‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 3)Chapitre 186 sur 429 · MVDE VII, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

MVDE VII, CHAPITRE II

dans sa maison. Mais j'envisageois ce seigneur cx)mme mon pis aller; et je résolus, avant que d'avoir recours à lui, de dépenser une partie de mon argent à voyager dans les royaumes de Murde et de Grenade, que j'avois particulièrement envie de voir. Dans ce dessein, je pris le chemin d'Âlmansa, d'où, poursuivant ma route, j'allai de ville en ville jusqu'à celle de Grenade, sans ({■'il m'arrivât aucune mauvaise aventure. Il sembloit que la for» tnne, satisfaite de tant de tours qu'elle m'avoit joués, voulût en* fin me laisser en repos. Mais la traîtresse m'en préparoit bien d'autres, comme on le verra dans la suite.

Une des premières personnes que je rencontrai dans les rues de Grenade fut le seigneur don Fernand de Leyva, gendre, ainsi qoe doQ Alphonse, du comte de Polan. Nous fûmes également surpris l'un et l'autre de nous trouver là. Comment donc, Gil Bias, s'écria-t-il, vous dans cette ville ! qui vous amène ici ? Seigneur, lui dis-je, si vous êtes étonné de me voir en ce pays-ci, fOQS le serez bien davantage quand vous saurez pourquoi j'ai quitté le service du seigneur don César et de son fils. Alors je Im contai tout ce qui s'étoit passé entre Séphora et moi, sans loi rien déguiser. Il en rit de bon cœur; puis, reprenant son sérieux : Mon ami, me dit-il, je vous offre ma médiation dans cette affiadre. Je vais écrire à ma belle-sœur... Non, non, seigneur, interrompis-je, ne lui écrivez point, je vous prie. Je ne suis pas sorti du château de Leyva pour y retourner. Faites, s'il vous plaît, on autre usage de la bonté que vous avez pour moi. Si quelqu'un de vos amis a besoin d'un secrétaire ou d'un intendant, je vous conjure de lui parler en ma faveur. J'ose vous assurer qu'il ne TOUS reprochera pas de lui avoir donné un mauvais sujet. Très» T^dontiers, répondit-il ; je ferai ce que vous souhaitez. Je suis vwu à Grenade pour voir une vieille tante malade : j'y serai enoore trois semaines, après quoi je partirai pour me rendre à mon château de Lorqui, où j'ai laissé Julie. Je demeure dans cette iBaison, poursuivit-il, en me montrant un hôtel qui étoit à cent pas de nous. Venez me trouver dans quelques jours ; je vous auti peut-ôtre déjà déterré un poste convenable. £firectivement, dès la première fois que nous nous revîmes, il le dit : Monsieur l'archevêque de Grenade, mon parent et mon cni, Youdroit avoir près de lui un homme qui eût de la littéraire et une bonne main pour mettre au net ses écrits; car c'est 1 grand auteur. Il a composé je ne sais combien d'homélies^ et

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il en fait encore tons les jours qu'il inrononoe rrec •pplaudksB-

ment. Gomme je vous crois son fait, je vous ai proposé, et il m*! promis de vous prendre. Allez vous présenter à lui de ma part; vous jugerez, par la réception qu'il vous fera, si je lui ai putt de vous avantageusement.

La condition me parut telle que je la pouvois d^ror. iîiiB, m'étant préparé de mon mieux à paroitre devant le prélat, je m rendis un matin à Farchevéché. Si j'imitois les faiseurs de romans, je ferois une pompeuse description du palais épi8C(^ (b Grenade ; je m*étendrois sur la structure du bâtiment ; je vaste- j rois la richesse des meubles ; je parlerois des statues et dÎBB H- ' bleaux qui y étoient; je ne ferois pas grâce au lecteur de II moindre des histoires qu'ils représentoient : mais je me conteBterai de dire qu'il égaloit en magnificence le palais de nos roîii

Je trouvai dans les appartements un peuple d'ecdésiastkpM et de gens d'épée, dont la plupart étoient des officiers de moBseigneur, ses aumôniers, ses gentilshommes, ses écuyers oa M valets de chambre. Les laïques avoient tous des habits sapeilw; on les auroit plutôt pris pour des seigneurs que pour des dooMtiques. Ils étoient fiers et faisoient les hommes de conaéqueBOBi Je ne pus m'empècher de rire en les considérant, et de m'en noquer en moi-même. Parbleu, disois-je, ces gens-ci sont bien heureux de porter le joug de la servitude sans le sentir; car enfiot s'ils le sentoient , il me semble qu'ils auroient des manières moins orgueilleuses. Je m'adressai à un grave et gros persoonage qui se tenoit à la porte du cabinet de i'archevôque, pour rouvrir et la fermer quand il le falloit. Je lui demandai civile* ment s'il n'y avoit pas moyen de parler à monseigneur. Attendez, me dit-il d'un air sec ; Sa Grandeur va sortir pour aller eetendre la messe; elle vous donnera en passant un moment d^ dience. Je ne répondis pas un mot. Je m'armai de patience, et je m'ayisai de vouloir lier conversation avec quelques-uns des officiers ; mais ils commencèrent à m'examiner depuis les piedi jusqu'à la léte, sans daigner me répondre une syllabe; apr^ quoi ils se regardèrent les uns les autres en souriant avec orgw de la liberté que j'avois prise de me mêler à leur entretien.

Je demeurai, je l'avoue, tout déconcerté de me voir traiter ainsi par des valets. Je n'étois pas encore bien remis demacoelusion, quand la porte du salon s'ouvrit. L'archevêque parut. Il £0 fit aussitôt un profond silence parmi ses officiers, qui qui**

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