‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 4)Chapitre 206 sur 296 · LIVRE IX ^ CHAP. VI · texte numérisé non relu

LIVRE IX ^ CHAP. VI

lettre : Mon amî^ voiis pouvez dire au cavalier qui vous envoie que i*ai trop d'envie de me revoir aux prises avec lui, pour n'être pas demain, avant le lever du soleil, dans l'endroit qu'il me marque.

Après avoir renvoyé le messager avec cette réponse. Je rejoignis mes convives, et repris ma place à table, où je composai si bien mon visage, que personne n'eut aucun soupçon de ce qui se passait en moi. Je parus, pendant le reste de la journée, occupé comme les autres des plaisirs de la fête qui unit enfin au milieu de la nuit. L'assemblée se sépara, et chacun rentra dans la ville de la même manière qu'il en était soiii. Pour moi, je demeurai dans la maison de plaisance, sous prétexte d'y vouloir prendre le frais le lendemain malin; mais ce n'était que pour me trouver plus tôt au. rendez-vous. Au lieu de me coucher, j'attendis avec impatience la pointe du jour. Sitôt que je l'aperçus, je mcmtai sur mon meilleur cheval, et je partis tout seià comme pour me promener dans la campagne. Je m'avance vers Manroi. Je découvre dans la plaine un homme k cheval qui vient de mon côté à bride abattue. Je vole à sa rencontre pour lui épargna la moitié du chemin. Nous nous joignons bientôt. C'était mon rival. Chevalier, me dit-il insolenmoient, c'est à regret que j'en viens aux mains une seconde fois avec vous; mais c'est votre faute. Après l'aventure de la sérénade, vous auriez dû renoncer de bonne grâce à la fille de don Georges, ou bien vous tenir pour dit que vous n'en seriez pas quitte pour cela, si vous persistiez dans le dessein de lui plaire. Vous êtes trop fier, lui répondis-je, d'un avantage que vous devez peut-être moins à votre adresse qu'à l'obscmité de la nuit. Vous ne songez pas que les armes sont journalières. Elles ne le sont pas pour moi, répliqua-t'-il d'un air arrogant; et je vais vous faire voir que, le jour c(»nme la nuit, je sais punir les chevaliers audacieux qui vont sur mes brisées.

Je ne repartis à cet orgueilleux discours qu'en mettant promptement pied à teire. Don Augustin fit la même chose. Nous attachâmes nos chevaux à un arbre, et nous commençâmes à nous battre avec une égale vigueur. J'avouerai de bonne foi que j'avais afikire à un ennemi qui savait mieux faire des armes que moi, bien que j'eusse deux apnées de

Mt en. BLAft.

«illc. n était cansonmitf dans Vescriroe. Je ne pouvais exposer ma Tie à un plus grand péril. Néanmoins^ comme 11 arrÎTe ss9ez soorent qne le plus fort est Taîncn par le plus fafi>le, mon rival, malgré toute son habileté, re^ un ooop d'^pée dans le «but, et tomba roide mort un ntoment après. ' Je retournai aussitôt à la maison de plaisance, oti j'appris ce qui venait de se passer à mon vakt de chambre dont h fidélité m'était connue. Ensm'te je lui dis : Mon cher Ramire, avant que la justice puisse avoir connaissance de cet événement, prends un bon ciieval et va informer ma tante de cette aventure. Demande-lui de ma part de l'or et des pierreries, et viens me joindre à Plazencia. Tu me trouveras dans la première hdteUerie en entrant dans la ville.

Ramire s'acquitta de sa commission avec tant de diligence, qH'il arriva trois heures après moi à Plazencia. H me dit que dofia Eleonor avait été ptas réjouie qu'affligée d'un comÎMt qui réparait Taffronl que j'avais reçu au premier, et qu'elle m'envoyait tout son or et toutes ses pierreries pour me faire voyager agréablement dans les pays étrangers, en attendant qu'elle eût accmnmodé mon afiPairé.

Pour supprimer les circonstances superflues, je vous dirai que je traversai la Castille nouvelle pour aller dans le royaume de Valence m'embarquer à Dénia. Je passai en Italie, où je me mis en état de parcourir les cours et d'y paraître avec agrément.

Tandis que, loin de mon Hélène, je me disposais à tromper, autant qu^il me serait possible, mon amour et mes ennuis, cette dame, à Coria, pleurait en secret mon absence. Au lieu d'applandii* aux poursuites que sa famille faisait contre moi au sujet de la mort d'Olighera, elle souhaitait au contraira qu'un prompt accommodement les* fît cesser et hâtât mon retour. Six mois s'étaient déjà écoulés depuis qu'elle m'avait perdu, et je crois que sa constance aurait toujours triomphé du temps, si elle n'eût eu que le temps à combattre; mais elle eut des ennemis encore plus puissants. Don Bias de Combados, gentilhomme de la côté occidentale de Galice, vint à Coria recueillir une riche succession qui lui avait été vainement disputée par don Miguel de Caprara, son cousin, et il S'établit dans ce pays-là, le trouvant plus agréable que le sien.

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