‹ Histoire de Gil Blas de SantillaneChapitre 106 sur 254 · LIVRE y, CHAP. I. 29ft · texte numérisé non relu

LIVRE y, CHAP. I. 29ft

principale , je feignis tout à coup d’avoir une affaire importante. Messieurs, dis-je à nies camarades, je viens de me souvenir qu’une personne de Tolède m’a chargé de dire de sa part doux mots à un marchand qui demeure auprès de cette église. Attendez-moi, de grâce, ici, je serai de retour dans un moment. A ces mots, je m’éloignai d’eux. Je cours à l’hôtellerie, je vole à l’armoire, j’en force la serinre; et, fouillant dans les havre-sacs de mes jeunes bourgeois, j'y trouve leurs pistoles. Les pauvres enfants ! je ne leur en laissai pas seulement une pour payer leur gîte ; je les emportai toutes. Après cela , je sortis promptement de la ville , et pris la route de Mérida, sans m’embai rasser de ce qu’ils deviendraient..

Cette aventure , dont je ne fis que rire , me mit en état de voyager avec agi ément. Quoique jeune, je me sentais capable de me conduire prudemment. Je puis dire que j’étais bien avancé pour mon âge. Je résolus d’acheter une mule, ce que , je fis en effet -au premier bourg. Je convertis même mon

I havre-sac en valise, et je commençai à faire un peu plus

l’homme d’importance, 1æ troisième journée , je rencontrai un homme qui chantait vêpres à pleine tête sur le grand chemin. Je jugeai à son air que c’était un chantre, et je lui dft : Courage, seigneur bachelier, cela va le mieux du monde ! Vous avez, à ce que je vois, le cœur au métier. Seigneur, me répondit-il, je suis chantre, pour vous rendre mes très-humbles services, et je suis bien aise de tenii- ma voix en haleine.

Nous entrâmes de cette manière en conversation. Je m'a- ‘ perçus que j’étais avec un personnage des plus spirituels et

des plus agréables, il avait vingt-quatre ou vingt-cinq ans. Comme il était à pied, je n’allais que le petit pas poni- avoir le plaisir de l’entretenir. Nous parlâmes, entre autres choses, de Tolède. Je connais pai’faitement cette ville, me dit le chanti-e, j’y ai fait un assez long séjour, j’y ai même quelques amis. Et dans quel endroit, interrompis-je, demeuriez-vous à To- > lède? Dans la rue Neu\e, ré}K)ndit-il. J’y demeurais avec don

I Vincent de Buena Carra *, don Mathias de Cordel, et deux ou

1 trois autres honnêtes cavaliers. Nous logions, nous mangions

' Dt Buena Carra, de lionne grilfe. De Cordel, du cordeau, de la corde. Cet nomt •ont raitt ftxpréi ponr désigner dei aiijrefine, comme don Rapliadl Ict appelle modet- I iertâvà,

ensemUe; bous passions fort bien Je temps. Ces paroles me sorprirent ; car Û faut observer que les gentilshommes dont il me citait les noms étaient les aigrefins avec qui j’avais été faufilé à Tolède. Seigneur ckantre, m’écriai-je, ces messieure que vous venez de nommer sont de ma connaissance, et j’ai demeuré aussi avec eux dans la rue Neuve. Je vous entends, reprit-il en souriant, c’est-à-dire que vous êtes entré dans la compagnie depuis trois ans <pie j’en suis sorti. Je viens, lui repartis-je, de quitter ces seigneurs, parce que Je me suis mis dans le goût des voyages. Je veux faire le tour de l’Espagne; j'en vaudrai mjpux quand j’aurai plus d’expériqnce. Sans doute, me dit-il, pour se perfectionner l’esprit, il faut voyager. -C’est aussi pour celte raison que j’abandonnai Tolède, quoique j’y vécusse fort agréablement. Je rends grâce au ciel, poursuivit-U, qui m’a fait rencontrer un chevalier de mon ordre, lorsque j'y pensais le inoins. Unissons-nous; voyageons ensemble; attentons sur la bourse du prochain; profitons de toutes les oecasimis qui se présenteront d’exercer notre savoirfaire.

Il me fit cette ;mq)osition si franchement et de si bonne grâce, que je l'acceptai, il gagna tout d’un coup ma confiance en me donnant la sienne. Nous nous ouvrîmes l’un à Tautre. Je lui eontai mon histoire, et il ne me. déguisa point ses aventures. U m’apprit qu’il venait de Portalègre, d’où une fourberie, déconcertée par un contre-temps, l’avait obligé de ^ sauver avec précipitation , et sous l’habillement que je lui voyais. Après qu’il m’eut fait une entière confidence de ses aHaiies, nous résolûmes d’aller tous deux à Mérida tenter la fortune, d’y faire quelque bon coup si nouâ pouvions, et d’en décamper aussitôt pour nous rendre ailleurs. Dès ce moment, nos biens devinrent communs entre nous. 11 est vrai que Morales, ainsi se nommait mon compagnon, ne se trouviüt pas dans une situation tort aisée, tout ce qu’il possédait ne consistant qu’en cinq ou six ducats, avec quelques hardes qu’il portait dans un bissac; mais si j’ctms mieux que lui en argent comptant, il était, en récompense, plus consommé que moi dans l’art de tromper les hommes. Nous montions ma mule alternativement, et nous arrivâmes de cette manièie à Mérida.

Liv. V, r.HAP. 1.

Nous nous arrêtâmes dans une hôtellerie du faubourg, où mon camarade tira de son bissac un habit dont il ne fut pas sitôt revêtu, que nous allâmes faire un tour dans la ville pour reconnaître le terrain, et voir s’il ne s’offrirait point quelque occasion de travailler. Nous considérions fort attentivement tous les objets qui se présentaient à nos regards Nous ressemblions, comme aurait dit Homère, à deux milans qui cherchent des yeux dans la campagne des oiseaux dont ils puissent faire leur proie. Nous attendions enfin que le hasard nous fournît quelque sujet d’employer notre industrie , lorsque nous aperçûmes dans la rue un cavalier à cheveux gris, qui avait l’épée à la main , et qui se battait contre trois hommes qui le poussaient vigoureusement. L'inégalité de ce combat me choqua, et, comme je suis naturellement ferrailleur, je volai au secours du vieillard. Moralès, pour me montrer que je ne m’étais point associé avec un lâche, suivit mon exemple. Nous chargeâmes les trois ennemis du cavalier, et nous les obligeâmes à prendre la fuite.

y\près leur retraite, le vieillard se répandit en discours reconnaissants. Nous sommes ravis, lui dis-je, dô nous être trouvés ici si à propos pour vous secourir ; mais que nous sachions du moins à qui nous avons eu le bonheur de rendre service, et dites-nous, de grâce, pourquoi des trois hommes voulaient vous assassiner. Messieùi’s, nous répondit-il, je vous ai trop d’obligation pour refuser de satisfaire votre curiosité. Je m’appelle Jérôme de Moyadas *, et je aIs de mon bien dans cette ville. L’un de ces assassins dont vous m’avez délivré est un amant de ma fille. 11 me la fit demander en mariage ces jouis passés; et, comme il ne put obtenir mon aveu, il vient de me faire mettre l'épée à la main pour s’en venger. Et peut-on, repris-je, vous demander encore pour quelles raisons vous n’avez point accordé votre fille à ce cavalier? Je vais vous fapprendi’e , me dit-il. J’avais un frère marchand dans cette ville; il se nommait Augustin. Il y a deux mois qu’il était à Calatrava, logé chez Juan Velez de la .Membrilla -, son correspondant. Ils étaient tous deux amis intimes ; et mon frère, pour fortifier encore davantage leur' amitié, promit

■ Ve ilotjadat, des mouillures.

* Ve la Membrilla, du coing tendre

l'iorontine, ma fille unique, au fils de son correspondant, ne doutant point qu’il n’eût assez de crédit sur moi pour m’obliger à dégager sa promesse. Comme en effet, mon frère, étant de retour à Mérlda, ne m’eut pas plutôt parlé de ce mariage, <}ue j’y consentis pour l’amour de lui. Il envoya le portrait de Florentine à Calatrava ; mais, hélas ! il n’a pas eu la satisfaction d’achever son ouvrage : il est mort depuis trois semaines. En mourant, il me conjura de ne disposer de ma fille qu’en faveur du fils de son correspondant. Je le lui promis, et voilà pourquoi j'ai refusé Florentine au cavalier qui vient de m’attaquer, quoique ce soit un parti fort avantageux. Je suis esclave de ma pai’ole , et j’attends à tout moment le fHs de Juan Velez de la Membiilla pour en faire mon gendre, J)ien que je ne l’aie jamais vu, non plus que son père. Je vous demande pai’don, continua Jérôme de Moyadas, si je vous fais cette narration; mais vous l’avez e.\igée de moi.

J’écoutai ce récit avec Ixîaucoup d’attention; et m’arrêtant à une supercherie qui me vint tout à coup dans l’esprit ‘, j’affectai un grand étonnement ; je levai les yeux au ciel. Ensuite, me tournant vers le vieillard, je lui dis d’un ton pathétique : Ah! seigneur de Moyadas, est-il possible qu’en arrivant à Mél'ida, je sois assez heureux pour sauver la vie à mon beaupère? Ces paroles causèrent une étrange siuprise au vieux bourgeois, et n’étonnèrent pas moins Moralès, qui me fit connaître par sa contenance que je lui paraissais un grand fripon. Que m’apprenez-vous? me répondit le vieillai-d. Quoi! vous seiiez le fils du correspondant de mon frère? Oui, seigneur Jérôme de Moyadas, Jui répliquai-je en payant d’audace et en lui jetant les bras au cou, je suis le fortuné mortel à qui l’adorable Florentine est destinée. Mais, avant que je vous témoigne la joie que j’ai d’entrer dans votre famille, permettez que je répande dans voti’e sein les larmes que renouvelle ici le souvenir de votre frère Augustin. Je serais le plus ingrat de tous les hommes, si je n’étais vivement touché de la mort d’une personne à qui je dois le bonheur de nia

. * Ici Le Sage va reprendre le canevas d’une partie de sa charmante comedie de

Crispin rival de son Maitrey jouée avec tant de suc^rès en 1707, cl qui est toujours applaudie; mais U saura y ajouter de nouveaux dcveloppcincnts, do manière à n’avoir pas l*air de se recopier lui*roèmo. On va voir son récit reochcrir sur sa pièce.

Digiliztx’ ''y

UMIK V, CHA1-. I.

vie. En achevant ces mots , j’embrassai encore le bonhomme Jdrôme, et je passai ensuite la main sur mes yeux, comme pour essuyer mes pleui-s. Morales, qui comprit tout d’un coiq) l'avantage que nous pouvions tirer d’une pareille tromperie, ne manqua pas de me seconder. Il voulut passer pour mon valet, et il se mit à renchérir sur le regret que je marquais de la mort du seigneur Augustin. Monsieur Jérôme, sccriat-il, quelle perte vous avez faite en perdant votre frère! O’élait un si honnête homme, le phénix du commerce, un marchand désintéressé, un marchand de bonne foi, un marchand comme on n’en voit point.

Nous avions aflaire à un homme simple et crédule ; bien loüi d’avoir quelque soupçon de notre fourberie, il s’y prêta de hd-même. Eh! pourquoi, me dit-il, n’êtes-vous pas venu tout droit chez moi? Il ne fallait point aller loger dans une hôtellerie. Dans les termes où nous en sommes, on ne doit point faire de façons. Monsieur, lui dit Morales eu prenant la parole pour moi, mon maître est un peu cérémonieux; il a ce défaut-là; il me permetira de le lui reprocher. Ce n’est pas, ajouta-t-il, qu’il ne soit excusable en quelque manière . de li’avoir pas voulu paraître devant vous en l’état oîi il est. Nous avons été volés sur la route; on nous a pris toutes nos hai'dcs. Ce garçon, interrompis-je, vous dit la vérité, seigneur de Moyadas. Ce malheur a été cause que je ne suis point allé descendre chez vous. Je n’osais me présenter sous cet hal)it aux yeux d’une maîtresse qui ne m’a point encore vu, et j'attendais pour cola le retour d’un valet que j’ai énvoyé à Calatrava. Cet accident, reprit le vieillard, ne devait point vous empêcher de venir demeurer dans ma maison, et je prétends que vous y preniez tout à l’heure un logement.

En parlant de celte sorte, il m’emmena chez lui; mais avant que d’y arriver, nous nous entretînmes du prétendu vol qu’on m’avait fait, et je témoignai que mon plus grand chagrin était d’avoir perdu, avec mes hai’des, le portrait de Florentine. Le bourgeois, là-dessus, me dit en riant qu’il fallait me consoler de cette perte, et que l’original valait mieux que la copie. Eu eU’et, dès que nous fûmes dans sa maison, il appela sa ülle, qui n’avait pas plus de seize ans, et qui pouvait passer pour une personne accomplie : Vous voyez , me

dit-il, la dame que feu mon frère vous a promise. Ah ! seigneur, m’ccriai-je d’uii air passionne', il n’est pas besoin de me dire que c’est l’aimable Florentine qui s’offre à mes yeux : ces traits charmants sont gravés dans ma mémoire, et encore plus dans mon cœur. Si le portrait que j’ai perdu, et qui n’était qu’une faible ébauche de tant d’attraits, a pu m’embraser de mille feux, jugez quels transports doivent m’agiter en ce moment! Ce discours est trop flatteur, me dit Florentine, et je ne suis point assez vaine pour m’imaginer que je le justifie. Continuez vos compliments , interrompit alors le père. En même temps il me laissa seul avec sa fille , et prenant Moralès en particulier : Mon ami, lui dit-il, les voleurs vous ont donc emporté toutes vos hardes, et sans doute votre argent, car ils commencent toujours par là? Oui, monsieur, répondit mon camarade; une nombreuse troupe, de bandits est venue fondre sur nous auprès de Castil-Blazo; ils ne nous ont laissé que les habits que nous avons sur lu corps; mais nous recevrons incessamment des lettres de change, et nous allons nous remettre sur pied.

En attendant vos lettres de change, répliqua le vieillard en tirant de sa poche une Iwurse , voici cent pistoles dont vous pouvez disposer. Oh ! monsieur, s’écria Moralès, mon maître ne voudra point les accepter. Vous ne le connaissez pas. Tudieu ! c’est un homme délicat sur cette matière. Ce n’est point un de ces enfants de famille qui sont prêts à prendre de toutes mains. Il n’aime pas à s’endetter, tout jeune qn’il est. Il demanderait plutôt l’aumône que d’emprunter un maravédis. Tant mieux, dit le bourgeois, je Ten estime davantage. Je ne puis souffrir que l’on contracte des dettes. Je pai'doime cela aux personnes de qualité, parce que c’est une chose dont elles sont en possession. Je ne veux pas, ajouta-t-il , contraindre ton maître; et, si c’est lui faire de la peine que de lui offrü’ de l’argent, il n’en Jaut plus parler. En disant ces paroles, il voulut remettre la bourse dans sa poche ; mais mon compagnon lui retint le bras. Attendez, seigneur de Moyadas, lui dit-il : quelque aversion que mon maître ait pour les emprunts, je ne désespère pas de lui faire agréer vos cent pistedes. 11 n'y a que manière de s’y prendre avec lui. Après tout, ee n’œt que des étrangère qu’il n’aime point à empruu-

- : .y C ^noglc

LlVIti; T, CHAP. f. 3dl

ter; il n'est pas si façonnier avec sa fafniüe. 11 demande môme fort bien à son père tout l’argent dont il a besoin. Ce garçon, comme vous voyez, sait distinguer les personnes, et il doit vous r^arder, monsieur, comme un second père.

Morales, par de semblables discours, s’empara de la bourse du vieillard, qui vint nous rejoindre, et qui nous trouva, sa ilile et moi, engagés dans les compliments. 11 rompit notre entretien. 11 apprit à Florentine l’obligation qu’il m’avait, et sur cela il me tint des propos qui me firent connaître combien il en était reconnaissant. Je profitai d’une si favorable disposition. Je dis au bourgeois que la plus touchante marque de reconnaissance qu’il pût me donner était de hâter mon mariage avec sa Allé. 11 céda de bonne grâce à mon impatience. Il m’assura que, dans trois jours au plus tard, je serais l’époux de Florentine ; il ajouta même qu’au lieu de six mille ducats qu’il avait promis pour sa dot, il en donnerait dix mille, pour me témoigner jusqu’à quel point il était pénétré du sei-vice que je lui avais rendu.

Nous étions donc. Morales et moi, chez le bonhomme Jérôme de .Moyedas, bien traités, et dans l’agréable attente de toucher dix mille ducats, avec quoi nous nous proposions de nous éloigner promptement de Mérida. Une crainte pourtant troublait notre joie : nous appréhendions qu’avant trois jours le véritable 61s de Juan Velez de la Menibriila ne vînt traverser noire bonheur, ou plutôt le détruire en paraissant tout à coup. Cette crainte n’était pas mal fondée. Dès le lendemain, une espèce de paysan chargé d’une valise ai'riva chez le père de Florcntino. Je ne m’y trouvais point alors; mais mon camarade y était. Seigneur, dit le paysan au vieillard, j’appartiens au cavalier de Calatrava qui doit être votre gendre, au seigneur Fedro de la Mcmbi‘illa. Nous venons tous deux d’arriver dans cette ville : il sera ici dans un instant; j’ai pris les devants poui' vous en avertir. A peine eut-Ü achevé ces mots, que son maitre parut ; ce qui surpnt fort le vieillard, et déconceida un peu Morales.

Le jeune Pedro était un garçon des mieux faits. Il adressa la parole au père de Florentine ; mais le bonhomme ne lui donna pas le temps de ünir son discours, et, se toui'napt vers

CIL ULAS.

mon compagnon, il lui demanda ce que cela signifiait. Alors Moralüs, qui ne cédait en elîronterie à personne du monde, pnt nn air d’assurance, et dit au vieillard î Monsieur, cos deux hommes que vous voyez sont de la troupe des voleurs qui nous ont détroussés sur le grand chemin; je les reconnais, et parliculièvemeut celui qui a 1 audace de se dire fils du seigneur Juan Vêlez de la Memhrilla. Le vieux bourgeois, sans hésiter, crut Morales; et, persuadé que les nouveaux venus étaient des fripons, il leur dit : Messieurs, vous arrivez trop tard ; on vous a prévenus. Pedro de la Memhrilla est chez moi depuis* hier. Pi'enez garde à ce que vous dites, lui répondit le jeune homme de Calatrava : on vous trompe; vous avez dans votre maison nn imposteur. Sachez que Juan Yelcz de la Memhrilla n’a point d'autre fils viue moi. A d’autres! répliqua le vieillard; je n’ignore pas qui vous êtes. Ne remettez-vous pas ce garçon , et ne vous ressouvenez-vous plus de son maitre que vous avez volé sui le chemin de La latrava? Comment, voler ! repartit Pedro : ah ! si je n’étms pas chez vous, je couperais les oreilles à ce fourbe qui a 1 insolence de me traiter de voleur. Qu’il rende grâces à votie présence qui retient ma colère. Seigneur, poursuivit-il, je vous le répète, on vous ti-ompe. Je suis le jeune homme à qui votre frère Augustin a promis votre fille. Voulez-vous que je vous montre toutes les lettres qu’il a écrites à mon père au sujet de ce mariage? En cmirez-vous le portrait de Florentine, qu’il m’envoya quelque temps avant sa mort ?

Non, interrompit le vieux bourgeois ; le portrait ne me persuadera pas plus que les lettres. Je sais bien de quelle manière il est tombé entre vos mains, et je vous conseille charitablement de sortir au plus t(M de Mérida, de peui’ d’éprouver le châtiment que méritent vos semblables. C en est trop, interrompit à son tour le jeune cavalier. Je ne souffi irai point qu’on me vole impunément mon nom, ni qu on me fasse passer pour un brigand. Je connais quelques personnes dans cette ville; je vais les chercher, et je reviendrai avec elles confondre l'imposture <iui vous prévient contre moi. A CCS mots, il SC retira suivi de son valet, et Morales demeura triomphant. Cette aventure même fut cause que Jérôme de -Moyadas résolut de me faire épouser sa fille dès ce jour-la;

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