LIVRE IV, CHAPITRE X
j'attribuai à la négligence des domestiques. Je mis pied à terre ; et moins par curiosité que pour être mieux à couvert de la pluie qui ne laissoit pas de m'incommoder sous le balcon, j'entrai dans le bas du cabinet avec mon cheval que je tirois par la bride.
Je m'attachai, pendant l'orage, à observer les lieux où j'étois ; et, quoique je n'en pusse guère juger qu'à la faveur des éclairs, je connus bien que c'étoit une maison qui ne devoit point appartenir à des personnes du commun. J'attendois toujours que la pluie cessât, pour me remettre en chemin ; mais une grande lumière que j'aperçus de loin me fit prendre une autre résolution. Je laissai mon cheval dans le cabinet, dont j'eus soin de fermer la porte ; je m'avançai vers cette lumière, persuadé que l'on étoit encore sur pied dans cette maison, et résolu d'y demander un logement pour cette nuit. Après avoir traversé quelques allées, j'arrivai qrèsd'un salon dont je trouvai aussi la porte ouverte. J'y entrai; ëlj quand j'en eus vu toute la magnificence à la faveur d'un beau lustre de cristal où il y avoit quelques bougies, je ne doutai point que je fusse chez un grand seigneur. Le pavé en étoit de mari)re, le lambris fort propre et artistement doré, la corniche admirablement bien travaillée, et le plafond me parut l'ouvrage des plus habiles peintres. Mais ce que je regardai particulièrement, ce fut une infinité de bustes de héros espagnols, que soutenoient des escabellons de marbre jaspé qui régnoient autour du salon. J'eus le loisir de considérer toutes ces choses; car j'avois beau de temps en temps prêter une oreille attentive, je n'entendois aucun bruit, ni ne voyois paroitre personne.
Il y avoit à l'un des côtés du salon une porte qui n'éloit que poussée; je l'entr'ouvris , et j'aperçus une enfilade de chambres dont la dernière seulement étoit éclairée. Que dois-je faire ? dis-je alors en moi-même. M'en retournerai-je, ou serai-je assez hardi pour pénétrer jusqu'à cette chambre? Je pensois bien que le parti le plus judicieux, c'étoit de retourner sur mes pas ; mais je ne pus résister à ma curiosité, ou, pour mieux dire, à la force de mon étoile qui m'entrainoit. Je m'avance, je traverse les chambres, et j'arrive à celle où il y avoit de la lumière, c'est-àdire une bougie qui brûloit sur une table de marbre dans un flambeau de vermeil. Je remarquai d'abord un ameublement d'été très-propre et très-galant ; mais bientôt, jetant les yeux sur un lit dont les rideaux étoient à demi ouverts à cause de la chaleur, je vis un objet qui attira mon attention tout eutvèt^»
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<?ëtoH une jecme dame qui, malgré le brait du tosnerr» q^ ve^ noit de se faire entendre, dormoit. d'an profond sommai, lé m'approchai d'elle tout doucement ; et, à la clarté que ht hmÈpê me prètoit, je dëmôlai un teint et des traits qui i»'éblouiffeafc Mes esprits tout à coup se troublèrent à sa vue. Je nte sentis saisir, transporter; mais, quelques mouvements qui* «^agitai i sent, l'opinion que j'avois de la noblesse de Bon sang m'eféaia de former une pensée téméraire, et le respect l'emporta avli sentiment. Pendant que je m'enivrois du plaisir de laFeoolBnpItri elle se réveilla.
ImagineE-vous quelle fut sa surprise de^ voir dans sa chanÉn et au milieu de la nuit un homme qu'elle ne connoise^ peint Elle frémit en m'apercevant, et fit un grand cri. Je m'efibnçaiéB la rassurer ; et mettant un genou à terre : Madame, lui di»je^s craignez rien ; je ne viens point ici pour vous nuire. J'alloisi tinuer; mais elle étoit si effrayée, qu'elle ne m'écouta point. appelle ses femmes à plusieurs reprises; et, comme personne fli lui répondoit, elle prend une robe de chambre légère qui éUNlin pied de son lit, se lève brusquement, et passe dans les chandM que j'avois traversées, en appelant encore les filles qui la-i voient, aussi bien qu'une sœur cadette qu'elle avoit sous sa duite. Je m'attendois à voir arriver tous les valets, et j'avois Kfli d'appréhender que, sans vouloir m'entendre, ils ne me fissent an mauvais traitement ; mais, par bonheur pour moi, elle eut bean crier, il ne vint à ses cris qu'un vieux domestique qui ne kii aa<roit pas été d'un grand secours, si elle eût eu quelque chose à craindre. Néanmoins, devenue un peu plus hardie par sa pfé* sence, elle me demanda fièrement qui j'étois, par où et peurqwi j'avois eu l'audace d'entrer dans sa maison. Je commençai atoft h me justifier ; et je ne lui eus pas sitôt dit que j'avois trouvéla porte du cabinet du jardin ouverte, qu'elle s'écria dans le wa» ment : Juste ciel ! quel soupçon me vient dans l'esprit I
En disant ces paroles, elle' alla prendre la bougie sur la tablet elle parcourut toutes les chambres l'une après l'autre, et elle ii^ vit ni ses femmes ni sa sœur; elle remarqua même qu'ellai avoient emporté toutes leurs bardes. Ses soupçons ne loi pararent alors que trop bien éclaircis, elle vint à moi avec beaucoi^ d'émotion, et me dit : Perfide, n'ajoute pas la feinte à la trahison. Ce n'est point le hasard qui t*a fait entrer ici : tu es de la suits de don Femand de Ley va, et tu as part à son crime. Mais n'es-