CHAPITRE LU
gi aie. Ces nominations furent les seules qu'on effectua, et 1771 les quatre restantes furent suspendues. On ne nomma jamais non plus les dix ecclésiastiques qui devaient composer c us. le bas-chœur, parce qu'il fut bientôt question de supprimer cette collégiale et de- la réunir à d'autres chapitres nobles de la province.
S 9. On a déjà vu, par des titres de 1191, 1279 et 1517, qu'il y avait des foires et un marché a Gigny. Or, c'est une preuve de plus que, de toute ancienneté, nos religieux ont été seigneurs haut-justiciers du lieu, car ceux de cette qualité avaient seuls pouvoir d'établir des foires et de percevoir des droits sur les ventes qui s'y faisaient et sur les places occupées. Ces foires étaient d'abord au nombre de trois ; une quatrième fut instituée en 1 542 ; et dès-lors, jusqu'en 1804 , elles furent tenues le 6 mai, le 12 août <t63>, le 9 octobre et le lundi de décembre avant la féte de saint Thomas, apôtre. Un décret du 25 prairial, an XH, en créa deux nouvelles , et fixa ces six foires au dixième jour des mois de février, avril, juin , août, octobre et décembre. Dans le voisinage, il y a peu de foires de bétail plus importantes et plus prospères que celles de Gigny.
Quant à l'ancien marché , il n'en a pas été de me* me. Il parait qu'il était tombé depuis long-temps et qu'il avait cessé d'être tenu déjà avant le dix-huitième siècle ; car M. de Faletans , plein de zèle pour le bien public , obtint son rétablissement par lettres patentes du 11 mars 1772 qui le 1772 fixèrent au vendredi de chaque semaine. Mais, pour la prospérité et stabilité d'un marché, il ne suffit pas d'obtenir
013) La plupart des foires tont dues à la religion, et le mot foire lui-même ▼ient de Feria qui signiBe féte. Le grand concourt dépeuple qui Tenait en pèlerinage honorer les reliques des saints, les jours de leurs fêles, donna lieu d'amener des marchandises et des denrées de loute espère. Voilà pourquoi il y avait presque constamment de* foires le lendemain des fêtes patronales. Par ce motif , celle du ta août à Gigny était tenue le lendemain de la féte de saint Taurin, Voy. Crrg. fkr., Miracul. I, C 50.
1IISTUI RE DE GIGKY.
1772 des lettres patentes, des décrets ou des ordonnances; il faut encore une réunion de circonstances qui ne se rencontrent pas toujours , ce qui empêche d'en établir partout où l'on désirerait. Le succès dépend principalement de la position locale , de la surabondance des productions du pays , de la facilité et du bon état des voies de communication , de la consommation du lieu , etc.. Aussi , malgré les encouragements qu'on ne cessa de donner , ce marché n'eut jamais qu'une faible existence, et en 1793 il tomba entièrement pour ne pas se relever.
S 10. A l'époque du rétablissement du marché, ou même un peu plus tôt, notre doyen rendit encore un grand service à Gigny , en y introduisant la culture de la vigne qui n'y existait pas auparavant. Secondé par M. de Moyria, son neveu , il fit défricher , dans une situation charmante et à une bonne exposition au midi , un coteau de terrain vague appelé la Pendannc , qu'il planta en vigne de bon choix. Il y établit aussi dans le bas deux prés qu'il borda de peuplier* d'Italie, inconnus jusqu'alors dans le pays, et y fit construire des bâtiments de vigneron et d'exploitation , avec un agréable petit pavillon. Enfin , ce lieu que le chapitre leur céda en jouissance viagère , à cause de ces travaux, devint dès-lors le but des plus délicieuses promenades des chanoines i1**). Cet utile exemple fut suivi par les propriétaires voisins qui se mirent à planter aussi de la vigne et se procurèrent ainsi , à bon marché, un vin presque aussi bon que celui qu'ils allaient auparavant acheter très cher sur les coteaux du Revcrmont.
Postérieurement , cette propriété ne fut pas , comme les
Plan 6. 064) Aptoala sécularisation, il* établirent ■nisi une belle promenade dans le champ ou verger de l'infirmier, situé entre les cours, jardins et vergers du prieur à l'orient, et du chambrier s l'occident. On l'appelait Promtnaie-dti- CWm<//t s. Ella a été défrichée aprci 179], et le champ, donné pendant long- 1 emps en jouissance à Tinititulcur pt irosiie, tient d'être converti en Champ de /uiret.
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autres biens du clergé, mise à la disposition de la nation ; 1772 elle resta propre au dernier doyen. Mais , en 1791 , la coni- . mune de Gigny en réclama une partie , comme ayant été anticipée par M. de Faletans sur le terrain communal. En conséquence un arbitre fut nommé , et d'après sa sentence rendue en juillet 1794, la commune recouvra une partie de vigne qu'elle possède toujours.
S 1 1 . En ce qui regarde les autres événements arrivés à Gigny pendant le doyenné de M. de Faletans , on a déjà vu que l'église paroissiale avait été interdite en 1770, reconstruite en 1778 et 1779, et livrée au culte en 1780 , sous le double vocable de N.-D. et de saint Taurin ( Y. chapitre XVII, S 7. ) On a vu aussi que le pont avait été rétabli en 1774, tel qu'il existe actuellement (XLVI, S H); qu'une mission solennelle avait été faite à Gigny en 1776 , avec érection d'une croix (XLVI, S 16 ) ; qu'en 1777 , la Porte de Buis (XII, §7), et en 1779 le château ( XVII , $ 16 ), avaient été reconstruits ; qu'en 1778, les habitants de Graye etCharnay avaient été affranchis (XLVI, $13), etc.. etc.. J'ajouterai qu'en 1776, c'est-à-dire sous le même 1776 doyen, on creusa le nouveau fossé sous la Roche, afin de rendre moins marécageuse et moins sujette aux inondations la prairie septentrionale de Gigny. Je dirai encore que , pendant qu'il y demeura , M. de Faletans apporta constamment toute son attention à procurer aux habitants de la seigneurie, et même du voisinage, des voies faciles et nouvelles de communication vicinale, et que même quelques vieillards actuels parlent avec reconnaissance du zèle qu'il y mettait, et du bon emploi qu'il faisait de la corvée.
$ 12. Comment se fit-il qu'avec de si pures intentions, cet excellent homme ne put continuer à faire le bien et fut obligé de quitter l'établissement religieux qu'il avait comme reconstruit et qu'il affectionnait ? D'après les traditions que l'auteur de cette histoire a pu recueillir sur les lieux mêmes,
1 776 H parait que la conduite irrégulière et l'insubordination de quelques chanoines admis depuis la sécularisation en furent les principales causes. Le haut-doyen , dit-on , voulait les rappeler aux devoirs de la vie canoniale et à l'édification que les fidèles ont droit d'attendre du clergé. Mais , au contraire, ces jeunes ecclésiastiques, entrés peut-être sans vocation dans ce corps religieux, imbus peut-être aussi des idées qui amenèrent bientôt la grande révolution sociale de 1789 , se permirent de manquer d'obéissance et de respect à leur vénérable chef. On dit même vaguement qu'il fut insulté et frappé par eux en plein chapitre, et que dès-lors il prit la résolution de se séparer d'eux.
1778 M. de Faletans avait déjà résigné son prieuré de Mantes le 19 septembre 1778 , en faveur de son neveu Ant.-Ennemond de Moyria de Saint-Martin , chanoine de Saint-Claude et prieur commendataire de Saint-Pierre de Bourdeille, monastère dépendant de l'abbaye de Brantôme, au diocèse de Périgueux. Or , on peut présumer que dès-lors il songea aussi a céder son doyenné de Gigny à son autre neveu J. Bernard de Moyria, qui vivait depuis plus de trente ans dans le même établissement. Cependant cette résignation n'eut lieu que quelques années plus tard , et M. de Faletans était encore doyen lorsque l'église de Morges fut érigée.
S 13. L'antique église de Loyon dont il a été parlé ( note 50), et qui était sous le vocable de la décollation de saint Jean- Baptiste , avait pour paroissiens les habitants de Morges, du petit Lancette , d'une partie du hameau de Saint-Julien dit La Rivière, et probablement aussi de Montrevel ( V. chap. XXIX ). Cette paroisse déjà distincte de celle de Louvenne en 1300 , dont étaient curés N... Gukhard en 1588 , et Claude Bertrand de Gigny en 1611-1621 , fut réunie en 1670 a celle de Louvenne, dont les curés prirent dès-lors les titres de recteurs de l'église de Louvenne et Loyon,