LIVRE y, CHAP. I
fait^ quoique petite et sa figure ^fin me revenait. Q irouya moyen de me parler en particulier; et^ je vous )*ayouerai franchement, j'en devins folle dès le premier entrdien que j'eus avec lui. De son côté, le petit fripon se montra fort épris de mes charmes. Je crois. Dieu me pardonne^ que nous nous serions mariés sur-le-champ, si la mort du procuieur« encore toute récente, m'eût permis de contracter sit^t un douyel engagement. Mais^ depuis que je m'étais mise dans le goût def hyménées, je gardais des mesures avec le monde.
Nous consumes donc de différer notre mariage de quelous temps par bienséance. Cependant Coiifichini me rendait des JBoins; et son amour, loin de se ralentir, semhkût devenir plus vif de jour en jojpr. Le pauvre garçon n'était pas trop bie^ en argent comptant. Je m'en aperçus, et il ne manqua plus d'espèces. Outre que j'avais presque deux fois son âge, je me souvenais d'avoir fait contribuer l^s homâies dans ma jeunesse; et je regardais ce que je donnais comme une façon de restitution qui acquittait ma consdenoe. Horn attendîmes la plus patiemment qu'il nous fut possible îe temps que la respect humain [M^escrit aux veuves pour se remari^. Lorsqu'il tut arrivé, nous allâmes à l'autel, où nous nous liâmes l'un à l'autre par des nœuds étemels. Nous nous retirâmes ensuite dans mon château, et je puis dire que nous y vécûmes pendant deux années, moins en époux qu'en tendres amants» Mais, hélas! nous n'étions pas unis tous deux pour être longtemps si heureux : une pleurésie emporta mon cher Ck)lifichini.
Jlnterrompis en cet endroit ma mère. Éh quoi ! madame, lui dis-je, votre troisième époux mourut encore ? U faut que TOUS soyez une place bien meurtrière. Que voulez-'Vous, mon fils? me répondit-elle; puis-je prolonger des jours que le del a comptés? Si j'ai perdu trois maris, je n'y saurais que faire. Ten ai fort regretté deux. Gdui que j'ai le moins plcÂu^ c'est le procureur. Ck)mme je ne l'avais épousé que par intérêt, je me consolai facilement de sa perte. Mais, oontinua-t-elle, pour revenir a Coliiichini, je vous dirai que, quelques mois après sa mort, je voulus aller voir par moi-même, auprès de Palerme, une maison de campagne <|u'tl m'avait assignée pour douaire dans netre centrât de iiMxia:ge.lem^Qal)arqQai avec
ma fille pour passer en Sicile; mais nous avons été prises sur la route par les vaisseaux du bâcha d'Alger. On nous a conduites dans cette ville. Heureusement pour ûous^ vous vous êtes trouvé dans la place où. Ton voulait nous vendre. Sans cela^ nous serions tombées entre les mains de quelque patron Wbare qui nous aurait maltraitées, et chez qui peut-être nous aurions été toute notre vie en esclavage^ sans que vous eussiez entendu parler de nous.
Tel fut le récit que fît ma mère; après quoi, messieurs, je lui donnai le plus bel appartement de ma maison, avec la liberté de vivre comme il lui plairait ; ce qui se trouva fort de son goût. Elle avait une habitude d'aimer formée par tant d'actes réitérés, qu'il lui fallait absolument un amant ou un mari. Elle jeta d'abord les yeux sur quelques-uns de mes esclaves; mais Hally Pégelin *, renégat grec, qui venait quelquefois au logis, attira bientôt toute son attention. Elle conçut pour lui plus d'amom* qu'elle n'en avait jamais eu pour Colifichini, et elle était si stylée à plaire aux hommes, qu'elle trouva le secret de chariûer encore celui-là. Je ne fis pas sem* blant de m'apercevoir de leur intelligence ; je ne songeais alors qu'à m'en retourner en Espagne. Le hacha m'avait déjà permis d'armer un vaisseau pour aller en course et faire le pirate. Cet armement m'occupait; et, huit jours devant qu'il fût achevé, je dis à Lucinde ; Madame, nous partirons d'Alger incessamment; nous allons perdre de vue ce séjour que vous détestez.
Ma mère pâlit à ces paroles, et garda un silence glacé. J'en fus étrangement surpris. Que vois-je? lui dîs-je; d'où vient que vous m'offrez un visage épouvanté? 11 semble que je vous afflige, au lieu de vous causer de la joie. Je croyais vous annoncer une nouvelle agréable, en vous apprenant que j'ai tout disposé pour notre départ. Est-ce que vous ne souhaiteriez pas de repasser en Espagne? Non, mon fils, je ne le souhaite plus, répondit ma mère. J'y ai eu tant de chagrin, que j'y renonce pour jamais. Qu'entends-je? m'éciiai-je avec douleur; ah! dites plutôt que c'est l'amour qui vous en détache.
' Le mot Pigelin est absolument étranger à la langue arabe, à la turque, à la persane, et à la grecque moderne. Le Sage a pu le dériv^rde l'espagnol p^gar^ verbe qui signilie eoi{tor,prfn(ffe footne.