CHAPITRE IV
GUY, n.'abbé.
Inratioo des ffoogroia. De M'nt Guy, ermite h F»y.
S 1. Guy succéda donc dans l'abbaye de Gigny a Bernon, 927 son parent, qui, de l'avis des religieux , l'avait désigné dans son testament pour être son successeur.
Le fondateur avait bien senti qu'en reprenant h Gigny le village d'Alafracte , le quart des salines de Lons-le-Saunier, et d'autres biens qu'il lui avait donnés antérieurement , il
$27 luisait un acte rétroactif ; il revenait sur sa première donation ; il enfreignait la bulle du pape Formose, portant défense aux donateurs eux-mêmes de rien distraire des biens cédés. C'est pourquoi il avait fait valoir tant de motifs d'équité , plutôt que de droit , pour justifier celte distraction.
c. 43. Or , ces motifs ne furent pas accueillis par les moines de Gigny, ni même par l'abbé Guy qui avait donné cependant son adhésion au testament de Bernon. Ils reprirent ces biens, comme par violence, à l'abbaye de Cluny, arguant de ce que le testateur avait fait une disposition illégale.
c, 43. Les moines de Cluny se pourvurent alors auprès du pape Jean X, qui , par une bulle adressée à Raoul, roi des Français, à Guy, archevêque de Lyon, h StaUTus, évéque de Chalon, à Bernon, évêquede Màcon, et aux comtes Hugues (,7> et Gislcbert <18), ordonna la restitution. Le souverain pontife terminait par recommander spécialement au roi Raoul rétablissement de Cluny.
928 Cette bulle décida sans doute Guy et ses moines à ratifier
c. 44. les dispositions du testament de Bernon. En effet , par un acte daté du 21 janvier de la sixième année du règne de Raoul , laquelle correspond a l'an 928 , ils remirent au monastère de Cluny les biens distraits de celui de Gigny. On voit seulement que les salines de Lons-le-Saunier n'y sont pas mentionnées (,0), et qu'il n'y est question que du village d'Alafracte avec ses dépendances , de l'alleu donné à Gigny par Samson, et de la moitié du pré provenant de NonnusSaimon. Cette ratification fut faite à la charge du cens ou de la rente de cire en valeur de douze deniers, portée au testait?) Probablement Ru guet le-Noir, comte héréditaire de Bourgogne, mort en
(18) Probablement Gilbert, ûls de Manastes de Vcrgy, gendre du duc Richard le Justicier, comte d* A ut un, Chai on, Beau ne et A Talon, et mort en 9S6.
(19) Il est 1 remarquer aussi que ta bulle de Jean X n'est pas adressée h l'archevêque de Besançon, dont Lons-le-Saunier dépendait.
CnAPITRK IV. 23
ment. Elle fut en outre faite sous la condition expresse que 928 les moines de Cluny ne pourraient pas aliéner ces biens et qu'ils en jouiraient par eux-mêmes, à moins qu'ils ne vinssent à rentrer dans la vie séculière ou canoniale. Celte charte est précieuse aussi en ce qu'elle nous fait connaître le nombre et les noms des moines qui composaient l'abbaye de Gigny dans son commencement, et qu'elle nous fait juger qu'il ne s'y trouvait à cette époque d'autre dignité que celle de l'abbé. Elle est écrite et souscrite par le prêtre Rotgaire et signée par l'abbé \iuy et par les moines Gmlan , Wumeran , Mien, Satmon , Raginelme , Dèodal, Ermendrad, Ardria et
rr uOCUCl.
S 2. Pendant que Guy était abbé à Gigny , les Hongrois 935 firent deux irruptions en France , notamment en Alsace , en Lorraine et en Bourgogne. Ce peuple féroce et barbare , originaire de la Scythie, qui , sur la fin du neuvième siècle, s'était emparé du pays auquel il a donné son nom , fit une première tentative en l'année 935 ; mais il rat bientôt repoussé par le roi Raoul. Deux années plus tard, les Hongres 937 firent avec plus de succès une nouvelle irruption. Ils ravagèrent alors les deux Bourgognes, incendièrent Besançon , Chalon, Tournus, Maçon, Semur en Brionnais, etc.... Ils passèrent même la Loire et pénétrèrent jusqu'en Berry, où ils furent enfin battus et repoussés. Dans leur retraite , pour gagner la Suisse et l'Italie, ils portèrent de nouveau la désolation dans nos pays , a tel point qu'il s'en suivit une famine et qu'il en résulta une dépopulation durant plusieurs années. Comme ils s'attaquaient surtout aux richesses des monastères, et qu'ils mirent au pillage et livrèrent aux flammes les abbayes de Bèzc , de Saint-Pierre de Chalon, de Saint- Marcel , de Tournus , de l'Isle-Barbe , d'Ainay , de Savigny , etc. , il est à présumer que celle de Gigny se ressentit de leur dévastation, mais on n'en a pas de preuve directe. Ces peuples barbares firent une nouvelle invasion en 954,
2i nisToiui: de gigny.
9.]" p-VTotUT.rent les mcutagncs du Jura, jusqu'au Hliou. , t... laul et brûlant t mt ce qui était sur leur passage.
$ 3. Eu ce qui concerne d'ailleurs notre abbé Gny , on ne sait rien de bien certain que ce qui a été déjà dit. Cependant , Fr. F. Clvvtilicr, auteur de l'histoire de Poligny , prétend qu'il quitta son abbaye pour se foire ermite a Fay, commune du canton actuel de Poîi^ny , qu'il y mourut en odeur de sainteté et devint le patron de l'église de ce lieu. Il y est honore? . d'après cet historien , sous le nom de saint Fort , h cause qu'on va l'y invoquer pour le rétablissement des forces du corps ; mais le curé de la parofrsc fait son olïicc le 17 juin , sous le nom de saint Guy ou saint Widon. Cet auteur ajoute que son tombeau se voit dans un oratoire au coïé droit de l'église ; qu'il est élevé de ter** d'environ un pied et demi, et environné d'une balustrade en bois ; que ce tombeau ayant été ouvert pour la première fois en 1716 , par ordre de l'archevêque de Besançon , on y trouva un corps sans aucun dérangement , déposé en un cercueil creusé dans le roc , fermé par des tablettes de pierre bien taillées, jointes et cimentées, et recouvert de trois pieds de terre, avec une pierre tumulaire superposée. Il affirme avoir lu sur cette pierre les mots suivants d'une inscription mutilée, en caractères du dixième siècle : Hic fuil in nunido cele-
ber.... virtulibus ornatus cl irnutiatiis mvictus viliorum rcpulit
kl us presbyler.,. Bernants CMin anbnam creatori suo.
Enfin , il cite un diplôme de l'empereur Frédéric Barbcrousse , sous la date de 1165 , et une bulle apostolique de l'an 1 184, en faveur de l'abbaye de Chateau-Chalon , insérés l'un et l'autre dans l'histoire de Dunod , où il est question de monsieur Guy, ermite à Fay, et de son ermitage lnxnpcr très corvnlœ Wulonklicvemtiœ.... Ecclcsktm de Fay cum u'd'tju 'io Ihmùm Guidonh herenûiœ.
Si l'inscription rapportée plus haut était telle que l'historien de Poligny la donne, et qu'il y fût en outre question de
.••i fRE !..
liuy , on ne pourrait guère douter qje ce ne lât relie de l'abbé de Gi#ny, puisqu'il y est qualifié de prêtre de Bernon de Cluny. Malheureusement, elle est presque toute controuvée et défigurée à un point tel, qu'il faut penser que Chevalier ne l'a pas lue de ses propres yeux. En effet , voici cette inscription telle que M. Monnier l'a relevée dans l'église de Fay, et qu'il me l'a complaisamment communiquée. Or , il <st bien question dans ces six vers léonins mutilés M d'un Guy et d'un ermite , mais nullement de notre Bernon :
ïbus omaius , vhtuiibus irradiants,
sii in hoc v'ttâ scu Lucifer hic lierenûta,
il mvictus vitiorum rcpulit ictus
asit celebris tibique lux iustat nprilis
ctori oboni sis clemcns Christ e TVtdorii.
,.,..radisus r sit dc< .... s .... k ....
L'opinion de Chevalier est donc purement conjecturale ou méiue dénuée de fondement. Quant au culte de saint Guy ou saint Fort, à Fay , il est comme certain qu'il se rapporte à saint Wiit, martyrisé en Calabre dans le premier siècle , dont l'Église fait la fétc le 15 juin , et dont le corps fut apporté d'Italie en France dans le huitième siècle, ainsi que la pierre sur laquelle il reçut la couronne du martyre. Cette pierre existe , dit-on , dans l'église de Mouthier-en-Bresse , placée en effet sous le vocable de saint Witt. De nos jours , non-seulement on y porte, comme h Fay, les enfants faibles ou malades, maison y conduit encore les paralytiques, qui étendent sur celle pierre noire leurs membres perclus, dans l'espoir que le mouvement s'y rétablira par l'intercession du saint martyr
(ao) Le* vert léonin* ou limé» quelconques ont élé usité* dè» le ix.* tilde, et fort employés au miyen âge pour les insciiplions. (si) A Cluny, selon M. Lorm'n, il y avsît auisi à la porte d'entrée de l'église,
937 II faut se garder de confondre le deuxième abbé de Gigny
avec Guy, archevêque de Lyon , mort en 949, et auquel le pape Jean X adressa la bulle dont il a été question ci-devant.