré tant de pusillanimité dans le péril , rien n'égalait son orgueil , lorsqae son triomphe ^ait assuré. Parmi les contemporains qui ont écrit sur Richelieu , quelques-uns voulaient , comme on l'a très-bien observé , recoanaitre on mériter ses bien&ils , d'autres satisfaire knt haine et leur vengeance , d'autres enfin se faire valoir à ses dépens. Les auteurs qui ent écrit sur lui à difSèrentes époques , depuis sa mort , ont^en ''général adopté plutôt les opinions de ses détracteurs que celles de ses panégyristes , parée qu'enfin on est plus disposé k soupçonner ceux qui louent qne ceux qui blâment, surtout lorsqu'il s'agit d'un homme qui ^semble avoir épuisé tontes les liveurs de la^fiertune. Ainsi le caractère du cardinal , dénaturé d'abord par ses enneaUs et par ceux qui ont vonlu s'attribuer une partie de sa gloire , n'a pas été peint avec vérité , même par ses historiens impartiaux. II hai donc être en garde contre leurs assertions, et ne |uger que d'après les finits. Si Bichelieu eût été toi qne tant d'écrivains le représentent, il aurait succombé sous les eibrts de ses ennemis , eu aurait été renversé par ses propres partisans , qui ne se seraient pas contentés longtemps de rôles secondaires avec un ministre foîble , incertain , et toujours prêta tout abandonner.

deux causes ont dâ eentribner â donner un certain degré de vraisemblance â ces fausses idées, trop généralement répandues sur le caractère de Richelieu. Suivant lui, Fimpruéeuee it le wtothettr n'étaient qu*nn. En maUère «fêtai, on ne ponvail jamais 84 précmMmmtr trop , ni chercher trop 4e tûrelé, H faUâit, t'U se pemaU , croir t<m- Jeurs deux cordea à êvn arc. Pmir hiefi rénesir, U ne faikUt pas prendre ees metare* trop jnttee; mais, ponr faire beaaeeup, en devait s*eforcer et s* apprêter à faire encêre plue. Dans les grandes affaires, si en ne prenait pae ses mesures trop longues en apparence , eUee sfi troweaient trop oeufies en effet. U reconnaissait que tout ce qu'il avait fait ou décidé , dans un moment de colère , ne lui avait jamais réussi.

Il n'hésitait pas ii demander conseil li ceux qui paraissaient le moins propees à hù en donner de bons , p«rce qu'il avait expéritnenU que, dans les affaires importantes , les moins sages indiquaient souvent les wteitieurs expédients. Enfin il s'est peint luimême tel qu'il était lorsqu'il a dit à la YieuviUe : Je n'ose rien entreprendre sans y avoir bien pensé; mais quand une fois J'ai pris ma résolution , je vais à mon but. Je renverse tout. Je fauche tout, et ensuite Je couvre tout de ma soutane rouge. Cette extrême prudence , qui n'appartenait qu'il un esprit supérieur, a pu focilement être confondue avec l'indécision et la faiblesse, même aux yeux de ses partisans.

In samné Hm , on M ▼•yait émBmoAer m retraite presque toutes les îeH qaMI s*él«vaH àè Ttolents orales «Mtre lit. Ifsfe que Ton eessidère les elreonstaiiees étns lesquelles U faisait de parafes prepositioM : c'était toujours après otoir eogaf é son maître dans ées eBtrepdses majeures , dent lai stol avait la «lef , que toi sent ponfait exèenler, en après avoir compliqué les aiiires de telle sorte qne le roi ne poi- Yait se passer de loi sans compromettre sa couronne ou la sûreté de Tétat. il ne eoBsemiC son autorité qu'en se rendant nécessaire k un mattre qui le haïssait. Louis ne se montrait digne du trdne que sur le champ de Bataille , oà il déployait des talents militaires et une rare intrépidité ; partout ailleurs , il semblait plus fcit pour obéir que pour commander. Dominé d*abord par la reine-mère , ensuite par le cardinal de Luynes , puis par des fayeris incapables , il n'avait tu prospérer les affaires du reyannie que depuis que lUcheHfu les dirigeait. Cependant il conserTuit toujours éb TaTersion contre son ministre , malgré les serrices qu'il en recevait; Il était disposé h le saeriier, quand il croyait pouvoir se passer de lui ; mais bientôt la crainte des factions de Tinténeur, àes attaques de Tétranger, la crainte , encore plus grande , de tomber entre les mains des deux reines et de son frère , le mettaient , plus que jamais , dans la dépendance du cardinal. Aussi Richelieu était-il sâr d'affermir son pouvoir et de rompre toutes les intrigues fSormées contre lui auprès du roi , en feignant à propos de vouloir sérieusement abandonner les afbires. Ce moyen , qu'il a très^souvent employé , lui a toujours réussi. II nous semble difBcile d^en conclure qu'il ait en effet pensé îi se retirer toutes les fois qu'H a eu ii redouter les complots de ses ennemis ou les inoer^des de son mattre.

▲u lieu de cette pusillanimité , dont on Taccuse , que de fbrce d'âme ne lut fallait- H pas pour exécuter tout ee qu'il a fait avec un prince tel que Louis XIII. « Six pieds de terre , disait-il en parlant du cabinet du roi , me donnent plus de peine que tout le reste de TEurepe. » La jalousie du roi venait encore souvent augmenter l'embarras du oardlMd , qui cependant avait soin d'attribuer îi son mattre , dans des relations pompeuses, le suooès et la gloire de toutes les entreprises; et si quelques eireoMtances imprévues lui portaient ombrage , H y remédiait h Tilistant. îfoas en citerons «n exemple : dans une fête qu'il donnait an roi , il s'aperçut que ce prince était jaloux de ce que les déférences s'adressaient plus au ministre qu'à lui-même. Quand Louis sortit , le cardinal prit un flambeau , et marcha devant lui Jusqu'à la porte.

Cependant Lovis ne trouvait point mauvais que son ministre déployât le f^ste d'un souverain. En 1626, il lai avait donné une garde de cent arquebusiers à cheval ; il l'augmeuta de deux cents mousquetaires à pied , en 163i ; et plus tard , de deux compagnies, fune de gendarmes, l'autre de chevau-légers. Le cardinal les entretenait ii ses frais , faisant payer leur solde par son argentier, et les^cavalicrs , lorsqu'ils étaient de service, avaient, en outre, une table servie dans leur saNe. Quand il allait ehes le roi , sa garde entrait avec lui dans le château , et il avait même prétendu qu'elle devait y être en nombre égal à ceHe do monarque. Les offh;iers de ses gardes étaient nommés et révoqués par lui. On nous a conservé la lettre de congé qu'il ittv«ya m marquis de Onqoen, Hentenant de^8es*gendames ; la forme en^st

m HISTOIRE DE FRANCE.

iflses pkpiaite : « Si vo«t m'eutiei platôt ténoifiié , lai dit-il , qoe tou ne n'«Uniet pM «Mtf gnid atHpmr poir eommander la ooapagnie des geadames qiiMl platt M roi que faie , ja tobs eaaee doaaé le eoatentement qae toos pooTei désirer, et Toas m*eas8iei obligé de n*atteidre pas ii me le dire eoaaattre par effet , en méprisaat Totre doToir et les ordomanees militaires qai oMigent la ipmdaraierie ^ être armée ; ea sorte qae ma compagnie se soit tronrée seale k la Toe do roi , saas armes, qaoiqoe je Toi en aie fait donner plosieors fois. Je ne Tenx pas me plaindre da peo de cas qae voos avez fait des diverses prières que je tods ai faites, de rendre ma compagnie si bien policée qa*elle pût sertir d'exemple aax aatres; mais vos actions m'apprennent ce qae , peot-étre par civilité ^ voos ne m*avez pas vooln dire. Poor répondre îi votre coartoisie , cette lettre voas témoignera qae je ne prétends pins qae h eetapagnie qae voos commandes soit k moi , qae je voas la remets de très-boa oœar, poor en obtenir telles provisions do roi qae bon voos semblera. Cependant je m'assare qae voas croirez bien qoe je ne serai pas si malbeareax que je ne trouve qoelqae persoane de qaalité qai voadra bien , en commandant celle qai portera mon nom à l'avenir, faire ce que la réputation et les ordonnances défèrent, et correspondre aux ordres et 9ux prières qu'il recevra de moi. Je voas conseille de prendre aoe condaite toate aatre qne;ceUe que vous avez eue en cette occasion , et de croire qu'en toute autre rencontre , qui se présentera , voas recevrez des effets de mon amitié , et connaîtrez qae je veax être, etc. »

Daas son palais, tout annon^it la demeure d*an prince plutdt que celle d'un ministre; et les legs qu'il fit, par son testament , peuvent donner une idée da nombre des ofliciers qai formaient sa maison. Il avait ordinairement viagt-qaatre pages, qaelquefois jasqa'îi trente-stx; il les prenait dans les familles les plas distingaées da royaauM , les faisait élever avec soin par les meiUenrs mattres; il lear assarait les mêmes avantages qu'k ceux du roi... Sa musique était formée d'hommes les plas habiles, soit pour le chant, soit poar les instraments. Qaand il voyageait, ses équipages se eopiposaient d'une litière et deux carrosses , poar soa service personnel ; de deax carrosses poar ses secrétaires , ses médecias et son confessear ; de hait voitares il quatre chevaux , et de vingt-quatre mulets de charge , pour ses bagages. Sa garde res<;prtait; il emmenait ses pages, sa musique, ses officiers et an nombreux domestiqae. Lorsqa'il revint de Tarascon h Paris, en i642, l'état de sa santé ae lui permettant pas de souffrir le mouvement de la voiture , il fut porté , par ses gardes, dans aae litière, où il était couché et ou il y avait une table et une chaise pour un secrétaire.

Quelque temps qu'il fît, les gardes, qui le portaient, avaient la tète découverte. On abattait un pan de murailles , quand les portes des villes étaient trop étroites pour donner passage è la litière; il en était de même dans les chftteaax et dans les maisons où il s'arrêtait. Souvent on fut obligé d'élargir les chemins; il fit ainsi plus de cent cinquante lieues. Rien n'égalait la magnificence du palais qu'il fit bfttir pour loi rae Saint-Honoré. La chapelle avait un ornement complet en or enrichi de diamants; les meubles les plus précieux, les plus belles tapisseries, les ohjets les plas rares, )i»e superbe bibliotliàque , de^ bwitesi des^Utaesi des tableaox des plas graQ<|s

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