TRAITÉS DE COMMERCE
Quelques mois après, un autre traité de commerce, qui n'avait que des avantages etpoint d’inconvénients économiques, mais qui pouvait avoir l'inconvénient politique de nous aliéner les Turcs, fut conclu avec la Russie (janvier 1787),
Vergennes avait écarté les périls du dehors : il s'agissait main. tenant, pour Calonne, d’aviser à l’exécution de la réforme inté. rieure. Y faire concourir les parlements était impossible : on pouvait compter sur la plus violente résistance de leur part à la diminution des priviléges. Leur imposer ia réforme purement et simplement à coups de lits de justice était trop fort pour ce gouvernement usé et débile. Calonne jugea indispensable de faire appel à l'opinion dans des formes officielles et de chercher pour le trône un point d'appui dans la nation. Le nom des États-Généraux eût épouvanté le roi. Calonne s’avisa d’un moyen terme : il rappela au roi et à Vergennes les assemblées de Notables convoquées à diverses époques, comme une espèce de grand conseil extraordinaire, que le souverain choisissait dans l'élite de la nation et dont il prenait les avis sur un objet déterminé. Vergennes n’aimait aucune espèce d’assemblées; mais Calonne sut lui persuader que c'était le seul moyen de prévenir toute résistance parlementaire et d’écarter les réclamations du clergé contre la subvention territoriale. Quant à Louis XVI, il fut séduit
lant pour la France, combattit tout rapprochement entre les deux nations avec une extrême violence, et Pitt, qui devait être pour la France un ennemi plus implacable que son père lui-même, protesta dans les termes les plus philanthropiques et les plus philosophiques contre le préjugé qui fait d’un peuple l’ennemi naturel et nécessaire d’un autre peuple. C'était, suivant lui, calomnier la nature humaine. Il est vrai qu’il expliquait sa philanthropie en démontrant que le bénéfice de cette nouvelle amitié serait tout pour l'Angleterre. Quant à Fox, il n’était pas complétement inconséquent ; c'était la monarchie de Louis XIV qu’il haïssait en France; ce fut la Révolution qu’il aima.
* ], C'était un traité analogue à celui que l'Angleterre avait avec la Russie, et dont le pacte entre la Russie et la France empêcha le renouvellement. On se traitait réciproquement sur le pied des nations les plus favorisées. On réduisait beaucoup, de part et d'autre, les droits sur les marchandises des deux pays. On abolissait le droit d’aubaine. On proclamait de nouveau le droit des neutres, tel que l'Angleterre même venait de le reconnaître, en ajoutant la clause que les bâtiments escortés ne pourraient être visités. À la suite de ce pacte, Marseille établit des relations fructueuses avec la mer Noire, où les Russes n’avaient point encore adopté un système d’exclusion et de prohibition. La Guerre de la Révolution interrompit bientôt ces rapports, — V. Flassan, t. VII, p. 430-439.
par l’idée d’imiter Henri IV après la Ligue, et ne soupçonna même pas la différence entre un héros victorieux qui fermait une révolution et un faible prince qui allait en ouvrir une autre ininiment plus vaste et plus profonde. Aucun des trois personnages qui arrêtèrent la convocation des NoraBLes ne comprit que cette réunion, n'ayant aucun caractère représentatif, serait absolument sans autorité pour ce qu’on attendait d’elle; que, dès qu'on entrait dans la voie des assemblées, les Notables n'étaient bons qu'à servir d’antichambre aux États-Généraux, et que, si les États - Généraux étaient devenus inévitables, il ne fallait pas perdre un jour, pas une heure, pour les convoquer! Chaque heure perdue creusait l’abîme plus avant!
Un homme plus clairvoyant que le roi et que les deux ministres avait, si l’on en croit sa correspondance, suggéré à Calonne l’idée et le plan de convocation des Notables; mais Mirabeau comptait bien que cette convocation précéderait de peu celle de l’ASSEMBLÉE NATIONALE '.
Le mémoire sur le plan et la forme des Notables fut présenté par Calonne au roi vers le 15 décembre : le garde des sceaux, Miromesnil, avait seul été mis dans le secret après Vergennes. La reine elle-même ne sut rien jusqu’au jour où le plan fut communiqué au conseil et l'ordonnance de convocation arrêtée (29 décembre). Marie-Antoinette en garda une vive rancune à Calonne. Dans le mémoire du contrôleur-géréral au roi, on remarque la phrase suivante : « La succession des temps et La révolution des événements semblent avoir amené le moment où la monarchie, longtemps agitée, est enfin parvenue au point de tranquillité et de maturité qui permet de perfectionner sa constitution ?!.. Le pauvre
1. Mém. de Mirabeau, t. IV, p. 339, 340. — Son père, le vieux physiocrate, juge fort bien à sa façon les Notables. « Cet homme (Calonne) assemble une troupe de guillots qu’il appelle nation, pour leur donner la vache par les cornes et leur dire : « Messieurs, nous tirons tout, et le par-delà; nous mangeons tout, et le par-delà; et « nous allons tâcher de trouver le moyen de ce par-delà, sur les riches dont l'argent
«n'a rien de commun avec les pauvres; et nous vous avertissons que les riches, « c’est vous; dites-nous maintenant votre avis sur la manière. » Hém. de Mirabeau, t. IV, p. 492.
2. V. le mémoire dans Soulavie, t. VI, p. 130. — On avait voulu faire quelque chose en attendant les Notables, Le 6 novembre, un arrêt du conseil avait ordonné
l'essai, pendant trois ans, d’un plan pour la conversion de la corvée en une prestation pécuniaire.