‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 4)Chapitre 36 sur 296 · LIVRE 11^ CHAP. IV · texte numérisé non relu

LIVRE 11^ CHAP. IV

admireraient ma méthpde^ et deviendraient mes plus zélés partisans.

11 ne me soupçonna donc point d'avoir bu^ tant il était er colère; car^ pour Taigrir encore davantage contre le petit docteur^ j'avais mis dans mon rapport quelques circonstances de mon cru. Cependant^ tout occupé qu'il était de ce que je Tenais de lui dire, il ne laissa pas de s'apercevoir que je buvais ce soir-là plus d'eau qu'à l'ordinaire.

Effectivement le vin m'avait fort altéré. Tout autre que Sangrado se serait déûé de la soif qui me pressait^ et des grands coups d'eau que j'avalais; mais pour lui^ s'imaginant de bonne foi que je conmiençais à prendre goût aux boissons aqueuses : A ce que je ypis^ Gil Blas^nie dit-il en souriant^ tu n'as plus tant d'aversion pour l'eau. Vive Dieu ! tu la bois comme du nedar. Gela ne m'étonne point, mon ami; je iiavais bien que tu t'accoutumerais à cette liqueur. Monsieur, lui répon^s-je, chaque chose a son temps : je donnerais, à l'heure qu'il est, un muid devin pour une pinte d'eau. Gette l'éponse chaxma le docteur, qui ne perdit pas une si belle occasion de relever l'excellence de l'eau. Il entreprit d'en faire un nouvel éloge, non^en orateur froid, mais en enthousiaste. Mille fois, s'éçria4-il, mille et mille fois plus estimables et phis innocents que les cabarets de nos jours, ces thermopoles ^ des siècles passés, où l'on n'allait pas honteusement prostituer son bien et sa vie en se gorgeant de vi^, mais où Ton s'assemblait pour s'amuser, honnêtement et sans risque, à boire de l'eau chaude! On ne peut trop admirer la sage prévoyance de ces anciens maîtres de la vie civile, qui avaient étabU des lieux publics où l'on donnait de l'eau à boire à tout venant^ et qui renfermaient le vin dans les boutiques des apothicaires, pour n'en permettre l'usage que par ordonnance des médecins. Quel trait de sagesse! c'est sans doute, ajouta-t-il, par un heureux reste de cette ancienne frugalité digne du

' ThêrmopoUf tndtear cSmk lecjud on boTtit chaud. Il 7« une dissertation de Freinaibemioa tor Tosage de la boisson chaude chea les anciens» & Strasbourg, 1636, in*8*» et dans le tome IX dtê Antiquité» gr§eque$, de Gronorios, page 493. Un auteur italien a pnUlë vn tnitë Bel Uwêr teMo, eosiimolo Dieu antiobi romahi, & Venise, 1593, ii4*. Joste UpM, et beaucoup d'antres savants, ont çcrit aussi sur celte matière. Si les anciens ne connaissaient pas le thé, le chocolat et le cafë, ils j suppléaient par rantraa liqnears chaodei.

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siècle d'or, qu'il se trouve encore aujourd'hui des pétsonneif qui^ comme toi et moi^ ne boivent que de Teau, et qui oxûént se préserver ou se guérir de tous uiaipc eu buvant dô l'eau chaude qui n'a pas bouilli; car j*ai observé que Peau, quand elle a bouilli, est plus pesante et moins commode à restomàc. Tandis ou'il tenait cexliscourâ éloquent ^ je paiSai plus d^ùhe fois éclater de rire. Je gardai pourtant mon sérieluc. Je fis plus, j'entrai daiïS les sentiments du docteur. Je blâmai l'usage du vin, et plaignis les hommes d'atoir malheureusement {His goût à une boisson si pernicieuse. Ensuite, ûomme je ne me sentais pas ôUcore bien désaltéré, je Remplis d'eau un grand gobelet, et après avoir bu à long^ traits t Alion», monsieiu*, dis-j^ à mon maître, abreuvôns^-nous de cette liqueur bienfaisante ! f'aisons revoir dans votre maison ees anciens thermopoles que vous regrettez si fort! Il applaudit à ces paroles^ et m'eihorta pendant une heUre énfièré à ne boire jamais que de l'eau. Pour m'accoutumer à oétfë bdsson, je lui promis d'en boire une grande quantité tous les Soirs; et, pour tenir plus facilement ma promesse^ Je me couchai dans la résolution d'aller tous les jours au cabaret. Le désagrément que j'avais eu che)K ij^pider ne m'empêcha as de continuer d'exercer ma profession, et d^crt^donner, dès é lendemain, des saignées et de l'éau chaude. Au mriir d^une maison où je venais de vobr un poëte qui avait la frénésie, je rencontrai dans la rue une vieille femme qui m'a* borda pour me demander si j'étais médecin. Je M répondis que oui. Cela étant, reprit-elle, seigneur docteur^ je vous SUppHe très-hiunblemènt de venir avec moi : ma nièce est malade depuis hier, et j'ignore quelle est sa maladie. Je suivis la vieille, qui me conduisit à sa maison, et me fit entrer dans une chambre asseï propre, où je vis une personne alitée. Je m'approchai d'elle pour l'observer. D'abord ses traits me frappèrent, et, après l'avoir envisagée quelques moments, je reconnus, à n'en pouvoir douter, que c'était l'aventurière qui avait si bien fait le rôle de Camille. Pour «Ue, il ne me parut point qu'elle me remits soH qu'elle fût accablée de son mal, soit que mon habit de médecin me rendit mécûnnaifliahlc ^ ses yeux. Je lui pris le bras pour lui tâter le pouls; et j'ar perçus ina bague à son doigt. Je fus terri})lem^nt ému h la

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