CHAPITRE LUT
rurgiens ; que l'église collégiale , déserte les jours ou- 1788 vrables , n'était fréquentée les jours de féte que par les gens de la campagne ; que les prébendes canoniales n'étant point spécialement affectées aux ecclésiastiques de la Franche-Comté , et le roi y nommant ceux qu'il lui plaisait , la noblesse de la province avait intérêt a voir attribuer les biens qui en dépendaient à des chapitres qui étaient composés de ses enfants ; que les chapitres de chanoinesses étaient en général les plus utiles à la noblesse ; que les gentilshommes pouvaient obtenir dans l'état ecclésiastique des places honorables , embrasser la profession des armes, se placer dans le barreau, ou prendre des étals qui ne dérogeaient point ; qu'au contraire , les chapitres étaient l'unique ressource des demoiselles qui , ne pouvant ou ne voulant pas se marier, n'avaient pas de vocation pour la vie religieuse, etc.; qu'enfin , il y avait avantage et utilité a supprimer le chapitre de Gigny et à en incorporer les biens à ceux de Lons-le- Saunier et de Migette.
§11. Ce fut d'après ces motifs que le roi délivra , le 27 avril 1788, un second brevet par lequel il consentit défiui- c. 150. nilivement à la suppression du chapitre de Gigny, à certaines charges et conditions qui satisfaisaient plus ou moins aux demandes formées par les nobles chanoines et par les habitants du lieu.
En conséquence , et d'après les conclusions conformes du promoteur , le commissaire apostolique prononça le c. tsi. décret de suppression, le 26 mai 1788. On peut en lire les diverses dispositions dans le recueil de nos preuves.
Ce décret fut revêtu de lettres patentes d'approbation , au mois de septembre suivant, et ces lettres, avec le second brevet du roi et le décret du commissaire , furent enregistrées le 9 décembre aux actes importants du parlement de Besançon, Cet enregistrement ne fut pas gratuit , car il coûta 23,000 francs aux nobles dames, et on voit parquel-
334 ■IBTOIRI DB CIGHY.
1 788 ques notes que les frais faitsT pour parvenir au résultat obtenu, égalèrent à peu près ceux de la sécularisation ; qu'ils s'élevèrent en totalité à la somme de 85,756 francs, et que les chanoinesscs avaient emprunté 90,000 francs pour cet objet.
S 12. Le 31 décembre 1788 , les deux chapitres de Lons- Ic-Saunier et de Migette prirent possession des biens de celui de Gigny, par le fait de Louis Ragmey, leur mandataire, qui, quelques années après, remplit des fonctions bien différentes , comme président du tribunal révolution* naire à Paris. Celte dernière formalité fut remplie dans la salle capitulai re où les chanoines supprimés se réunirent tous pour la dernière fois, au son de la cloche , a l'exception de MM. de Foudras , de Lascases et d'Éternoz, qui se trouvèrent absents. Des sept autres membres présents qui étaient MM. de Moyria , de Montbozon , de Gonssans , de Meutbon , de Molans , et de Montfaucon frères, l'un prit la parole et dit au nom de tous : « qu'ils persistaient dans a les sentiments consignés en leur délibération capitut laire du 17 octobre 1787 ; qu'ils voyaient en gémissant « la destruction de leur compagnie ; mais que, pleins de la « soumission la plus respectueuse aux volontés de N. S. P. a le pape et du souverain sous lequel ils ont le bonheur t de vivre , ils consentent que le chapitre dont ils sont a membres et ses titres collalifs de doyenné et prébendes o canoniques demeurent éteints et supprimés. »
Les habitants de Gigny, outrés de cette prise de possession clandestine dans l'église même qu'on allait leur enlever, députèrent leurs échevins à l'assemblée, pour protester et former opposition. Mais on ne voulut pas les entendre et a peine les admettre. Le notaire étranger à Gigny leur répondit que son acte était clos et consommé ; M. de Montfaucon aîné les repoussa même avec violence , et ils ne purent que faire dresser, par un autre notaire, acte de celte violence et de leur opposition.
chàjmtri liv. 335
Telle fat la fin laborieuse du noble et antique mona- 4788 stère fondé neuf siècles auparavant par Bernon. Elle ne précéda que d'un an à peu près celle de tous les autres établissements religieux en France , lesquels succombèrent sans exception sous les décrets de l'assemblée nationale.
Ici se termine aussi à peu près l'histoire de Gigny. Nous lui consacrerons cependant encore quelques chapitres sur les derniers événements, sur les statuts, mœurs et usages de nos religieux , sur les offices claustraux de leur monastère , sur les prieurés qui en dépendaient, sur ses biens et ses revenus , sur les magistrats , ecclésiastiques et autres personnes qualifiées du lieu, et surtout sur saint Taurin, son patron.