‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 3)Chapitre 261 sur 429 · LIVRE VIII, CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII, CHAPITRE XIII

lis je m'acquittai si froidement de ce devoir, que je ne s sujet à mon épicier d'admirer la force du sang. Il )ien connoitre. Il parut choqué de rindifférence que ur des personnes qui me dévoient être si chères; et Stoit iin garçon franc et grossier : Je vous croyois, me Qent, plus de tendresse et de sensibilité pour vos proquel air glacé m'interrogez-vous sur leur compte? Il e vous les ayez mis en oubli. Savez-vous quelle est tion? Apprenez que votre père et votre mère sont ians le service, et que le bon chanoine Gil Pérès, accaillesse et d*inGrmités, n'est pas loin de sa fin. Il faut naturel, poursuivit-il, et puisque vous êtes en état de »ien à vos parents, je vous conseille en ami de leur leux cents pistoles tous les ans. Par ce secours, vous urerez une vie douce et heureuse, sans vous incom-

I d'être touché de la peinture qu'il me faisoit de ma B ne sentis que la liberté qu'il prenoit de me conseiller je Ten priasse. Avec plus d'adresse peut-être m'aursuadé; mais il ne fit que me révolter par sa frans'en aperçut l)ien au silence mécontent que je gardai; luant son exhortation avec moins de chanté que de m'impatienta. Oh 1 c'en est trop , répondis-je avec emb« Allez, monsieur de Muscada , ne vous mêlez que de lUS regarde. Allez trouver le correspondant de votre compter avec lui. Il vous convient bien de me dicter >ir! je sais mieux que vous ce que j'ai à faire dans asion. En achevant ces mots , je poussai l'épicier hors ibinet, et le renvoyai à Oviedo vendre du poivre et du

il venoit de me dire ne laissa pas de s'offrir à mon b, me reprochant moi-même que j'étois un fils dénaturé, ndris. Je rappelai les soins qu'on avoit eus de mon t de mon éducation ; je me représentai ce que je devois rents ; et mes réflexions furent accompagnées de quelisports de reconnoissance , qui pourtant n'aboutirent [on ingratitude les étouffa bientôt, et leur fit succérefond oubli. Il y a bien des pères qui ont de pareils

ce et l'ambition qui me possédoient changèrent entière-

ment mon humeur. Je perdis toute ma gaieté; je devins distaâ et rêveur , en un mot, un sot animal. Fabrice me voyant tool occupé du soin de sacrifier à la fortune, et Tort détaché délai, ne venoit plus chez moi que rarement. Il ne put môme s*empôchai de me dire un jour : En vérité, Gil Bias , je ne te reconnois pba Avant que tu fusses à la cour , tu avois toujours Fesprit tm qulHe. À présent je te vois sans cesse agité. Tu formes pr<gi sur projet pour t*enrichir, et plus tu amasses de bien, plusti veux en amasser. Outre cela , te le dirai-je? tu n'as plus avei moi ces épanchements de cœur, ces manières libres qui fbntli charme des liaisons. Tout au contraire , tu t'enveloppes, etBM caches le fond de ton âme. Je remarque môme de la contrahA dans les honnêtetés que tu me fais. Enfin, Gil Bias n'est pluso môme Gil Bias que j'ai connu.

Tu plaisantes sans doute, lui répondis- je d'un air assez Mi Je n'aperçois en moi aucun changement. Ce n'est point à ta yeux, répliqua-t-il, qu'on doit s'en rapporter; ils sont fascioéi. Crois- moi, ta métamorphose n'est que trop véritable. En hoiH foi , mon ami , parle : vivons-^ious ensemble comme antrefoU Quand j'allois le matin frapper à ta porte , tu venois m^ouiff toi-même encore tout endormi le plus souvent , et j'entrois daw ta chambre sans façon. Aujourd'hui, quelle dififérencel Tu as des laquais. On me fait attendre dans ton antichambre , et il foot qu'on m'annonce avant que je puisse te parler. Après cela, comment me reçois-tu? avec une politesse glacée, et en tranchant du seigneur. On diroit que mes visites commencent à te peser. Crois- tu qu'une pareille réception soit agréable à un homme qui t'a vu son camarade ? Non, SanliIIane, non ; elle ne me convient nullement. Adieu , séparons-nous à Pamiable. Défaisons nous tous deux , toi d'un censeur de tes actions , et moi d'ut nouveau riche qui se méconnoit.

Je me sentis plus aigri que touché de ses reproches, cft jelB laissai s'éloigner sans faire le moindre effort pour le retenir. Dans la situation où étoit mon esprit, Tamitié d'un poète ne meparoissoit pas une chose assez précieuse pour devoir m' affliger de si perle. Je trouvois de quoi m^en consoler dans le commerce de quelques petits officiers du roi, auxquels un rapport d'humew me lioit depuis peu étroitement. Ces nouvelles connoissanoes étoient des hommes dont la plupart venoient de je ne sais où, M que leur heureuse étoile avoit fait parvenir à Jeurs jpostes. H^

Page 1