III8T01EE
1740 semblait avoir encore devant lui un long avenir : il n'en fut point ainsi; le 20 octobre, ce monarque cessa de vivre'. Après plus de quatre cents ans d'existence, la ligne masculine de la Maison d'Autriche s'éteignait en lui.
Charles VI avait accordé aux sciences, aux lettres, aux artSi un éclatant appui, et relevé les académies de Peinture, de Sculpture et d'Architecture. Fondateur d'une bibliothèque publique, il l'enrichit de celle du prince Eugène, qu'il avait achetée. Le cabinet des médailles, depuis si niagnifique, fut commencé par lui. L'Empereur attira à sa cour des gens de lettres de différentes contrées de l'Europe; à leur tête brillait Métastase, décoré du titre de pœta Cnareo^.
Sous son règne, de nombreuses communications s'établirent entre les diverse» parties de l'Empire; on traça de nouveaux chemins; cette belle voie militaire, que Trajan avait ouverte en Valachie, fut réparée i grands frais; le commerce, les manufactures reçurent des encouragements. Contrariés par la jalousie des puissances maritimes et par d'autres obstacles, ses efforts
> Quelques jours ayant d'expirer, il le doutai! u peu d'une fin pro* chaîne, que, lorsque ses médecins lui eurent fait connaître le danger» il les railla sur la fausseté de leurs pronostics ; mais les docteart ayant persisté dans leur déclaration, Charles les écouta sans la moindre émotion, quoique ne les contredisant plus. Comme ils consultaient, en n présence, sur la nature de sa maladie : « Cesses de disputer, leur dit rilropereur; ouvres mon corps lorsque je ne serai plus, et vous verrat quelle est la cause de ma mort. (William Coxe, HiiUdrtiêla i dAutfickê,)
* Il siiccédail, en celle qualité, au célèbre Apoitolo Zeno.
DE RRÉDÉRIC II. 244
restèrent infructueux ; mais on ne leur en doit pas moins 1740 des éloges. L'administration de la justice éprouva aussi des améliorations. Telle fut la clémence de ce prince, qu'on Tavait surnommé le Titus de son siècle.
Mais, avec tant de qualités solides, Charles VI ne fit point le bonheur des peuples; et cette couronne, qu'il avait reçue brillante, subit sur sa tête plus d'un affront. Jamais ses sujets ne connurent les douceurs d'une paix durable; la guerre ou des préparatifs de guerre ^ fruits d'une humeur inquiète et orgueilleuse, agitèrent tout ce règne de trente années.
Craignant que ses États ne fussent partagés, s'il manquait d'héritier mâle de son sang, Charles YI avait publié, en 1713, une loi qu'il appela Pragmatique-Sanction, ou loi fondamentale. Elle établissait « qu'au défaut de postérité masculine dans sa famille, tous ses États quelconques reviendraient indivisiblement à ses filles nées en légitime mariage, toujours selon l'ordre et le droit de primogéniture. »
La plupart des puissances de l'Europe avaient garanti la Pragmatique-Sanction, également adoptée par un Conclusum de la Diète de Ratisbonne, en 1752 *.
Mais, à peine les cendres dé l'Empereur sont-elles refroidies, que déjà son héritage, comme une proie immense, est disputé avec fureur. La guerre s'allume ; les scènes déplorables qui suivirent la mort de Charles II, roi d'Espagne, vont renaître. Inévitable sort de la Maison d'Autriche, agrandie par tant de mariages et de
< William Goxe, Histoire de la Maison d^ Autriche. * Flassan Histoire générale et raisonnée de la diplomatie franc lise. I. iC
1740- successions : en s'ëteignanl, ses deux branches ëveillaiit les prétentions rivales de plusieurs souverains.
D*une parti c'est Marie-Thérèse, fille atnéederEmpcrcur, qui, la Pragmatiqu^Sanctian à la main, réclame rhéritage paternel; pour elle, il s'agit de la Hongrie, de la Bohôme, royaumes longtemps électifs» que les princes autrichiens avaient rendus héréditaires; de la Soual>e autrichienne, appelée Autriche antérieure; de la haute et basse Autriche, conquises au treizième siècle ; de la Styrie, de la Carinthie, de la Caruiole» de la Flandre, du Burgau, des quatre villes forestières, du Brisgau, du Frioul, du Tyrol, du Milanais, du Mantouan, du duché de Parme. Quant à Naples et. à la Sicile, récemment enlevés à TAutriche, ces deux royaumes sont entre les mains de don Carlos, fils du roi d'Espagne, Philippe V.
D*un autre côté, Charles-Albert, électeur de Bavière, parle hautement de ses droits, fondés sur un testament de Tempereur Ferdinand I*', frère de Charles-Quiut.
Ici, Auguste 111, roi de Pologne, électeur de Saxe, oubliant qu'à la mort de l'Empereur il a reconnu et ratifié Tindivisibilité des États de sa fille, fait valoir, pour son compte personnel, des considérations non moinsgraves; entre autres, il invoque des liens de famille : la Reine, son épouse, n'est-elle pas fille aînée de Joseph I*, frère atné lui-même de Charles VI?
Là, retentissent les prétentions superbes du cabinet de Madrid. L'ambitieuse compagne de Philippe Y était
» Vollairc, Siècle de Louis Xf^.
DE PRÉDÉRIG If. 345
tourmentée de la soif du pouvoir et des conquêtes \ 1740. Agitant toutes les cours» mêlée à toutes les intrigues, ^^^' excitée par le succès même, cette princesse, à mesure qu'elle arrachait à rAutricbe quelque lambeau de souveraineté pour les enfants de son lit, redoublait d'efforts. Noii contenté d'avoir assis don Carlos, à Naples, dans la dernière guéirre, il lui fallait un autre établissement pour don Pbilippe, récemmeiit fnarié à Une fille de LouisXy. En Espagne» tout fléchissait devant l'orgueilleuse étrangère; et son époux, unpetif-filsde Louis XIV, consumé d'une noire mélancolie^ esclave de la Reine, esclave de son confesseur, esclave du chanteur italien Farinelli, se croyait toujours le plus absolu des roiisi, parce que, sérVi à genoux par des femmes, on lui pe^^ mettait encore de signer, dé sa tremblante main, au bab de dééretfi^ qu'il ne comprenait plus/ ces trois mots : lo tlRey*
Trop faible pour' jtfuér Mît Hxxiw rôle qu0 celui d'ob^ servateur, le Portugal attend eïi silence. Jead Y, devenu épileptique à force d'intempâ^cé, expie ses voluptueux e:i^cès par Une excessive dévotion, et ruine soU peuple pour enrichir des moines. Ufi tel homme ne petft causer d'ombrage à Marie-^Thérèsev
Verâ l'ItaUe^ se présente un prince âtftrement redoutable : c'est le gardien des Alpes, le rôi do Sardaigué,
< c La (lérlè d*uil SpéE^tîafe, VùtinUttèXé d^uit ÂûgtAis; fa (In^eM italienne el la vivaciié française, formaiekit fé caractère de cette femme singulière. Elle marchait audacieusement k Taccoroplissement de ses desseins ; rien ne la surprenait, rien ne pou? ait l'arrêter. » (Frédéric, Histoire de mon temps^ tome I.)
244 iiisToiRis
1740- qui, plein d'ambition comme ses aïeux, mais, comme eux, piiident, circonspect, examine en silence, lesyeax avidement fixes sur le Milanais, pour qui, des Bourbons ou de rÂutriche, il devra se décider. « Mon fils, lui avait souvent dit Charles-Emmanuel, le Milanais est comme un artichaut ; il faut le manger feuille à feuille. » Ces paroles, Victor-Âmédée ne les oubliait pas.
Louis XV, descendant en ligne directe de la brandie atnée masculine d'Autriche, par les reines, épouses de l^uis XIII et de Louis XIV, pourrait figurer avec avantage parmi les concurrents; mais, arbitre de l'Europe depuis la paix de Vienne, la France s'attache à ce r61e pacifique. Médiatrice, elle décidera de la succession et de l'Empire, de concert avec la moitié de l'Europe'; prétendante, elle aurait l'Europe entière à combattre : t4)Ue était la i)olitique du premier ministre. Fleury, qui présidait alors aux destinées du royaume, apportait dans le gouvernement l'habile douceur de ses moeurs privées. Malheureusement, cette disposition, que l'flge développait encore, dégénéra en faiblesse; et un ministre, ami de la paix, se laissait entraîner à la guerre. On le verra bientAt.
Dans (le si graves conjonctures, que deviendra une jeune reine sans expérience, presque sans armée, avec 1(N),(NN) florins dans le trésor, au sein d'une capitale menaeét^ de disette, où des malveillants répandaient le bruit que le gouvernement était dissous, et que l'élecleur de llavi^re allait venir prendre possession des
• Vi.ll.im», Sièilf th /.<wi> X\\
DE fhédérig II. 245
Étate autrichiens ' ?Dëjà «es ministres, dénués d'éner^ 1740-
gie OU affaiblis par l'âgée voyaient les Turcs en Hongrie/ les hongrois révoltés/ les Saxons maîtres de la Bohême, les Bavarois aux portes de Vienne, et la France les excitant tous*. •
L'ordre néanmoins ne fut pas troublé; Marie-Thérèse eut la consolation dé trouver, entre le^diverees partiesde ses vastes États, une sorte d'émulation defidé-* lité. Les Hongrois surtout se distinguèrent; bientôt leur dévouement devait briller d'un vif éclat.
Cependant, la fille de Gharies Yl attendait, avec anxiété, la réponse des puissances à la notification de son avènement. •
Ces réponses furent presque toutes satisfaisantes. Dans une lettre adressée au duc de Lorraine, le nouveau roi de Prusse protestait de son amitié; Auguste 111 ofirait ses secours pour le maintien de la Pragmatique^ Sanction i la Russie tenait un langage non moins favorable ; les États-Généraux déclarèrent devoir strictement remplir, tous leurs engagements, tant par rapport au traité de la Bavière qu'à la Pragmatique-Sanetian ; George II, roi d'Angleterre, fit exprimer à la reine de Hongrie son désir de coopérer avec elle au bien général de l'Europe*.
Restait la France : ses réponses évasives, ses vagues
* William Goxe, Histoire de la Maison ^ Autriche^ tome V.
' Robinson*s Dispatches to lord Harrington. (Gel 22, ilW.)
* Lord Harrington* s and M. Robinson*s DiSfMMtches ; DnUes of Transactions frofn the emperor's Death to iKe convention of o6er Schnetlendorf. — Walpole papers.
c^ jr^ntrUUiL'ili lie
ï jrrint.scr lue ^muie "annHiwMÎam cootn fai
it: ii)iir}«m. ::ïs&^ imc^^aie ma je répumire. rnitftMi»
jui>auc Hi .'-jftuetirarâ . iû6en*iîeBC âOencii
viitc ^ m 10(1^^ i^-fUiT i ju^rnit pour fca C;ir^ ^xccirrf^ y'jqc ionuactt i rEum^ on gnwl
Pivv.'rs nccr^ m lur^Hi: Les mus à b aiaiii : Fh ;vii .X'^i :r*:cç<?î^ scus «SoiILiiime. et resprît il ua r.tccdr^ut; ;ui ne <e «errit ie 500 annAe qQ*à la |Mr:ivV. jviiec: ;ei<f un^ sorte ie deCiTeor sar le mmi l^n:>5<vi- . il :Ar*ii:t ài vhiih» Roi de dooner à de Ach^*u:^c:^ iuterpn?uùociâ un edaUDl démenti. « Le n:oiurv*h;v Uî:5c^et^ par Fnîderic I* à ses descendants oiAui u!.^ a^rte d bercMpiirodite • qui tenah phis de l KîiVt.^rAi qu^* viu riT-iume, il y avait, selon son petitlils* qui l%jue doire à décider cet être- -
Ce prince était aussi fort mécontent du cabinet im- i740-
périal, relativement à la succession de Berg et de Juliers. Le feu roi li'avait garanti la Pragmalique-Sanc^ tian de Charles VI que souS la clause formelle de se voir à son tour garantir cette succession par TEmpereur; or, la cour de Vienne n'avait point rempli ses engagements. Frédéric lui reprochait môme d'avoir arraché à Seckendorff, en lui rendant la liberté après sa disgrâce, les ordres écrits en vertu desquels ce feld-maréchal avait solennellement promis Tassistance de l'Empereur*.
Ajoutons qu'il sentait sa force» et connaissait la faiblesse de la Maison d'Autriche.
En effet, l'aigle des Hapsbourg ne s'appuyait plus sur l'épée du prince Eugène. Après la guerre de 1754 à 1759, entreprise pour faire de l'électeur de Saxe un roi de Pologne, le délabrement de l'armée était déplorable; à Widdid, à Mendia, à Panchow, auTimoc, à Crutzka, elle avait subi d'énormes pertes; le voisinage des Turcs avait communiqué la pesté. Depuis la paix, la majeure partie des troupes était restée en Hongrie i mais à peine y Comptait-on 45,000 combattants; en Italie, 16,000 hommes; 12,000 au plus en Flandre,^ et cinq ou six régiments disséminés dans les. États héréditaires *.
La mort d'Anne, impératrice de Russie, vint confirmer Frédéric dans sa résolution. En effet, la couronne
* Histoire de mon temps, iome I.
• Willintn Coxe, Histoire de la àiaison d'Aulrichr,
IIISTOJftK
1110- nrt)nDeswaeftchiji«)Utun^ arrière-pensée. Oiffôrûr la r&coMnatssanca jusqu au momenl lavorable pourappuyer les prëtentions de Charles^ All>^rtf tel ^Ui^ eon plan. Le cabinet de SaioUJames clierptia vainement à inspirer quelques soupçons à Marie- Thérèse.
Les puissances maritipies lui ayant même proposé d'organis4?r une grande confédération contre la Maison de BourtHm, cette princjesse évilâ de ré[K>ndre. IndédM, la cour de Vienne n'adoptait encore que de vagues me* sures ' .
Mais, tandis que tous les politiques de l'Europe, s'épubant en conjectures, observaient attentivement l'Espagne, la Bavière, la Saxe et surtout la France, U guerre éclata d'un autre ciltéV Frédéric avait décidé qu'un nouvel avenir s ouvrirait pour la Prusse- Cinq victoires vont annoncer à rËuro[>e un grand capitaine de plus.
Divers motifs lui mirent les armes à la main : l'inaction des troupes sous Guillaume, et l'esprit paciBque d'un monart|ue qui ne se servit de son armée qu'à la parade, avaient jeté une sorte do défaveur sur le nom prussien; il tanlaît au jeune Roi de donnera de fâcheuses interprétations un éclatant démenti, a Ija monurebie laissée par Frétiéric V à seê deiOendants étant une sorte d'hermaphrodite ' qui tenait plus de râectorat que du royaume, il y avait, selon son petit- (lis, quelque gloire è décider cet être* >>
Ce prince était aussi fort mécontent du cabinet îm- i740-
périal, relativement à la succession de Berg et de Juliers. Le feu roi n'avait garanti la Pragfnalique-Sanc^ tian de Charles VI que souS la clause formelle de se voir à son tour garantir cette succession par TEmpereur; or, la cour de Vienne n'avait point rempli ses engagements. Frédéric lui reprochait môme d'avoir arraché à SeckendorÉT, en lui rendant la liberté après sa disgrâce, les ordres écrits en vertu desquels ce feld-maréchal avait solennellement promis l'assistance de l'Empereur*.
Ajoutons qu'il sentait sa force, et connaissait la faiblesse de la Maison d'Autriche.
En effet, l'aigle des Hapsbourg ne s'appuyait pkis sur répée du prince Eugène. Après la guerre de 1754 à 1759, entreprise pour faire de l'électeur de Saxe un roi de Pologne, le délabrement de l'armée était déplorable; à Widditi, à Mendia, à Panchow, auTimoc, à Crutzka, elle avait subi d'énormes pertes; le voisinage des Turcs avait communiqué la pesté. Depuis la paix, la majeure partie des troupes était restée en Hongrie ; mais k peine y Comptait-on 45,000 combattants; en Italie, 16,000 hommes; 12,000 au plus en Flahdre,e et cinq ou six régiments disséminés dans les États héréditaires*.
La mort d'Anne, impératrice de Russie, vint confirmer Frédéric dans sa résolution. En effet, la couronne
< Histoire de mon temps ^ iome I.
* William Coxe, Histoire delà MiaiSon d'Aulrichr.
248 U18T0IIIB
Wm retombant au jeune grand-duc Iwau, fila d*une princesse de Mecklembourg et du prince Antoine Ulric de Brunswick, beau-frère du roi de Prusse, tout annonçait que, durant la minorité du Tzar, la Russie songerait moins à défendre la Pragtnaliqué^SaneUon qu*à maintenir sa tranquillité intérieure.
De plus, la rivalité de la France et de TAngleterre assurait au monarque prussien le concours d*une de ces deux puissances, et il pouvait compter sur Tactive coopération de tous les prétendants à la succession.
Exhumant donc ses droits, que TÂutriche avait jugés assez bons pour chercher toujours à se les approprier, Frédéric résolut de revendiquer, Tépée à la main, plusieurs duchés et principautés de Silésie, tels que Jœgerndorf, Liegnitz, Brieg, Wohlau, avec les seigneuries de Beuthen et d'Oderberg. Selon lui, sa Maison en avait été injustement dépouillée. Jœgerndorf, Beuthen et Oderberg, qu'elle possédait depuis le seizième siècle, le cabinet impérial les lui avait aussi enlevés, sous prétexte que le prince Jean-George de Brandebourg, qui tenait ces terres eu apanage, avait pris les armes, contre l'empereur Ferdinand II, en faveur de l'électeur palatin. Quant aux duchés de Liegnitz, Brieg et Wohlau, invoquant le pacte de confraternité conchi, en 1537, entre les deux Maisons, le Brandebourg les avait réclamés, lors du décès du dwnier duc de Leignitz en 1675; mais, sans égard pour ces réclamations, l'Autriche s'en était emparée. Le fils du Grand-Électeur, il est vrai, impatient d'acheter à tout prix le titre de roi, avait renoncé à ses droits
sur ces différentes principautés, moyennant le chétif i740retour du cercle de Schwibus; mais la cour de Vienne ne lui ayant pas même laissé cet équivalent ^ Frédélic II songea à se faire justice lui-même.
ce Ce projet, dit^il* avec une singulière franchise, remplissait toutes ses vues politiques : c'était un moyen d'acquérir de la réputation, d'augmenter la puissance de l'État, et de terminer ce qui regardait la succession litigieuse du duché de Berg. »
De quelque mystère qu'on enveloppât les préparatifs de cette expédition, il était impossible que le public ne conçût pas quelques soupçons. Damrath, envoyé de l'Empereur à Berlin, avertit même sa cour qu'un orage la menaçait, et qu'il pourrait bien fondre sur la Silésie'. 'Mais on lui répondit : « Nous ne voulons ni ne pouvons ajouter foi aux nouvelles que vous nous donùez^ »
Néanmoins, sous prétexté de complimenter le nouveau roi, mais, au fond, pour mieux s'assurer de l'état des choses, le marquis de Botta fut envoyé à Berlin; il sut bientôt à quoi s'en tenir. Aussi, le jour de son audience, ce diplomate insista-t-il beaucoup, après les compliments d'usage, sur le mauvais état de la route qu'il venait de suivre ; à l'en croire, de violentes inondations rendaient impraticables tous les chemins de la Silésie. « Hé bien ! lui répondit froidement le
< Koch, Abrégé de l'histoire des traités de poids, tome I. • Frédéric, Histoire de mon temps, lome I » ibid. i .
2îK) H18T0IM
i^¥^ Roi, tout ce qui peut arriver de plus ftcheux à ceux qui les parcourront, ce sera de se crotter. >i
Bravant l'hiver, une fièvre violente et la résistance de ses médecins, Fi*édéric part de Berlin, après un bal masqué; le 21 décembre, il est à Crossen; le 23, il entre en Silésie. En même temps, on distribue, par ses ordres, des mémoires où ses droits sont discutés, où Ton déclare que le roi de Prusse va occuper les duchés de Silésie dans l'intérêt seul de la Maison d'Autriche, et pour qu'aucune autre puissance ne s*en empare.
Déjà, depuis deux jours, vingt bataillons et trente-six escadrons étaient entrés dans cette province, quand le comte de Gotter, chargé de proposer. un accommodement à la reine de Hongrie, arriva à Vienne. 11 offrit à Marie-Thérèse l'assistance de son maître, sa voix électorale, dans la Diète de TEmpire, en faveur du grandduc de Toscane, et cinq nrillions de livres, moyennant U cession de la Basse-Silésie*
C'était la première fois qu'un électeur de Brandebourg osait tenir ce langage dans le palais des Empereurs. Le ton dur et allier du comte n'était nullement propre à en adoucir l'effet. La Reine rejeta, avec hauteur, ces propositions, comme injurieuses. Tous ses ministres étaient indignés. « Il sied bien à un prince, disait^n, qui, en sa qualité d'Archi-chaml>ellan de l'Empire, eût dû présenter au feu empereur le bassin à laver les mains, de prescrire des lois à sa fille! >i
Mais le comte de Gotter, loin de fléchir devant cette
DE FRl^DÉRIG 11. 251
jactance, haussa le ton; il alla même jusqu'à montrer itfo-^ au Grand-Duc une lettre où le Roi disait : « Si le Grande- Duc veut se perdre, qu'il se perde. » Uil montent, ce prince en fut ébranlé; mais une juste fierté remporta. En vain Gotter fit un second voyage à Vienne; Marie- Thérèse refusa- toujours de traiter tant qu'un soldat prussien serait en Silésie. '
Cette résistance si naturelle, Frédéric l'avait prévue, sa marche rapide le prouve, et, mieux encore, son propre aveu*. '
Une si brusque invasion portait bien quelque atteinte aux principes de YÀnti^Machiàvel, et l'intérêt avait parlé plus haut que l'équité. Mais, sous le point de vue politique, le calcul était parfaitement juste ; car Frédéric entrait en campagne avec d'excellentes troupes, des magasins bien fournis, et un plan connu de lui seul ; taudis que les autres puissances, étonnées, prises au dépourvu, perdaient, en vaines négociations, un temps qu'il allait employer en victoires.
En même temps que le comte de Gottër luttait à Vienne, le baron de Winterfeld, gendre du maréchal de Munich, alors tout-puissant en Russie, arrivait à Saint- Pétersbourg. Plus heureux dans cette négociation, Frédéric conclut, avec le gouvemen^ent rusjse, une alliance définitive. Mais, bientôt, les intrigues du comte de Lynar, ambassadeur du roi de Pologne, et très-avant dans les bonnes gr^cçjSf de la Grande-Dqçhesse, paralysèrent ce 3Vccès.
' Frédéric, Histoire de tnon (em|M, lome I.
1740- L'Europe crut le roi de Prusse déjà d'accord avec la France, quand il envahit la Silésie; c'était une erreur, car le marquis de Beauveau, envoyé par Louis XV à Berlin pour complimenter le nouveau monarque, ne sut lui-môme, quand il vit les premiers mouvements des troupes prussiennes, si elles marchaient contre la France ou contre l'Autriche. c< Je vais, je crois, jouer votre jeu, lui dit Frédéric en partant, si les as me vien* ncnt, nous partagerons*. »
Ses progrès furent rapides ; on Taccueillait avec joie dans un pays aux deux tiers protestant. Tandis que le maréchal deSchwerin, longeant le pied des montagnes, pour nettoyer d'ennemis cette partie de la Silésie, dirigeait sa marche par Liegnitz, Schweidnitz, Franckenstein, le Roi, avec les grenadiers de l'armée, six bataillons et dix escadrons, arriva, en [)ersonne, sous les murs de Brcslau'. Cette capitale de la Silésie, gouvernée par ses propres magistrats, et jouissant de privilèges assez semblables à ceux des villes impériales libres, était exempte de l'obligation de recevoir garnison. Aussi, pour maintenir son droit et éviter un siège*, n*avait-elle pas voulu ouvrir ses portes aux Autrichiens, qui, néanmoins, sans la promptitude de
> VolUire, SièeU de Louis XV.
* En polonais Wroclaw^ prononeei Wrotslau ; en Ulin Vratidavia, Lm nombreuses colonies allemandes qui se sont éubliet en Silésie y ont peu à peu i^rmanisé les mœurs, et relégué le dialecte escla? on des anciens habitants parmi les paysans de la llaule-Silésie et des districts limitrophes de la Pokjgne. (Foyes Malle-Brun et Menlelle, (iéoffrapkiê wuUhémaiiipéê, ph^quê H poUiiqi$ê, tome IV.)
* Huiler, Tableau d$s guerreê de FtédéncUGramd.
DE>ftÉDÉRIC II. 255
Frédéric, feraient entrés de force. Le l*' janvier, 1740mattre, sans résistance, des faubourgs, le Roi fait sommer la ville de se rendre ; en même temps, quelques troupes passent l'Oder et se cantonnent au Dôme. Privée ainsi des deux côtés de la rivière, mal approvisionnée, et redoutant un ateaut général, car les fosses étaient gelés, la place demanda à composer. Grâc6 au zèle religieux, la négociation fut prompte. Un cordonnier enthousiaste haraûgue «le peuple, Texcite, marche à ëa tôte, force les magistrats de signer, avec les Prussiens, un acte de neutralité, et d'ouvrir les portes.
Le 3 janvier, Frédéric entre dans Breslau, suivi, aiix termes de la convention, de trente grenadiers seulement. Son premier soin est de licencier tous les fonctionnaires au service de Marie-Thérèse. Quatre jours après, le colonel autrichien Fromentini est chassé d'Ohlau ; Otmachau tombe au pouvoir du maréchal de Schv^erin; le lieutenant-général Jeetz prend Namslau ; Brieg est investi par le major-général Kleist.
Durant son séjour à Breslàu, Frédéric avait réussi à se concilier l'affection du peuple , tout en laissant aux Catholiques leurs privilèges, et en comblant d* égards révéque et son clergé, il sut rassurer les Protestants. Plein d'attention pour la noblesse et la bourgeoisie, il les réunissait, chaque soir, dans quelque fête, et, quoicpie la danse fût peu de son goût, il ouvrait le bal en personne.
De Breslau, Frédéric marche sur Neiss, somme la forteresse de se rendre, et, sur son refus, bombarde
1740- L'Europe crut le roi de Prusse déjà d'accord avec la France, quand il envahit la Silésie; c'était une erreur, car le marquis de Beau veau, envoyé par Louis XV à Berlin pour complimenter le nouveau monarque, ne sut lui-môme, quand il vit les premiers mouvements des troupes prussiennes, si elles marchaient contre la France ou contre l'Autriche. c< Je vais, je crois, jouer votre jeu, lui dit Frédéric en partant, si les as me vien* ncnt, nous partagerons*. »
Ses progrès furent rapides ; on l'accueillait avec joie dans un pays aux deux tiers protestant. Tandis que le maréchal de Schwerin, longeant le pied des montagnes, pour nettoyer d'ennemis cette partie de la Silésie, dirigeait sa marche par Liegnitz, Schweidnitz, Franckenstein, le Roi, avec les grenadiers de l'armée, six bataillons et dix escadrons, arriva, en personne, sous les murs de Brcslau'. Cette capitale de la Silésie, gouvernée par ses propres magistrats, et jouissant de privilèges assez semblables à ceux des villes impériales libres, était exempte de l'obligation de recevoir garnison. Aussi, pour maintenir son droit et éviter mi siège*, n'avait-elle pas voulu ouvrir ses portes aux Autrichiens, qui, néanmoins, sans la promptitude de
> VolUire, SièeU de Louis XV.
* En polonais WroclaWf prononce! Wrotslau ; en lalin VraiiiUtvia. Lm nombreuses colonies allemandcfl qui se sont éublies eo Silésie y ont peu à peu i^rmanisé les mœurs, et relégué le dialecte escla? on des anciens habitants parmi les paysans de la Uaute-Silésie et des districts limitrophes de la Pologne. (Foyes Malte-Brun et llentelle, (iéograpkie wuUhéwuUique, ph^quê H poUlifpiê, tome IV.)
* lluller, Tableau dês guerreê de PtédériclêGramd.
DE>ftÉDÉRIC II. 255
Frédërîc, deraient entres de force. Le l*' janvier, 1740mattre, sans résistance, des faubourgs, le Roi fait sommer la ville de se rendre ; en même temps, quelques troupes passent TOder et se cantonnent au Dôme. Privée ainsi des deux côtés de la rivière, mal approvisionnée, et redoutant un ateaut général, car les fosses étaient gelés, la place demanda -à composer. Grâc6 au zèle religieux, la négociation fut prompte. Un cordonnier enthousiaste harangue 'le peuple, l'excite, marche à ëa tête, force les magistrats de signer, avec les Prussiens, un acte de neutralité, et d'ouvrir les portes.
Le 3 janvier, Frédéric entre dans Breslau, suivi, aux termes de la convention, de trente grenadiers seulement. Son premier soin est de licencier tous les fonctionnaires au service de Marie-Thérèse. Quatre jours après, le colonel autrichien Fromentini est chassé d'Ohlau ; Otmachau tombe au pouvoir du maréchal de Schv^erin; le lieutenant-général Jeetz prend Namslau ; Brieg est investi par le major-général Kleist.
Durant son séjour à Breslàu, Frédéric avait réussi à se concilier raffection du peuple , tout en laissant aux Catholiques leurs privilèges, et en comblant d'égards l'évéque et son clergé, il sut rassurer les Protestants. Plein d'attention pour la noblesse et la bourgeoisie, il les réunissait, chaque soir, dans quelque fête, et, quoique la danse fAt peu de son goût, il ouvrait le bal en personne.
De Breslau, Frédéric marche sur Neiss, somme la forteresse de se rendre, et, sur son refus, bombarde
2S4 HISTOIAB
1740- la ville. 1,20Q bombes et 3,000 boulets rouges y sont jetés. Mais le commaudant Stolk tient ferme, et la saison devient rigoureuse. Forcé de lever le siège, Frédéric distribue à ses troupes des quartiers d*hiver dans toute la Silésie, prépare pour la campagne prodiaine un développement considérable de forces, et arrive à Berlin le 29 janvier.
Par ses ordres, Schweriu continue, en son absence, la conquête, mais de manière à ne pas épuiser les troupes ' . Bientôt il est mattre de Troppau, de Jœgernsdorf, d'Oderberg, du fort de Jablunka, etc. Les forteresses de Nciss, il est vrai, Brieg et Gloyau, tiennent encore pour Marie-Thérèse ; mais elles sont bloquées.
Les Autrichiens se sont retirés en Moravie : les Prussiens, cantonnés derrière TOppa, s'étendent jusqu'à Jablunka, sur les frontières de la Hongrie*.
Cependant, George II reportait déjà sur le jeune monarque sa haine poiur le père : Frédéric le sait. Ne doutant pas que le roi d'Angleterre n'assiste incessamment la cour de Vienne, il épie tous ses mouvements : un camp de trente mille honmies protégera, au besoin, ses États.
Du côté du Hanovre, l'armée de Silésie est portée à quarant^neuf mille honunes d'infanterie, et treiie mille de cavalerie. Pour surveiller la conduite des Saxons et des Uanovriens, voisins animés d'intentions fort équivoques, 30 bataillons, avec 40 escadrons,
• Grimoard, TMêou de Us vU$i in régm dé fréiêHû U Ormd.
* Jomioi, TrmU ât$ ffrmndm opértUiomi mililaim, tome 1.
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SOUS les ordres du prince d'Anhalt^ se rassemblent 174après de Brandebourg. . ,
Ces arrangements pris^ le Roi part de Berlin le 20 février^ et arrive, le lendemain^ à SchWeidnitZi mais pour s'en éloigner bientôt.
Quelques jours après, le prince Lëopold *, avec cinq colonnes d'attaque, prend Glogau d'assaut ^ en moins d'une heure; M. de Wallis et huit cents hommes tombent en son pouvoir. Laissant un régiment dans la place, le prince rejoint le Roi avec son côrps<
Cependant le feld-maréchal autrichien^ comte de Neuperg, tiré de prison pour ce commandement', s'avançait d'Olmutz, en Moravie, sur Sternberg. Pénétrer par Ziegenhals dans la Haute-Silésie, couper ainsi, dans la Basse, la division prussienne aux ordres du maréchal de Schwerin, dégager Brieg, enlever les magasins ennemis d'Ohlau, et mardier droit sur Bre&lau, tel était son plan'. Frédéric l'apprend, part de SchweidnitSE, le 25 mars, vole eu Haute-Silésie, rassemble son armée à Neustadt, et, impatient de prévenir Neuperg, passe la Neis9 à Michelau. Les troupes sont cantonnées dans quatre villages^ assez rapprochées pour pouvoir, en moins d'une heure^ se rassembler toutes au rendez-vous.
Arrivé àNeiss le 5 avril, le général autrichien pfend,
* Prince régnant d'Anbalt-Dessau.
* La cour de Vienne lui reprochait le honteux traité de 1739 aTec la Porte.
* Grimoard, Tableau de la vie et du règne de Frédéric le Grand, — Voir aussi Muller, Tableau des gitftxres de Frédéric le Grand.
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IY40. I« H, lu gtirnifton prussienne de Grotkan; dans la soirt^o du 9| il dtoblit ses troupes & Molwitz et eu deux outrtm villages des environs de Brieg. Là, Neuperg se rt^posi) dons une sëcuritë profonde. L'aflluence des dtWrtours ennemis, l'apparente consternation des PrussionSi Timniense supériorité de sa cavalerie, tout ontrtMenait la confiance du gi^nc^ral autrichien. Il ciunptait bien aussi que ses nombreux hussards Tav»tiraient du moindre mouvement que ferait Tennemi |Hnir lever ses cantonnements : une neige épaisse couvrait la terre* Lt>s soldats ne doutaient pas davantage de la victoire; grande était leur impatience de battre ctH> tnui)H^ novict's qui n*avaient encore figuré qu'aux rt'vues de l\>stdam et de Berlin.
Malgré iH's }ut^om|Uueux calculs « Tarmée prassii^nuo était en vue lo lendemain matin dès dix heur^\ Kn effet» Kivdéric^ instruit de la prise de GrotkjMi ei du danger qui n^na^ait sâi grosse artillerie dép^ 9é«^ à i>hlau» avuit marché en avant, et établi, le 8^ 9eej^ quartiers dans le« villages de K>gn4 et dAben» )^r^s \li^ M\4>iiits« d ivi^ il expédia plusieurs offiden i b garuis^Mi d\>hlau» |KHir Tavertir de :soii appr^xlie, et attinrr à hii \leu\ r^^giments de cuirusàeffs nouTelle* ttieul arrives : mab aucun inessisage ne paniat à sa diftaiiMitkMi» à cause Jw part» aatrîchieiis t^ iMeut kvcj^ c\>ntrv^es*. Le jcor sutrant, b aeàee ai eMi|>iSrW W Ko< ie [^^aesifr pk» Wmb ; avait JknrviKf j^fs^ aajutvufcfati à renaa
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Le 10 avril) vers cinq heures du matin, le ciel s'é-* 1741 tant éclairci, l'armée, forte de 27 bataillons, de 29 escadrons dé grosse cavalerie/ et de 3 de hussards, se rassembla auprès du moulin de Pogrèl, et se mit en marche sur cinq colonnes. Sachant la supériorité de Tennemi en cavalerie, Frédéric pl^ça deux bataillons de grenadiers entre les escadrons dé chaque àile^A Lùtzen, Gustave-Adolphe avait employé cette dispo-^ sition ; selon toute apparence, on ne s'en servira plus ^ C'est dans cet ordre qu'on s'avança/ en suivant la direction du chemin qui mène à Ohlau. Parvenu à deux mille pas environ de Moiwitz, l'armée se déploya sans voir paraître un seul ennemi. L'aile droite devait s^appuyer au village de Hermsdorff; mais M. de Schulembourg, qui commaildait la cavalerie de cette aile, prit si mal ses mesures, qu'il n'y arriva pas. La gauche s^appuyait au ruisseau de Lauchwitz, dont les bords sont marécageux et profonds^
Cependant, comme l'infanterie se trouvait trop pressée par la cavalerie de la droite, trois bataillons furent retirés de la première ligne pour couvrir la droite des deux lignés; disposition heureuse, qui contribua principalement à la victoire. On parqua le bagage près du village de Pampitz^ à mille pas environ derrière les lignes; le régiment de La Motte le couvrait.
Le comte de Rottembourg, avec l'avantr-garde, s'approcha de Moiwitz, d'où il vit déboucher les Autri-
^ Jotnini, Traité des grandes opérations militaires,
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1741 cliiciis. C'était le moment de les attaquer; n\m$ ayant reçu l'ordre précis de iie rien engager, il ramena sa troupe à l'aile droite, don( elle faisait partie. Comment un général aussi expérimenté que &f • de Neuperg se lais8a*t*il ainsi surprendre? On s'en étonnç) mais ses ordres à différents officiers de hussards de battra la campagne avaient été mal exécutés. Il n'apprit l'ap* proche du Roi qu'en voyant l'armée prussienne en bataille devant ses cantonnements : force lui fut de former ses troupes, à la hâte, sous le feu du canon ennemi.
L'aile gauche de cavalerie autrichienne se présenta la première. Son commandant, le baron de Rœmer, officier intelligent et déterminé, vit que l'aile droite des Prissions était plus avancée vers Molwitz que la gauche, et que, s'il restait immobile dans sa position, M. de Neuperg risquait fort d'être battu, avant que la cavalerie de l'autre aile fût arrivée. Sans donc attendre l'ordre de personne, il résolut d'attaquer la droite des Prussiens, M. de Schulembourg, pour regagner le village de Hcrmsdorff, avait maladroitement fait un quart de conversion à droite par escadrons : Roemer le chargea, bride abattue et en colonnes. Bientôt ses trente escadrons eurent enfoncé les dix escadrons prussiens dont chacun présentait le flanc gauche. Cette cavalerie en déroute passa entre les bataillons de grenadiers intercalés parmi les escadrons, et les eût culbutés, si ces bataillons n'eussent fait feu indistinctement sur les fuyards et sur les Autrichiens : Rœmer y fut tué. Les deux bataillons de grenadiers, après
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s'être soutenue seuls^ rejoignirent, en bon ordre, la 1741 droite de rinfanterie. . .>
Cependant la victoire semblait se déclarer en faveur des Autrichiens. Schwerin, l'intrépide Schwerin luimême conjure le monarque de quitter le champ de bataille ; Frédéric s'éloigne en frémiteant de honte et de douleur. Quel début' maia la fortune veillait sur cette grande destinée^ - -^
M. de Schulembourg venait de périr dans une charge malheureuse, et ses escadrons s'étaient de nouveau débandés. Alors la cavalerie ennemie se jeta sur le flanc droit de l'infanterie prussienne, où trois batail-^ Ions, ainsi qu'on Ta vu plus haut, avaient été placés en potence, comme par hasard/ A trois reprises, côtte infanterie fut vigoureusement attaquée; des officiei's autrichiens tombèrent blessés dans ées rangs; nombre de leurs cavaliers furent désarçonnés à coups de baïonnette. Mais enfln, à force de Valeur, elle repoussa toutes les charges; l'eunémi perdit beaucoup de monde.
M. de Neuperg saisit ce nîoment; son infanterie s'ébranla pour entamer la droite des Prussiens abandonnée de ses escadrons; lui-^méme, à la tête de sa. cavalerie, il fit d'incroyables efforts pour enfoncer les troupes du Roi, mais en vain : cette héroïque infanterie résistait comme un roc.
A la gauche des Prussiens les choses allaient mieux. Cette aile qu'on avait refusée, était appuyée au ruisseau de Lauchwitz, et la cavalerie» ayant chargé celle de la reine de Hongrie au delà de ce ruisseau, l'avait battue.
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17 u. Cependant le feu de riufanterie de la droite durait depuis près de cinq heures; déjà, les munitions manquaient aux soldats; pour trouver des cartouches^ ils dëpouillaient les morts. La situation devenait critique.' De vieux ofliciers commençaient à désespérer. Mais que ne peut le courage? L'infanterie se soutint , gagnant même du terrain sur Tennemi : c'était un de ces instants décisifs d'où sort la victoire ou la défaite. Le maréchal de Schwerin fait un mouvement avec sa gauche, la porte sur le flanc droit des Autrichiens, et l'ennemi est en pleine déroute. La nuit empêche les Prussiens de poursuivre leurs avantages au delà du village de Lauchwitz.
Cette journée coûta aux vaincus sept mille morts ou blessés; aux Prussiens^ quatre mille six cents. Le margrave Frédéric de Brandebourg-Schwedt , cousin du Roi, y perdit la vie ^ Six princes de la maison de Brandebourg avaient pris part à cette bataille.
Par une i*emarquable singularité, Frédéric, tandis que son armée remportait la victoire, courut grand risque d'être fait prisonnier. Après s'être éloigné de Moiwitz, suivi de Maupertuis et d'un valet de chambre français, sous l'escorte de quelques hussards, il se dirigea sur Oppelen, croyant y trouver asile. Arrivé aux portes vers minuit, il fait demander qu'on ouvre; mais un parti de hussards autrichiens occupait la ville; ils sortent, attaquent la petite troupe, qui répond à coups
* Frédéric, Hiitoirê de mon temp$; — MuHer, Tàblêou dê$ (f%iêrr$$ de Frédéric U Grand; — Grimoard, TabUau de la vie êi du règne de Pté- Jéric le Grand; — Jomini, Traité de» grandêt opéraiiommililairm.
de carabine. Voyant sa liberté fortement compromise : i74i « Adieu, mes amis, dit Frédéric à ses compagnons, je suis mieux monté que vous'; » il retourne au galop vers Neiss, apprend eh route le résultat de la bataille, et va rejoindre son armée, le lendemain matin.
Calculant les chances d'une défaite, Schwerin avaitil sérieusement voulu mettre en sûreté la persotme du Roi, pour rester plus mallrç de ses opérations, ou Frédéric s'était-il troublé à l'aspect de dangers si nouveaux pour lui? Les deux opinions, ont été. émises. Quoi qu'il en ait été, et si la crainte trouva une fois accès en son.âme^ elle y fit aussitôt place à une intrépidité qui ne se démentit jamais. '
« Molwitz, dit Frédéric avec raison', fut l'école du Roi et de ses troupes. » , -
Les Prussiens y reçurent le baptême de la gloire.
C'est sur ce chatnp de bataille que naquit la ligue qui ébranla le trône de Marie-Thérèse. La France, long-
- ^ Moins heureux que le Roi, le savant, ex-capitaine de dragons, fut pris, dépouillé de tout par les hussards autrichiens et conduit à Vienne; mais le plus gracieux accueil Yj consola de sa mésaTenture. Maupertuis regrettait beaucoup une montre de Graham; le duc de Lorraine (depuis empereur sous le nom de François I*') en possédait une du même artiste, richement garnie de diamanlSi Quand on lui présenta le prisonnier : « Vous croyez avoir perdu votre montre, M. de Maupertuis, lui dit ce prince, mais c'est une plaisanterie de mes hussards; la voilk, ils m'ont chargé de vous la rendre. »
Ce fut alors aussi que Marie-Thérèse lui ayant demandé si la sœur du roi de Prusse était en effet la plus belle princesse du monde : c Madame, répondit le philosophe-courtisan, je l'avais cru jusqu'à présent. »
' Histoire de mon (em/)9, tome I.
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1741 temps incertaine, se décida enfin : sans intérêt dans cette guerre, sans motif légitime^ elle y fut entraînée par le comte de Belle-Islci que tourmentaient Farobition de faire un empereur et le besoin de bouleverser TEurope.
Ce petit-fils du surintendant Fouquet, alliant & une prodigieuse activité de corps et d'esprit le talent de revêtir ses plans gigantesques de formes séduisantes, cachait, sons des dehors phlegmatiques, une perpétuelle inquiétude, et proposait froidement, comme chose toute simple, la dévastation des empires. Le repos le fatiguait; s'arrêter ne lui était pas possible. Digne d'être chef par ses talents, il eût mérité, par ses défauts, de n'être employé qu'en second ^
Le cabinet de Versailles commit alors deux fautes : l'une, en faisant la guerre; l'autre, une fois la guerre résolue, en ne déployant pas assez de forces i)our assurer le succès.
L'électeur de Bavière était tout prêt : au premier mouvement des Français, oubliant combien Louis XIV avait été fatal à son père Maximilien, il se précipita dans la carrière'. Prisonnier autrefois des Autrichiens, Charles-Albert, en combattant pour la couronne impériale, croyait avoir trouvé aussi Toccasion de venger une vieille injure; rêve mensonger que dissipa bientôt un douloureux réveil.
L'alliance de ce prince avec la France et l'Espagne
* Flaisan, Histoire générale ei raisonnée de la diplomaiie frahçaiêê,
* Ko4*li, Abrégé dr C histoire des traiiéi de paix.
DE PRÉbÉRlC 11. 265
fut signée à Versailles, le 18 mai. Le roi de Pologne, i74l comme électeur de Saxe, le roi de Sardaigne , Télecteur de Cologne et rélecteur palatin y entrèrent successivement. Afin de priver Marie-Thérèse du secours deé Russes, on porta la Suède à leur déclarel* la guerre. Le roi d'Espagne entra dans Talliance pour lui-même et pour le roi des Deux-Siciles, mais seulement par rapport aux affaires d'Italie.
Déjà, ivre de joie, le maréchal de Belle-Isle, ambassadeur de France à la Diète d'Élection, rédigeait, & Francfort, un traité de partage de tous les États autrichiens : la Bohême et la Habte- Autriche y étaient adjugées à rélecteur de Bavière; le margraviat de Moravie, avec la Haute-Silésie, à Télecteur de Saxe ; le reste de la Silésie au roi de Prusse, et la Lombardie autrichienne au roi d'Espagne. Marie-Thérèse ne conservait que la Hongrie, les Pays-Bas, la Basse-Autriche, lès duchés de Carinthie et de Garniole ^
Belle-Isle vint trouver le Roi au camp de Molwitz, et lui communiqua ce projet, avec la proposition d'un traité d* alliance au nom de Louis XV. Le plan de partage déplut à Frédéric, peu disposé à laisser des rivaux croître à ses côtés. Néanmoins, un mois après, instruit de la redoutable ligue organisée contre lui, il signa son alliance avec la France, qui lui assurait la Basse-Silésie ; en même temps, par un autre traité avec l'électeur de Bavière, auquel le Roi garantissait la Haute-Autriche, lo TyroK le Brisgau, la Bohème, il se réservait la Si-
I Kucli, Abrégé de l'histoire des traités dejmxynii:.
2C4 IIISTOIHK
1741 lésie et le comte de Glatz^ que TÉlecteur lui vendait 400,000 écus, sans l'avoir jamais possédé.
Son camp offrait l'image d'un congrès, car Molvrili venait de révéler la valeur d'une telle alliance.
En attendant les mouvements combinés des armées françaises et bavaroises, qui ne pouvaient avoir lieu qu'à la fin d'août, Frédéric, se rapprochant de l'ennemi, vint camper à Grotkau. M. de Neuperg était à cinq lieues de là, derrière Neiss, dans une position trèsforte. Les Prussiens occupèrent alors les hauteurs de Strehlen, d'où, en s*approchant de Breslau, ils pouvaient tirer leurs vivres, et nourrir la cavalerie le reste de la campagne. Ce poste, à égale portée de Brieg et de Schweidnilz, couvrait toute la Basse-^ilésie. Pendant les deux mois qui suivirent, on recruta Tinfanterie, et la cavalerie fut remontée.
Mais M. de Neuperg ne s'endormait pas : s'étant avancé jusqu'à Baumgarten, il eut bientôt lié des intelligences avec les magistrats de Breslau, grâce à l'active entremise de quelques vieilles dames d'Autriche et de Bohême depuis longtemps établies en Silésie. Des moines, des prêtres catholiques, leur servaient d'émissaires; dans des réunions quotidiennes, que ces dames nommaient leurs assises, on avisait avec ferveur aux moyens d'anéantir l'armée hérétique.
Vaguement informé de l'existence de ces conventicules, Frédéric parvint à y introduire une fausse sceur; bientôt le fil mystérieux fut entre ses maius. M. de Neu-
> Kr^^^ric, HUtoirt de mon tempê^ louM I.
perg, après avoir, par ses mouvements, éloiguë de Bres- 1741 lau le Roi, devait se rendre dans cette capitale à marches forcées, et s'en emparer ; c'était enlever aux Prussiens tous leurs magasins, et couper la communication que roder leur assurait avec TÉlectorat.
Schwerin fut chargé de prévenir cette violation de neutralité. Les syndics et échevins les plus dévoués à FAutriche ayant été appelés au camp royal, ainsi que les ministres étrangers, pour ne point exposer leurs personnes aux désordres inséparables d'une surprise^ le maréchal demande à la ville le passage d'un régiment. Pendant qu'il entrait par une porté, un chariot s'em^ barrassait par une autre; à l'aide du tumulte, trois bataillons et cinq. escadrons se glissent dans JSreslau ; l'infanterie occupe les remparts, la cavalerie nettoie les rues principales; point de pillage, pas de meurtre; le lendemain les magistrats et la bourgeoisie prêtent serment de fidélité au roi de Prusse ^
Peu de joura auparavant, l'Anglais Robiuson était arrivé au camp de Strehlen, porteur de propositions d'accommodement; Marie^Thérèse, ne pouvant décider la Grande-Bretagne à entrer en guerre sans le concours des Provinces- Unies', et voyant le danger croître de jour en jour, avait cédé aux instantes représentations du duc de Lorraine, aux prières des principaux ministres. Robinson fut chargé d'ofirir la Guelâre autrichienne, le duché de Limbourg, et, comme ressource
I Frédéric, Histoire de mon tempSy tome I. • WiWiamCoxe, Histoire àe la MaisoruTj^utriche^ lome V;— Valorj, Mémoires i elc, lome 1. v.