‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 4)Chapitre 128 sur 296 · LIVRE Vî, CttAP · texte numérisé non relu

LIVRE Vî, CttAP

Jog«r; je suttf sAr que je vais vous ravir en vous rapprenant. âooutez-moi.

Après avoir fait ma provision de pain^ poursuivit-il^ le suis tBtrë du» uR PÔtisseqf ^ où i'ai ordonné ^*on mit à la broche m peffdrii^ autant de poulets et de lapereaux. Tandis (Jue ces viandes euisent^ il arrive un homme ed eolèire, et <iui^ se plaignant hautement des manières d'un marchand de la ville k um ég»é, dit au rétisaew { Par saint lacques'! éamuel Si0»aa.mA le ifiarchand de Kelvâ le plus ri^cûle; il vient de mm faire m aÂx>nl en pleine 6o«Ai()ue. Le ladre n'a pas votdu «19 iairf erédit de six aunes de drap; eependsmt 11' sait bien ipie je B||if un aMisan 6olvd)lc^ et qu'il n'y ^, rien à perdre «fse mjoi. ff admifes-vous pas cet animai ! fi vend volontiers à eiidtt aux h^ciUseë de qualité^ fl aime mieux hasarder avec eux que d'ohliger un honnête bourgeois sans rien risquer; Qiieile AMniei le maudit juin puisse-t-il y être attrapé f Mae souhaits seront accomplis quelque jour; il y a bien des màr- Êkfkuéff qfii m'en répondraient.

En entendant parler dnsi cet artisan^ qui a dit beaucoup d^Autves choses enjeore> il me prit fantaisie de le venger et & jouer UB tojur à Samuel Simon. Mon ami, dis-jé à l'homoïe ^ui se fiaignait de ce marchand, de quel caractère est ce |ier!sonYUige dont vous parlez? D^im très-mauvais caractère, rii^[K)pidii'ii brusquaient. Je vous le dcnane pour un usurier tout d^s plus vils, quoiqu'il «Jfeote le maintieù d'un homme d^koopeur. Ge^i un juif qui s'est fait catholique; mais, dans lu iaid de fÂase, U est encoiie juif conuâe Pâate, car on dit a iait abjuration par intër^.

y^ pt&ié une ordiié attentive à tous les discours de l^arti- ^, et je ne manquai pas, m sorthr de diez le rôtisseur, de nalnfonner de la demeure de Samuel Simon. Une personne BM l'enseigne, on me la ^lonltre. le parcours des yeux sa hoiMiquje, j'examine tout; et mon imagination, prompte à sa'obâr, enfante une ^rberie que je digère, et qui me pa* ritt di^ 4tt vai^t du sâgneur <6il Bias, le vais à la fripelie, m j'achète jces habks fue j'apporte : Fun, pour jouer le lofite id'ifiquisiieur ; l'autre, pour représenter un greffier^ et le

> Saint Jac^s Mi un sç^pj rëvër^^ en .%ia9)ç, 0^ r^ tl^ 9b4p» M<4',^ M^jf

troisième enfin^ pour faire le personnage d'un alguazil. Voilà ce que j'ai fait, messieurs, ajouta-t-il, et ce qui a un peu retardé mon arrivée.

Ah! mon cher Amhroise, interrompit en cet endroit don Raphaël tout transporté de joie, la merveilleuse idée! le beau plan ! Je suis jaloux de l'invention. Je donnerais volontiers les plus grands traits de ma vie pour un effort d'esprit si heureux. Oui, Lamela, poursuivit-il, je vois, mon ami, toute la richesse de ton dessein, et l'exécution ne doit pas t'inquiéter. Tu as besoin de deux bons acteurs qui te secondent : ils sont tout trouvés. Tu as un air de béat, tu feras fort bien, l'inquisiteur; moi, je représenterai le greffier; et le seigneur Gil Bias, s'il lui plaît, jouera le rôle de l'alguazil. Voilà ^ continua-t-il, les personnages distribués; demain nous jouerons la pièce, et je réponds du succès, à moins qu'il n'arrive quelqu'un de ces contre-temps qui confondent les desseins les mieux concertés.

Je ne concevais encore que très-confusément le projet que don Raphaël trouvait si beau; mais on me mit au fait en soupant, et le tour me parut ingénieux. Après avoir expédié une partie du gibier et fait à notre outre de copieuses saignées, nous nous étendîmes sur l'herbe, et nous fûmes bientôt endormis. Mais notre sommeil ne fut pas de longue dur rée, et l'impitoyable Ambroise l'interrompit une heure après. Debout! debout! s'écria-t-il avant le jour; des gens qui ont une grande entreprise à exécuter ne doivent pas être pare»* seux. Malepeste , monsieur l'inquisiteur, lui dit don Raphaël en se réveillant en sursaut, que vous êtes alerte 1 Cela ne vaut pas le diable pour M. Samuel Simon. J'en demeure d'accord^ reprit Lamela. Je vous dirai de plus, ajouta-t-il en riant, que j'ai rêvé cette nuit que je lui arrachais les poils de la barbe* N'est-ce pas là un vilain songe pour lui , monsieur le greffier? Ces plaisanteries furent suivies de mille autres, qui nous mirent tous de belle humeur. Nous déjeunâmes gaiement, et nous nous disposâmes ensuite à faire nos personnages. Ambroise se revêtit de la longue robe et du manteau, en sorte qu'il avait tout l'air d'un commissaire du saint-office. Nous nous habillâmes aussi, don Raphaël et moi, de façon que nous ne ressemblions point mal aux grefQers et aux algua-

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2ils. Nous employâmes bioti du lemps à nous déguiser; et H était plus de deux heures après midi lorsque nous sortîmes du bois pour nous rendre à Xelva. Il est wai que rien ne nous pressait, et que nous ne devions commencer la comëdie qu'à rentrée de la nuit. Aussi nous n'allâmes qu'au petit pas, et nous nous arrêtâmes même aux portes de la ville pour y attendre la fin du jour.

I>ès qu'elle lut arrivée , nous laissâmes nos chevaux dans cet endroit sous la garde de don Alphonse , qui se sut bon gné de n'avoir point d'autre rôle à faire. Don Raphaël , Ambroise et moi, nous allâmes d'abord, non chez Samuel Simon, mais chez un cabaretier qui demeurait à deux pas de sa maison. Monsieur rinquisiteur maiHïhait le premier. Il entre, et dit gravement à l'hôte : Maître, je voudrais vous parler en parti- •culier; j'ai à vous communiquer une affaire qui regardé le servic^i de l'inquisition, et qui pai* conséquent est ti*ès-importante. L'hôte nous mena dans une salle où Lamela, le voyant seul avec nous, lui dit : Je suis commissaire du saint office. A c^s paroles le cabaretier pâlit, et répondit d'une voix trem*blante qu'il ne croyait pas avoir donné sujet à la sainte inquisition de se plaindre de lui. Aussi, reprit Ambroise d'un air doux , ne songe-t-elle point à vous faire de la peine. A Dieu ne plaise que, trop prompte à punir, elle confonde le crime avec l'innocence! Elle est sévère, mais toujours juste; en un mot, pour éprouver ses châtiments, il faut les avoir mérités. Ce n'est donc pas vous qui m'amenez à Xelva, c'est un certain marchand qu'on appelle Samuel Simon. Il nous a été fait de lui et de sa condtiite un très-mauvais rapport. Il est, dit -on, toujours juif, et il n'a embrassé le christianisme que {»ar des motifs purement humains. Je vous ordonne, de la part du saint office, de me dire ce que vous savez de cet homme-là. Gardez-vous, comme son voisin, et peut-être son ami, de vouloir l'excuser; car, je vous le déclare, si j'aperçois dans votre témoignage le moindre ménagement pour lui, vous êtes perdu vous-même. Allons, greffier, poursuivit-il en se toiu*nant vers Raphaël, faites votre devoir.

Monsieur le gi-effier, qui déjà tenait à ta main son papieret son écritoire, s'assit à une table, et se prépara, de l'air du monde le plus sérieux, à écrire la déposition de l'hôte, qui de

son côlé protesta qu^il n» trahirait point la vérité. Gela étante lui di( le coromissaire inquisiteur^ nous n'avons qu'à commen*cer. {t^pondez seulement à mes questions^ je ne vous en demande p^s davantage. Yoyezrvous Samuel Simon fréquenter ic% qglises? C'est à quoi je n'ai pas pris garde ^ répondit le çabai|:etier; je ne me souviens pas de l'avoir vu à F^ise. Bon ! s'écria Tinquisiteur^ écrivez qu'on ne le voit jamais dans \e% églisjS^. Je ne dis pas cela> monsieur^ répliqua l'hôte; je di$ seuleiQei^t que je ne Ty ai point vu. 11 peut être dans une église où je serai , sans que je l'aperçoive. Mon ami^ trcprit Lame^a^i XQ\^ oubliez qu'il ne faut pointy dans votre interrogatoire^ ^CHser Samuel Simon; je vous en ai dit les eonsér quences. Vous ne devez dire que des choses qui soient contre lui^ et pas un mot en sa faveur. Sur ce pied-là^ seigneur licencié, repartit l'hôte, vous ne tirerez pas grand fruit de ma déposition. ^ ne copn^is point le marchand dont il s'a^t^ j« n'en puis dii*e ni bien ni mal; mais, si vous voulez savoir cornaient il vit A^i^ son domestique, je vais faire venir ici Gaspard, $ou gaiç^n, que vou$ interrogerez. Ce garçon vient i.c\ (^qvie^ii t#^^ av^c $ps amis : je puis vous assurer qu'il a una hon^e langue; il hah,iller4 imi que vous voudrez, il vous dii^a tou^^ la xie de son maître, et donnera, sur ma pai;ole, de ropçupf^tipQ à votre greffîer.

faime votre franchise, dit alors Ambroiae; et c'est témoign^er du ^èto poui* \^ saint office que de m'epseigner un honune instruit des mœuffs dç Simon; j'en rendrai compte à Finquisition. Hâte?-vous donc, eontinua-t-il , d'aller chercher ce Gaspard dont vous pai'lez: mais faites les choses discrètement f que son maitre ne se doute pas de ce qui se passe. Le cabaretier s'acquitta de sa commission avec beaucoup de secret et de diligence. Il amena le garçon marchand. C'était effectivement un jeune homme des plus babillards, et tel qu'il nous le fallait. Soyez le bienvenu, mon enfant, lui dit Lamela. Vous voyez en moi un inquisiteur nommé par le saint office pour informer contre Samuel Simon, que l'on accuse de judaïser. Vous demeurez chez lui; par conséquent vous êtes témoin de la plupart de ses actions. Je ne crois pas qu'il soit nécessaue de vous avertir que vous êtes obligé de déclarer ce q^e vous savez de lui quand je vous l'ordonnerai de la part

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