LIVRE X, ey
de m’enchanter, quoiqw il fit des plus communs. Cependant, tandis que mon secrétaire, Basile.6t sa fille, se fasorentirserproquement des cirilités, je revins à mot; et comme ss j'eusse voula com penser le stupide silence:que Eavois gardé jusquela, je passai. d’une extrémuté a l’autre, je me répandis an discours galasts , et parlar avec tant de vivacité, que yalarma Banke, qui, me considérant déjà comme: un homme que alloit tout mettre en usage pour séduire Antonia, se hata de sortir'avec elle demon appartement, dans la résolution peutêtre de: le soustraire 4 mes: yeu pour jamais.
: Scighon:,.se voyant seul avec moi, me. dit en souriant : Autre ressource pour vous: contre Fennui.. Je ne savois pas que votre fermier eût une fille si jolie : je ne l'avois paint encore vue; j’at pourtant été deux fois chez lui. It faut qu'il ait grand soin de la tenir cachée , et je le ln pardonne. Malepeste! voilà un. morceau bien friand. Mais, ajouta-t-il, je ne crois pas qu'il soit nécessaire qu’on vous le dise ; elle vous a d’abord ébloui. Je ne m’en défends pas, lui répondis-je. Ah! mon enfant, j’aï cru voir une substance céleste : elle m’a vout-#coap embrâsé d'amour ; la foudre est moins protnpte que le trait qu’elle a lancé dans mon cœur. an
Vous me ravissez, reprit mon secrétaire, en "m’appronant qua vous êtes enfin devenu amou-:
reux. I] vous manquait une maîtresse. pour jouir d’un parfait. bonheur dans votre. solitude; Graces au ciel, vous .y.avez présentement toutes’ vos commodités. Je sais bien , continua-t-il, que mous aurons un peu de. peine à tromper la vigilance de Basile ; mais c’est mon affaire, et je prétends avant trois jours vous procurer-un entretien secret avec Antonia. Monsieur Scipion, lui dis-je, peut-être pourriez-vous bien ne me pas tenir parole ;.c’est ce que je pe suis pas curieux d’éprouvar. Je ne veux point tenter la vertu de cette fille, qui me paroît mériter que j’aye d’autres sentiments pour elle. Ainsi, loin d’exiger de votreisèle que vous nvaidiez à la déshonorer, j'ai dessein de Pépouser par votre entremise ) pourvu: que'son Cœur ne soit pas prévenü-paut un autre. Jé nem -atteh- . dois pas, ditil, à vous-voir prendre si brusquement le parti de vous marier. Tous les seigneurs de village, à votre place, n’en useroient pas Si honnêtement ; ils n’auroient sur Antonia des vues légitimes, qu'après en avoir eu d’autres inutilement. Aureste , ajouta-t-il, ne vous imaginez point que je condamne votre amour, et que je cherche à vous détourner de votre. dessein; ; la fille de votre fermier mérite l'honneur que vous lui voulez faire, si elle peut vous donner. un cœur topt neuf etsensible, à vos bontés, C'est ce que.je, saurai dès
aujoard'hui par la conversation ‘que’ j'aurai avec son'pere , et peut-être avec elle.
:: Mon confident étoit un homme exact à tenir ses promesses, Hi alla voir secrettement Basile, et le seir.il. vint me trouver dans mon cabinet, ot je: Patiendois avee une impatience mélée de crainte. U avoit un air gai dont je tirai un bon augure. Si yen crois, lui dis-je, ton visage riant, tu viens m’annoncer que je serai bientôt au comble de mes désirs: Oui, mon cher maître, mé‘répondit-il, tout vous rit. J’ar entretenu Basile et sa fille; je leur ai déclaré vos intentions, Le pére.est ravi que vous aylez envie d’être. son gendre, :et je puis vous as— surer que vous:étes du goût d’Antonia. O ciel! interrompis-je tout transporté de joie, quoi! j’aurois le bonheur de-plaire à cette aimable personne? N’en doutez paayreprit-il, elle vous aime déjà. Je.n’ai pas; àda-vérité ; tiré cet aveu de sa bouche; mais je m’en fe à la gaieté qu’élle a fait: paroître quad elle a su-votre dessein. Cependant, poursuivit-il, vous avéz un rival. Un rival! m’écriaï-je en pälissant, Que cela ne vous alarme point, me dit-al.: ce rival ne nous enlévera pas’ le cœur de votre maîtresse; c’ést maître Joachim, votre cuisimer. Ah! le pendard, dis-je en faisant un éclat de‘rire ; voila donc pourquoi il n’a marqué tant dei répugnance à quitter mon sérvice. Justement, répondit Scipion ; il a, ces jours passés, demandé.
qu’elle osat souffler devant moi! Antonia, lui répartis-je , soumise à Pautorité paternelle, est prête sans doute à vous obéir aveuglément ; mais je ne sais si dans cette occasion elle le fera sans répugnance ; et pour peu qu’elle en eût, je ne me consolerois jamais d’avoir fait son malheur : enfin ce n’est pas assez que j’obtienne de vous sa main , il faut que son ‘coeur n’en gémisse point. Oh dame l dit Basile, je entends pas toutes ces philosophies: parlez vous-même à Antonia, et vous verres, ou je me trompe fort, qu’elle ne demande pas mieux que d’être: votre femme. En achevant ces paroles, il appelas sa fille , et me Jaissa un moment avec elle. :'.
* Pour *rofter dun temps si précieux , j’entrai d’abord en matière: Belle Antonia ,: lui dis-je, décidez de mon sort. Quoique j’aye l’aveu de votre père, ne vous imaginez pas que je veuille m’en prévaloir pour'faire violence à vos sentiments. Quelque charmante que soit votre possession , j'y renonce si vous me dites que je ne la devrai qu’à votre seule obéissance. C’est ce que je n’ai garde de vous dire, me répondit-elle ; votre recherche m'est trop agréable pour qu’elle me puisse faire de la peine ; et j’applaudis au choix de mon père, auheu d’en murmurer. Je ne sais, continua-t-elle , si je fais bien ou mal de vous parler ainsi ; mais si vous me déplaisiez , je serois assez franche: pour
vous l’ayouer : pourquoi ne pourrois-je pas vous dire le contraire aussi hbrement ?
A ces mots, que je ne pus entendre sans en être charmé , je mis un genou à terre devant Antonia ; et, dans l’excès de mon ravissement , lui prenant une de ses belles mains, je la baisai d’un air tendre et passionné. Ma chére Antonia, lui dis-je, votre franchise m’enchante; continuez, que rien ne vous contraigne ; vous parlez à votre époux; que votre ame se découvre tout entière à ses yeux. Je puis donc me flatter que vous ne me verrez pas sans plaisir lier votre fortune à la mienne? Basile , qui arriva dans cet instant, m’empécha de poursuivre. Impatient de savoir ce que sa fille m’avoit répondu, et prêt à la gronder sielle eût marqué la moindre aversion pour moi, il vint me rejoindre. Hé bien , me dit-il , êtes-vous content d’Antonia? J’en suis | si satisfait , lui répondis-je , que je vais dès ce moment m'occuper des appréts de mon mariage. En disant cela , je quittai le père et la fille pour aller tenir conseil là-dessus avec mon secrétaire:
38a | GIL BLAS.