‹ Histoire de GignyChapitre 27 sur 356 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

abbé de Cluny, afin d'y faire revivre la religion, et de rendre à cet établissement sa prospérité temporelle antérieure.

Ce pape obtempéra d'autant plus volontiers a cette demande vraie ou prétendue , qu'il était ami intime de saint Hugues , avait fuit ses études à Cluny et y avait été moine avant 1073, année de son élévation à la papauté. Il confia donc des ce moment l'abbaye de Gigny et toutes ses dépendances à cet abbé, avec pleins pouvoirs de la gouverner pendant qu'il vivrait, et d'y faire les règlements , corrections , modifications et changements qu'il jugerait convenables. Le souverain pontife disposa aussi qu'après la mort de saint Hugues, ses successeurs dans l'abbaye de Cluny auraient les mêmes pouvoirs que lui sur le monastère de Gigny, et qu'aucun abbé n'y serait élu ou ordonné sans la présence et l'approbation de l'abbé de Cluny ou de son délégué. Cette bulle, adressée à saint Hugues, est datée du palais de Latran, le 9 décembre de la quatrième année du pontificat de Grégoire VII, laquelle correspond bien à l'an 1076.

En conséquence, l'abbaye de Gigny cessa d'être indépendante, et de mère et supérieure de celle de Cluny, elle devint sa succursale subordonnée. Saint Hugues se trouva le chef de l'une et de l'autre , réunissant ainsi ce que Bernon avait jugé à propos de diviser; ou plutôt celle de Gigny resta sans abbé propre, soumise au régime de Cluny, sme proprio abbatc, Clumacenà regimmi subjecta, comme porte une bulle dont nous parlerons bientôt.

§ 3. L'abbaye de Baume que nous avons vue , dès le . principe, annexée et soumise à celle de Gigny, eut-elle le même sort, en vertu de la bulle de Grégoire VII, qui comprenait toutes les dépendances de celle-ci , cum omnibus suis pertmcntns ? On pourrait le penser, à la vue d'une bulle adressée , en 1089 , à un abbé de Baume du nom de Hugues, Ugoni cariss'mw filio Balmensi abbati, par laquelle le souverain pontife lui confirme la direction de cette abbaye. Mais on

1076 doit croire que cet abbé n'était point saint Hugues de Cluny, soit parce qu'il n'est pas qualifié tel dans cette bulle, comme il l'est dans celle de 1076 , soit parce qu'on connaît des abbés de Baume d'un autre nom , après cette dernière bulle (''union et avant la mort de celui de Cluny, comme un Bernard I.c' en 1078, 1080, 1083, un Renaud en 1100, un Bernard H en IlOi, et un Albéric en 1107. Nous verrons bientôt bailleurs qu'en l'année 1100, l'abbaye de Baume ne se trouve pas recensée au grand nombre des monastères soumis à Cluny. Bien plus, il faut comme reconnaître qu ai »ès Gn\ , les deux abbayes de Baume et de Gigny ont été possédées séparément, chacune par un titulaire distinct. En effet, nos deux abl és Mayeulel Zantlin ne fi^tm 'iil point sur la liste «le ceux de Baume, et on trouve parmi ces derniers un OJon, en 1055, qui ne parait pas avoir été abbé à Gigny.

Au reste , l'union 'e l'abbaye de Baume à celle de Cluny ne fut tentée que postérieurement. On voit <|iic, d'après un bref du pape Eugène III, Guillaume d'Auxonnc, comte de Bourg< g«.e-Scoding et de Maçon, soumit, en 1147, cette abbaye à celle de Cluny, et que, deux ans plus tard, Humbert, archevêque de Besancon, conformément a une bulle du même pape, lui en fit aussi don, sous le titre de prieuré. m. Celte donation, ratifiée en 1153 par un diplôme de l'empereur Frédéric Harberousse , devenu prince souverain du comté de Bourgogne, fut encore confirmée, en 1155, par le pape Adrien IV, en punition de a rébellion et de M< l'insolence des religieux de Baume. Cependant, en 1157, l'empereur, outré de ce que cette abbaye, fondée pour la Noblesse par ses prédécesseurs, d'abbaye noble et impériale était devenue simple prieuré, simple grange de Cluny, la réiulégra en dignité abbatiale et en indépendance de toute autre abbaye, a la supplication des religieux , des princes et des barons L'^'i-naoe Vîr,,r>r on H fi-* «fumtionn'» .i^ia^

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qui fut encore renouvelé, en 1186 , par Henri VI , fils de 1076 Frédéric.

« L'abbaye de Baume , dit M. Loram, n'avait jamais aca cepté, sans résistance et sans modification, l'autorité « suprême de l'abbé de Cluny , et une grande rivalité avait « toujours régné à ce sujet entre l'abbé de Cluny et l'archea véque de Besançon. Bertrand de Colombiers , abbé de « Cluny, voulut , en 1297 , aller visiter le monastère de a Baume. Mais les moines lui ayant fermé les portes, il les c interdit et réclama contre eux l'assistance de Renaud de a Bourgogne, comte de Montbéliard. Néanmoins, malgré ce « secours, l'obédience de Cluny eut peine à être reconnue a par Baume, jusqu'à l'an 1300, qu'une transaction inter- « vint, qui partagea les droits et les honneurs, d'une façon a très bizarre, entre l'abbé de Cluny et l'archevêque de « Besançon. »

S 4. Il conviendrait peut-être ici de discuter si la réunion de l'abbaye de Gigny a celle de Cluny a été le résultat d'un vœu sincèrement émis par les religieux de la première, ou d'une intrigue ambitieuse de ceux de la seconde. Or, je ne suis pas éloigné de croire à celte dernière cause , quand je réfléchis aux motifs donnés pour la réunion de tant d'abbayes dans le laps d'un siècle et demi. Il est difficile, on efTet, de croire au maintien de la bonne discipline et de la bonne administration dans cette abbaye de Cluny , et au relâchement, au désordre et au gaspillage dans toutes les autres. Tels furent néanmoins les motifs banaux allégués pour absorber tant d'établissements célèbres et historiques, Nantua en 959, Saint-Marcel en 990, Paray en 999, Gigny en 1076, Vaux-sur-Poligny à peu près à la même époque, et tant d'autres situés hors de notre voisinage , dont il sera parlé dans le chapitre suivant.

Le motif probablement plus réel fut l'ambition de la suprématie et des richesses. Les efforts continués , pendant

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1 076 Plus de deux siècles, pour absorber aussi l'abbaye de Baume, paraissent le prouver assez. Cluny eut , dans le onzième siècle , l'ambition de se constituer en chef-d'ordre. Il fallut donc, pour y parvenir, composer un ordre, et, pour cela, soumettre a l'obéissance un grand nombre de monastères. On alla par degrés, afin de ménager les esprits, et on se contenta d'abord de soumettre les abbayes au régime et de les priver de leur droit d'élection abbatiale , en se réservant celui de nommer leurs chefs que, par ménagement d'égalité, on voulut bien appeler coabbes. Mais ensuite, sous saint Hugues, comme on le verra dans le chapitre suivant, on réduisit toutes les abbayes en simples prieurés; le titre d'abbé fut supprimé , et elles furent placées plus strictement sous la puissance de Cluny Ce fut alors que cette grande abbaye prit le titre d'Ordre et le surnom de monastère des monastères. Ce fut dès ce moment que l'abbé de Cluny s'attribua le titre orgueilleux d 'archi-abbé, d'abbé des prieurs , et même celui d'abbé des abbés, qui appartenait anciennement à l'abbé du montCassin, et que celui de Citeaux s'arrogea aussi peu après.

Mais revenons à Gigny, dont la réunion causa sans doute à Cluny une satisfaction plus particulière , en ce que cette dernière abbaye se trouva ainsi libérée du tribut quelque peu humiliant des douze deniers ou de la maille d'or qui lui avait été imposé par Bernon.

1078 S 5* Ce fut du temps de l'abbé saint Hugues , deux ans après la bulle d'union , que le prieuré de Bellesvaujoen-Batb-

(»4) Nond'um tub Odon* abtoluta fuit Congrégation!* $»u Ordinit Cluniacenr lit erectio : aut me que tub Ajmardo nui sub Mnioio , imo née tub O dit ont ; red Uintiim sut sancto Hugont, abbate sexto, qut\pro en quapollebat apud principe* H SubditoS auctorilmte% non modo prœpotitttraS ae prioratu* sibi subjecit , ted etiamnmbiltt abbatial luxe ditioni addixit%extlinctisqua (quoad licebnt) abbatum tttuitl, ad priorntuum , ut vocant, stafum nontudlas redegit, ne te deincept k Cl— niecentit abbatit potestat* eximerenl, MABILLON. Àct» Sauctor. Préfet, in tecuL dectmam, ufi Si.

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