‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 2)Chapitre 26 sur 103 · LIVRE 1, CHAP. XII. rt · texte numérisé non relu

LIVRE 1, CHAP. XII. rt

dedans, craignant d’être obligé de restituer l’argent qu’il en avait touché, s’il avouait qu’il me reconnaissait, dit effrontément qu'il ne savait j'étais, et qu'il ne m'avait jamais vu. Ah! traître, m'écriai-je, confesse plutôt que tu as vendu mes hardes, et rends témoignage à la vérité. Regarde-moi bien : je suis un de ces jeunes gens que tu menaças de la question dans le bourg de Cacabelos, et à qui tu fis si grand’peur. Le muletier répondit d'un air froid que je lui parlais d'une chose dont il n’avait aucune connaissance ; et comme il soutint jusqu’au bout que je lui étais inconnu, mon élargissement fut remis à une autre fois. Mon enfant, me dit le corrégidor, tu vois bien que le muletier ne convient pas de ce que tu as déposé; ainsi je ne puis te rendre la liberté, quelque envie que j'en aie. Il fallut m’armer d’une nouvelle patience, me résoudre à jedner encore au pain et à l’eau, et à voir le silencieux concierge. Quand je songeais que je ne pou— 7 vais me tirer des griffes de la justice, bien que je n’eusse pas... commis le moi crime, cette pensée me mettai déses-. poir; je regreltais le souterrain. Dans le fond, disais-je, j'y avais moins de désagrément que dans ce cachot : je faisais bonne chère avec les voleurs, je m’entretenais avec eux agréablement, et je vivais dans la douce espérance de m'échapper ; au lieu que, malgré mon innocence, je serai peutêtre trop heureux de sortir d'ici pour aller aux galères.

(CHAP. XIIL. — Par quel hasard Gil Bias sortit enfin de prison, et où il alla.

Tandis que je passais les jours à m'égayer dans mes réflexions, mes aventures, telles que je les avais dictées dans ma déposition, se répandirent dans la ville. Plusieurs personnes me voulurent voir par curiosité. Ils venaient l’un après l'autre se présenter à une pelite fenêtre par où le jour entrait dans ma prison, et lorsqu'ils m’avaient considéré quelque temps, ils s'en allaient. Je fus surpris de cette nouveauté. Depuis que j'étais prisonnier, je n'avais pas vu un seul homme se montrer à cette fenêtre, qui donnait sur une cour où régnaient le silence et l'horreur. Je compris par là que je faisais du bruit dans la ville; mais je ne savais si j'en devais concevoir un bon ou un mauvais présage.

Un de ceux qui s‘offrirent des premiers à ma vue fut le

lendemain, et je ne songeai qu’ ‘à bien souper, pour me dédommager des mauvais repas que j'avais faits depuis ma sortie du souterrain.

CHAP, XV. — De quelle facon s'habilla Gil Hay, du nouveau présent qu'il reçut de In dame, et dans quel équipage il partit de Burgon

‘On me servit une copicuse fr que fe mangeai presque tout entièr puis je me couchai, J' qu'un profond sommeil ne tare mes sens. Je ne pus toutefois fe à l'habit que je devais prendre.

sais-je : suivrai-je mon prem Achèterai-je une soutanelle pour aller à Salamanque ¢ chercher une place de précepteur? Pourquoi m'habil i me consacrer à l'état ccclésins iq mon penchant? Non, je me se opposées à ce parti-li. Je veux porter fortune dans le monde; ce fut à quoi Je me résulus à prendre un habit de eav

que poste honnête et hu

fattendis le jour avec la dernière impat fen

rayons ne frappèrent pas plutôt mes yeux que je me levai. Je fis tant de bruit dans l'hôtellerie que je réveillai tous ceux

et qui ne répondirent à ma voix qu'e

Iddictions. Hs furent pourtant obligés de # lever, et je ne leur donnai point de repos qu'ils ne m'enssent

fripier. J'en vis bientôt paraitre un qu'on m' ‘amena, Hl était

ent, et me dit: Sei-,

cavalier, vous Hes heureux qu'on se soit adressé ‘moi plutôt qu'à un autre, Je ne veux point ici décrier mes 5 à Dieu ne plaise que je fasse le moindre tort à lear

! mais, entre nous, il na pas on qui ait de

, ils sont tous plus durs que des juifs. Je suis le

qui ait de Ja morale. Je me borne à un profit

5 je me contente de la livre pour su, je veux

Sk = in ee

LIVRE 1, CHAP. XIIT, ‘ Bt méme, pour me soustraire aux yeux du peuple, dont je ne soutenais les regards qu’avec pei

tant l'emport.

tre à qui j'avais tant d'obligation. Il ne put s'empêcher de rire lorsqu'il m'aperçut. Comme vous voilà! me di vous ai pas reconnu d’abord sous cet habillement; la justice, à ce que je vois, vous en a donné de toutes les façons. Je ne me plains pas de la justice, lui répondis-je; elle est très-” équitable ; je voudrais seulement que tous ses officiers fussent d'honnétes gens : ils devaient du moins me laisser mon habit; il me semble que je ne l'avais pas mal payé. J'en conviens, reprit-il; mais on vous dira que ce sont des formalités qui s'observent. Eh! vous imaginez-vous, par exemple, que votre cheval ait été rendu à son premier maitre? Non pas, s'il vous plait ; il est actuellement dans les écuries du greffier, où il a été déposé comme une preuve du vol : je ne crois pas que le pauvre gentilhomme en retire seulement la croupière. Mais changeons de discours, continua-t-il. Quel est votre dessein? que prétendez-vous faire présentement? J'ai envie, lui dis-je, de prendre le chemin de Burgos : j'irai trouver la dame dont je suis le libérateur ; elle me donnera quelques pistoles; j'achèterai une soutanelle neuve, et me rendrai à Salamanque, où je tacherai de mettre mon latin à profit. Tout ce qui m'embarrassæ, c'est que je ne suis point encore à Burgos : il faut vivre sur la route; vous u'ignorez pas qu'on fait fort mauvaise chère quand on voyage sans argent. Je vous entends, répliqua-t-il, et je vous offre ma bourse : elle est un 7 peu plate à la vérité; mais vous savez qu'un chantre n'est. pas un évêque. En même temps il la tira, et me la mit entre les mains de si bonne grâce, que je ne pus me défendre de la :.. retenir telle qu'elle était. Jo le remerciai comme s'il m’edt donné tout l'or du monde, et je lui fis mille protestations de service qui n'ont jamais eu d'effet. Après cela, je le quittai, et sortis de la ville sans aller voir les autres personnes qui avaient contribué à mon élargissement ; je me contentai de leur donner en moi-même mille bénédictions.

Le petit chantre avait eu raison de ne me pas vanter sa bourse; j'y trouvai très-peu d'espèces, et quelles espèces encore! de la menue munnaie; par bonheur, j'étais accoutumé

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