‹ Histoire de Gil Blas de SantillaneChapitre 152 sur 254 · LITRE VII, CHAP. XII · texte numérisé non relu

LITRE VII, CHAP. XII

d’un air afTectueux : Mon cher et ancien maître, est-ce vous que je vois? Oueile affaire vous amène chez monseigneur? Si vous avez besoin d’une personne qui ait du crédit, ne m’épaiv gnez pas; je vousoüie mes services. Comment donc, Pédrille, (ni répondit rotticier, à vous entendre, U semble que vous otenpiez quelque poste iinpoitant dans celte maison? Du moins, lépliqna le jeune homme, y ai-je assez de pouvoir polu* faire plaisir à un honnête hidahjo comme vous. Cela étant, reprit le cupibiine avec un souris, j’ai recoui's à votre protection. Je vous raccorde, repartit Pédrille. Vous n’avez qu’à m’apprenilre de quoi il est question, et je promets de vous faire firei pied ou aile du premier iniuistre.

.Nous ii’eùnies pas sitôt mis au fait ce galion si plein de bonne volonté, qu’il demanda où deineimait don Annibal; puis, nous avant assuré que nous auiions de ses nouvelles le jour suivant, il disparut sans nous iiislrnue de ce qull prétendait faiie, ni même nous dire s'il était domestique du dut de lÆnno. Je lus curieux de savoir ce que c’était que ce Pédrille. qui me paraissiit si éveillé. C’est un gai'çon, me dit le capitaine, qui me servait il y a quelques aimées, et qui, me. voyant dans l’indigence, m’y laissa pour aller chercher une Mieillcnrc condition. Je ne lui sais point mauvids gré de cela; il est fort naturel de dianger pour être mieux. C’est un diôlc qui n« manque pas d’esprit, et qui est intrigant comme tous les diables. Mais, malgré tout son savoü’-faire , je ne compte pas beaucoup sur le zèle qu’il vient de témoigner pour moi. Peut-être, lui dis-je, ne vous sera-t-il pas iuutile. S’il appartenait, |)ar exemple, à qiielqu’im des principaux ofGciers du duc, il pourrait vous rendre service. Vous n’ignorez pas que tout se fait par brigue et (îar cabale chez les gi ands ; qu’ils ont des domestiques favoris (jui les gouvernent, et que ceux-c: à leur tour sont gouv ernés par leurs valets ‘. I

' si l'on eii croit ie bon PluUrqac, Tbémistucle diiait que «ou BU, qui tétait encore, était le |ilus puinaut de< Crées, et II le ^rouvail eu riant par lei inductiont «■ivaDlea: < Albénet coiaiiiaudc à la Crèce ; je coiiiuiaiidc aux Alliéniens; ma fcnimc .•me commande, cl uioo UU commoude a aa mere. Donc mon GU gouverne la Grèce.» D'apréa ce rtcuchul de domiiialioub cl ce> eai>cade> <lo (Hiuvoir, le capltaiiie ChinrbiUa pourra Urnldt couclure que la «nora S'irena, chautcuiiu entretenue, est celle qui règuo on Etpague. Il pourra mérue aller plut loin, ou, ti l'on veut, pins bat. L'iifirier qni avance «M e$pi(ei à dtx pour cent ruuriiil le moyen sans lequel le crédit

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Le Ifndcinain dans la matinëo, nous vîmes arriver l’édrille à notre hôtel. Messieurs, nous dit-il, si je ne m’expliquai pas hier sur les moyens que j’avais do servir le capitaine de Chinchilla , c’est que nous n’étions pas dans un endroit qui me peiTOÎt de vous faire une pareille confidence. De plus, j’étais bien aise de sonder le gué, avant que de m’ouvru' à vous. Sachez donc que je suis le laquais de conliance du seigneur don Rodrigue de Calderone, premier secrétaire du duc de Lerme *. Mon maître, qui est fort galant, va presque tous les soii’s souper avec un rossignol d’Aragon, qu’il tient en cage dans le quartier de la cour. C'est une jeune ûlle d'Albarazin, des plus jolies. Elle a de l’esprit, et chante à ravir; aussi se nomme-t-elle la senora Sirena. Comme je lui porte tous les matins un billet doux, je viens de la voir. Je lui ai proposé de faire passer le seigneur don Annibal pour son oncle , et d'engager par cette supposition son galant à le protéger. Elle veut bien entreprendre cette affaire. Outre le petit preOt qu'elle y envisage, elle sera charmée qu'on la croie nièce d’un brave gentilhomme.

Le seigneur de Chinchilla fit la grimace à ce discours. Il témoigna de la répugnance à se rendre complice d’une espièglerie, et encore plus à souffrir qu’une aventurière le déshonorât en SC disant de sa famille. 11 n’en était pas seulement blessé par rapport à lui; il voyait pour ainsi dire là dedans une ignominie rétroactive pour ses aïeux. Cette délicatesse pai'ut hors de saison à Pédiille, qni en fut choqué. Vous moquez-vous, s’écria-t-il, de le prendre sur ce ton-là ? Voib\ comme vous ôtes faits, vous autres nobles à chaïunière ! vous avez une vanité ridicule. Seigneur cavalier, poui’suivit-il en

du laquait Pëdrille n'aurait pat pu determiaer la bonne volantd du «otiipuoi ans*nais. iUnti, eu dernière analjrte, un vifut coquin qui lient les cm-dons de la bonne peut te couaiddrer eomme le vrai maître du monde. Combien de rénexious uaiaaenl de quelques lignes de Cil Blat I

Voyez aussi ci-après (liv. IX, chap. IX] la uote anr le erddit de la servante de U nourrice du. prince d'Espagne.

' Bodrtgne Calderon (qu'il ne tant pas confondre avec don Pedro Caldomo, trèsbon poète dramatique) était Gît d'on soldat, et avait tellement gagné la conliauea du due do' Lerme, que celui-ci te ilécbargeait sur lui des foins d'nn- gonvoruemeat qui était an-dossus de scs forces. Itudrigne CaMeron n'avait pus Ini-mèinc des Ulents bien supe'ricurs. Il aéra question de Ini dans la tuile de cette Inttoire i voyea aon p«- Irait d-aprês (Hv. VIH, eliap. II).. .... „

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