LIVRE VIII, CHAPITRE I
rendre à ses désirs, ne savoit que faire pour les modérer. Elle !nit pourtant un jour en avoir trouvé le moyen : elle fit passer e jeune homme dans son cabinet, et là, lui montrant une penlale qui étoit sur une table : Voyez, lui dit-elle, l'heure qu'il sti n y a aujourd'hui soixante-quinze ans que je vins au mondo i pareille heure. En bonne foi, me siéroit-il d'avoir des galaneries à mon âge? Rentrez en vous-même, mon enfant; étouffez les sentiments qui ne conviennent ni à vous ni à moi. A ce dis- X)urs sensé, le cavalier, qui ne reconnoissoit plus Tautorité de a raison, répondit à la dame avec toute l'impétuosité d'un tomme possédé des mouvements qui Tagitoient : Cruelle Inésile, )ourquoi avez-vous recours à ces frivoles adresses? Pensez- vous {«'elles puissent vous changer à mes yeux? Ne vous flattez pas l'une si fausse espérance. Que vous soyez telle que je vous rois, ou qu'un charme trompe ma vue, je ne cesserai point de 'ons aimer. Hé bien! reprit-elle, puisque vous êtes assez opidâtre pour persister dans la résolution de me fatiguer de vos oins, ma maison désormais ne sera plus ouverte pour vous. Je OQS l'interdis, et vous défends de paroi tre jamais devant moi. Vous croyez peut-être, après cela, que don Valérie, déconcerté B ce qu'il venoit d'entendre, fit une honnête retraite. Au con- •aire, il n'en devint que plus importun. L'amour fait dans les nants le môme effet que le vin dans les ivrognes. Le cavalier ia, gémit; et, passant tout à coup des prières aux emporteents, il voulut avoir par la force ce qu'il ne pouvoit obtenir itrement. Mais la dame, le repoussant avec courage, lui dit an air irrité : Arrêtez, téméraire ; je vais mettre un frein à »tre folle ardeur. Apprenez que vous êtes mon fils. Don Valérie fut étourdi de ces paroles; il suspendit sa vio- Qoe. Afais, s'imaginant qu'Inésile ne parloit ainsi que pour se ustraire à ses sollicitations, il lui répondit : Vous inventez cette ble pour vous dérober à mes désirs. Non, non, interrompit-elle; vous révèle un mystère que je vous aurois toujours caché, si >us ne m'eussiez pas réduite à la nécessité de vous le découir. Il y a vingt-six ans que j'aimois don Pèdre de Luna, votre tre, qui étoit alors gouverneur de Ségovie; vous devîntes le lit de nos amours : il vous reconnut, vous fit élever avec soin ; , outre qu'il n'avoit point d'autre enfant, vos bonnes qualités déterminèretit à vous laisser du bien. De mon côté, je ne vous pas abandonné; sitôt que je vous ai vu entrer daiv^ \^ tci^^'cA^.^
je vous ai attire diez moi, pour tous inspirer ces manières po* lies qui sont si nécessaires à un galant homme, et que les femmes seules peuvent donner aux jeunes cavaliers. J'ai plusftit: j'ai employé tout mon crédit pour vous mettre chez le premkr ministre. Enfin, je me suis intéressée pour vous comme je :1e devois pour un fils. Après cet aveu, prenez votre parti. Si ytm pouvez épurer vos sentiments, et ne regarder en moi qu'une mère, je ne vous bannis point de ma présence, et j*aurai pov vous toute la tendresse que j'ai eue jusqu'ici. Mais si vous D*étes pas capable de cet effort que la nature et la raison exigent de vous, fuyez dès ce moment, et me délivrez de l'horreur de voob voir.
Inésile parla de cette sorte. Pendant ce temps-là don Ttkrio gardoît un morne silence : on eût dit qu'il rappeloit sa vertu, «t qu'il alloit se vaincre lui-même. Mais c'est à quoi il ne penfloit nullement. Il méditoit un autre dessein, et préparoit à sa mèn un spectacle bien différent. Ne pouvant se consoler de Tobstide qui s'opposoit à son bonheur, il céda lâchement à son désespoir. Il tira son épée et se l'enfonça dans le sein. H se punit conuoe un autre CËdipe, avec cette différence que le Thébain s'avengia de regret d'avoir consommé le crime^ et qu'au contraire le Gis* tillan se perça de douleur de ne pouvoir le conmiettre.
Le malheureux don Yalerio ne mourut pas sur-le-champ da coup qu'il s'étoit porté. Il eut le* temps de se reconnoitre et de demander pardon au ciel de s*étre lui-môme ôté la vie. Gomme il laissa par sa mort un poste de secrétaire vacant chez le dac de Lerme, ce ministre, qui n'avoit pas oublié ma relation d'incendie, non plus que l'éloge qu'on lui avoit fait de moi, m? choisit pour remplacer ce jeune homme.