‹ Histoire de Gil Blas de SantillaneChapitre 48 sur 78 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

n . . - cf. tae? eke 2, . , Gil Blas se fait aimer du comte d’Olivarès.

June manquai pas de retourner Paprés-dinée chez le premier ministre , ét dé démañdér' son intendant, quis ’appeloit don Raimond Caporis. Je:ne lui eus pas si ‘tôt: décliné moi bi; ‘que me sax luant avec des marques de respect : Schénout, nie dit-il , suivez-moi ; sil vous Plaîtÿ je vis Yousicon duire -& Pappartémént ‘qui vous est‘destiné dens cet hôtel. Apres avoir dit ces parolees, Hl meme par un petit escalier 4 une enfilade dé éing à six pièces de plain-pied , qui composoient le second étage d’une aile du logis, et qui étoient'assez niodestement meublées: Vous voyez, reprit-il; ‘le logement que moriseigneur vous dünié ,'et vous y aurez une table de six couverts entretenue à ses dépens. Vous serez servi par ses propres domes:

tiques ; ily aura toujours un carrosse a vos ordres. Ce n’est pas tout, ajouta-t-il, son excellence m’a fortement recommandé d’avoir pour vous les mêmes attentions que si vous étiez de la maison de Guzman.

Que diable signifie tout ceci, dis-je en moimème ? Comment dois-je prendre ces distinctions; N’y auroit-il point de la malice là-dedans, et ne seroit-ce pas encore pour se divertr que le ministre me feroit un traitement si honorable? Pendant que j’étois dans cette incertitude, flottant entre la crainte et l’espérance, un page vint m’avertir que le comte me demandoit. Je me rendis dans le moment auprès de monseigneur , qui étoit tout seul dans son cabinet. Hé bien, Santillane , me dit-il, es-tu fatisfait de ton appartement , et des ordres que j’ai donnés à don Raimond? Les bontés de votre excellence , lui répondis-je, me paroissent excessives, et je ne m’y prête qu’en tremblant. Pourquoi donc , répliqua-t-il ? Puis-je faire trop d’honneur a un homme que le roi n’a confié, et dont il veut que je prenne soin? Non, sans doute : je ne fais que mon devoir en te traitant honorablement. Ne t’étonne donc plus de ce que je fais pour toi, et compte qu’une fortune brillante et solide ne sauroit t’échapper, si tu m’es aussi attaché que tu l’étois au duc de Lerme. Mais à- propos de ce seigneur , poursuivit-l , on

dit que tu vivois familièrement avec lui. Je suis curieux de savoir comment vous fites tous deux connoissance , et quel emploi ce ministre te fit exercer. Ne me déguise rien, j’exige de toi un

récit sincère. Je me souvins alors de l’embarras où je m’étois trouvé avec le duc de Lerme en pareil cas, et de quelle facon je m’en étois tiré : ce que je pratiquai encore fort heureusement ; é’est-àdire , que dans ma narration j’adoucis lés endroits

rudes, et passai légèrement sur les choses qui me faisoient peu d’honneur. Je ménageai aussi le duc de Lerme, quoiqu’en ne l’épargnant point da tout j’eusse fait plus de plaisir à mon auditeur. Pour don Rodrigue de Calderone, je ne lui fis grace derien. Je détaillai tous les beaux coups que je savois qu'il avoit faits dans le trafic des commanderies, des bénéfices et des gouvernements.

Ce que tu m’apprends de Calderone, interrompit le ministre , est conforme à certains mémoires qui m'ont été présentés contre lui, et qui contuennent des chefs d’accusation encore plus importants. On va bientôt lui faire son procès; et si tu souhaites qu'il succombe dans cette affaire , je crois que tes vœux seront satisfaits. Je ne désire point sa mort, lm dis-je, quoiqu'il n’ait point tenu à lui que je n’aye trouvé la mienne dans la tour de Ségovie, où ila été cause que j’ai fait un asser long séjour. Comment, repritson excellence , c’est

don Rodrigue qui a causé ta prison ? voilà ce que jignorois. Don Baltazar, à qui Navarro a raconté ton histoire , m’a bien dit que le feu roi te fit emprisonner pour te punir d’avoir mené la nuit le prince d’Espagne dans un lieu suspect ; mais je n’en sais pas davantage, et je ne puis deviner quel rôle Calderone a joué dans cette pièce. Le rôle d’un amant qui se vange d’un outrage recu, lui répondis-je. En méme-temps je lui fis un détail de l’aventure, qu’il trouva si divertissante , que , tout grave qu’il étoit, il ne put s'empêcher d’en rire, ou plutôt d’en pleurer de plaisir. Catalina, tantôt nièce et tantôt petite-fille, le réjouit infiniment , aussi-bien que la part qu’avoit eue à tout cela le duc de Lerme.

Lorsque j’eus achevé mon récit , le comte me renvoya en me disant que le lendemain il ne manqueroit pas de m'occuper. Je courus aussitôt à Vhôtel de Zuniga pour remercier don Baltazar de ses bons offices, et pour rendre compte à mon ami Joseph de la disposition favorable où le premier ministre étoit pour moi.

Page 1