‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 4)Chapitre 58 sur 296 · LIVRE III 9 CHAP. YII · texte numérisé non relu

LIVRE III 9 CHAP. YII

à la cour et repris mes premières brisées^ excepté que je ne retournai plus chez Hortense, qui de son côté ne fit aucune démarche pour me« revoir^ parce que le prince^ à ce prix-là, lui avait pardonné son infidélité.

Gomme mon aventure n'était ignorée de pei^nne^ et que je ne passais pas pour un lâche, tout le monde s'étonnait de me voir aussi tranquille que si je n'eusse pas reçu un afirool, car je ne disais pas ce que je pensais, et je semblais n'avoir aucun ressentiment. On ne savait que s'imaginer de ma fausse insensibilité. Les uns croyaient que, malgré mon courage, le rang de Tofienseur me tenait en respect et m'obligeait à dé- Torer Tofiense; les autres, avec plus de raison^ se défiaient de mon silence, et regardaient comme un calme trompeur la situation paisible où je paraissais être. Le roi jugea, comme ces derniers, que je n'étais pas homme à laisser un outrage impuni, et que je ne manquerais pas de me venger sitôt que j'en trouverais une occasion favorable. Pour savoir s'û deyi*nait ma pensée, il me fit entrer un jour dans son cabinet, oli il me dit : Don Pompeyo, je sais l'accident qui vous est arrivé, et je suis surpris, je l'avoue, de votre tranquillité : vous dissimulez certainement. Sire, lui répondis-je, j'ignore qui peut être l'offenseur : j'ai été attaqué la nuit par des gens inconnus ; c'est un malhem* dont il faut bien que je me console. Non, non, répliqua le roi; je ne suis point la dupe de ce discours peu sincère : on m'a tout dit. Le prince de Radzivil vous a mortellement offensé. Vous êtes noble et Castillan, je sais à quoi ces deux qualités vous engagent, vous avez formé la résolution de vous venger. Faites-moi confidence du parti que vous avez pris; je lé veux. Ne craignez point de vous repentii» de m'avoir confié votre secret.

Puisque Votre Majesté me l'ordonne, lui repartis-je, il faut donc que je lui découvre mes sentiments. Oui, seigneur, je songe à tirer vengeance de l'affront qu'on m'a tait. Tout homme qui porte un nom pareil au mien en est comptable à sa race. Vous savez l'indigne traitement que j'ai reçu, et je me propose d'assassiner le prince, pour me venger d'une manière qui réponde à l'offense. Je lui plongerai un poignard dans le sein, ou lui casserai la tête d'un coup de pistolet^ et je me sauverai^ si je puis, en Espagne. Voilà quel est mon dessein*

182 GIL BLAB.

Il est violent^ dit le roi; néanmoins je ne laurais le oondamner^ après le cruel outrage que Radzivil tous a. bit. H est digne du châtiment que vous lui réservez. Mais n'^exécutai pas sitôt votre entreprise; laissez-moi chercher un tempéift? ment pour vous accommoder tous deux. Ahl seigneiuf^ atecriai-je avec chagrin^ pourquoi m'avez-vous obligé de lom révéler mon secret? Quel tempérament peut... Si je ii'cî trouve pas qui vous satisfasse^ interrompit-il^ vous pouRO faire ce que vous avez résolu. Je ne prétends pdnt alûiser di la confidence que vous m'avez faite. Je ne trahirai point vote honneur ; soyez sans inquiétude là-dessus.

J'étais assez en peine de savoir par quel moyeu le roi prttendait terminer cette affaire à l'amiable : voici conmie U i^ prit, n entretint en particulier mon rival. Prince, lui jdilri^ vous avez insulté don Pompeyo de Castro. Vous u'ignoirei pu que c'est un homme d'une naissance illustre^ uu cavalier 91e j'aime et qui m'a bien servi. Vous lui devez une Mt^ufffon, Je ne suis pas d'humeur à la lui refuser^ répondit le prions S'il se plaint de mon emportement^ je suis prêt à lui en lain raison par la voie des armes. 11 faut une autre -répaFatîo% reprit le roi; un gentilhomme espagnol comprend trop bien le point d'honneur pour vouloir se battre noblement avec un lâche assassin. Je ne puis vous appeler autrement ; et vooi ne sauriez expier l'indignité de votre action, qu'en présentant vous-même un bâton à votre ennemi et qu'en vous offrant i ses coups. 0 ciel ! s'écria mon rival : quoi ! sire, vous Youlei qu'un homme de mon rang s'abaisse, qu'il s'hiunilie devant un simple cavalier, et qu'il en reçoive même des coupa de bâton I Non, repartit le monarque; j'obligerai don Pompeyo à me promettre qu'il ne vous irappera point. Demandez-lui seulement pardon de votre violence en lui présentant un bâton; c'est tout ce que j'exige de vous. Et c'est trop attendre de moi, sire, interrompit brusquement Radzivil : j'aime mieui demeurer exposé aux traits cachés que son ressentiment me prépare. Vos jours me sont chers, dit le roi, et je voudrais que cette affaire n'eût point de mauvaises suites. Pour la finir avec moins de désagrément pour vous, je serai seul témoin de cette satisfaction que je vous ordonne de faire à l'ËspagnoK Le roi eut besoin de tout le pouvoir qu'il avait sur le piince^

Page 1