‹ Histoire de Gil Blas de SantillaneChapitre 57 sur 78 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

Gi ‘Blas rencontre chez le roi don Gaston de | Cogollos et don André de Fordesillas. Où ils

- allérent tous trois. Fin de l'histoire de don

- ‘Gaston et de dona Helena de Galisteo. Quel service Santillane rendit à Tordesillas. |

Je nageois dans la joie d’avoir si heureusement changé en vice-roi un gouverneur déplacé ; les seigneurs de Leyva même en étoient moins ravis que moi. J’eus bientôt encore une autre occasion d'employer mon crédit pour un ami; ce que je crois devoir rapporter, pour faire connoitre à mes lecteurs que.je n’étois plus ce même Gil Blas qui, sous le ministère précédent, vendoï les graces de la cour. .

LIVRE XI. ‘531 - J’étois un jour dans Panu-chambre du rei, où je m’entretenois avec des sejgneurs qui, me connoissant pour un homme chér du premier ministre, ne dédaignoient pas ma conversation. J’apercus dans Ja foule don Gaston de Cayalios, ce prisonnier d’égt que j'avois laissé dans Je tour de Ségovie. H étoit avec le châtelain don André de Tordesillas. Je quitai volontiers ma compagnie pour aller em- -brasser ces deux amis. S'ils furent étonnés de me revoir là, je le fus bien davantage de les y rencon- trer. Après de vives accolades de part et d’aatre, don Gaston me dit : Seigneur de Santillane, nous avons bien des questions à nous faire mutuellement, et nous ne sommes pas ici dans un liey.commode pour cela : permettez que je vous emmène dans un endroit où le seigneur de Tordesillas et mOi nous serons bien -aises d’avoir :avec vous un long entretien. J’y consentis ; nous fendîmes la presse, et nous sortimes du paluis. Nous troüvàmes le carrosse de don Gaston qui l’attendoit dans Ja rue; nous y moniâmes tous trois , et nous Hous rendimes à la grande place du marché , où se fort . Jes courses de taureaux. Lp demeuroù Cogollos, dans un fort bel hôtel. ° rr Seigneur Gil Blas, me dit don André; Lorsque | nous fûmes dans une salle magnifiquement met blée , ul me semble qu’à votre départ de Ségovie vous haïssiez la cour, et que vous étiez-dans la

résolution de vous en éloigner pour jamais. C’étoit en effet mon dessein, lui répondis-je ; et tant qu'a vécu le feu roi, je n’ai pas changé de’ séñtiment: mais quand j'ai su que le prince son fils étoit sur le trône, j’ai voulu voir si le nouveau monarque me reconnoitroit. Il m’a reconnu, et j’ai eu le bonheur d’en être reçu favorablement ; 11 m’a recommandé lui-même au premier ministre, qui m’a pris en amitié , et avec qui je suis beaucoup mieux que je ne l’ai jamais été avec le duc de Lerme. Voila, sergneur don André, ce que j’awois à vous apprendre. Et vous, dites-moi si vous êtes toujours châtelain de la tour de Ségovie? Non vraiment, me répondit-il, le comte-duc en a mis un autre à ma place. H m’a cru apparemment tout dévoué à son prédécesseur. Et moi, dit alors don Gaston , j’ai été ms en liberté par une raison contraire : le premierministre n’a pas si tôt su que Jj'étois dans les prisons de Ségovie par ordre .du duc de Lerme, qu'il m’en a fait sortir. Il s’agit à-présent, seigneur Gil Blas, de vous conter ce. qui m’est arrivé depuis que je suis libre. |

La première chose que je fis, poursuivit-il, après avoir remercié don André des attentions qu'il avoit eues pour moi pendant ma prison , fut de me rendre à Madrid. Je me présentai devant ke comte-duc d’Olivarés , qui me dit : Ne craignez pas que le malheur qui-vous est survenu fasse le

oyages

sepblaguais:. 1-5 tre Wie, mafeie senc 'ra/auts

LIVRE XI. 535 ché du cavalier qui étoit étendu sur la poussière , il lui éta son masque, et nous fit voir des traits que Combados reconnut d’abord. C’est Caprara , s'écria-t-il , ce perfide cousin qui, de dépit d’avoir manqué une riche succession qu’il m’avéx irijusterent disputée , miourrissoït depuis fong-temps le désir de m’assassiner , et avoit enfin choisi ce jour pour le satisfaire ; ‘mais lé ciel à permis qu’il ait été Ix victime de son attentat.

* -Cependant notre sang couloit à bon compte, et nous nous affoiblissions à vue d'œil. Néanmoiné , tout blessds que nous étions, hous etimes la force? de gagner le botrg de Viflaréjo, qui n’est qu’ deux portées de fusil du’ champ de bataille. “Ew arrivant à la pre miére hôtellerie, nous deman dimes des'thirurgiéns. El én vint un qu’oh nous dit être fort’ habile: il visita nos platés , ‘qu'il trouva. trèsdangereuses. I] dots pansa ,'ét'le lendemain à nous dit, apres avôtr lévé Papipareil ; que les blessures’ de don Blas étoient mortelles. It jugé des mierines pius favorablement , > es ses eb pronostics’ ne firent point faux: | |

: Combados se sive 6 ébridänmé 4 ti mort ne

sonyea plusqu’ss’y préparer. Tt dépécha un éxprbe tré femme , pour Pinformer dé ce quis’étoit passé” et-du triste état où f se trouvoit. Dona Helena fut! bientôt à Villaréjo. Elle y arriva, l'esprit travaillé d’une inquiétude qui‘avoit deux cansés ‘différentes:

le péril. que couroit la vie de son époux, et la crainte de sentir, en.me revoyant, rallumer un feu mal éteint. Cela Jui caugoit une agitation terrible.

Madame , lui dit don Blas lorsqu’elle fut en sa présence, Vous arrivez assez à temps pour recevoir mes adieux. Je vaismourir, et je regarde ma mort comme une punition: ‘du ciel, de vous avoir , par une tromperie ; arrachée à à don Gaston ; bien loin. d’en murmurer, je vous exhorte moi-même à Jui rendre.un cœur que je lui ai ravi. Dona Helena ne lui répondit que par.des pleurs.; et véritablement c’étoit la meilleure réponse qu’elle Jui pit faire, n’étant pas encare assez détachée: de moi pour avoir oublié l’artifice dont il s’étoit servi pour la déterminer ame manquer de foi.

Il arriva, comme le chirurgien Pavoit pronostiqué, qu’en moins de trois jours Combados mourut de ses blessures , au-lieu que les miennes annonçoient une prochaine guérison. La jeune veuve, uniquement occupée du soin de faire transporter à Coria le corps de son époux , pour lui rendre tous les honneurs qu’elle devoit à sa cendre , parut de Villaréjo pour s’en retourner, après s’être informée, comme par pure politesse ) de l’état où je me trouvois. Dès que je pus la suivre, je pris le chemin de Coria, où j'achevai de me rétablir. Alors dona Éleonor , ma tante, et don George de Galisteo , résolurent de nous marier

promptement, Hélène et moi, de peur que la fortune ne nous séparât encore par quelque nouvelle traverse. Ce mariage se fit sans éclat, à cause de la mort trop récente de don Blas; et peu de jours. après , je revins à Madrid avec dona Helena.

Comme j’avois passé le temps prescrit par lecomteduc pour mon voyage, je craignois que ce ministre nett donné à un autre la lieutenance qu’il m’avoit promise ; mais il n’en avoit point disposé, et il eut la bonté de recevoir les excuses que je tui fis de mon retardement.

Je suis donc, poursuivit Cogollos , lieutenant de la garde espagnole , et j’ai de l’agrément dans mon emploi. J'ai fait des amis d’un commerce agréable , et je vis content avec eux. Je voudrois pouvoir en dire autant, s’écria don André , mais je suis bien éloigné d’être satisfait de mon sort : j'ai perdu mon poste, qui ne laissoit pas de m'être fort utile , et je n’ai point d’amis qui ayent assez decrédit pour m’en procurer pnsolide. Pardonnezmoi, seigneur don André , interrompis-je en sou- riant, vous avez en moi un ami qui peut vous être bon à quelque chose. Je vous ai déjà dit que je suis encore plus aimé du comte-duc, que je ne Pétois du duc.de Lerme, et vous osez me dire en face que vous n’avez personne qui puisse vous faire obtenir un solide emploi! Ne vous ai-je pas déjà rendu un pareil service? Souvenez-vous que,

par le crédit de l’archevêque de Grenade , je vous fis nommer pour aller remplir au Mexique un poste où vous auriez fait votre fortune , si Pamour -ne vous eût point arrêté dans la ville .d’ Alicante. Je suis bien plus en état de vous servir présentement que j'ai Poreille du ministre. Je m’abandonne donc à vous, réphqua Tordesillas ; mais, ajouta-t-1l en souriant à son tour, ne m’envoyes pas de grace à la Nouvelle-Espagne ; je n’y vou: drois point aller, quand on m’y voudroit faire président de l’audience même de Mexique.

Nous fames interrompus , dans cet endroit de | notre entretien , par dona Helena qui arriva dans la salle , et dont la personne toute gracieuse remplit Pidée charmante que je m’en étois formée. Madame , lm dit Cogollos , je vous présente le seigneur de Santillane, dont je vous ai parlé quelques fois, et dont l’aimable compagmie a souvent dans ma prison suspendu mes ennuis. Oui, madame , dis-je à dona Helena, ma conversation lui plaisoit , car vous en faisiez toujours la matière. La fille de don George répondit modestement à ma pohtesse; aprés quoi je pris congé de ces deux époux, en leur protestant que Jj’étois ravi que l’hymen eût enfin succédé a leurs longues amours. Ensuite , m’adressant à Tordesillas , je le priai de m’apprendre sa demeure , et lorsqu'il me l’eut enseignée : Sans adieu , lui dis-je, don André,

j'espère qu ’avant huit joursvons vérrèz aque je joing le pouvoir à la bonne volonté. : : |

Je n’en eus pas.le démenti. Das ke léndemeaiti même le comte-duc me fournit ane occaston d’obliger ce châtelain, Sartidlans:, me dit son:excel: leace, la place de gouverneut.de la prison royale de Valladolid. est vaconte ; els vapporte plus de trois cents: pistoles par‘an; Ame yrend.unvie ‘de tela donner: Je n’en veux point ;,#otiseigeeur ; | leh répandis-je; valit-elle dim mille dicasderenter . Pacrenonce àtohs des: postes és jen6! puis ovduper: sans m’tlbigner: de ous: Mis repirit le: tirtnistre, te pews fore biéniremplib cela lhishns étre abligé de quitter Madrid ‘que pourpllér dé temps en telhps à Villadokd wisnér:la prison: "Vous dic ve Jui répartis-je:, toit oe:qu'il vous blaire ; pe me -vehx de cet: emplbi-qu® comdnivn:iqwil de seva perrms.ide men ‘démaettre: en; faveur d'in: brave gentilhomme appelé don André de Torde:: sillas , ci-devant chatelain de la tour de Ségovie : Daimerois à lui faire ce présent, pour reconnoître les bons traitements qu’il m’a faits pendant ma prison.

Ce discours fit rire le ministre , qui me dit: A ce que je vois, Gil Blas, tu veux faire un gouverneur de prison royale , comme tu as fait un vice-roi. Hé bien soit, mon ami, je t’accorde la place vacante pour Tordesillas ; mais dis-moi tout

naturellement quel-profit il doit t’en revenir : car je ne te crois pas assez sot pour vouloir employer ton crédit pourrien. Monseigneur, lui répondis-je, ne faut-il pas payer .ses dettes? Don André m'a fait sans intérêt tous les plaisirs qu'il a pu: ne dois-je pas lui rendre la pareille ? Vous êtes devenu bien désintéressé , monsieur de Santillane, me répliqua son excellence ;1l me semble que vous Pétiez beaucoup moins sous le dernier ministère. . J’en conviens, lui.répartis-je; lé mauvais exemple corrompit, mes. inœurs : comme tout se vendoit alors, 'je me. conftrmai a Pusage ; et comme aujourd’hui tous:se donne, j’ai repris mon intégrité: Je fis donc pourvoir don André de Tordesillas du gouvernement de la prison royale de Valladohd , et-je l’envoyat bientôt dans cette ville, ausst ” satisfait de san nouvel établissement que je l’étois de m’étre acquitte envers lui des obligations que je lui avois. .

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