‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 3)Chapitre 283 sur 429 · LIVRE IX, CHAPITRE Y Hi · texte numérisé non relu

LIVRE IX, CHAPITRE Y Hi

•imaginant ne pouvoir mieux faire que d'appeler des médecins k mon secours, m'en amena deux qui avoient tout Pair d*ôtre de grands serviteurs de la déesse Libitine '. Seigneur Gii Bias, ditp-il en me les présentant, voici deux Hippocrates qui viennent ims voir, et qui vous remettront sur pied en peu de temps. f 6lds si prévenu contre tous les docteurs en médecine , cyie f aurais certainement fort mal reçu feeux-là, pour peu que feusse été attaché. à la vie; mais je me sentois alors si las de vivre, que je sus non gré à Tordesillas de me vouloir mettre entre leurs mains.

Seigneur cavalier, me dit un de ces médecins, il faut avant lOQte chose que vous ayez de la confiance en nous. J'en ai une pirfaite, lui répondis-je; avec votre assistance ,- je suis sûr que je serai dans peu de jours guéri de tous mes maux. Oui, Dieu lidant, reprit-il, vous le serez. Nous ferons du moins ce qu'il Indra faire pour cela. Effectivement, ces messieurs s'y prirent à merveille, et me menèrent si bon train, que je m'en allois dans fautre monde à vue d'œil. Déjà don André, désespérant de ma gnérison, avoit fait venir un religieux de Saint-François pour me disposer à bien mourir; déjà ce bon père, après s'être acquitté de cet emploi, s'étoit retiré : et moi-môme, croyant que je touchois à ma dernière heure , je fis signe à Scipion de s'approcher demon lit. Mon cher ami, lui dis-je d'une voix presque éteinte» tant les médecines et les saignées m'avoient affaibli, je te laisse on des sacs qui sont chez Gabrid, et te conjure de porter Fantre dans les Àsturies, à mon père et à ma mère , qui doivent en avoir besoin s'ils sont encore vivants. Mais, hélas ! je crains bien qu'ils n'aient pu tenir contre mon ingratitude. Le rapport que Muscada leur aura fait sans doute de ma dureté leur a peutêtre causé la mort. Si le ciel les a conservés malgré l'indifférence dont j'ai payé leur tendresse, tu leur donneras le sac de doublons, en les priant de me pardonner si je n'en ai pas mieux osé avec eux ; et, s'ils ne respirent plus^ je te charge d'employer cet argent à faire prier le ciel pour le repos de leurs âmes et de la mienne. En disant cela , je lui tendis une main qu'il mouilla de ses larmes, sans pouvoir me répondre un mot, tant le pauvre garçon étoit affligé de ma perte I Ce qui prouve que les pleurs d'un héritier ne sont pas toujours des ris cachés sous un masque.

t. c'était la déesse qui présidait aux funôruiies.

Je m'attendois donc à passer le pas; néanmoins mon attente fat trompée. Mes docteurs m'ayant abandonné, et laissé li champ libre à la nature, me sauvèrent par ce moyen. La fiètn, qui, selon leur pronostic, devoit m*emporter, me quitta oonm pour leur en donner le démenti. Je me rétablis peu à peu, par 11 plas grand bonheur du monde : une parfaite tranquillité d'esprit devint le fruit de ma maladie. Je n'eus point alors besoin d'ètn consolé. Je gardai pour les richesses et pour les honneurs tout le mépris que l'opinion d'une mort prochaine m'en avoit fiut concevoir ; et, rendu à moi-même , je bénis mon malheur. J^ remerciai le ciel comme d'une grâce particulière qu'il m'aroit faite ; et je pris une ferme résolution de ne plus retourner à li cour, quand le duc de Lerme voudroit m'y rappeler. Je me pio* posai plutôt, si jamais je sortois de prison, d'acheter une cbaiH mière et d'y aller vivre en philosophe.

Mon confident applaudit à mon dessein, et me dit que, pov en hâter l'exécution, il prétendoit retourner à Madrid povf solliciter mon élargissement. Il me vient une idée, ajouta-tril. k connois une personne qui pourra vous servir ; c'est la soivaito favorite de la nourrice du prince, une fille d'esprit. Je veux la faire agir auprès de sa maîtresse. Je vais tout tenter pour vovs tirer de cette tour, qui n'est toujours qu'une prison, quelqie bon traitement qu'on vous y fasse. Tu as raison, lui répondi»je. Va, mon ami, sans perdre de temps, commencer cette négOGiih tion. Plût au ciel que nous fussions déjà dans notre retraite I

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