‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 3)Chapitre 302 sur 429 · LIVRE X, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE X, CHAPITRE IV

d^oûteîNon par elle-môme, lui repartis-je; au contraire, j'en suis enchanté : tout ce qui m'en déplaît, c'est d'y voir des cuisimers d'archevêque, avec trois fois plus de domestiques-qu'il ne m'en faut , et qui ne servent là qu'à vous faire faire une dépense aussi considérable qu'inutile.

Si vous eussiez , dit don César, accepté la pension de deux mille ducats que nous vous offrîmes à Madrid, nous nous serions contentés de vous donner le château tel qu'il est; mais vous 8ave%. que vous la refusâtes, et nous avons cru devoir faire en récompense ce que nous avons fait. C'en est trop, lui répondis-je; votre bonté doit s'en tenir au don de cette terre , qui a de quoi combler mes désirs. Vous dirai-je tout ce que j'en pense? indépendamment de ce qu'il vous en coûte pour entretenir tant de monde, je vous proteste que ces gens-là me gênent et m'incom»modent. En un mot , ajoutai-je, messeigneurs, reprenez votre bien, ou daignez m'en laisser jouir à ma volonté. Je prononçai i'un air si vif ces dernières paroles, que le père et le ûls, qui ne prétendoient nullement me contraindre, me permirent enfin d'en oser comme il me plairoit dans mon château.

Je les remercioîs de m'avoir accordé cette liberté, sans laquelle je ne pouvois être heureux, lorsque don Alphonse m'interrompit m me disant : Mon cher Gii Bias, je veux vous présenter, à une lame qui sera bien aise de vous voir. En parlant de cette sorte, il me prit par la main, et me mena dans l'appartement de Seraphine^ qui poussa un cri de joie en m' apercevant. Madame, lui lit le gouverneur, je crois que l'arrivée de notre ami Santillane i Valence ne vous est pas moins agréable qu'à moi. C'est de quoi, :^pondit-elle , il doit être bien persuadé; le temps ne m'a point !ait perdre le souvenir du service qu'il m'a rendu ; et j'ajoute à a reconnoissance que j'en ai celle que je dois à un homme à qui YOUB avez obligation. Je dis à madame la gouvernante que je l'ëtois que trop payé du péril que j'avois partagé avec ses libérateurs en exposant ma vie pour elle ; et, après force compliments le pari et d'autre, don Alphonse m'emmena hors de l'appartenent de Séraphine. Nous rejoignîmes don César, que nous trouirâmes dans une salle avec plusieurs personnes de qualité qui renoient dîner chez lui.

Tous ces messieurs me saluèrent fort poliment : ils me firent fautant plus de civilités, que don César leur dit que j'avois été lin des principaux secrétaires du duc de Lerme. Peut-être même

que la plupart d'entre eux n'ignoroient pas que c'ëtoit par mon crédit que don Alphonse avoit obtenu le gouvernement du royanma de Valence, car tout se sait. Quoi qu'il en soit, quand wm fûmes à table , on ne parla que du nouveau cardinal. Les uns m faisoient ou affectoient d*en faire de grands éloges ; et les antni ne lui donnoientque des louanges ironiques. Je jugeai bien qu'ils vouloient par là m'engager à me répandre sur le compte de Soo Eminence , et à les égayer à ses dépens. Je me Timaginai du moins, et je ne fus pas peu tenté de dire ce que j'en pensois; mais je retins ma langue, et cette petite victoire que je remportai sur moi me fit passer dans l'esprit de la compagnie pour on garçoo fort discret.

Les convives, après le dîner, se retirèrent chez eux pour fàn leur sieste; don César et son fils, pressés de la môme envie, s'enfermèrent dais leurs appartements.

Pour moi, plein d'impatience de voir une ville dont j'avois souvent entendu vanter la beauté, je sortis du palais du gouverneur dans le dessein de me promener dans les rues. Je rencontrai à la porte un homme qui vint , d'un air respectueax, m'aborder, en me disant : Le seigneur de Santillane veut bie& me permettre de le saluer ? Je lui demandai qui il étoit. Je suis, me répondit-il, valet de chambre de don César; j'étois un de ses laquais dans le temps que vous étiez son intendant; je vous faisois régulièrement tous les matins ma cour, et vous aviez bien des bontés pour moi. Je vous informois de ce qui se passoit ai logis. Vous souvient-il , par exemple, qu'un jour je vous appris que le chirurgien du village de Leyva s'introduisoit secrètement dans la chambre de la dame Lorença Sephora ? C'est œ que je n'ai point oublié, lui répliquai-je. Mais à propos de cette duègne, qu*est-elle devenue? Hélas ! repartit-il, la pauvre créa» ture, après votre départ, tomba en langueur, et mourut plus regrettée de Séraphine que de don Alphonse, qui parut peu toocbé de sa mort.

Le valet de chambre de don César m'ayant instruit ainsi de li triste fin de Sephora, me fit des excuses de m'avoir arrêté, et me laissa continuer mon chemin. Je ne pus m'empêcher de soupirer en me rappelant cette duègne infortunée; et, m'attendrissant sur son sort, je m'imputai son malheur, sans songer que c'étoit plulôt à son cancer qu'à mon mérite qu'on devoit l'attribuer.

J'observois avec plaisir tout ce qui me sembloit dign? d'être

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