LIVRE I, CHAPITRE XVI
VOUS y paroîssiez sans suite. On juge, là comme ailleurs, sur les apparences, et vous n*y serez considéré qu'à proportion de la figure qu'on vous verra faire. Je veux vous donner un valet, an domestique fidèle, un gargon sage, en un mot, un homme de ma main. Achetez deux mules, Tune pour vous, l'autre pour lui; et partez le plus tôt qu'il vous sera possible. •
Ce conseil étoit trop de mon goût pour ne pas le suivre. Dès le lendemain j'achetai deux belles mules , et j'arrêtai le valet dont on m'avoit parlé. G'étoit un garçon de trente ans, qui avoit l'air simple et dévot. Il me dit qu'il étoit du royaume de Galice, et qu'il se nommoit Ambroise de Lamela. Ce qui me parut singulier, c'est qu'au lieu de ressembler aux autres domestiques, qui sont ordinairement fort intéressés, celui-ci ne se soucioit point de gagner de bons gages; il me témoigna môme qu'il étoit homme à se contenter de ce que je voudrois bien avoir la bonté de lui donner. J'achetai aussi des bottines, avec one valise pour serrer mon linge et mes ducats. Ensuite je satisfis mon hôte : et, le jour suivant, je partis de Burgos avant raurore pour aller à Madrid.