LIVRE X, CMAP, XI
Scipion, me dit un jour le vieillard, j'ai un fils qui fait toute roa peine. fest plongé dans toutes sortes de débauches : cela m'étonne, car son éducation n'a pas été négligée. Je lui ai donné de bons maîtres; et lé père Alexis, mon ari, a fait tous ses efforts pour le mettre dans le bon chemin; mais, hélas! il n'a pu en venir à bout : Gaspard s’est jeté dans le libertinage. Ta me diras peut-être que je l'ai traité avec trop de douceur dans sa puberté, et que c’est cela qui l'a perdu. Mais non, il a été chatié quand j'ai jugé à propos d’user de rigueur ; car, tout débonnaire que je suis, je ne laisse pas d’avoir de Ja fermeté dans les oecasions qui en demandent, Je l'ai même fait enfermer dans une maison de force, et il n'en est devenu que plus méchant: En un mot, c'est un de ces mauvais sujets que le bon exemple, les remontrances et les châtiments mêmes ne sauraient corriger. 1 n'y a que le ciel qui puisse faire ce miracle.
Si je ne (us pas fort touché de la douleur de ce malheureux père, du moins je fis semblant de l'être. Que je vous plains, monsieur! Jui dis-je. Un homme de ‘bien comme vous inérilait d'avoir uu meilleur fils. Que veux-tu, mon enfant ? mue répondit-il, Dieu m'a voulu priver de cette consolation. Eutre les sujets que Gaspard me donne de me plaindre de lui, poursnivitdl, je te dirai confidemment qu'il y en à un qui me cause beaucoup d'inquiétude : c’est l'envie qu'il a de me voler, ct qu'il ne trouve que trop souvent moyen de satisfaire, malgré ma vigilance. Le laquais à qui tu succèdes s'entendait avec lui, et c'est pour cela que j'ai chassé ce domestique. Pour loi, je compte que tu ne te laisseras pas corrompre par mon fils. Tu épouseras mes intérèts; je ne doute pas que le père Alexis ne te l'ait bien recommandé. Je vous en réponds, lui dis-je; Sa Révérence m'a exhorté pendant une heure à n'avoir en Yue que votre bien; mais je puis vous assurer que je n'avais pas besoin pour cela de son exhortation, Je me sens disposé à vous servir fidèlement, et je vous promets enfin un zèle à toute éprouve.
Qui n'entend qu'une partie n'entend rien. Le jeune Velasquez, pelit-maitne en diable, jugeant à ma physionomie que je ne serais pas plus difficile à séduire que mon prédécesseur, mfaitira dans un endroit écarté, et me parla dans ces iérmes*
Lavine X3 GHAR, IL OH
Son trésorier! m'écriai-je en interrompant Scipion en cet cudroit, et en faisant un éclat de rire. Oui, monsieur, répliqua-til d'un air froid ct sérieux; oui, son trésorier; j'ose. mime dire que je me suis acquitté de cet emploi avec honneur. I est vrai que je suis peut-être redevable de quelque chose à la caisse; car comme je prenais dedans mes gages d'avance, et que j'ai quitté brusquement le service du chevalier, il n’est pas impossible que le comptable soit en reste. En tout cas, c’est le dernier reproche qu'on ait à me faire, rs J'ai toujours été depuis ce temps-l plein de droiture
de probité.
ra done, poursuivit le fils de Ja Coscolina, sécrétaire et trésorier de don Manrique, qui paraissait aussi content de moi que j'étais satisfait de lui, lorsqu'il reçut de Tolède une lettre par laquelle on tui mandait que dona Theodora Mus coso, st tante, était it l'extrémité. Il fut si sensible à cette nouvelle, qu'il partit sur-le-champ pour se rendre auprès de cette dame, qui lui servait de mère depuis plusieurs années. Je l'accompagnai dans ce voyage, avec un valet de chambre ct un laquais seulement ; et tous quatre, montés sur les meilleurs chevaux de nos écuries, nous gugnimes en diligenes Tolède, où nous trouvimes dona Theodora dans un état à nous faire espérer qu'elle ne mourrait point de sa maladie; et vérilablement nos pronostics, quoique contraires à celui d'un vieux médecin qui la gouvernait, ne furent pas démentis par l'événement.
Pendant que la santé de notre bonne tante se rétablissait à vue d'œil, moins peut-être par les remèdes qu'on Jui faisait prendre que par la présence de son cher neveu, monsieur le trésorier passait son temps le plus agréablement qu'il lui était possible, avec des jeunes gens dont Ja connaissance était fort propre à lui procurer des occasions de dépenser son argent. Outre les fêtes galantes qu'ils m'obligeaient A donner aux dames dont ils me procuraient la connaissance, ils m'entraie naient quelquefois dans des iripots, où ils m’engageaient à jouer avec eux; et, n'étant pas aussi habile joneur que mon maitre don Abel, je perdais beaucoup plus souvent que je ne FE Je prenais goût insensiblement au jeu, et si je me fusse entièrement livré à cette passion, elle m'aurait réduit