‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 2)Chapitre 98 sur 103 · LIVRE XI, CHAP. XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI, CHAP. XI

résolus, je me mis gaicment en chemin, sans appréhender pour mon legs, Dans les villages par où nous passlons, nes mulets faisaient oreucillensement entendre leurs «'nnette Jes paysans accouraient à leurs portes pour voir défiler notre équipage, qui leur paraissait au moins celui d'un grand qui allait prendre possession d’une vice-royauté.

CHAP. XUIL. — Du retour de Gil Blas dans son châtran. De la jole qu'il ent de trouver Séraphine, sa filleute, oublie; el de quelle dame il deviut snouresz.

Yemploval quinze jours à me rendre à Lirias, rien ne m’obligeant d'y aller à grandes journées; tout ce que je souhaitais, c'était d’y arriver heurens-ment, et mon souhait fut exaucé. La vue de mon châtean m'inspira d'abord quelques pensées tristes, en me rappelant le souvenir d’Antonia : mais Je sus bientôt m'en distr: ne voulant m'occuper que de ce qui pouvait me faire plaisir, outre que vingt-deux ans, qui s'étaient écoulés depuis sa mort, en avaient fort aflaibli le sentiment.

Sitât que je fus entré dans le châtean, Béatrix et sa fille vinrent me saluer d'un air empressé; ensnite le père, la mère et la fille s'accablèrent d'aceatades avec des transports de juie qui me charmèrent. Après tant d'embrassements, je dis, en regardant avec attention ma filleule, que je trouvai fort a mable : Est-il possible que ee soit 1A cette Séraphine que je Jaissai au berceau qu 2 je suis ravi de la re Vétablir. Comment ae mon cher parrain, s‘écria ma { leule en rougissant un peu de mes dernières paroles, il n'y a qu'un instant que vous me voyez, et vous songez déjà à vous défaire de moi! Non, ma fille, lui répliquai-je, nous ne tendons point vous perdre is mariant; nous voulons un mari qui Vous pos: il vous enlève à vos parents, et qui vive, po Ave nous.

I s'en présente un de cette espèce, dit alors Béatrix. Un gentilhomme de ce pays-ci a vu Séraphine un jour à dans la chapelle de ce hameau, et en est devenu amoureux, m'est venu voir, m'a déclaré sa passion et demandé mon aven; vous jugez bien quelle réponse je lui ai faite. Quand vous auricz mon agrément, lui ai-je dit, vous n’en seriez pas

plus avancé ; Séraphine dépend de son père et de son parraia, qui seuls peuvent disposer d’elle: tout ce que je puis por vous, c’est de leur écrire pour les informer de votre recher che, qui fait honneur à ma fille. Effectivement, messieun, poursuivit-elle, c’est ce que j'allais incessamment vous mander ; mais vous voilà revenus, vous ferez ce que vous jugeres à propos.

Au reste, dit Scipion, de quel caractère est cet hidalgo'? Ke ressemble-t-il pas à la plupart de ses pareils? n'est-il pas fier de sa noblesse, et insolent avec les roturiers? Oh! pour cela non, répondit Béatrix; c’est un garçon d’une douceur et d’une politesse achevées, de bonne mine d’ailleurs, et qui n'a pas encore trente ans accomplis. Vous nous faites, dis-je à Béatrix, un assez beau portrait de ce cavalier ; comment s'appelle-t-il? Don Juan de Jutella, repartit la femme de Scipion : il n’y a pas longtemps qu'il a recueilli la succession de son père, et il vit dans son château, éloigné d'ici d’une lieve, avec une sœur cadette qu’il a sous sa conduite. J'ai autrefais, repris-je, entendu parler de la famille de ce gentilhomme; c'est une des plus nobles du royaume de Valence. J'estime moins la noblesse, s'écria Scipion, que les qualités du cœur et de l'esprit ; et ce don Juan nous conviendra si c'est un honnète homme. Il en a la réputation. dit Séraphine en s mêlant à l'entretien ; les habitants de Lirias qui le connaissent en disent tous les biens du monde. A ces paroles de ma filleule, je regardai avec un souris son père, qui, les ayant saisies aussi bien que moi, jugea que le galant ne déplaisait point à sa fille.

Ce cavalier apprit bientôt notre arrivée à Lirias, puisque deux jours après nous le vimes paraître au château ; il nous aborda de bonne grâce ; et, bien loin de démentir par sa présence ce que Béatrix nous avait dit de lui, il nous fit concevoir une haute opinion de son mérite. Il nous dit qu'en qualité de voisin, il venait nous féliciter sur notre heureux retour. Nous le reçûmes le plus gracieusement qu’il nous fut possible : mais cette visite ne fut que de pure vivilité; elle se passa toute en compliments de part et d'autre : ct don Juan, sans nous dire un mot de son amour pour Séraphine, se retira en

* Noes avons dit que Aidalzo veut dire fils de quelque choss.

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