‹ Histoire De France Volume 16Chapitre 148 sur 346 · MESURES PROGRESSIVES · texte numérisé non relu

MESURES PROGRESSIVES

provisoirement; mais on agit sous main auprès de Maurepas et de Miromesnil, et, neuf mois après le lit de justice, l'ordonnance à laquelle il ne devait jamais être dérogé est déjà ébréchée par le rétablissement des deux chambres des requêtes".

Toutes les cours provinciales, et le Châtelet de Paris, furent rétablis successivement dans le cours d’une année, à la grande joie des populations, qui ne voyaient là qu’une victoire de l'esprit de liberté?. La restauration du vénérable La Chalotais à la tête du parquet de Rennes fut surtout un jour de fête et pour la Bretagne et pour la France entière. L’exil de cet homme si justement populaire avait cessé presque aussitôt après l’avénement de Louis XVI. Si lesprit de La Chalotais eût bien été celui des parlements, la joie publique eût été complétement légitime et Turgot n’eût pas refusé de s’y associer!

La prévision des obstacles que ce retour des parlements compliquait d’une façon si redoutable ne faisait que redoubler l’énergique activité de Turgot, Plusieurs mesures importantes se succèdent de la fin de 1774 au printemps de 1775. Le 2? janvier 1775, exemption des droits d’insinuation, centième denier, franc-fief,ete., est accordée à tous les baux de terres jusqu’au terme de vingt-neuf ans. — Une déclaration du 3 janvier 1775 abolit les contraintes solidaires pour la taille entre les principaux habitants des paroisses. Gette inique solidarité, renouvelée des lois fiscales de l'empire romain, rendait, dans les pays de taille personnelle, quelques laboureurs, un peu plus aisés que les autres, responsables de l’impôt de toute la paroisse, les empêchait de jamais savoir ce qu’ils auraient à payer au fisc et amenait chaque année la ruine d’un grand nombre de familles laborieuses; aucune loi n'avait peut-être nui davantage au progrès de l’agriculture. — Des dispositions intelligentes sont prises pour combattre une épi-

i. Droz, Hist. de Louis XVI, t. Ie, p. 155-158. — Mercure hist,, t. CLXXVII, pv. 633; t. CLXX VII, p. 113, 226. — Anciennes Lois françaises, t. XAIII, p. 119,

2, Le parlement de Rouen avait été réinstallé en même temps que celui €e Paris. Ceux de Rennes et de Douai le furent en décembre 1774; ceux de Bordeaux et de Toulouse, en février 1775; celui de Dijon, en mars; celui de Grenoble, en avril; de Metz, en septembre; de Pau, en octobre.— Anciennes Lois françaises, t. XXUI, p. 43.

zootie qui désole le Midi: Vicq-d’Azyr, le plus éminent des disciples de Buffon, est nommé commissaire du gouvernement. — Divers droits à l’entrée du royaume et à l’entrée de Paris, prineipalement sur le poisson de mer, sont supprimés, réduits Gt égalisés. — L'Hôtel-Dieu avait le monopole du commerce de #4 viande à Paris pendant le carême; la liberté de ce commerce est accordée aux débitants ordinaires. — Deux chaires sont créées au Collége de France, l’une pour le droit de la nature et des gens, l’autre pour la littérature française. Une école de clinique est fondée, sous l'inspiration de Vicq-d’Azyr. La Société royale (Académie) de Médecine est autorisée, malgré l'opposition routinière de la vieille Faculté. — En mars 1775, Turgot charge d’Alembhert, l'abbé Bossut, le célèbre mathématicien, et un homme destiné à une grande renommée, Condorcet, déjà secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences, d’un ensemble de recherches théoriques et expérimentales sur le système de canalisation du royaume? : les trois commissaires, dignes du müi.sstre, n’acceptent qu'à ! condition que leurs fonctions seront gratuites. — Un arrêt da conseil du 23 avril exempte de tous droits les livres venant de l'étranger.

L'influence de Turgot se fait sentir jusque dans les matières . des plus étrangères aux finances. L’année d’avant son avénemen! au ministère, il avait adressé, comme intendant, un mémoire au ministre de la guerre, contre les abus du régime de la milice, régime qui venait d’être modifié depuis la chute de Choiseul. La pensée de Turgot était d'organiser des régiments provinciaux permanents, dont on ne prendrait jamais les hommes, comme en

1. Une chaire d’hydro-dynamique fut fondée pour lui en septembre 1775.— En mars 1776 eut lieu l’ouverture d’un cours d’anatomie comparée, la plus féconde des sciences naturelles.

2. Un trés-beau travail, prototype de tous ces souterrains artificiels aujourd’h «; si multipliés en France, avait été commencé récemment par l'ingénieur Laurent, C'était le canal souterrain de Saint-Quentin, destiné à réunir les bassins de la Som me et de l’'Escaut, et, par conséquent (la Somme étant déjà jointe à l'Oise par le canal de La Fère), à mettre Paris en communication avec les Pays-Bas. Le canal souterrain avait, dans les plans de Laurent, des proportions beaucoup plus vastes que celles qu’il à reçues définitivement : il devait avoir jusqu’à 7,000 toises. Laurent avait auparavant canalisé la Somme et rendu cette rivière navigable dans toute ia partie supérieure de son cours. — V. Mem. secrets de Bachaumont, t. VII, p. 281.

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