‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 3)Chapitre 40 sur 429 · LI VUE I, CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

LI VUE I, CHAPITRE XVI

aux ties Philippines, m'a donne ce rubis. Les joailliers de Yalladolid Testiment trois cents pistoles. Je le croirois bien, lui dis-je; je le trouve parfaitement beau. Puisqu'il vous plaît, répliqua- Uelle, je veux faire un troc avec vous. Aussitôt elle prit ma bague, et me mit la sienne au petit doigt. Après ce troc, qui me parut une manière galante de faire un présent, Camille me serra la main et me regarda d'un air tendre ; puis tout à coup, rompant l'entretien, elle me donna le bonsoir, et se retira toute confuse, comme si elle eût eu honte de me faire trop connoitre ses sentiments.

Quoique galant des plus novices, je sentis tout ce que cette retraite précipitée avoit d'obligeant pour moi ; et je jugeai que je ne passerois point mal le temps à la campagne. Plein de cette idée flatteuse et de l'état brillant de mes affaires, je m'enfermai dans la chambre où je devois coucher, après avoir dit à mon valet de venir me réveiller de bonne heure le lendemain. Au lieu de songer à me reposer, je m'abandonnai aux réflexions agréables que ma valise, qui étoit sur une table, et mon rubis m'inspirèrent. Grâce au ciel, disois-je, si j'ai été malheureux, je ne le suis plus. Mille ducats d'un côté, une bague de trois cents pistoles de l'autre : me voilà pour longtemps en fonds. Majuelo ne m'a point flatté, je le vois bien : j'enflammerai mille femmes à Madrid, puisque j'ai plu si facilement à Camille. Les bontés de cette généreuse dame se présentoient à mon esprit avec tous leurs charmes, et je goûtois aussi par avance les divertissements que don Raphaël me préparoit dans son château. Cependant, parmi tant d'images de plaisir, le sommeil ne laissa pas de venir répandre sur moi ses pavots. Dès que je me sentis assoupi, je me déshabillai et me couchai.

Le lendemain matin, lorsque je me réveillai, je m'aperçus qu'il étoit déjà tard. Je fus assez surpris de ne pas voir paroître mon valet, après l'ordre qu'il avoit reçu de moi. Ambroise, dis-je en moi-même, mon fidèle Ambroise est à l'église, ou bien il est aujourd'hui fort paresseux. Mais je perdis bientôt cette opinion de lui pour en prendre une plus mauvaise ; car m'étant levé, et ne voyant plus ma valise, je le soupçonnai de l'avoir volée pendant la nuit Pour éclaircir mes soupçons, j'ouvris la porte de ma chambre, et j'appelai l'hypocrite à plusieurs reprises. 11 vint à ma voix un vieillard qui me dit : Que souhaitez-vous, seigneur? tous vos gens sont sortis de ma maison avant le jour. Comment.^

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de votre maison? m'ëcriai-je : 66f>-ceqae je ne suie pas id ebei don Raphaël? Je ne sais ce que c'est qua ce cavator, oie vef^mdit-il, vous êtes dans un hôtel gaj*ni, «et j'en euis l'hôte. iHi^r au soir, une heure avant votre arrivée, la dame qui a fioupé avec vous vint id, arrêta cet appartement pour job grand BÙgneur, disoit-eUe^ qui voyage incognito. £ile m'a môme payé d'avance.

Je fus alors au fait. Je sus ce que je devois penser de CamtUe -et de -don Raphaël ; et je comfdris que mon valet, ayant «ne «eatière connoissance de mes affaires, m'avoit vendu à cesioucboi. Au lieu de n'imputer qu'à moi ce tfiste incident, et de eongw qu'il ne me seroit point arrivé si je n'eusse pas eu rindiscvéUan de m'ouvrir à. Majuelo sans nécessité, je m'en pris à la lortmie innocentei, et maudis cent fois soon étoile. Le maître de i'iidte garni, à qui je contai l'aventure, qu'il sa voit peut-être aussi jbîen que moi, se montra sensible à ma douleur. Il me p^Laignàt, et lise témoigna qu'il étoit Irès-iuortiûé que cette scène se fût passée chez lui : mais je crois, malgré ses démonstrations, qu'il n'avïoit pas moins de part à cette fourberie que mon hôte dâ Jur^o^i .à qui j'ai toujours attribué l'iKmneur de l'inveniio^

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