‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 3)Chapitre 310 sur 429 · LIVRE X, CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE X, CHAPITRE VI

.surprise, seroit-il possible que Raphaël etLamela fussent devenus chartreux ? Oui vraiment, lui répondis-je : il y a déjà quelques années qu'ils ont fait profession. Le premier est procureur de la maison, et le second est portier. L'un est maître de la caisse, et l'autre de la porte.

Le fîls de don César rôva quelques moments, puis branlant la tète: Monsieur le commissaire de l'Inquisition et son greffier, dit-il, m'ont bien la mine de jouer ici une nouvelle comédie. Gela peut être, lui répondis-je ; pour moi, qui les ai entretenus, je imos avouerai que je juge d'eux plus favorablement. Il est vrai qa'on ne voit point le fond des cœurs ; mais, selon toutes les apparences, ce sont deux fripons convertis. Gela se peut, reprit (k>n Alphonse; il y a bien des libertins qui, après avoir scandalisé \» monde par leurs dérèglements, s'enferment dans les cloîtres pour en faire une rigoureuse pénitence : je souhaite que nos doux moines soient de ces libertins-là.

Bh ! pourquoi, lui dis-je, n'en seroîent-ils pas ? Us ont volontairement embrassé Tétat monastique, et il y a déjà longtemps qa'ils vivent en bons religieux. Vous me direz tout ce qu'il vous plaira, me repartit le gouverneur ; je n'aime pas que la caisso dn couvent soit entre les mains de ce père Hilaire , dont je i» puis m'empôcher de me défier. Quand je me souviens de ce beau rédt qu'il nous fit de ses aventures, je tremble pour les chartreux. Je veux croire avec vous qu'il a pris le froc de très-bonne foi ; mais la vue de l'or peut réveiller sa cupidité. Il ne faut pas mettre dans une cave un ivrogne qui a renoncé au vin.

La défiance de don Alphonse fut pleinement justifiée peu de jours après : le père procureur et le frère portier disparurent* avec la caisse. Gette nouvelle, qui se répandit aussitôt dans la ville, ne manqua pas d'égayer les railleurs, qui se réjouissent toujours du mal qui arrive aux moines rentes. Pour le gouverneur et moi, nous plaignîmes les chartreux, sans nous vanter da eoBQottre les deux aposta'<.

filS GIL BLAS.

Page 1