LIVRE tV, CHAP. Xî
Don Alphonse, au lieu de prendre quelque repos, s’occupa de ses malheurs, et je ne pus fermer l’œil. Poui’ don Raphaël, il s'endormit bientôt; mais il se réveilla une heure après; et, nous voyant disposés à l’écouter, il dit à Lamela : Mon ami Ambroise, tu peux présentement goûter la douceur du sommeil. Non, non, répondit Lamela, je n’ai point envie de dormir; et, bien que je sache tous les événements de votre vie, ils sont si instructifs pour les personnes de notre profession *, que je serai bien aise de les entendre encore raconter. Aussitôt don Raphaël commença dans ces termes l’histoire de sa vie.
' Ambroise, par ccs mois, caractérise bien d’avanco rbistoire singulière qui rem» plira le livre Y, et qui est, selon lui, iuslructive*.» pour les fripons. C’est un des morceaux de 6il Blas les plus piquants à double titre, par la variété des tableaux qu'il prci>onlc, et par la rapidité de la nbrralion. Le vice s*y montre dépeint d'une touche légère, mais sa franchise audacieuse inspire elle-même au lecteur bien des réflexions. La morale directe ne serait pas si amusante, ni peut-être si eflicace.
On peut aussi remarquer l’art avec lequel sont partagés les livres qui forment la suite des aventures do Gil Blas. La lin de chacun de ces livres repose le lecteur, mais en lui faisant désirer de passer à celui qui suit. L'auteur qui voudra faire la poétique du roman devra étudier la composition de ce chef-d'œuvre de Le Sage, et son mérite spécial. Nous ne faisons que l'indiquer : il aurait fallu beaucoup trop multiplier les notes pour faire valoir en détail le tissu des événements, le choix des circonstances^ U vérité des caractères, et Tabsencû totale de prétention dans le style, etc.
FIN DU LIVRE QU.LTR1ÈMË.
GIC BLAS.